‹ Napoléon Ier [microforme]Chapitre 5 sur 6 · RÉAL RAS · texte numérisé non relu

RÉAL RAS

Permettez-moi de vous citer, du beau livre de Georges d’Esparbès, la première entrevue de Bonaparte et de l’armée d'Italie.

Il parait à cheval, traverse la grève au galop et arrive sur les rangs qui viennent de se former à son approche

Il n'arrêta pas son cheval : ses genoux, même, s'attachaient à lui, à l'endroit des ailes. [Il passa sur le front des troupes, tout près, il frisait les rangs. Et aussitôt, de son corps mince, une voix bondit, éclatante :

. " rs. ï — Soldats républicains, rous êles nus...

affamés…. le gouvernement vous doit, il n'a l'ion...

Eclair devant les rangs, vision.

…. Œn Espagne, en Vendée, en Allemagne…, partout... Tous avez tout fait. …

Sa voix frappait les têtes :

… Vous voulez de la gloire... vh bien !

Je vais TOUS en nourrur.

Il atteignait le bout de l'armée. L'eau de la mer, en colonnes, se souleva pour le voir.

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…. Je veux vous emmener dans le plus beau pays du monde...

Les mots haletaient, orageux :

…. villes, provinces, royaumes... tout est

Brusque, au bout de la ligne, il arrêta le cheval qui tourna, droit en plein ciel, sur deux pattes, et reprit le même chemin, d'un furieux galop, derrière en avant :

— Soldats...

Son regard dévorait les yeux :

Si cette campagne réalise mon rêre, où

Il s’écarta de la ligne, prit le large, vers les colères de la mer, la tempête :

.... Ensemble nous tirons l'épée du fourreau. ... Qui donc. ... qui donc pourrait l'y faire rentrer !....

Et arrêté cette fois, le bras haut, ses yeux de proie cloués sur l'armée brigande, il cria :

— Suivez votre chef, le monde est à prendre !

A peine eut-il baissé le poing que les chefs demi-brigades firent un signe aux enfants :

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— Tambours, fermez le b...

Mais les baguettes tremblèrent, suspendues. ...

Au geste du général, un grand éclair avait coupé l’espace.

Il zigzagua trois fois, come l’éclatante canne de quelque divin Tambour, — et à ce signe, des milliers de flots, tous les bataillons de la mer se soulevèrent, droits comme des soldats, vêtus de bleu, aux plumets d’écume !

Dans un grand bruit. ce rang s’avança, au pas de combat, vers la plage. Un autre accourut, derrière. Puis, au galop, le troisième se leva, solide, plus arqué, aux cheveux épars! Et tandis que l’enthousiasme, la gloire, l'espoir du pain désordonnaient l’armée, — sous la canne de Dieu secouée dans le ciel, au bruit du râle des juments, des vents, de la foudre pourpre, et des chefs, rauques d’orgueil, qui faisaient présenter les armes, la niagnifique mer enleva ses colonnes: les flots, tout à coup, dressèrent leurs poings armés de rocs, de galets, et par trois fois, ensemble, en charge, hérissés, précipitant

leurs coups sur la peau du gouffre, ils assaillirent l’armée de leurs millions de tambours !

La Méditerranée fermait le han.

C’est bien ici que s'ouvre l'épopée et si je ne puis prétendre passer en revue toutes les figures qui s’y pressent, j'essaierai de faire sortir de ce gigantesque cadre quelques figures assez marquées pour fixer à jamais les types de cette race trempée de fer et d'acier.

Le général LaHarpe vient d’étre chassé de Dego, qu'il avait occupé le matin, par les Autrichiens de Wukassowitz et Bonaparte qui se voit enlever un de ses points d'appui sans espoir de pouvoir rallier les fuyards, monte la colline qui domine la ville pour juger de l'étendue du désastre.

Trois mille hommes sont là assis qui ne bougent même pas à l’arrivée du général.

