L'ARMEE ROYALE ET LES VOLONTAIRES EX
la confiance et l'héroïque fortune qui pouvaient seuls la sauver. Elle les trouva ; elle les trouva non pas une fois et dans une heure d'exaltation, mais pendant vingt-cinq ans. Soit qu'elle prévînt ou qu'elle attendît les desseins de l'Europe, jamais, durant un quart de siècle, elle ne fut au-dessous de la tâche d'un peuple qui se défend contre tous. Il fallut que la nature s'armât contre elle eu moissonnant d'un seul coup toutes ses vieilles bandes, et encore n'eût-elle pas succombé, si les circonstances intérieures de sa vie lui eussent laissé la même foi et la même ardeur qu'au commencement de cette gigantesque lutte (1). »
Cependant les armées solides ne s'improvisent pas, et ces volontaires n'auraient pu, malgré leur enthousiasme, résister longtemps à des armées exercées et bien dirigées. Ils avaient le courage et la confiance ; mais ils étaient turbulents, indisciplinés, quelque peu fanfarons, et voulaient apporter au milieu des camps les théories et les allures des clubs. Leurs généraux, officiers de l'ancien régime, n'épargnèrent pas les rigueurs pour les soumettre Aune discipline exacte, et Dumouriez écrivait, en parlant des fédérés de Paris, qu'il avait menacés des peines les plus sévères : « Je leur tiendrai parole et ne les raterai pas. Si je ne prenais ce parti, ils ruineraient mon armée et finiraient par me pendre; ce que je ne suis pas du tout d'humeur à endurer. »
L'armée royale fut là pour repousser le premier choc de la coalition ; ses régiments de ligne encadrèrent et soutinrent les volontaires, qui du premier coup conquirent à Valmy une réputation qu'ils confirmèrent î\ Jemmapes.
L'armée royale, qui contenait tant de sous-officiers intelligents
Fig. 42. — Le Français niotlerne (gravure allemande).
(I) Lacordaire, Oraiton funèbre du général Drouot.
auxquels leur origine plébéienne interdisait tout espoir d'avancement, avec plus de rigueur même à la fin dû dix-huitième siècle que sous Richelieu ou Louis XIV, l'armée royale avait accueilli avec enthousiasme les réformes de 1789; elle était bien aussi l'armée de la France nouvelle, et c'est sous sa protection que la jeune armée put se former.
La rapidité avec laquelle les volontaires devinrent de véritables soldats montre bien leur valeur, malgré les justes reproches qu'ils avaient parfois mérités. « Aussi, dit M. de Broglie, les principes de la Révolution vinrent en aide au succès de ses armes, mais ce fut en transformant des armées existantes, non en improvisant par une vertu créatrice que personne ne. possède des armées qui n'existaient pas. »
Les volontaires ne suffisant pas, la populatfon de la France « fut mise en réquisition permanente », la levée en masse fut décrétée. Une mesure excellente de Carnot, que l'on appela V amalgame, réunit les nouveaux soldats réquisition.naires et volontaires avec les anciens régiments. Les régiments furent supprimés et remplacés par les demi-brigades, qui, au lieu de recevoir comme les régiments des noms particuliers de provinces ou de colonels, ne furent plus désignés que par des numéros ; peu importait, plusieurs de ces numéros se rendirent bientôt célèbres.
« Ce n'est pas avec des hommes levés à la hâte,, dit M. Thiers, que l'on fait des cavaliers, des artilleurs, des sapeurs du génie ; mais dans un pays essentiellement militaire, qui a l'orgueil et la tradition des annes, on peut en faire des fantassins. Ces fantassins, incorporés dans les demi-brigades à ce qui restait de la vieille armée, lui apportant leur audace, lui prenant son organisation, se jetèrent d'abord sur l'ennemi en adroits tirailleurs, puis le culbutèrent en le chargeant en masse à la baïonnette. Avec le temps, ils apprirent à manœuvrer devant les armées les plus manœuvrières de l'Europe, celles qui avaient été formées à l'école de Frédéric et de Daun ; avec le temps encore, ils fournirent des artilleurs, des cavaliers, des soldats du génie et acquirent la discipline qu'ils n'avaient pas d'abord : conservant, de leur premier élan, l'audace et la mobilité, ils composèrent bientôt la première armée du monde. »
Jusqu'en 1796, c'était l'armée du. Rhin qui avait été cette première armée du monde.
« Les soldats français, dit le maréchal Soult, qui était alors sous-lieutenant au ba-