‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 80 sur 389 · COMBAT DE NAZARETH · texte numérisé non relu

COMBAT DE NAZARETH

allaient au contraire contribuer à la défendre et réussir à la sauver.

En même temps, Bonaparte se trouvait en face d'un de ses anciens camarades de l'école de Brienne , le Français Pliélippeaux. Ce dernier avait servi dans l'armée de Condé en 1792 etétait revenu dans son pays malgré les peines terribles dont les émigrés étaient menacés; il avait organisé une conspiration royaliste, au centre même du territoire français. Tout lui réussit d'abord ; mais, abandonné des siens, il fut arrêté et enfermé à Bourges. Cet échec ne le rebuta pas ; il parvint à s'échapper de sa prison, eut l'audace de venir à Paris et d'y renouer ses intrigues. S'il n'arriva pas au résultat désiré, il put du moins faire mettre en liberté l'Anglais Sydney Smith, enfermé pour ses dettes, et, désespérant de réussir en France, il vint oflrir àDjezzar pacha le secours de ses talents d'ingénieur et de son audace déjeune homme. Animé d'une haine personnelle contre Bonaparte, il contribua mieux que personne à lui faire lever le siège de la ville et à l'arrêter dans ses vastes projets.

Pour comble d'infortune, l'armée turque rassemblée à Damas arrivait sur le théâtre de la guerre ; Abdalhah, pacha de Damas, la commandait. Bonaparte, confiant dans son étoile, refusait de quitter les murs de Saint-Jean d'Acre et livrait chaque jour d'inutiles assauts. Cependant, menacé par l'arrivée d'Abdalhah d'être pris entre deux feux, il laissa une partie de son armée devant la ville assiégée et courut au-devant des Ottomans, qui avaient passé le Jourdain. Le vaillant Murât, avec 1.000 Français, avait triomphé de 3.000 hommes conduits par le fils du pacha. Les victoires du pont de laœub et de Tihériade permirent à Murât de prendre possession de Psafet , l'ancienne Béthulie. Le même jour, Junot contenait à Nazareth l'avant-garde des 25.000 hommes de Djezzar pacha.

Ce fut un des plus brillants combats de cette gueiTe. Il n'avait que 300 grenadiers et 100 chevaux de troupes françaises. Avec les secours que lui avait amenés, à trois lieues de Nazareth, Daher, le chef des Druses, sa petite troupe pouvait bien se monter à 500 âmes en tout.

« A 8 heures du matin, on signala l'arrivée d'une troupe ennemie divisée en deux corps, qui faisait bondir ses chevaux dans la plaine qui sépare Loubé du mont Thabor. Jnnot comprit aussitôt que ce qu'il y aurait de pis ce serait de battre en retraite ; il

n'était point à une assez grande distance de l'ennemi pour que son infanterie ne fût pas jointe au bout de quelques instants par la cavalerie turque; il résolut donc de tenir ferme, fit faire halte et ordonna à ses soldats de ne tirer qu'à vingt pas. Cependant l'ennemi avançait. Les soldats français, immobiles, la baïonnette en avant, l'œil attentif, voyaient s'effacer la distance qui les séparait des troupes barbares. L'une s'avançait sans ordre et avec de grands cris, l'autre serrée, gardant ses rangs, et comme si une main européenne avait façonné son indiscipline nomade. Toutes deux venaient avec la rapidité du vent, l'une sur la cavalerie, l'autre sur l'infanterie ; à vingt pas de distance la fusillade éclata, rapide, serrée et pétillante comme un tonnerre qui gronde ; trois cents cadavres jonchèrent la terre ; chevaux et cavaliers firent volte-face et allèrent se reformer hors de la portée du fusil ; car, si emporté qu'eût été l'élan des deux troupes, il avait été arrêté court par cette terrible décharge. Junot Jeta un coup d'œil sur sa troupe ; pas un homme n'avait bougé, chacun était à son rang, ou rechargeait les armes ; la cavalerie seule était un peu ébranlée. Ne pouvant opposer à l'ennemi une fusillade aussi bien soutenue que celle de l'infanterie, le choc avait été pour elle plus immédiat et plus terrible. Junot courut à elle. Le peloton, un moment disjoint, se reforme. Il était temps, l'ennemi revenait à la charge. »

