PYRAMIDES
Dugua J
Fig. 65. — Plan de la bataille des Pyramidea.
comprit que son centre allait être percé ; quoiqu'il n'eût aucune habitude de la guerre, la nature l'avait doué d'un grand caractère, d'un courage à toute épreuve et d'un coup d'oeil pénétrant qui auraient honoré un général européen. Aussi essaya-t-il d'envelopper Desaix et Reynier et de les séparer pour profiter de l'avantage de sa cavalerie. La résistance de ces divisions arrêta les brillantes charges des mamelouks et donna le temps à Dugua de se porter entre Desaix et le Nil et de couper l'ennemi de son camp d'Embaleh et du fleuve. Mourad dut se replier sur Giseh ; moins heureuse que lui, la cavalerie d'Em-
baleh, entourée par Boii,Menou, Dugua, repoussée vers le Nil, dut, après de longs efforts, chercher son salut dans le fleuve et abandonner une plaine jonchée de ses cadavres. La flottille reçut les débris de cette brillante et malheureuse armée.
La victoire des Pyramides eut le plus grand effet sur l'esprit des mamelouks comme sur celui des soldats français. La jactance des premiers devint une vraie panique, tandis que le profond découragement des seconds se changea en une joie complète. Les mamelouks, en effet, se voyaient définitivement chassés de leur j^ays , sans autres ressources que la soumission ou la révolte. Les Français, au contraire, se croyaient arrivés à la fin de leurs maux et définitivement possesseurs d'une contrée dont le général leur avait dépeint la richesse sous des couleurs si attrayantes qu'ils espéraient retrouver les délices de Mantoue sous le ciel du Caire. D'un autre côté, la victoire leur avait fait oublier leurs souffrances du désert et leur avait rendu confiance absolue et entière dans le génie de Bonaparte.
Mais, quelques jours après, la flotte française subissait une des défaites les plus cruelles qu'elle eût éprouvées jusqu'alors. Bonaparte, après le débarquement de ses troupes, avait donné l'ordre à l'amiral* Brueys d'entrer dans le port d'Alexandrie ou d'aller à Corfou, mais de ne point attendre l'arrivée des Anglais dans la rade ouverte d'Aboukir. L'amiral Brueys crut qu'il n'y avait pas assez d'eau à Alexandrie et que gagner Corfou l'exposait à rencontrer en route l'escadre anglaise; il préféra donc rester à Aboukir. Il ne tarda pas à y être attaqué par Nelson qui, furieux de n'avoir pu empêcher le débarquement des Français en Egypte, avait juré de se venger sur la flotte des victoires de l'armée. L'escadre de Brueys s'étendait parallèlement au rivage, à une assez grande distance de la côte. Nelson avait envoyé en avant deux vaisseaux, qui purent sans être inquiétés reconnaître toute la ligue d'embossage des Français. L'escadre anglaise apparut le l" août avec toutes voiles dehors et, malgré l'heure avancée, engagea immédiatement le combat. Nelson eut l'audace de passer entre la terre et la flotte par une passe qu'on jugeait impraticable et qu'on avait négligé de garder; il prit ainsi le centre et la gauche des Français entre deux feux.