‹ Napoléon Ier [microforme]Chapitre 6 sur 6 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

94 LES GÉNERAUX

mit le sabre au fourreau et retourna en selle, d’un cri qui haussa les Guides, commanda: Sabres bas ! A droite et à gauche accélérez ! Stupéfaits, les premiers de la colonne eurent à peine le temps de s’écarter. Deux à droite, deux à gauche exactement les rangs français se fendirent, la colonne précipita sa course le long des houlans, cela si près que les sombres Guides, désarmés, les frisèrent du bout des bottes et que, histoire de plaisanter, par maniere, une joue dans le crin des chevaux, joyeux, ces malins garçons grimaçalent, tiraient en riant leur langue, de bizarres langues, si contournées, si tordues, que le long de l'ennemi, tant se pressait farouche le galop des Guides, on eût dit un frétillement de vers rouges.

L'ennemi horrible, fou se resserrait entre eux. Un bras levé, comme les enfants ont peur, les houlans ne pouvaient plus fuir et leur débâcle se déroula rapide entre deux galops, deux raies de foudre qui, sans les toucher, même d’un effleurement de la manche, les devancèrent d’un glissement si prompt qu'aucune lance houlane n'eut le

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sir iles temps de piquer quelqu'un. Les hommes

s, COM- de Junot, file par file arrivaient en tête, gauche abandonraient l'ennemi, le laissaient der-de la rière, fermes, froids, sans un mot. Per- S CCar- sonne ne broncha. Rien sur leurs fronts, *xacte- qu'une pensée simple écrite dans les ent, la rides : qu'il fallait suivre le petit, là-bas, 1g des l'ami de Bonaparte et que c'était lui qui mbres commandait; sans comprendre, les Guides, 1 bout débarrassés de l'ennemi, s'étaient soudain sa nber, reformés, se réaccouplaient au grand train Im des par quatre ;—mais lorsqu'ils eurent fait ns oT1- cent mètres, et que, loin déjà les houlans has de si miraculeusement épargnés tourbillonsi tor- naient, s'égorgeaient de cris, s’'appelaient ant se et cherchaient, enfin saufs, où pouvait les, on s'enfuir leur effroi, Junot, d'un coup de ouges. rênes fit volter son bai et dardé sur ses entre étriers, magnifique, leva dans le soir son ts ont sabre :

fuir et — Face en arrière !

> deux A ce cri subit, imprévu qui montait ns les non d'une poitrine mais d’une âme, les de la premiers chevaux des Guides s’écrasèrent. sat : La colonne se serra et dans le trouble des eut le

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des fourreaux, tressaillit l'esprit français qui allait aux faces et ne sabrait pas par derrière. Dans un bruit de mort, par foulées géantes, au galop, s’élancèrent à la fois les juments ronflantes, les hommes sur les bêtes, les pistolets et les sabres, lorsque Junot rugit enfin :

— Chargez.

Quelle belle furia franchese et pourquoi faut-il que Junot se soit mêlé de faire de la diplomatie au lieu de continuer à sabrer :

Permettez-moi de vous tracer encore un portrait, celui-là si suave, si délicat qu'il a tenté uu chroniqueur italien dont le récit a une touche poétique d’une saveur inouie au sein des tableaux de carnage qui l'entourent.

Les Français sont dans Milan : l'Italie un peu rassérénce fait sa cour au conquérant.

Une représentation à lieu au grand Théâtre de la Scala, après laquelle unedélégation de la beauté italienne viendra présenter ses hommages au Corse amoureux de Joséphine et que rien ne peut distraire,

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Il y a là Pietra Marini, le délire de Milan ; la inarquise Anconati, de la plus haute noblesse, bras et épaules nus, sans ceinture, jolie comme un anthémis dans sa tunique blanche fermée au cou par une clé d’or; Monti la Romaine, femme du poète ; Gherardi di Brescia, blonde, une averse de dentelles vénitiennes : la comtesse Albani, un peu de vapeur, des gazes, un soufie opalin, la buée qui monte, une soirée de mai, d'un lac ; et Grassini, la diva, reine du théâtre et du cœur des hommes.

Napoléon leur offre de leur faire voir ses lions et l’on part le soir accompagné de Murat et de Junot porteurs de torches

visiter le Corso où dormait l’armée victorieuse.

Les femmes en robes de bal eftleurent les corps je és pêle-mêle et qui tressaillent au frôlement de leurs mousselines et des lames d'argent qui bordent leurs tuniques.

C’est alors que Murat les emmène voir le petit dieu Mars lui-même, l’éphèbe qu'avaient ainsi baptisé les rudes guerriers de ces campagnes meurtrières.

Et voici la description si chaude, si colorée que j'ai trouvée de ce Benjamin de la cavalerie française qui avait nom Lasalle.

