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PONAPARTE A L'ISTHME DE SUEZ

Jomard, dans son Mémoire sur l'Institut d'Egypte. Monge qui, le premier peut-être, devina toute la portée de cet étonnant génie, aimait à lui céder la parole et môme la présidence. Dans des improvisations aussi vives que brillantes, Bonaparte, en effet, posait les questions , sondait le mal et indiquait les remèdes. y> Ses projets étaient le coup d'œil de l'aigle. C'est ainsi que voyageant un jour

Fig. 71. — Bonaparte inil '^rii'jc uu:^ i-^jvolLcs du L'aire. Tableau de truérùi, au musée de Versailles.

dans l'isthme de Suez, accompagné de Monge, de Berthollet et de Lepère, il s'aventura assez loin dans le désert et s'écria tout d'un coup : « Monge, nous sommes en plein canal! » Il disait vrai, car il se trouvait au milieu de l'ancien lit. Aussitôt on donna des ordres et grâce à cette indication, les ingénieurs purent suivre aisément le tracé du canal.

L'existence d'un ancien canal, qu'on faisait remonter à Nechoo (septième siècle), était connue; on savait que ce canal des deux mers mettait en communication l'extrémité du Delta avec la mer Rouo-e

par un fossé perpendiculaire à la direction de la vallée du Nil. Mais ce qu'on ignorait et ce que les égyptologues modernes ont mis en lumière, c'est que ce canal remontait à une antiquité bien autrement reculée et qu'il existait déjà au seizième siècle avant Jésus-Christ, sous le règne de Séti I", père de Sésostris (1).

Bonaparte songea aussitôt à rétablir la communication entre la mer Rouge et la mer Méditerranée , par une tranchée conduite à travers l'isthme de Suez. Il fit commencer immédiatement par l'ingénieur Lepère l'étude du nivellement de la région ; mais il n'eut pas le temps d'exécuter im projet qu'il jugeait appelé à changer les conditions économiques et commerciales de l'Europe. Il en laissait la gloire à un autre Français. Le sort voulut même que les études qui furent faites alors, au lieu d'aider au travail entrepris par M. de Lesseps, servirent au contraire à lui opposer des objections. En effet, par suite d'une erreur dans leur travail, les ingénieurs de l'armée d'Egypte avaient admis qu'il y avait une différence de niveau très sensible (9'",927) entre la mer Rouge et la Méditerranée des deux côtés de l'isthme de Suez.

Les commissions envoyées par l'Institut sur tous les points du pays n'avaient pas i\ lutter seulement contre des difficultés scientifiques. Le pays n'était point sûr, et les excursions tant géographiques qu'astronomiques et archéologiques étaient parfois troublées par des attaques de Bédouins ; on les repoussait bien à coups de fusils, mais il arrivait que quelque savant recevait une atteinte mortelle avant qu'il ait eu le temps de se mettre en défense. Cela ne décourageait point les autres , qui interrogeaient les vieux monuments , fouillaient les ruines avec une rare activité. En même temps, par un trait qui honore Monge et Berthollet, le voyageur anglais d'Hornemann, qui se trouvait prison-

(1) Pendant ce voyage, il fut surpris un soir par la marée avec l'escadron qui raccompagnait, en revenant de visiter les fontaines de Moïse, 6, trois lieues de Suez. Ils devaient traverser le Madieh, bras de mer de trois quarts de lieue , guéable à marée basse. Mais les guides s'étaient enivrés. A dix heures du soir, l'escadron était rangé en bataille au milieu du golfe, ayant de l'eau jusqu'au ventre. La lune ne devait se lever qu'à minuit. Le vent venait du large. La situation était des plus critiques : a Serions-nous venus ici, dit Bouaparte, pour périr comme Pkiraon ? Ce sera un beau texte pour les prédicateurs de Home. » On finit cependant par atteindre Suez en n'abandonnant à la mer que quelques carabines et quelques manteaux. Les plus vieux soldats qui avaient appris leur catéchisme racontaient la fuite de Moïse, la catastrophe de Pharaon , et ce fut longtemps l'objet de leurs entretiens.

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