‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 58 sur 389 · MALTE. — ALEXANDRIE. — LES PYRAMIDES. ^ SAINT-JEAN D ACRE. — ABOUKIH · texte numérisé non relu

MALTE. — ALEXANDRIE. — LES PYRAMIDES. ^ SAINT-JEAN D ACRE. — ABOUKIH

A campagne d'Italie avait donné à Bonaparte toute la gloire que pouvait espérer nn général heureux; mais ses victoires, quelque rapides et inespérées qu'elles eussent été, ne pouvaient suffire pour l'imposer au choix de la nation. Il fallait que ce jeune général allât chercher de nouvelles aventures et que l'éloigiiement de ses conquêtes augmentât encore le prestige de ses victoires sur les imaginations, taudis que les revers des autres armées françaises feraient regretter son absence, et souhaiter ardemment son retour. Il fallait aussi que les soldats d'Italie s'habituassent à ne plus voir, à ne plus connaître que leur chef, et qu'ils arrivassent à vénérer comme un héros celui qu'ils entouraient déjà de leur amour et de leur admiration. D'autre part, le discrédit du Directoire n'était pas assez grand, ni les partis contraires assez nette-

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ment formés , pour tenter avec succès un coup d'audace. La situation était difficile pour le gouvernement; le mieux était de le laisser livré à ses seules ressources, en face d'une Europe menaçante, et d'une diplomatie que les derniers succès et les dernières conquêtes avaient rendue plus complexe et délicate que simple et aisée.

Tout semblait donc coïncider à merveille pour engager Bonaparte à exercer son ambitieuse activité dans des pays lointains, en attendant qu'il pût l'exercer avec fruit dans sa propre patrie. Nous étions toujours en guerre avec l'Angleterre. Nous pouvions chercher à l'attaquer chez elle, mais nous pouvions aussi la frapper plus sûrement peut-être au loin, dans ses possessions coloniales, dans son commerce, la menacer sur la route de l'Inde. Il y avait un moyen d'atteindre ce but sans sortir de la Méditerranée : c'était l'occupation de l'Egypte. Sa situation entre l'Orient et l'Occident, entre deux mers fréquentées depuis si longtemps, permettait au peuple qui en serait le maître de dominer les Indes et l'Asie, tout en s'appuyant solidement sur l'Europe et en obtenant dans un temps relativement court tous les renforts nécessaires. D'autre part, les souvenirs glorieux de ce pays, qui a été le rendez-vous de tous les grands conquérants, son admirable fertilité, qui a survécu à toutes les révolutions, son gouvernement actuel exercé par des beys cupides , sous l'autorité nominale de la Porte, auraient suffi pour la désigner au choix d'un jeune héros, épris de grandes idées. « Tous les génies qui ont regardé la carte du monde ont pensé à l'Egypte. » Bonaparte ne pouvait manquer de penser comme eux. On se rappelle qu'en 1795 il songeait déjà à aller à Constantinople et à poursuivre sa carrière militaire en Orient. C'est en Orient, pensait-il, que se font les grandes gloires. Ses projets s'étaient précisés pendant la guerre d'Italie, et il avait conçu alors le projet d'une expédition en Egypte. Pensant bien que, malgré toutes les précautions diplomatiques, il était à craindre que l'on eût bientôt les Turcs con tre soi si on attaquait les Mamelouks d'Egypte, on a vu plus haut qu'il avait entretenu avec le chef des Maïnottes de Morée, qu'il savait opposé à l'intervention russe et désireux de former un parti national dans son pays, des relations dont sa correspondance contient le témoignage.

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