Sur un carré de gazon, assoupi, un orand et bel homme vert, une émeraude dans l'herbe.

La tête songeait, posée contre un bras, sous le baiser de la lune, derrière le secret de deux paupières d'enfant, blanches, aux cils purs, en éventail, qui écartaient de l'ombre sur les joues. Les cheveux se tortillaient en petites boucles roulées, comme des lézards qui joueraient à se mordre ; et le front ferme, semblait être comme la main d’une mère, ou comme la pensée l'avait modelé, rond comme un dos de fleur. Tant de beauté attira les femmes ; elles se perchèrent....

La moustache retroussée, cirée, enlevait le sourire, Sommeil heureux.... les mains s’allongeaient dans le hasard de ce que le rêve leur offrait, allaient, venaient, touchaient l'herbe à peine. Un galon d'argent lumineux cernait, sur sa poitrine bombée, douze tresses d'argent sem-

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blables. Les jambes, négligentes, étaient chaussées de bottes vertes à glands clairs, aux cassures fines ; l’une, la droite, un peu pliée ; au bout de chacune, un pied frôleur. Même dans le sommeil, on le devinait agenouillé. Tout, de cet amoureux.

apparaissait gai, intrépide, délicat, Jusqu'à sa pipe blanche de porcelaine, en bandoulière, qu'on eût prise pour un gran(| lis ; tout de cet homme était parfait, d'une couleur, d'un dessin suprêmes, comme l’œuvre des doigts de Dieu qui sculpta la chair, comme un animal libre, un tableau de maître, un vers de génie.

Les yeux ensorcelés des femmes se mirent à battre comme de petites ailes,

—]Il est divin.

Peu à peu elles s'étaient unies. Sur la tête de cet homme cinq fronts de femmes se touchèrent, leurs âmes pailletaient.

Murat, Junot, malins, baissèrent un peu plus les flammes, — et c’est alors qu'un genou en terre, puis deux, celle qu’on appelait la parure de l'Italie, Gherardi di Brescia, belle entre les belles, se laissa choir sur le dormeur. Il ne bougea pas,

mais ses dents sourirent. La bouche du soldat, sous le parfum, chuchota des phrases d'amour légères, une musique d'insectes, et la nuit, comme pour entendre,arrêta ses astres.... La femme avait pris le front ‘lans ses mains, le regardait comme on prie le ciel. Cette adoration, sans un cri, en ce ‘doux paysage italien, fut sublime, exempte de péché, chaste.

Longtemps elles restèrent ainsi, regardant sommeiller Lasalle.

Le pauvre Lasalle devait périr à Wauram sur le champ de bataille, laissant la réputation du plus brillant cavalier de cette époque qui ne comptait que des maîtres.

Trois femmes traversent bruyamment là carrière napoléonienne, trois fenimes qui représentent chacune une passion, une obligation ou un sort ; ces femmes, ce sont Joséphine, l’amour, madame de Staël, la haine, Marie-Louise, le devoir.

Autour de ce trio peuvent manœuvrer et papillonner une foule de comparses ; à droite et à gauche peuvent naître une foule d'incidents, mais l’histoire féminine de l’époque se résume dans ces trois noms.

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Cependant il serait contraire à la fidélité historique de passer sous silence la partie féminine de la famille impériale :

d'abord, madame mère, dont Bonaparte a dit lui-même: “Tout petit garçon, j'ai été initié à la gêne et aux privations d’une nombreuse famille, Mon.père et. ma mère ont connu de mauvais jours.... six enfants ! Le ciel est juste. ... ma mère est une digne femme.” C’est en 1811, en plein p'uvoir impérial, que Napoléon tient ce langage et pourtant, la bonne femme, s’il fallait employer un de nos néologismes actuels, ne prêtait guère au décorum. Que de fils parvenus, comme nous en voyons chaque jour, n'auraient pas été confus de mettre au premier rang de l’Empire une mère dont les manières et le langage étaient si peu en rapport avec leur haute situation !

Madame mère n'avait jamais pu se défaire de son abominable jargon corse et appelait toujours son fils l'£mperour : elle avait, des malheurs de son veuvage, conservé un instinct d’avarice qui crispait absolument Napoléon. Au sortir de ses

scènes constantes avec Joséphine qui ne connaissait pas de plus grandes délices que de jeter l'argent par les fenêtres, et de faire des dettes, il se heurtait aux ménagements sordides de Madame Mère toujours disposée à ne pas écorner sa pension et à faire des économies qui humiliaient Napoléon parce qu’elles avaient lair d'un manque de confiance dans la solidité de son empire et de sa puissance.

Les sœurs de Napoléon, que l'on ne peut pas omettre d’une étude de son temps, n'apparaissent ‘dans le cadre de l’épopée que comme des comparses ambitieuses de jouer les grands rôles, mais manquant, comme tout le reste de la famille d’ailleurs, de cette envergure, de ce tact, de cette étincelle qui faisaient du chef de la famille un être à part.