Il fait un geste pour les commander, mais son poing retombe,

Ces trois mille hommes, ce sont les déchets de tous les bataillons, des fractions de troupes qui à la distribution du matin n'ont pu avoir de pain. Ils n'ont pas non

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plus de souliers : accroupis à terre, nupieds, nu-âmes ils ont tout écouté : l'écho, la joie, le désespoir de la bataille, tristes de ne pouvoir y être, surtout la voyant perdue et n'ayant rien à manger, ni à boire, ni à fumer, ne sachant que faire, assis dans le ciel, is ont compté les coups.

Bonaparte passa dans cette horde, à peine s'ils le regardèrent.

Mais un homme accourt, il tire son sabre, met son chapeau à la main.

— Mon général !

Les yeux de Bonaparte arrachaient la demande qu'il allait faire.

L'officier enveloppa la troupe d'un tour de lame.

— Donnez-moi cette troupe !

Les sourcils du Corse dirent oui et l'homme se retourna.

C'était un chef de bataillon à la suite, sans Commandement, un colosse, avec. au lieu de figure, des traits en cohue, quelque chose de mortuaire.

L'officier face à la troupe ouvrit la bouche qui se fendit comme une fosse :

-— Debout !

Ce cri l'avait secoué, ses cheveux barrèrent sa figure, il était horrible.

— Debout ! Allons ! pays, debout !

Arquée, s'appuyant des mains en arrière, d’une tirée lente, pénible, cette foule s’arracha de son lit de roc, de cailloux et on vit trois mille hommes se lever, rageurs, des mottes de terre aux poings... Tous étaient blessés, la peau de leurs pieds

| saignait. Sombres, dressés, obstinément ils se mirent à regarder les bottes de celui qui les commandait, des bottes de riche, luisantes, aux revers jaunes qui avaient un gland de soie en haut ; il y en eut qui se moquerent.

L’ofticier comprit, ricana :

— Oui, camarades !

Sur une pierre, acculant ses talons, magnifiquement, il fit sauter les bottes et | è bondit sur deux pieds d'ours larges, nerveux, velus! Alors les premiers rangs se

pressèrent, bras ouverts pour l’étreindre, c 1l les arrêta.

— Rangez-vous ! t D'instinct la bande se groupa, mais L désordonnée, en colonne, par pelotons, en fi

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ET LES FEMMES DE L'ÉPOPÉE IMPÉRIALE Si

L'officier déchaussé ordonna la marche,

Le premier peloton partit en tête, les autres se jetèrent sur la gauche à la course. Cette manœuvre se fit dans le sang, pêle-mêle, en loups, sous un rauque et gros soupir.

Bonaparte, enfiévré, recula son cheval et les laissa passer.

— Ton nom, cria-t-il. L'homme n'’entendit pas, il inspectait l’abime.

— Ton nom, ton nom, répéta le Corse.

— Parlez, commandant, qu'allez-vous faire ? ces hommes sont blessés, ils n’ont pas de fusils.

La troupe avançait toujours,

— Ton nom, hurla encore une fois le chef ébloui.

Par-dessus l'épaule, farouche, l’homme à la tête de mort lui Jeta à la face :

LANNEs.

Et dans un cri de douleur tout descendit !

Mêlée ! Cette foule rompit la ligne, se tumultua en torrent, elle voyait Dego en bas, et bientôt, le long de la pente, ce ne furent plus des hommes, ce furent des

hoquets, des clameurs de rage, des cris éclatés. La foule ne courait plus, elle roulait. C'était un bloc sur d’autres blocs qui dégringolait en foulées géantes. Vingt hommes d'un bataillon qui avait le plus souffert, le 2e, se faisaient pousser à coups de genoux par les autres, ils descendaient sur les cuisses, sur les poings, roulaient, se remettaient debout, retombaient les pattes en l'air, rouges et, voyant quand même qu'ils avançaient, à leurs cris aigus mélaient des basses : un appel féroce, la joie, l'orgueil d'approcher enfin l'ennemi.

A travers les pierres et les rocs, se déchirant aux épines, escaladant les -arbres couchés, les troncs de chènes rugueux, entrainant les buissons crevés comme des chevelures, perçant les ronces, boitant par bonds immenses,cette souffrance haletante assourdit les vallées, emplit l'air d'horreur et là-bas Dego fit silence...

