Napoléon Ier, peint par lui-même
AutPiir de La Fra»te onuit la MvoMion, de Mes OitipeUs, be la bfctitnce el de la C,r<mdenr de la France, etc.
E. DENTIJ, LIBRAIRE -EDITEUR
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PEIÎNT l'AR LUI-MÊME PREMIÈRE PARTIE
Présenter au public une étude nouvelle sur Napoléon I" peut sembler une œuvre présomptueuse et inutile après tant d'histoires, tant de panégyriques, tant de critiques qui ont exalté ou attaqué le grand capitaine et le grand homme, et cependant cette étude peut être beaucoup plus vraie que tout ce que les écrivains, grands ou petits, ont écrit jusqu'à présent sur Napoléon, parce qu'elle peut s'appuyer sur des documents nouveaux et dont l'autorité, la vérité ne peu-
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vent cire contestées par personne, sur la correspondance journalière de Napoléon lui-même.
Kn 1854, M. Fould, ministre d'État, disait dans un r:i|iport à l'empereur Nnpoléon III :
« Votre Majesté a |)cnsé. Sire, qu'il était du plus « haut intérêt national de recueillir et de coordonner «f cette correspondance aujourd'hui éparse dans les « dépôts publics et dans quelques mains particulières. « Les hounnes d'Ktat, les administrateurs, les liisto- « riens y trouveront les plus utiles enseignements, el « ce sont autant de matériaux précieux pour le monu- « ment que la France élèvera à la gloire de Napoléon 1" « par la publication de ses œuvres immortelles. »
Sur In proposition du ministre, S. M. Napoléon III institua, par décret du 7 septembre 1854, une commission « pour recueillir, dit-il, coordonner et publier « la correspondance de notre auguste prédécesseur « Napoléon i" relative aux différentes branches d'in- « térèl public. »
Cette commission lit à l'empereur, .le 20 janvier 1858, un rapport qui commence ainsi : « Sire, Auguste « mil César au nombre des dieux el lui dédia un tem- « pie; le temple a disparu, les Commentaires sont res- « tés. Votre Majesté, voulant élever au chef de sa dyn n;istie un monument inq)érissable, nous a ordonné « de recueillir cl de publier la correspondance polili- 1 que, militaire et administrative de l'empereur Napo-
NAPOLKON I" PEINT PAR LIU-MÊMK. Z
« léon V'\.. Telle est la làclin que Votre Majesté nous « a confiée et dont nous étions loin de soupçonner « l'étendue. Les milliers de lettres que nous avons re- « cueillies de toutes parts, nous ont permis de suivre, « malgré quehjues regrettables lacunes, la pensée de « Napoléon jour par jour, et d'assister pour ainsi dire « à 1 enfantement de ses projets, au travail incessant « de son esprit, qui ne connut d'autre délassement que « le changement d'occupation...
« Hâtons-nous de déclarer que, conformément aux « intentions expresses de Votre Majesté, nous nous (( sommes scrupuleusement interdit, dans la repro- (( duetion des lettres de l'empereur, toute altération, « tout retranchement, toute modification de texte... »
Quinze gros volumes de celte correspondance ont été publiés par cette commission scrupuleuse, et cependant celte correspondance s'arrêtait à la fin d'août 1807, un peu avant la guerre d'Espagne.
Le 5 février 1864, un décret provoqué par le maréchal Vaillant, ministre de la maison de l'empereur, institua à la place de cette commission qui avait rempli sa mission avec tant de zèle et de conscience, une nouvelle commission composée du prince Napoléon Jérôme, président, et de MM. le comte Walewsky, membre du conseil privé, Amédée Thierry, sénateur, le comte de Lahorde, directeur général des Archives de l'empire, Sainte-Beuve, membre de l'Académie fran-
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oaise, 1p colonrl Favé, aide de camp de reniporour. La nouvelle commission ne dut pas comme l'ancienne s'interdire scrupuleusement dans la reproduction des lettres de l'empereur toute altération^ tout retranchement ^ toute modifuiition de texte. Le rapport fait par le prince à l'empereur, six mois après la formation de la commission, et au moment de la publication du seizième volume, constate le contraire.
o ... Nous avons voulu aussi, dit le rapport, éviter a des répétitions trop fréquentes. Napoléon adminis- « trait, cerles, autant qu'il gouvernait; sa correspon- « dance contient une foule de prescriptions particu- « Hères qui ne sont souvent que le développement « d'une mesure générale. Ces détails offrent sans « doute un certain intérêt, mais ils se répèlent néces- « sairemcnt, et ils augmentent d'une manière si court sidéralile, qu'ils nuiraient à toute vue d'ensemble et « feraient disparaître l'esprit général, même pour le « lecteur attentif.