C'est d’abord Elisa Bonaparte, la femme-homme de la famille, mal mariée, elle, l’aînée, à ce petit Italien de Bacciochi que Napoléon appelait ce bon et ce rebon de Bacciochi ; on sait ce que valait dans sa bouche un compliment de ce genre. Les mémoires du temps nous la dépeignent

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comme une personne ‘“ désagréablement poiniue ” et peu accommodante. Elle faisait, paraît-il, son petit Napoléon, passant des revues, jouant au soldat et imitant dans la mesure de ses moyens son grand frère ; mais, si elle s’unit à sa sœur Caroline, la femme de Murat, pour conspirer contre le chef de famille qui les avait toutes sorties de l’arrière-boutique où elles seraient certainement restées, dans le cours ordinaire des choses, elle ne causa Jamais à celui-ci autant de difficultés et de tracas que la femme du roi de Naples.

Aussitôt marie au beau Murat, Caroline, suivant l’expression vulgaire, porta les culottes. Napoléon disait d’elle : “Avec madame Murat, il faut que je me mette toujours en bataille rangée.” Talleyrand qui sy connaissait disait: ‘“ Elle portait une tête de Cromwell sur des épaules de jolie femme.” Madame Cromwell abusa de ces avantages pour trahir outrageusement son frère; sa conduite est inqualihable et le désir de conserver un trône ne pourrait excuser une pareille lâcheté ; je me contenterai, pour la flétrir, de citer ici

ni

les termes mêmes de la correspondance de Napoléon : ‘“ La conduite du roi de Naples, dit-il, est infâme et celle de la reine n’a pas de nom. J’espère vivre assez longtemps pour venger moi et la France d’un tel outrage et d’une ingratitude aussi affreuse.”

La figure vraiment intéressante du trio des sœurs de Napoléon est celle de Pauline Bonaparte, femme jusqu'au bout de ses petits ongles roses, la plus belle parmi les belles femmes de son temps, jalouse uniquement de conserver son titre de ‘ reine des colifichets, ” honneur suprême à ses yeux, que lui ont valu son élégance et sa coquetterie.

Sa beauté resplendissante, sans rivale dans toute l’Europe,a été immortalisée par le ciseau de Canova, qui a légué à notre admiration le modelé des formes incomparables de la princesse reposant en costume fort léger sur un lit antique. Le caprice audacieux qui porta Pauline à pren-

dre dans l'atelier du sculpteur cette pose

peu chaste quoique très académique, indique d’un seul trait tout son caractère.

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Infatuée d'elle-même, sensible à tous les hommages, incapable d'aucune retenue dans ses fantaisies les plus inconsidérées, telle était celle que, dès son enfance, on appelait la jolie Paulette.

Arnault en a fait le portrait suivant en 1796 :

“C'était la plus jolie personne qu’on pâût voir et aussi la plus déraisonnable qu'on pût imaginer. Pas plus de tenue qu'une pensionnaire, parlant sans suite, riant à propos de rien et à propos de tout, contrefaisant les personnages les plus graves, tirant la langue à sa belle-sœur quand elle ne la regardait pas. ”

Pauline conservera toujours devant l'histoire un renom glorieux ; de la famille impériale, si j'en excepte Madame Leœtitia, Madame Mère, qui jamais ne perdit de vue son petit Buonaparte, ce fut la seule qui vint à l’île d’Elbe consoler le proscrit : la veille de Waterloo elle mit en gages ses bijoux pour aider la cause du vaincu et si elle fut belle, elle fut bonne.

Près de son frère éprouvé par le malheur, Pauline émue, frappée d’une si

grande infortune, se montra ce qu’eile était réellement, une bonne et charmante fille.

Je ne vous parlerai pas de ces petites pédantes qui ont vidé leurs écritoires sur le dos du grand homme, lorsque le temps cles faveurs fut passé. Mais cela ne doit pas m'empêcher de tracer, ne serait-ce que d’un trait rapide, un aperçu absoiument inédit de cette cour féminine.

Madame de Brissac, ure des dames d'honneur de l’impératrice Joséphine, était prodigieusement sourde. Le jour où elle fut présentée à l'Empereur, elle s’inquiéta beaucoup des questions qu'il lui ferait probablement et de ce qu’elle aurait à lui répondre. On lui avait dit que Napoléon s'nformait presque toujours de quel département on était, de l'âge qu’on pouvait avoir et du nombre d'enfants qu’on avait.

Connaissant son infirmité, elle se méfia de son oreille que la timidité ou l'émotion pouvait rendre encore plus dure, dans un pareil moment, et elle calcula que l'Empereur lui adresserait les questions dans l’ordre où les avait classées celui qui

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l'avait prévenue. En conséquence, et, suivant cet avis, Napoléon devait lui demander d'abord de quel département elle était, son âge, et enfin, combien elle avait d'enfants.