Les Autrichiens levèrent la tête, croyant qu'on égorgeait une armée,

Ardente, échevelée, cette troupe arrivait au but, elle avait fait derrière un chemin vermeil, traînée droite qui bala-

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frait l’Apennin comme d’une énorme blessure. Quelques-uns en courant s'étaient fait des bottes, des guêtres d'herbes, les avaient liées à leurs pieds ; ils abovaient, mugissaient des vers contre les rois, les tyrans, armés d'arbres et de massues feuillues qu'ils tournaient comme des marteaux. Cette troupe sautait en tête, déblayait le chemin. Elle arriva dans la plaine, et Lannes, dix pas en avant, tira son sabre et eria : “ Chargez !?” Les cris alors se précipitèrent si ardents, si durs, qu'on eût dit que les gorges, les poitrines lâchaient des aigles! L'élan les reprit, leur fit traverser la plaine en un vol, les jeta, les éparpilla sur les murs, contre les remparts de Dego et ce qui était dans la ville s’affola aux portes ; en dix secondes tout se vida. La défense s'enfuit. Un indicible sauve-qui-peut rasa les places, les rues. La maison de la poste, épeurée, arbora le drapeau français.

Et lorsque Bonaparte, pâle, l'oreille encore bouillonnante, poussa son cheval jusqu’à la grand'rue, il n’y restait plus des Autrichiens que l'écho d’une terreur...

Il s'arrêta, croisa ses bras, solitaire :

— Des estropiés, des hommes désarmés ! À quoi tiennent les victoires ?

Lannes, qui le suivait, avança le front :

— Au génie, général, vous l'avez prouvé.

Bonaparte regarda le soldat couvert de sang.

— La première fois, peut-être... Mais cette bataille-ci... la seconde...

— Eh bien, dit Lannes, celle-ci elle tient à la Douleur.

Lannes fut un des fidèles du Grand Homme ; il eut le grand honneur d’expirer sur le champ de bataille, les jambes emportées d’un boulet, à Essling.

A côté de ce héros, qui fut un homme de bien, il me faut citer le nom de Murat qui perça également dans cette campagne.

Murat est une figure à part dans l'épopée impériale, c’est l'enfant chéri du grand maitre, qui lui donna sa sœur Caroline Bonaparte, qui le fit roi de Naples et le combla d'argent et de bénéfices.

Nous avons de lui deux portraits à des époques diverses qui montrent ce que les honneurs peuvent faire d’une tête peu solide.

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Murat était fils d’un aubergiste de Cahors, tout comme Gambetta : il était garçon mercier quand il s'engagea et c’est peut-être là qu'il faut retracer son goût immodéré de la plume et du galon.

Bonaparte l'avait pris en affection et l'avait emmené comme aide de camp en Italie ; il le fit connaitre au peuple parisien en le chargeant de porter à la capitale les drapeaux enlevés dans cette campagne phénoménale dont les étapes sont Montenotte, Millesimo, Dego, Cera, Mondoti, Cherasco.

Un témoin nous raconte l'arrivée de Murat dans la salle du Luxembourg où siège le Directoire qui ne sait rien encore de ces triomphes.

On frappe à la porte, à coups de botte.

— Sentinelle ! ouvre ! ouvre-moi !

Des chocs, une cuivrerie, de la ferraille :

les gonds éclatèrent,—et entre les marges Mmonumentales de la porte, ce fut tout à coup, dans la poussière, un farouche bond de drapeaux, d’étendards ébroués, froissés.

aux froufrous de moire, de soie, brodés,

chiffrés, laurés, frangés d’or lourd, un

assaut, un empressement ‘d'ailes, comme si les hampes, toutes à la fois, eussent voulu entrer! Un homme les poussuit, soldat vermeil dont on reconnut sous le chapeau d’or aux plumes trépidantes la tête lourde, en houle, les traits de masque, les yeux comme des cailloux de verre, la grosse bouche turbulente, les favoris encombrants, un homme énorme, tumultueux, colossal, qui serrait sur le vaste lit de son cœur, avec amour, comme des maîtresses, vingt grands drapeaux sanglants, sales, crevés, sordides et qui, magnifique, enlacé, baisé dans l’épais frisson de ces terribles étoffes, hurlait derrière ce rempart :

— Victoire ! Rangez-vous ! Place ! j'apporte dans mes bras le triomphe de la République ! De l'air ! Place à la nation !

