‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 55 sur 389 · LE 18 FRUCTIDOR · texte numérisé non relu

LE 18 FRUCTIDOR

quand la fermeté suffisait ? C'est couardise de n'avoir point fait le procès à Pichegru ; la trahison était flagrante et les pièces plus que suffisantes pour le convaincre. Pourquoi, d'autre part, ces mesures violentes ? La force, quand on ne peut pas faire autrement soit ; mais, quand on est le maître, justice vaut mieux. )3

Fig. 51. — « Je n'ai pliu de soldats !... Avec des téméraire*

it II me faut condescendre à des préUminairca. t

(Pièce allégorique, gravure du temps.)

Aussi ce n'est pas l'armée, ni surtout Bonaparte, que les proscrits survivants de fructidor rendirent responsables de leurs souffrances. Plusieurs d'entre eux furent les serviteurs fidèles du Premier Consul et de l'Empereur. D'ailleurs Bonaparte avait saisi l'occasion de faire connaître d'une manière éclatante sou opinion sur la conduite du gouver-

nement. Ce fut en partie pour donner des conseils à la France, comme il le dit lui-même, qu'il adressa au nouveau gouvernement de Gênes cette lettre remarquable qui fit un si grand effet à Paris : « Exclure les nobles de toute fonction publique, disait-il, serait une injustice révoltante ; vous feriez ce qu'ils ont fait. » Dans une conversation qu'il eut avec Miot de Mélito, le 18 novembre 1797, à son passage à Turin, il fit encore mieux comprendre le fond de sa pensée. Après avoir justifié la résolution qu'il avait prise de seconder le Directoire au 18 fructidor, il ajoutait : « Mais n'allez pas croire que ce soit par conformité de vues avec ceux que j'ai appuyés que je m'y suis déterminé. Je ne voulais pas le retour des Bourbons; définitivement je ne veux pas du rôle de Monk ; je ne veux pas le jouer, je ne veux pas que d'autres le jouent. ))

Pendant que le Directoire se montrait si faible et si violent, Bonaparte négociait, dans les conférences d'Udine, le traité qui devait confirmer les préKminaires de Léoben. Il semblait que la paix allait devenir générale ; car Pitt lui-même, cédant à l'opinion publique, avait fait des propositions sérieuses et sincères. Il se serait contenté de conserver la Trinité, le Cap et Ceylan; le Directoire refusa. Quant à Bonaparte, souhaitant la paix, il était décidé à abandonner au besoin à l'Autriche la Vénétie tout entière, possession qui valait mieux pour elle que la Lombardie qu'on lui enlevait. C'était déjà beaucoup trop. Le plénipotentiaire autrichien, Cobentzel, Gallo représentant du roi de Xaples, et deux autres diplomates, faisaient cependant encore des difficultés.

Bonaparte, qui avait jusque-là charmé les négociateurs par une courtoisie qu'on ne s'attendait pas à trouver dans un général républicain, résolut de les eff"rayer pour en finir. Une de ces scènes de colère plus ou moins simulées, mais motivées par un sentiment vrai, dans lesquelles il devait plus d'une fois se montrer, pour rappeler un mot célèbre, « un admirable tragédien, » lui servit admirablement. Dans une entrevue que Cobentzel avait dit devoir être la dernière, Bonaparte se trouvant seul avec les quatre négociateurs, Cobentzel osa le menacer de l'intervention de la Russie. Bonaparte s'était montré jusque-là sombre et réservé, pour mieux engager Cobentzel à être arrogant. Mais,

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