Arrive le jour de la présentation, Mme de Brissac, parée comme une femme de la cour, et n'ayant omis ni la toque empanachée, ni la robe à queue traînante, fait ses trois révérences à l'Empereur qui, ne s'étant pas imposé la loi de demander la même chose à tous les visages inconnus qui comparaissaient devant lui, lui uit, assez rapidement, quoique avec sa bienveillance accoutumée : “ Madame, votre mari était-il frère du duc de Brissac tué au 2 Septembre, et, dans ce cas, avez-vous hérité de ses terres ? ”

Comme la phrase était longue, madame de Brissac crut qu'il y en avait au moins deux, et répondit, en souriant et de l'air du monde le plus gracieux : “ Seine-et- Oise, sire, ”

L'Empereur, quoique ne faisant pas toujours grande attention aux réponses qui lui étaient adressées, fut frappé pro-

bablement de l’incohérence de celle-ci ; il regarda madame de Brissac d'un air étonné et ajouta : ‘“ Vous n'avez pas d’enfants ?”

—** Cinquante-deux, sire,” lui réponditelle, croyant que cette fois Napoléon lui avait demandé son âge. *

Il ne lui fit pas d’autres questions et continua à faire le tour du cercle. Il avait compris que madame de Brissac avait au moins l'oreille dure.

Un autre incident très drôle dans ce milieu bigarré.

M. de Talleyrand étant dans la: salle du Trône, aux Tuileries,un jour que quelques dames du palais de l'Impératrice nouvellement nommées, attendaient le moment où elles devaient prêter serment entre les mains de l'Empereur, remarqua parmi elles la jolie madame de Marmier, fille du duc de Choiseul, parce que sa robe paraissait beaucoup plus courte que celle des autres dames; mais comme ses pieds étaient charmants, on oublia ce défaut d’étiquette. Quelqu'un avisant le grand chambellan dans sa contemplation de la

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toilette de madame de Marmier, lui demanda ce qu'il pensait de cette dame.

Celui-ci répondit avec cette parole douce et lente qui lui était habituelle : “ Mais je pense que cette jeune dame a des jupons bien courts pour prêter un serment de fidélité.”

Mais je m'aperçois que je m’éloigne des trois noms que je vous citais, il ya un instant, madame de Staël, Joséphine et Marie-Louise.

Nous allons prendre, si vous le voulez, d'abord madame de Staël. Il n’y a rien qui me fasse plaisir comme de mesurer à Jaune qui lui convient cette mauvaise petite Suissesse qui prétendit se mâter contre le héros impérial. Je respecte toutes les opinions, je comprends que personne n'est obligé de partager à l'égard de Bonaparte les opinions que je professe, mais j'ai horreur des cancans.

Madame de Staël, qui n'était pas une Lucrèce, rêva de jouer auprès de Napoiéon le rôle qui à illustré cette bonne madame de Maintenon.

Elle n’était pas très délicate cette intri-

gante et joua la comédie de la passion pour forcer les portes.

Tandis que Bonaparte était en Italie, elle lui adressait des lettres pleines d’enthousiasme, en insinuant que la veuve de Beauharnais — c’est de Joséphine qu'il s'agissait — était loin de répondre à un génie aussi sublime que celui de Napoléon.

Ses épitres étaient enflammées, et Bourrienne, qui connut à fond l’état d'âme de Napoléon, nous dit: ‘ Toutes ces extravagances dégoûtaient Napoléon à un point que je ne saurais dire. ”

Toute la grande colère que madame de Staël a montrée à l’égard de Napoléon et dont M. Taine s’est fait le trop complaisant colporteur, prit naissance dans cette courte conversation, qui est, suivant l'expression anglaise, short and sweet.

Au retour d'Italie, raconte Talleyrand, madame de Staël se fit présenter à Napoléon qu’elle accabla de compliments ; lui, laissait tomber la conversation ; elle, désappointée, cherchait tous les sujets possibles. — Général, lui dit-elle, quelle

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est la femme que vous aimeriez le plus ?

— La mienne. — C’est tout simple. Mais quelle est celle que vous estimeriez le plus ? — Celle qui sait le mieux s'occuper de son ménage. — Je le conçois. Mais enfin, quelle serait, pour vous, la première des femmes ? — Celle qui a le plus d’enfants, madame.

Et là-dessus, Bonaparte tourna les talons.

Madame de Staël, qui n’enfanta jamais que des romans, ne le lui à jamais pardonné.

y'ai hâte de quitter cette rirago, comme l'appelait Napoléon, pour arriver à Joséphine, qui est pour moi la figure touchante dans cette épopée.