C'était Murat, il sauta comme un tigre par-dessus le premier fauteuil; et,en grand bruit, la brassée glorieuse s’étala ! Tout disparut sou. *et éploiement : la table, le parquet, les hommes eux-mêmes.

Et l’on presse Murat de questions, il répond haletant :

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— Comment ! vous ne savez rien ! Mais le Piéniont demande la paix ! Pour cette paix, il donne tout : des villes! de l'argent ! tout ce que vous demandrez,

Gêné, il jette tout : sabre, ceinturon.

sabretache, sur les drapeaux.

— Îl faut voir les hommes! Ah! ce n'est plus l’ancienne armée! Celle d'aujourd'hui, bafrée, saoûle de victoires, na besoin de rien! Aujourd’hui, varions !

elle à la tête dans la Lombardie et Je l'ai quittée il y a trois jours !

La figure de Murat écumante se retroussa, devint féroce. Il saisit les hampes dans la tenaille de son poing :

el'es retentirent !

— Devant la France, tout recule. L’ennemi, les habits blancs, chaque matin nous en faisons des rouges !

Haletant, géant, planté comme un portefaix dans ses bottes pourpres à gland d'or, l'œil trempé de lumière sous son front de taureau, dur, aux mèches crispées, il s’'amusa de ces hommes de pensée, si chétifs.

— C'est tout. Jamais je n'ai tant parlé.

Je suis un orateur pour chevaux, moi.

J'ai fini, je repars !

Son poing reboucla son sabre, 1l poussa du pied les drapeaux.

A côté du soldat de la République, si fièrement campé, il faut placer le guerrier de l'empire, le beau Murat que l’empereur appelait le Franconi de l'armée. Du contraste des deux hommes ressort la morale et l’histoire de toute cette époque. Voici le portrait de Murat arrivé : ‘ Murat attirait tous les regards par sa taille, son costume brillant et par les riches harnais de son cheval. Sa figure, ses yeux bleus, ses gros favoris, ses cheveux noirs bouclés qui tombaient sur le collet d'un habit polonais dont les manches étroites avaïent une ouverture au-dessous de l'épaule, excitaient l'attention. Le collet de son habit était richement brodé d’or, lhabit était serré par une ceinture dorée à laquelle pendait un sabre léger à lame droite, à la manière des anciens Romains, sans tranche ni garde.... Le prince portait ordinairement un pantalon large, couleur amarante dont les coutures étaient bro-

Sd

dées en or et des botuines de peau jaune ou de nankin. L'éclat de ce costume ctait encore rehaussé par un grand chapeau garni de plumes blanches, avec une large bordure d’or, un grand plumet composé de quatre grandes plumes d'autruche retombantes, au milieu desquelles s'élevait une magnifique aigrette de héron. La selle et les étriers dorés étaient de forme hongroise ou turque. Le cheval était convert d’une housse trainante, bleu de ciel, richement brodée en or. En cet attirail étincelant qui dénotait une belle crânerie, Murat chargeait à la tête de ses troupes.

Son amour-propre n'était pas médiocrement flatté quand il voyait les Cüsiques s'arrêter ébahis pour admirer ses élégantes broderies et les belles plumes de sa toque polonaise.”

Cet accoutrement théâtral qui faisait de Murat un vrai tambour-major à cheval, était devenu sur la fin l’une des plus chères préoccupations de son esprit borné.

Par une coquetterie toute féminine, il exigeait que les accessoires de sa toilette fussent toujours de la première fraicheur.

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Sur quelque point de l'Europe que se trouvassent les armées impériales, des caisses remplies de parures nouvelles partaient pour rejoindre Murat. Pendant l’une de ses campagnes, “en quatre mois, dit la duchesse d’Abrantès, on lui avait envoyé pour viugt-sept mille francs de plumes.” Néanmoins, ce ne furent pas ces extravagances qui causèrent la trahison de Murat. Il fut un instrument entre les mains de sa femme qui complota contre son propre frère pour garder la couronne.

