RETOUR DE BONAPARTE EN FRANCE
pes à feu, de moulins à vent élèveraient l'eau dans des châteaux d'eau, d'où elle serait tirée pour les arrosages ; de nombreuses émigrations arrivées du fond de l'Afrique, de l'Arabie, de la Syrie, de la Grèce, de la France, de lltalie, de la Pologne, de l'Allemagne quadrupleraient sa population; le commerce des Indes aurait repris sou ancienne route par la force irrésistible du niveau ; la France, maîtresse de l'Egypte, le serait d'ailleurs de l'Indoustan... Il y a aussi loin du Caire à l'Indus que de Bayonne à Moscou; une armée de soixante mille hommes montés sur cinquante mille chameaux et dix mille chevaux, portant avec elle des vivres pour 50 jours et de l'eau pour 6 jours, arriverait en 40 jours sur l'Euphrate et en 4 mois sur l'Indus au milieu des Seikhs, des Mahrattes et des peuples de l'Indoustan, impatients de secouer le joug qui les opprime.
« Après 50 ans de possession , la civilisation se serait répandue dans l'intérieur de l'Afrique. Plusieurs giandes nations seraient appelées à jouir des bienfaits des arts, des sciences, de la religion du vrai Dieu, car c'est par l'Egypte que les peuples du centre de l'Afrique doivent recevoir la lumière et le bonheur. »
Ces pensées glorieuses, et dont les événements devaient montrer la justesse, charmaient l'esprit de Bonaparte ; on peut affirmer que la pensée de l'Egypte l'occupa souvent et qu'elle fut presque pour lui un regret, même lorsqu'il fut empereur. Nous en avons donné plus haut la preuve.
Quoi qu'il en soit, il allait poursuivre de nouvelles destinées. Mais il ne serait pas juste de répéter, comme on l'a dit souvent, qu'il abandonna cette inutile conquête en y laissant une armée dans la détresse, sans artillerie, sans habillement, sans pain , réduite au quart de sou effectif. Les événements semblaient exiger le retour de Bonaparte. Il pouvait se figurer et faire croire que l'intérêt de la patrie lui faisait un devoir de se mettre au-dessus de l'obéissance qu'un général ordinaire devait au gouvernement qui l'avait nommé :
D'ailleurs, si l'on en croit Thibaudeau (1), Bonaparte, avant l'expédition d'Egypte, avait remis au Directoire une note détaillée sur le projet d'une descente en Angleterre. Cette note figure dans la correspondance, sous la date du 24 germinal an VII. Bonaparte estimait que tous les moyens nécessaires ne pourraient être réunis avant l'hiver de 1799, et il avait été convenu qu'il reviendrait en France pour
(1) Thibaudeau, Guerre d'Egypte, t. I, p. 2C1, afiBrme que ce fait lui a été certifié par Merlin de Douai.
cette époque, api'ès avoir établi son armée en Egypte, ou il la laisserait sous le commandement de Kléber.
Les événements concordèrent trop bien avec son ambition. Il choisit pour l'accompagner des hommes d'action, capables d'un hardi coup de main, comme Juuot, Bessières, Lannes, Murât, ou absolument dévoués, comme Berthier; puis, confiant au Muiron et au Carrere le soin de porter « César et sa fortune », il se risqua au milieu des croisières anglaises qui sillonnaient la Méditerranée. Son arrivée allait provoquer l'enthousiasme et rallier des partis plus turbulents que résolus ; lui seul manquait pour renverser un gouvernement qui avait pris comme système politique « l'anarchie tempérée par les coups d'Etat », et qui, par un juste retour de la fortune, allait tomber dans les pièges qu'il croyait avoir mis tant d'art à dresser.
Mais Bonaparte laissait dans l'Orient qu'il quittait des souvenirs qui ne se sont pas effacés et qui devaient plus tard être utiles à l'iufluence française. Le poète est presque un historien lorsqu'il dit :
Vainqueur, enthousiaste, éclatant de prestiges, Prodige, il étonna la terre des prodiges. Les vieux clieiks vénéraient l'émir jeune et prudent, Le peuple redoutait ses armes inouïes; Sublime, il apparut aux tribus éblouies Comme un Mahomet d'Occident.
Leur féerie a déjà réclamé son histoire, La tente de l'Arabe est pleine de sa gloire. Tout Bédouin libre était son hardi compagnon; Les petits enfants, l'œil tourné vers nos l'ivages, Sur un tambour français règlent leurs pas sauvages, Et les ardents chevaux hennissent à son nom.