Joséphine put avoir tous les défauts, commettre toutes les fautes, elle jette une lueur inoubliable, touchante sur cette époque ; elle est si finement liée au héros qu’elle nous attache.

Voulez-vous son portrait,

La voici dans le salon de la Tallien :

Elle était de taille moyenne, parfaitement proportionnée., Tous ses mouvements

avaient une souplesse nonchalante s’accentuant avec naturel en des poses négligées qui donnaient à toute sa personne une sorte d’exotique langueur. Son teint mat où transparaissait l'éclat de minces feuilles d'ivoire, prenait une douce animation sous les reflets veloutés de grands yeux bleu foncé, aux cils légèrement relevés. Les cheveux d'un châtain douteux s'échappaient en spirales pressées d’un réseau fermé d’une plaque d’or, et leurs boucles folles venaient encore ajouter au charme indéfinissable d’une physionomie dont la mobilité était excessive, mais tou-

jours attrayante.

Sa toilette contribuait à compléter l’aspect vaporeux de toute sa personne ; sa robe était de mousseline de l’Inde et son ampleur exagérée traçait autour de son corps des sillons nuageux. Le corsage, drapé à gros plis sur la poitrine, était arrêté sur les épaules par deux têtes de lion émaillées de noir. Les manches étaient courtes, froncées, sur des bras nus, fort beaux, ornés au poignet de deux petites agrafes en or.

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Joséphine avait un esprit très délié, très piquant et ses bons mots taillaient dans le vif, mais Bonaparte savait lui donner la réplique. Choquée du luxe ridicule d’une femme de haute noblesse qui avait réussi à se faire recevoir à la cour consulaire, Joséphine disait à son mari: ‘ Conçoistu, Bonaparte, cette Mme de X.... qui se donne des airs d'avoir deux chasseurs derrière sa voiture ? — Ce ne sont pas des chasseurs, répliqua le Premier Consul, ce sont des braconniers.”

M. de Brissac, chambellan de l’Impératrice, se présenta un jour devant elle avec les insignes d’un ordre de nouvelle création où étaient figurés le lion de Cassel, le cheval de Brunswick, le dragon de Danemark et d'autres emblèmes empruntés au règne animal :

— Bon Dieu, s’écria avec une fausse naiveté l'Impératrice, il n’y a donc que des bêtes dans cet ordre-là !

Joséphine avait un charme indéfinissable dans sa conversation : elle savait causer, elle savait accueillir son monde avec une amabilité, une spontanéité de

repartie qui la faisait adorer du peuple français.

Joséphine resta toujours l’Impératrice, même quand elle dut laisser le trône à l’'Autrichienne.

Qu'était Marie-Louise pour le peuple français ? Une intruse, une nécessité gouvernementale.

Elle était sotte, elle était Allemande.

Jamais elle ne put faire vibrer les cordes du sentiment français.

L'histoire nous à laissé son signalement et nous y trouvons les données raciales les plus caractéristiques.

“Taille, cinq pieds deux pouces, — c'est grand pour une femme ; —longs cheveux blonds divisés sur le front en grosses touffes pendantes, un front assez élevé, des yeux d’un bleu de faïence, la face marquée de la petite vérole et piquetée de rouge, le menton lourd et saillant, les dents blanches assez séparées et portées en avant. la poitrine très forte, les épaules larges et bianches, les mains toutes petites, des pieds charmants.”

Malheureusement, ils ne parlaient pas

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ces petits pieds dont l'Empereur était si fier.

Par contre, Marie-Louise parlait et avec une assurance fort drôle ; Napoléon qui l’adorait, car il ne fit jamais les choses à demi, redoutait constamment des pataquès de la part de sa nouvelle épouse, fort mal vue dans les cercles des vieux bonzes de là République.

Un jour qu'il s’'emportait outre mesure contre l’infidélité de son auguste beaupère, l'Empereur d'Autriche, Napoléon s'oublia jusqu'à dire à Marie-Louise :

“ Votre père est une ganache ! ”

Marie-Louise qui comprenait peu le français demanda le soir même, au cercle de l'Empereur, à un courtisan quelconque venu là par hasard :

— L'Empereur m'a dit ce matin que mon père était une ganache, qu'est-ce que cela veut dire ?

Le courtisan, comme dit la chanson, s'incline, s’inciine, ...

—Cela veut dire, répond-il, un homme de bon conseil, un homme de poids.

À quelques jours de là, la mémoire

toute fraîche de sa nouvelle acquisition française, l’Impératrice qui présidait le Conseil d'Etat, voyant la discussion plus animée que de coutume, interpella pour y mettre fin Cambacérès, l’homme is plus empesé par les traditions, et lui dit :

‘“ C'est à vous de nous mettre d'accord dans cette occasion importante, vous serez notre oracle, car je vous tiens pour la meilleure, la première ganache de l’'Empire.”

