‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 61 sur 389 · PROCLAMATION. — DÉPART DE L'EXPÉDITION · texte numérisé non relu

PROCLAMATION. — DÉPART DE L'EXPÉDITION

nier sujet, sur lequel il avait toute une théorie. La politique, les intérêts d'État lui semblaient seuls matière tragique, et tout ce qui n'était qu'amour, combat de cœur, jusqu'à Zaïre inclusivement, il le renvoyait à la comédie. M. Arnault s'était attaché à sa fortune , il était de ceux qui partirent avec César pour Alexandrie. »

C'était surtout à lui que Bonaparte confiait ses goûts littéraires, et l'on sait qu'ils composèrent en commun le cinquième acte des Vénitiens, Mais ce n'étaient que des passe-temps d'un homme de génie. La flotte allait arriver devant Malte, et Bonaparte était résolu ù un coup dont la hardiesse allait étonner l'Europe. L'île de Malte passait pour imprenable ; elle commandait la Méditerranée et était d'une importance capitale pour assurer le succès de l'expédition. L'ordre de Saint-Jean, qui la possédait alors, était en pleine décadence ; la plupart des chevaliers fréquentaient les cours de l'Europe et y dépensaient

dans les amusements d'une vie oisive et licencieuse les revenus de leur commanderie. C'étaient pour la plupart des cadets de familles

nobles qu'on avait fait entrer dans l'ordre pour leur créer une existence. L'ordre n'avait plus sa raison d'être ; il n'était plus même capable d'entraver les pirateries des Barbaresques. De plus, malgré les obligations consenties au moment de la cession de l'île aux chevaliers de Saint-Jean, les privilèges des habitants avaient été odieusement violés et, à mesure qu'ils devenaient moins redoutables aux infidèles, ils devenaient plus oppressifs pour leurs sujets. Néanmoins, quoique l'institution fût complètement usée et que tout esprit militaire fût éteint depuis déjà longtemps, les formidables fortifications de la place pouvaient permettre à une centaine d'hommes déterminés de tenir longtemps en échec une armée entière. Bonaparte, avant d'en venir à un siège en règle, voulut sonder les dispositions du grand maître, Hompesch. 11 lui demanda la faculté de faire de l'eau pour sa flotte; mais le grand maître objecta les règlements de l'ordre, qui n'acceptaient pas plus de deux vaisseaux à la fois dans uu port de l'île. Le refus équivalait à une déclaration de guerre, car les Anglais avaient eu, quelque temps auparavant, cette permission qu'on refusait maintenant aux Français. Aussi Bonaparte donna ordre à une partie de ses troupes de débarquer ; les assiégés répliquèrent par une canonnade bien nourrie mais mal dirigée et sans effet. Après un simulacre de défense, le grand maître envoya ses chargés de pouvoir pour traiter : l'île, la place de La Valette, les arsenaux devaient être remis aux Français, 30.000 francs de pension étaient donnés en retour au grand maître et 700 francs à tous les chevaliers d'origine française. Le 10 juin, le drapeau de la République flottait sur les remparts de La Valette, Bonaparte déclarait l'ordre de Saint- Jean aboli, interdisait le port d'armoiries et d'uniforme, aff"ranchissait 600 esclaves qu'il renvoyait dans leurs pays respectifs, créait des écoles primaires, une école centrale, donnait à l'île l'organisation française. Ainsi, en deux jours ce coup audacieux avait réussi et nous étions maîtres d'une des plus formidables positions d'Europe, sans avoir perdu 50 soldats. Le général Cafiarelli Dufalga, visitant les ouvrages de défense, était lui-même tellement frappé de leur sui)ériorité, qu'il disait : « Il est bien heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour

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