« >ious avons écarté tout ce qui était blessant pour « les personnes ; quand il donnait des ordres, quand « il écrivait, quand il exprimait une opinion sur un « homme, Napoléon pensait à l'action à exercer, à « l'effet à produire à l'instant, bien plus qu'à pronon- « cer un jugement que l'histoire diit enregistrer. Nous a en trouvons à chaque instant la preuve dans ses leta très. Nous n'avons laissé les personnalités que quand
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« les événements ont trop justifié les rapides aperçus « par lesquels Napoléon prouvait sa profonde connais- « sance des hommes ; souvent encore, dans ce cas, nous « avons supprimé les noms propres, ne les laissant a que lorsqu'ils étaient, soit par les éloges, soit « par le blâme, un moyen d'éclairer la conduite a de certains personnages dans la succession des cvé- « nements.
« La publication de la correspondance de Napoléon « n'a pas de précédents. Quand on songe à la rapidité « de ses dictées, au nombre prodigieux de ses lettres « de chaque jour, à la quantité, à la diversité des « affaires dont il s'occupait en même temps, allant tout a à la fois de l'intérêt le plus important au délail le « plus minutieux, on se demande quel est le gouver- « nement, quelle est la famille m:me qui, ayant un de « ses membres mêlé aux grandes affaires du monde, « voudrait prendre l'opinion publique pour confidente, « non-seulement de ses actions, mais de ses pensées « les plus intimes ? Celait une idée nouvelle et hardie « que vous nous avez chargés d'appliquer. Mais nous « croyons que la justice de la postérité ne fera point « défaut au grand homme ; qu'elle saura l'apprécier « dans sa correspondance, comme citoyen, comme « général, consul, empereur, et enfin comme proscrit « et martyr. Sans doute, les esprits routiniers et d'une « bienveillance craintive pourront nous reprocher d'a-
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« voir trop laissi? voir Napoléon sans celte sorte d»; « toilette dont les héros eux-mêmes ont besoin d'être '< parés pour se montrer en public ; quelques-unes de « ses lettres prises isolément pourront donner lieu à « des méprises ; mais pour les penseurs, les hommes sérieux et impartiaux^ pour ceux (pii juf^cnl de haut « et en dehors des exigences de la politique du jour, « l'ensemble de l'œuvre jettera une grande lumière sur a les transformations de notre révolution, sur les vi- « cissiludes du gouvernement impérial, et sera, eu dé- « finitive, un monument qui portera plus haut encore « la gloire de Napoléon 1*'.
« En général, nous avons pris pour guide cette idée « bien simple, à savoir que nous étions appelés à puo blier ceque l'enqiereur aurait livré à la publicité si, « se survivant à lui-même et devançant la justice des « âges, il avait voulu montrer à la postérité sa personne « et son système... »
Dans les volumes que publie la nouvelle commission, nous n'aurons donc plus les lettres de Napoléon sans altération, sans retranchement, sans modification d«' texte, comme dans les quinze premiers volumes ; nous n'aurons plus Napoléon tout entier, mais Napoléon tel qu'il aurait voulu lui-même montrer à la postérité sa personne et son système, nous aurons une sorte de romplément et de confirmation du Mémorial deSainte- Uélèite.
Cest donc dans les quinze premiers volumes que nous trouverons Napoléon tout entier, et c'est là que nous pourrons le voir tel qu'il était.
Ce qui frappe lo plus In mulliludc dans Napolôon 1", c'est le général. Par ses savanlos combinaisons stralégiques, son art inconiparabl»? pour s'emparer de l'imai^ination des soldats, .«on éloquence militaire, son coup d'cnil d'aigle sur les 'champs de bataille, ses Victoires foudroyantes et complètes, il semble avoir dépassé les plus grands hommes de guerre de l'antiquité et des temps modernes. Vn illustre écrivain, M. Thiers, dans son grand ouvrage du Consulat et de l'Empire^
nge à la gloire de Napoléon, malgré quelques jugements qui ont l'air d'être sévères, le représente sans cesse comme un génie incomparable qui a pu commettre, qui a commis des fautes polili(|ues, mais jamais de fautes militaires. Même après la guerre de
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Russie, même après les désastres de i81o et de 1814, même après Waterloo, M. Tliiers n'admet pas que Napoléon ait fait la moindre faute dans le commandement de ses armées.