Mal en prit à ce pauvre Murat qui, chassé de son royaume par la Coalition et hanté de l’idée de singer son ancien chef, voulut tenter de parodier dans les Calabres le débarquement de l'ile d’Elbe ; il fut pris et fusillé au P1zz0.

Junot dont la conduite à l'égard de son bienfaiteur tient de très près à celle du beau Murat, son ami intime, récolta à cette belle campagne une moisson de gloire.

Le soir de Lonato, au déclin du jour, Bonaparte regardait la plaine. L'œil fixé, dilaté, pressé contre la lorgnette, il aper-

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cevait, sans doute dans les espaces de l'avenir un autre champ plus vaste encore que l'talie—mais il fut troublé : la poussière d’une fuite au loin, saisie par le verre, traversa son regard. Il baissa le bras,

— Junot !

En bas, contre l'échelle du moulin dix Jeunes gens riaient, bruyants, de la journée. Mais à l'appel de Bonaparte un petit homme brun, tête fine, coiffé d'un job colback d'agneau blanc, frisé comme un bonquet de plumes, dégringola de son cheval, enjamba les échelons et bottes jointes retomba fier à deux pas de son général. Il eut le cou saisi,

— Approche, vois !

Au-dessus de la plaine l’ongle de Bonaparte courbé indiquait un point jaune et bleu : la proie,

— Oui, mon général. Six escadrons, en retraite. Huit cents hommes au jugé.

- Bien, prends ma compagnie de Guides, — la nouvelle formation. Je t’en donne l’étrenne. Pars. Je veux te citer ce soir dans le rapport au Directoire.

L'officier salua, bondit à cheval et fou de plaisir, l'oreille chantante des derniers mots du chef, vint d’un coup de galop face au front se planter à vingt pas de la compagnie de Guides, en bataille sur un : tertre.,..

C’étaient deux rangs superbes, cent vingt têtes de vieux sur qui la gloire eût pu jeter des noms, hommes choisis dans l'élite, imposants, mélancoliques, secrets aux faces épouvantables fricotées par le soleil, buissonnées de moustaches longues à la gauloise et où ne restait plus de la vie ancienne que de candides yeux d’enfants. C'était la compagnie sainte, le gardien, l'ange effrayant de Bonaparte qui, tranquille, s'endormait chaque soir à l'ombre de ses cent vingt sabres. Jamais ils n'avaient parlé dans le rang, ils n’avalent rien à se dire, ils avaient tout fait et tout vu et leurs chevaux étaient toutes leurs pensées. Ts se battaient à l'antique, en ordre, sans juron en avançant vers la mort contre le soleil.

Lis n’aimaient que Bonaparte, ne regardaient, ne suivaient que lui. Junot venait de sa part, ils sourirent à Junot.

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cent re eût dans ecrets par le nuues de la d’ene g'ar- > qui, oir à amas s n’ait fait outes tique, ers la

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Junot les mit au galop et les rangs s'enlevèrent.

Des champs, des vignes, des haies, Penchée, les yeux tapis dans le tortil des crinières, la colonne raya l’espace, entra au grand train de charge dans le rouge apparat du soir, et bientôt le camp ne la vit plus. Des collines vinrent, les Guides les franchirent, silencieux, ordonnés comme dans une cour de caserne. Aucun mot, qu'un soufile bref d'entrainement. Ce petit tonnerre, une heure, voleta dans la ampagne, sautant les ruisseaux, les prés, filant le long des routes, précédé par le vif éclair du sabre blanc de Junot. Ils galopaie:.t droit, sans détour, net sur l'ennemi que le chef distinguait encore, fuyant, dans le crépuscule bleu-gris. On voyait déjà sur l'allongement de la chaussée qui serrait la rive, à dix toises, les joues rouges, les yeux peureux des Autrichiens de l'arrière-garde que le bruit faisait retourner.... Les Guides enivrés prenaient sur eux de l'avance. Une minute encore, quelques secondes... Brusque, ayant touché l'arrière-oarde, Junot

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