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LE PATRIOTISME

L'abbé Cognet quitte le séminaire et s'engage pour assurer la sécurité de sa famille. Une fois soldat, non seulement il accomplit son devoir avec exactitude, mais avec uu entrain qu'anime l'amour de la patrie et même l'amour du drapeau et du régiment. Son congé fini, malgré l'avancement brillant qui s'ouvre devant lui, il revient à ses études, réalise le pieux projet qu'il n'a jamais abandonné et meurt chanoine de Soissons. « C'est une figure originale, dit M. Ernouf, que celle de ce volontaire de la République française, qui ne craint pas plus de s'agenouiller dans une église profanée que de braver la mitraille , et qui , portant toujours sur lui le Nouveau Testament, n'en combat que plus vaillamment sous le drapeau tricolore. »

On trouve cet élan patriotique même hors des champs de bataille, chez ceux qui n'ont pas l'excitation des armes et le sentiment d'un dévouement utile pour leur faire oublier leurs griefs. L'helléniste allemand Hase, lorsqu'il vint en France, à la fia du Directoire, en fut frappé. « Mon hôte, écrit-il de Verdun, est un zélé dévot, surtout un ennemi de la République; néanmoins lui et sa femme se réjouirent énormément quand ils virent que j'étais instruit de la marche de la guerre et des faits de l'armée. La Révolution nous a appauvris, disaient-ils, mais les armées se sont bien comportées ; elles ne se sont pas battues pour la République, mais pour la patrie. Vivent nos demi-brigades. » Quelle que soit l'opinion que l'on professe sur cette période si troublée et encore si discutée, on peut hardiment redire avec ces braves gens : Vivent nos demi-brigades. « Le patriotisme, en effet, dit Gouvion Saint-Cyr, suppléa à tout ; lui seul nous a donné la victoire, et la victoire a pourvu à nos plus indispensables besoins. »

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Fig. 45. — Officier et soldats d'infanterie. D'après un recueil d'uniformes h la Bibliothëtiue nationale.

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Jamais ce patriotisme ne fut plus pur que dans l'armée de Sambreet-Meuse et dans l'armée du Rhin. Jamais l'abnégation ne fut poussée plus loin, abnégation de tout bien-être, abnégation de la fortune, abnégation de l'ambition et même de la gloire. Plus encore qu'à l'armée d'Italie, on voit les grades refusés j^ar ceux à qui ils sont offerts et qui seraient les plus capables de les remplir, mais ne s'en croient pas dignes. Jomini, comme H. de Sybel lui-même, si souvent prévenu contre nous, rendent justice à ceux qu'on appelait les Spartiates du Rhin.

« Malgré leur misère, dit Jomini, jamais les soldats ne coururent à la victoire plus gaiement et sans commettre moins d'excès. Des volumes entiers ne suffiraient pas pour consacrer tous les actes d'héroïsme ou de désintéressement qui les immortalisèrent. L'histoire racontera, par exemple, avec quelle résignation de paisibles citoyens arrachés à leurs foyers, transformés eu soldats par une loi, après avoir bivouaqué un mois entier dans le terrible hiver de 1794, sans bas, sans souliers, privés des vêtements les plus indispensables et forcés de se couvrir avec quelques tresses de paille, franchirent les fleuves glacés et pénétrèrent enfin dans Amsterdam, sans commettre le moindre désordre. Cette cité, fameuse par ses richesses , et qui devait s'attendre à moins de ménagements, vit avec une juste admiration des bataillons de ces braves à demi nus entrer triomphants dans ses murs au son d'une musique guerrière , placer leurs armes en faisceaux et bivouaquer pendant plusieurs heures sur la place publique au milieu de la neige et de la glace, en attendant avec résignation, sans laisser échapper un murmure , qu'on pourvût à leurs besoins et à leur casernement. »

Depuis 1794, la situation matérielle de cette armée s'était améliorée, et le gouvernement s'était beaucoup plus occupé de pourvoir à ses besoins qu'à ceux de l'armée d'Italie.

« Les soldats de l'armée d'Allemagne envoyés en Italie sous le commandement de Bernadotte et de Delmas, mieux pourvus, mieux vêtus, moins républicains dans leurs habitudes, méprisèrent, dit Ph. de Ségur, la tenue méridionale, irrégulière et négligée des soldats, la plupart gascons et toujours en mouvement, de Bonaparte. On eût cru d'abord voir deux armées étrangères l'une à l'autre. La différence des provinces où elles avaient été recrutées, celle des climats, des peuples, et des mœurs au milieu desquels l'une et l'autre avaient combattu, enfin l'allure des chefs qui les avaient commandées peuvent expliquer cette dissemblance. L'humeur ambitieuse et insubordonnée de Ber-

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