‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 84 sur 389 · LE COUP D ETAT · texte numérisé non relu

LE COUP D ETAT

E Directoire n'avait pas su profiter de la situation que lui avait faite le traité de Campo-Formio.

Ce traité n'était sans doute qu'une trêve pour les vaincus qui avaient été contraints de le signer. Il n'était pas probable, en effet, que l'Autriche, malgré la compensation qu'elle avait reçue en Véiiétie, eût sincèrement renoncé au Milanais. Mais c'était une raison de plus pour le Directoire d'agir avec prudence et modération et de ne pas disperser les forces militaires de la France. Or le gouvernement semblait avoir pris plaisir à provoquer une nouvelle coalition de l'Europe par la continuation d'une politique révolutionnaire qui ne se justifiait plus et qui, non contente d'inquiéter les intérêts, irritait les consciences.

La Suisse avait vu sa neutralité séculaire violée, son territoire en-

vahi, son trésor fédéral i^illé, et malgré la résistance de ce petit peuple, résistance qui s'était surtout affirmée dans les cantons pauvres et montagneux du centre, berceau de sa liberté, la République helvétique , démocratique et unitaire, avait été substituée à l'ancienne Confédération suisse, où chaque canton avait sa constitution distincte et, le plus souvent, oligarchique. Le Piémont avait été soumis à la domination française et enlevé de fait au roi de Sardaigne malgré le traité de Paris. Le pape Pie VI avait été chassé de Rome et emprisonné. Le roi Ferdinand de Bourbon et la reine Caroline avaient été contraints de se réfugier en Sicile sous la protection des Anglais. Les grands noms de République romaine et de République parthénopéenne , donnés aux deux gouvernements établis alors dans les deux plus importantes villes de l'Italie, cachaient mal de petites choses-.

La seconde coalition, qui s'était formée à la suite de ces agressions, était aussi dangereuse que la première ; car si l'Espagne, le Piémont, la Prusse, la Hollande n'y étaient plus engagés, la Russie, où régnait Paul I", y prenait une part active et sincère. Une grande armée russe, commandée par Souwarofl", s'était jointe aux forces autrichiennes.

D'ailleurs la France était épuisée par les grands efforts des années précédentes; elle fut d'abord partout vaincue, depuis la pointe du Helder jusqu'au détroit de Messine. Il fallut toute l'habileté de Sieyès dans une ambassade à Berlin et la loyauté du roi Frédéric-Guillaume pour empêcher les ministres prussiens de se préparer à prendre une part des dépouilles de leur allié vaincu. On put même craindre que le Rhin ne fût franchi par les Autrichiens ou les Russes. Si ces craintes se réalisaient, il était certain cependant que la Prusse n'hésiterait plus à venir (( protéger contre une invasion » les provinces de la rive gauche qu'elle nous avait cédées par le traité de Bâle. Trois événements sauvèrent la France : les victoires de Brune en Hollande, à Bergen et à Castricum, l'admirable campagne de Masséna en Suisse, terminée par la victoire de Zurich, et l'abandon de la coalition par Paul I™.

Paul P"" n'avait pris les armes que pour rétablir les souverains détrônés par la Révolution. Mais lorsqu'il vit l'Autriche refuser de rendre au roi de Sardaigne, qui s'était mis spécialement sous la protection du

Page 1