Cette seconde charge est accueillie comme la première. Une troisième a le même sort. Les Turcs se retirent d'un champ de bataille où ils laissent plus de morts qu'ils n'avaient d'ennemis à combattre. Les Français n'ont que 2 tués et 48 blessés...

Ce combat avait été marqué par des épisodes qui rappellent les prouesses des paladins du moyen âge. Junot s'était écarté du gros de sa troupe pour gagner une hauteur d'où il peut même voir l'ensemble du combat : un aga, Agou bey, le reconnaît à son costume et fond sur lui accompagné. de son maûielouk. « Junot laisse pendre son sabre à la dragonne, tire un excellent pistolet de ses fontes, lève lentement la main, vise l'aga, qui, courbé sur sa selle, précède son mamelouk de cinq ou six pas, et, entre les deux oreilles de son cheval, lui loge une balle au milieu du front. L'aga étend les bras, se renverse en arrière, vide les arçons et tombe. Quant au mamelouk qui le suit, un coup de sabre lui fend la tête. La petite armée bat des mains, elle est digne de son général et son général est digne d'elle. » (Pascal, Histoire de VarmÀe.)

Lorsque Bonaparte reçut, le soir même, la nouvelle de ce succès, il fut rempli d'admiration et décida qu'un concours serait ouvert pour un tableau qui rappellerait ce combat extraordinaire. Il eut lieu en l'an IX. Gros, Hennequiu, Meynier, Gérard y envoyèrent des esquisses peintes. Gros obtint le prix, et son esquisse est une des œuvres les plus précieuses du musée de Nantes. Cependant le tableau ne fut jamais exécuté. Napoléon craignait alors de diviser la gloire qu'il voulait garder pour lui seul. La moitié de la toile qui devait contenir le combat de Nazareth , et où le dessin était déjà commencé, servit [pour le célèbre tableau des Pestiférés de Jafîa, où ce n'était plus Junot mais Bonaparte qui était glorifié.

Toutefois ces prodiges de valeur n'auraient pu sauver les Français. Junot rallia Kléber ; mais tous les deux, après avoir arrêté encore l'a-

.BATAILLE DU MOXT THABOE. 193

vaut-garde des Ottomans sur les hauteurs de Louhyeh^ le 11 avril, étaient cernés dans la plaine, au pied du mont Thabor, par toute l'armée turque; ils n'avaient que 3.000 hommes contre 12.000 cavaliers et autant de fantassins : ils étaient menacés d'une complète destruction.

L'arrivée de Bonaparte et de ses 2.000 hommes sauva les deux généraux français. Kléber avait essuyé depuis les premières lueurs du jour les charges de la cavalerie turque et les avait repoussées avec la plus grande bravoure, lorsque le lendemain matin , vers les 9 heures, le général Bon attaqua l'ennemi sur ses derrières, et s'empara de son camp. Après avoir cerné les Français les Turcs étaient cernés à leur tour ; les divisions françaises étaient disposées de manière à former les trois angles d'un triangle équilatéral; l'ennemi se trouvait au centre ; aussi, dès les premières décharges, l'épouvante se mit dans ses rangs. Turcs et Arabes se débandèrent ; tandis que la cavalerie gagnait en toute hâte le Jourdain, l'infanterie cherchait un refuge sur les hauteurs. La nuit empêcha les Français de massacrer les débris de ces troupes, qui le matin même étaient maîtresses du champ de bataille; l'armée de Damas n'existait plus. Elle avait servi cependant à faire diversion et à épuiser les munitions de l'armée.