L'histoire n’a pas enregistré le nez que fit Cambacérès.

Et je préfère quitter là Marie-Louise qui trahit et son fils ® et son époux. La postérité, vengeresse des simples lois de l'honneur et de la fidélité, rangera cette triste princesse parmi les malheurenses qui aux hontes du désordre conjugal s’efforcent d'ajouter la bassesse de cœur, la lâvcheté de caractère.

Et maintenant, mesdames et messieurs, ma tâche est terminée.

Heureux si j'ai pu faire entrer en vous quelque parcelle de la conviction qui m'’a-

(1) Voir Appendice: Le Roi de Rome.

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nime, j'aurai sûrement la satisfaction de me dire que j'ai contribué à vous faire aimer la France.

Français, il l'était bien sûr, le héros de l'épopée impériale : la France il l’aimait, Comme a dit Stendahl, “ avec la faiblesse d’un amoureux.”

Je l'aime aussi et je sais que vous l’aimez, mes bons amis canadiens-français que je vois groupés autour de moi.

Faites comme moi, aimez Napoléon et soyez persuadés que tant qu’un être humain vibrera à la sensation chevaleresque de la gloire, l’orgueil le plus vivace de la France ne cessera de résider, de s’affrmer et de s’exalter dans le nom de Naléon !

Liste des ouvrages consultés et cités.

Abrantès (duchesse d’) — Mémoires.

Bouchot (H.) — La toilette à l& Cour de Napoléon.

Bourrienne — Mémoires.

Dumas (Alex.) — Mapoléon.

d'Esparbès (P.) — Za légende de l’'Aigle.

Imbert de Saint-Amand —- La citoyenne Bonaparte.

Las Cases (comte de) — Souvenirs de Napoléon 1°.

Levy (Art.) — Napoléon intime.

Marco de Saint-Hilaire — Anecdotes du temps de Napoléon 1%.

Masson (P.) — Napoléon et les femmes.

Stendahl — Wie de Napoléon.

Taine (H.) — Le Régime:moderne.

Walter Scott — Vie de Napoléon Bona parte.

PAGE 4. — La duchesse d'Abrantèôs.—Sur le riant, coteau bourguignon où se dresse une ruine antique, la jolie ville de Montbard, dispersée parmi les bois et la verdure, vient d'élever, bien tardivement sans doute, un monument à Junot, l’un de ses enfants : à Junot, le brave des braves, le jeune sergent du siège de Toulon, surnommé par ses camarades, ‘‘]a Teimpête ”, pour son intrépide cetiage; à celui qui fut l'ami des mauvais jours et l’un des premiers frères d’armes de Bonaparte, A côté de cette grande évocation des gloires nationales françaises, il convient de rappeler celle qui fut la compagne de cette grande vie et dont le souvenir est resté imprégné d’un charme profond. Mêlée de la façon la plus étroite à tout ce qui intéresse l'Empereur depuis sa première enfance, puis placée au premier rang des femmes les plus charmantes de sa Cour, Madame la duchesse d’Abrantès occupe un rang distingué parmi nos écrivains nationaux. Ses volumineux mémoires sont une mine de documents vécus du plus puissant intérêt sur l'Empereur et son temps.

Le récit des actes de Napoléon pendant les Cent. Jours, par Madame la duchesse d’A brantès, est l’un des plus dramatiques qui aient été faits sur cette période si courte, marquée par des triomphes inouïs, par les plus terribles revers. Après la mort de Junot, après la chute de l'Empereur, Madame la duchesse d'Abrantès vit sa fortune très ébranlée. Des habitudes de luxe, qu’il est souvent difficile d'enrayer à temps; de grandes charges de famille, la duchesse ayant eu de nombreux enfants ; une certaine insouciance dans l'administration de sa fortune amenèrent

une situation embarrassée qui, bientôt, devint une gêne étroite, La duchesse d’Abrantès alla se réfugier à l’Abbaye-au-Bois, auprès de Madame Récamier, son intime amie. C’est là qu’elle mit en ordre les notes innombrables et l’importante correspondance à l’aide desquelles, aidée par ses souvenirs, elle écrivit ses célèbres mémoires. Mais là ne se borne pas son œuvre littéraire.

