‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 81 sur 389 · LEVÉÇ DU SIÈGE DE SAINT-JEAN D'ACRE · texte numérisé non relu

LEVÉÇ DU SIÈGE DE SAINT-JEAN D'ACRE

bataille d'Issus, je me faisais empereur d'Orient, et je revenais à Paris par Oonstantinople. » Il afC()iiipa;,'iia ces dorniera mots d'un sourire, comme pour indiquer qu'il se laissait entraîner à nous rappeler l'un des jeunes rCves de son imagination conqucranto ; rêve (jui, toutefois, se serait vraisemblablement réalisé, puiB(iue, selon d'irrécusables témoignages de voyageurs alors présents dans le Liban, cent mille chrétiens l'avaient attendu de ce côté, l'appelant de tous leurs vœux, et prêts, au signal de la prise d'Acre, à venir se joindre à ses armes ! »

Ce n'était pas là un projet fait aprî-s coup i)our se grandir dans l'esprit de ceux qui l'^'-coutaient. Pendant le siège même de 8aiiit-Jean d'Acre, il disait à Andr6ossy, qui remplaçait momeutauémeut auprès de lui Berthier alors irialade : «Si nous prenons la ville, je marche sur Constantinople et je suis empereur d'Orient. )> Il fallait renoncer à ce rôve. Pour Tippou-Saïb, ses relations avec Bonaparte ne firent que hâter sa chute en augmentant les inquiétudes des Anglais et en les décidant à faire contre le sultan du Maïssour de plus grands efforts. Tippou-Saïb fut frappé mortellement sur les remparts de sa capitale, assiégée par les généraux Harris et Stuard (4 mai 1709), et la suprématie des Anglais sur le Maïssour fut assurée.

Cependant, après son échec de Saint-Jean d'Acre, Bonaparte s'était hâté de revenir en Egypte, ob. se montraient des symptômes de soulèvement et oîi l'arrivée de l'armée turque que le sultan avait fait équiper à Rhodes paraisait imminente. Après les fatigues de la campagne de Syrie, les soldats rentraient avec jjlaisir dans un pays qui commençait à être pour eux comme une seconde patrie. Plus habitués à supporter la chaleur qu'au début de la campagne, ils trouvaient encore à plaisanter en traversant les sables du désert de Syrie, avec une température de 34 degrés Réauraur (42", 5 centigrades) : « Le général, disaient-ils, nous a promis à Toulon six arpents de terre à chacun, il peut nous en donner ici à discrétion, nous n'en abuserons pas. » Bonaparte campa sur les ruines de Césarée, visita les pestiférés de Jaffa et fit sauter les fortifications de la ville. Il laissa une forte garnison à El-Arish, dont la possession assurait la domination sur le désert de Syrie, et revint au Caire, qu'il retrouva dans une situation florissante; l'Institut était en pleine activité; on augmentait les défenses de toutes les grandes villes. Sa présence vint donner une

nouvelle impulsion aux travaux. Pendant son absence, une flottille anglaise s'était montrée devant Suez et avait été repoussée par l'artillerie de la place ; un imposteur qui se disait descendu du ciel, l'ange El Modhy, soutenu par le fanatisme de quelques milliers d'Arabes, s'empara de Ramanieh, y massacra 400 hommes, mais vint échouer à Damanhour; ses partisans se dispersèrent et lui-même', ne voulant pas tenter une seconde fois la fortune, alla se cacher au fond du désert.

En même temps, le général Belliard s'emparait de la place importante de Kosseïr, dont la prise était indispensable au succès de la campagne, car elle fermait complètement l'entrée de l'Egypte du côté de la mer Rouge, comme El Arisch la défendait du côté de la Syrie. Les révoltes incessantes de Mourad bey dans la haute Egypte n'avaient eu d'autres résultats que de l'obliger à se réfugier dans les oasis. La pacification de l'Egypte était chose assurée.

Malgré son échec devant Acre, Bonaparte ne renonçait pas à ses desseins grandioses. Il avait perdu 5.300 hommes ; il en demandait 6.000 au Directoire pour remplacer ses pertes et promettait que si on en ajoutait 15.000 il irait partout, même à Constantinople; il demandait aussi des canons, des outils, des fusils. Mais le Directoire ne pouvait rien pour lui ; il avait à lutter contre une coalition victorieuse qui semblait devoir menacer nos frontières dans un temps fort proche. De plus, une nouvelle armée turque venait de débarquer dans la rade d'Aboukir, et c'était de ce côté que Bonaparte devait porter toute son attention.

Protégé par l'artillerie anglaise, l'ennemi débarque en bon ordre et prend avec une rare intrépidité le fort même d'Aboukir ; puis il s'établit solidement dans sa conquête et appuie sa droite sur la mer, sa gauche sur le lac Madyeh. Une telle position était singulièrement dangereuse si l'armée turque ne pouvait soutenir le choc des Français, car dans ce cas elle n'avait d'autre espoir que dans le fort d'Aboukir, qui ne pouvait contenir tant de monde. Bonaparte comprend l'avantage que lui laisse Mustapha, le général de cette armée. Le 25 juillet, il est en présence des retranchements des Turcs; Lansen attaque la gauche de front, tandis que quelques escadrons de cavalerie la tournent

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