En effet, revenu dans son camp, Bonaparte manquait de boulets. Sydney Smith se chargea de nous en procurer. On faisait paraître de temps en temps sur le rivage des pelotons de fantassins , ou de cavaliers. Aussitôt le commo<lore anglais faisait feu de toutes ses pièces et les soldats allaient ramasser dans le sable les projectiles que l'escadre anglaise faisait pleuvoir si complaisamment. Le taux était, pour un boulet de 36 ou de 33, de vingt sous ; de 12, quinze sous ; de 8, dix sous. « C'était un spectacle singulier de voir les soldats , formés en groupe sur le rivage, s'offrir aux canons anglais comme point de mire, puis, quand ils avaient provoqué une décharge, courir pêle-mêle à la poursuite des boulets amortis. Un soldat de la 13° demi-brigade en ramassa à lui seul, dans une soirée, pour plus de 80 francs (1). » De pareilles ressources étaient bien précaires ; Bonaparte le comprenait mieux que

(1) Histoire scientijque et militaire de l'expédition franrfiise en Egypte, Paris, in-S", 1830-36 t V p. 298. ' • '

KAPOLKOX I". j.

tM XAFOLtOX !•

|.MS«WM. Les «SSà^ês «^«MJ«I «BMC pMSKHS «mo^ «Hoi «YMBK

^ • !f„^,^ - - - ^^j^La^^^ ^b^n^k^^kiM^^ ^ê^^ê^^Ê^^ Jm^^ fll^B^WiMMBB^K .^^^ugiA^^^^ ^^R^OHiA^H^k

<^ MRMBSMS^ MHS MMIP» «WHK CVB9C fK gaMÊKOS pBWBS> ■ «■hR

^w fe 9K«^ 4fr s* cwHfOtsM ilfpmihil èe b pn» db& cette idle, et a l«i nilihàt y^1 êA»c awsai rf»«iiw»»t dhàt porter —e gniv <<teiMleàs»iiM«Mw^;a»*fea>àmdc«ier«sswitpi»tMMg

mMks BiMfMte cnUftSaàBl-J«ui dTAcre Je aes dMMwrs yyclilex Lt$ Fnanafe s'fhfwt «Jeus, wvwsert I» Téks yi «ssHHBtdeks amiwr,«»«ifidfesiiil>Ml^ mmâ ■>iUM JbtwslesfciAew^gK>MMS ce ^Kcds «^ 4e pM 4e dbrfe; les Fnai(MK sast «n^l£$ par 4e ■wwwEK fteafett 4e ■wwe— k retwclMiMiiatu ; les Twts «» fam^ les dMsscMl 4e6posilM«8 ^% vi Bi«. rdg^iwMt S^wnl Fo«ler, le ckeT 4e VqgiJe Tcmvx «laient ^ nK&. AvÉMT 4« sêaénl em càfrf, Craisier, Aiô^, £<i«^ ^ fflipAiwiiii, DvNc, «vaieHt êir ^li^xvflKM Uceaés. les fftrfrMW C>ARK«tRwl«d[»raîe«téléihvpêsaNrtdkMiÉ4H^ les »sawte pwV»'4nÉha B>— pmrte lUMina à sam eatreprè* ^ lera le si^ipe. I^aiwe «Tait aÎMÉé à sa S^a»e; hms «k 4n IhAs pnKqnax 4e Tes-

ilslade iKiKftle. « Cet ch4«s phAmé 4e Mmt SmiIi, ma bit wuM|«er wa fMtwe; et «gttelàcayt^aiaiÉwt-il «spailMt 4e SiMt Itnm •fActe, m aseslee»pkliè4'«Mi«^ 4mb ksIdhBct4ftpMter «a cw|p wMtel MX Aii^Ms. »

Cette iièe le pnaa-aiTait « Gb4acral«lle<

Page 1