Elle écrivit plusieurs romans. L'un, entre autres, qui a pour titre l’Amirauté de Castille et qui traite des troubles de l'Espagne sous le règne de Charles VI, est un ouvrage d’un très vif intérêt et d’une réelle valeur historique. Toujours très recherchée, la duchesse d’Abrantès, en dépit de revers noblement supportés, conserva jusqu’à la fin de sa vie un entourage d'élite. Comme au temps de la splendeur impériale, son modeste salon de l’Abbaye-au-Bois était le rendezvous de toutes les illustrations de l’époque. Sa mort arracha à Victor Hugo l’un de ses plus beaux cris de uouleur,

L'âme inspirée de Madame la duchesse d’Abrantès, héroïne et muse tout à la fois, son talent si vif, si naturel semblent avoir été créés pour fixer à jamais

la poésie mémorable et grandiose de l'époque où elle vécut. En même temps, avec ses grâces exquises, su hauteur patriotique, elle est bien l’image de ces grandes dames de l’ancien régime, élevées sur le piédestal de la gloire de leurs maris, serviteurs de Napoléon I‘,

PAGE 9. — Madame Mère.—Pour bien montrer que les hommages publics rendus à sa mère par Napoléon n'étaient pas une ostentation calculée de ses sentiments filiaux, il faut dire que Madame Bonaparte et son fils vivaient dans une affectueuse intimité, traversée quelquefois par des familiarités qu’on pourrait trouver déplacées, si sous la forme de la plaisanterie, elles n'étaient, en réalité, l’expression de la plus

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franche tendresse et n’excitaient d'ordinaire le plus vif plaisir chez les parents, C’est ainsi que Luætitia faisait en riant le récit de la petite scèr:e rapportée par Rœderer :

“C'était le 17 avril 1802, la veille du jour de Pâques... On parlait de la cérémonie de demain pour le rétablissement du culte, le serment des évêques, etc. Madame Bonaparte, la mère, me raconta qu'elle avait souvent donné des soufflets à Bonaparte pour le faire aller à la grand’messe le dimanche, A vant-hier, ajouta-t-elle, je lui dis: « À présent il n’est plus nécessaire de vous donner des soufflets pour vous faire aller à ia grand’. messe.” Il me répondit : ‘ Non, maintenant, c’est à moi à vous en rendre et il m’en donna un, en effet.” (Rœderer, Mémoires.)

‘Tous les dimanches, dit M. de Bausset, Madame Mère et toute la famille dînaient aux Tuileries.” ft après le divorce, on voit encore Lætitia ‘ priée par

l'Empereur de faire les honneurs de la Cour au Palais Impérial.” (de Bausset, Mémoires.)

PAGE 12, — Leteslament de Napoléon. Voici, dégagé des longs codicilles de dotation, le corps du testament de Napoléon I: :

Cejourd'hui, 15 avril 1821, à Longwood, Ile de Sainte-Hélène,

Ceciestmon testament, ou acte de ma dernière volonté.

1° Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans le sein de laquelle je suis né, il ya plus de cinquante ans.

2° Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aime.

3 J'ai toujours eu à me louer de ma très chère épouse Marie-Louise : je lui conserve jusqu’au dernier

moment les plus tendres sentiments ; je la prie de veiller pour garantir mon fils des embûches qui environnent encore son enfance.

4 Je recommande à mon fils de ne jamais oublier qu’il est né prince français, et de ne jamais se prêter à être un instrument entre les mains des triumvirs qui oppriment les peuples de l’Europe. Il ne doit jamais combattre, ni nuire en aucune autre manière à la France ; il doit adopter ma devise : Tout pour le peuple français.

5 Je meurs prématurément, assassiné par l'oligarchie anglaise et son sicaire ; le peuple anglais ne tardera pas à me venger.

6° Les deux issues si malheureuses des invasions de la France, lorsqu'elle avait encore tant de ressources, sont dues aux trahisons de Marmont, Augereau, Talleyrand et la Fayette. Je leur pardonne; puisse la postérité française leur pardonner comme moi!

7° Je remercie ma bonne et très excellente mère, le cardinal, mes frères Joseph, Lucien, Jérôme, Pauline, Caroline, Julie, Hortense, Catarine, Eugène, de l’intérêt qu'ils m'ont conservé ; je pardonne à Louis le libelle qu’il a publié en 1820 : il est plein d’assertions fausses et de pièces falsifiées,

8° Je désavoue le Manuscrit de Sainte-Hélène et autres ouvrages sous le titre de Maæimes, Sentences, etc., que l’on s’est plu à publier depuis six ans : ce ne sout pas là les règles qui ont dirigé ma vie. J'ai fait arrêter et juger le duc d’'Enghien, parce que cela était nécessaire à la sûreté, à l’intérêt et à l’honneur du peuple français, lorsque... entretenait, de son aveu, soixante assassins à Paris, Dans une semblable circonstance, j’agirais encore de même.

PAGE 15. — Les colères de Napoléon.—Les colères parlées de Napoléon, les scènes à froid, n'avaient d'autre objet que de faire sentir leur néant aux victimes, Le puissant comédien excellait à jouer ce

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rôle. Il lui plaisait d'apparaître enveloppé de foudres et d’éclairs aux yeux des malheureux mortels. La colère fautice a été, entre ses mains, un moyen de gouvernement et un accessoire d'apothéose. A côté de cela, il est bon de parler des colères écrites.

On trouve, dans deux volumes de correspondance inédite, récemment publiés par M. Lecestre, un certain nombre de lettres tout à fait caractéristiques à cet égard. Qu'elles s'adressent à un membre de la famille impériale, à un haut fonctionnaire, à un des lieutenants de l’empereur, ilest manifeste qu’elles ont été conçues pour inoculer l’etfroi à une âme. Avec la merveilleuse précision de son esprit, l'Empereur part toujours d’un fait. Mais une fois lancé, il oublie ce fait, l'erreur ou la négligence ou la faute commise, Il n’a plus pour but de faire entendre une admonestation méritée, d'annoncer un châtiment proportionné à son grief. 11 veut terrifier et il a dû souvent y réussir — à moins que l’exagération même de son langage et la répétition du procédé n'aient fini, ce que je crois fort possible, par en atténuer l'effet.

En voici un exemple : Les élèves de l’école d'artillerie de Metz ont fait du bruit au théâtre. L'Empereur écrit au ministre de la guerre : ‘ Vous ferez mettre à l’ordre, de ma part, qu'ils garderont les arrêts pendant un mois, sans sortir de l’enceinte, et qu'ils seront privés de la Comédie pendant un an.” Voilà le châtiment, sévère et mérité, Oui, mais il ne s’agit pas seulement de châtier ces jeunes gens ; il s’agit de les glacer d’effroi, Et alors, l'Empereur se monte. ‘Que je n’en entende plus parler ! Je ne souffrirai pas qu’une poignée de morveux inquiète toute une ville !... ” Et il craint de n'avoir pas assez frappé, avec l'interdiction collective d’aller au spectacle, et avec les arrêts d’un mois, ‘‘ Qu'on vous envoie la liste des six plus mutins ; vous les ferez mettre dans la prison de l’école pendant deux mois...” Pourquoi pas la mort ?

PAGE 57. — Le retour des cendres de Napoléon. Voici un passage du discours prononcé à la Chambre française, le 12 mai 1840, par M. de Rémusat, ministre de l’intérieur, pour annoncer les intentions du gouvernement à l'égard des restes de Napoléon [‘":

‘ La frégate chargée des restes de Napoléon se présentera, au retour, à l'embouchure de la Seine; un autre bâtiment les transportera jusqu’à Paris; ils seront déposés aux Invalides. Une cérémonie solennelle, une grande pompe religieuse et militaire inaugurera le tombeau qui doit les garder à jamais.

‘Il importe en effet, messieurs, à la majesté d’un tel souvenir, que cette sépulture auguste ne demeure pas exposée sur une place publique, au milieu d’une foule bruyante et distraite, Il convient qu’elle soit placée dans un lieu silencieux et sacré, où puissent la visiter avec recueillement tous ceux qui respectent la gloire et le génie, la grandeur et l’infortune, (Vive et religieuse approbation.)

‘Il fut empereur et roi ; il fut le souverain légitime de notre pays. (Marques éclatantes d'assentiment.) A ce titre il pourrait être inhumé à Saint- Denis ; mais il ne faut pas à Napoléon la sépulture ordinaire des rois: il faut qu'il règne et commande encore dans l’enceinte où vont se reposer les soldats de la patrie et où iront toujours s'inspirer ceux qui seront appelés à la défendre. Son épée sera déposée sur sa tombe.

‘“ L'art élèvera sous le dôme, au milieu du temple consacré par la religion au Dieu des armées, un tombeau digne, s’il se peut, du nom qui doit y être gravé. Ce monument doit avoir une beauté simple, des formes grandes et cet aspect de solidité inébranlable qui semble braver l’action du temps. Il faudrait à Napoléon un monument durable comme sa mémoire. (Très bien ! très bien !)

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PAGE 116. -— Le roi de Rome.—Marie-Louise ne fut jamais, pour le roi de Rome, que la duchesse de Parme, une princesse de la maison d'Autriche, une parente dont il avait le portrait daus sa chambre, à laquelle il adressait des lettres ofticiellement respectueuses, qui lui répondait en phrases affectueusement officielles,

. dont on lui parlait quelquefois et qu’il rencontra rare-

ment. Elle le visita quelques mois en 1830, puis, en 1831, quand elle vint pour le voir mourir.

En l’emmenant à Vienne, on l'avait soustrait à Méneval, la fidélité, le dévouement même ; à Madame de Montesquiou, qui était pour lui sa vraie mère, On lui laissa quelques mois les subalternes : Madame Soufflot, la sous-gouvernante, Mme Marchand. Ilne fallait pas de Français autour de cet enfant condamné, par raison d'Etat européenne, à ne point aimer la France, à ne la point connaître, à n’en être point connu, à être plus qu’un exilé, un dépaysé. L’empereur, Son grand-père, lui composa une maison tout allemande, ayant décidé que le fils de Napoléon serait élevé en prince allemand.

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