Il est difficile de partager celte conviction de M. Thiers. L'homme du plus grand génie n'est qu'un homme et l'infiiillibilité ne lui appartient pas. Lorsqu'on voit Napoléon envahir la Russie avec une armée immense composée on partie de jeunes soldats, trop faibles encore pour supporter les fatigues et les privations d'une telle guerre, et do régiments étrangers d'une fidélité douteuse, lorsqu'on le voit s'épuiser en combinaisons que M. Thiers trouve admirables, qui devaient anéantir les deux armées russes et dont pas une ne réussit, il faut bien admettre qu'il avait mal calculé les difficultés de faire mouvoir et vivre son immense armée dans un pays pauvre, à moitié désert, et les forces de ses soldats pour surmonter tant d'obstacles. N'avail-il pas alors perdu la première qualité d'un général d'armée, qui doit avant tout savoir ce qui est possible cl ce qui ne l'est pas, prévoir et assurer les moyens nécessaires au succès?
Lorsque, dans la campagne de 1813, Napoléon dissémine une grande partie de ses forces dans des places éloignées, forme sans cesse des combinaisons admirables, aux yeux de M. Thiers, pour détruire les armées de la coalition, mais qui échouent dans l'exécution cl
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aboutissent au di'sastrc do Lei|)/.ik ; lorsqu'cn 1814, il imagine de se porter sur les derrières do l'onnomi si supérieur en nombre et lui laisse ainsi la l'acilitô de prendre Paris; lorsquen iSlT), après avoir battu, mais nullement détruit les Prussiens à Ligny, il donne des ordres vagues à Grouchy, attaque de front l'arméo anglaise, bien retranchée, s'acharne contre elle à des assauts successifs sans résultats, succombe enfin sous les efforts des Anglais inébranlables et des Prussiens revenus à la charge, il est impossible de croire qu'il n'ait pas fait de fîlutes militaires. Dans quatre campagnes. Napoléon, chef d'empire et général onmipotent, voit ses armées, qu'il commande en personne, défaites, presque anéanties, et ses soldats étaient toujours cependant d'une bravoure incomparable et les premiers soldats de l'Europe; n'est-il pas évident dès lors que le génie militaire de Napoléon, si grand qu'il fût, n'était pas infaillible ? Napoléon n'en est pas moins un des plus grands généraux de tous les temps.
Mais, du reste, notre intention n'est pas d'étudier Napoléon comme homme de guerre ; tout ce qu'on peut dire à ce sujet a été dit, et la correspondance elle-même n'apprend à peu près rien de nouveau : ce que nous voulons étudier, c'est l'homme dans le souverain, avec ses idées et son caractère, c'est le chef d'empire dans sa politique intérieure et extérieure; nous n'avons pas la prétention de faire un nouveau
^APOLfco^• i^ peint par lui-même. ii
portrait du grand lioninie : nous le ferions sans doute comme tant d'autres, peu ressemblant ; le vrai portrait de Napoléon a été fait j)ar lui-même dans sa correspondance où il revit tel (ju'il était, c'est ce portrait vivant que nous allons montrer à nos lecteurs.
Le coujj d'Ktatdu 18 brumaire (9 novembre 1790), exécuté par des soldats, avec l'appui de deux des ciuq directeurs et de la majorité du conseil des Anciens, fit d'abord du général Bonaparte un des trois consuls chargés du pouvoir exécutif : à l'instant même, rejetant dans l'ombre ses deux collègues et saisissant le gouvernail d'une main ferme, il donna l'impulsion à tout et prit seul le pouvoir suprême. Toutefois, il ne se présenta point d'abord comme aspirant à la souveraineté et au trône, il fit tout le contraire. Ses proclamalions à l'armée, à la garde nationale, au moment du coup d'État Unissaient par le cri de : Vive la Hépuhliqne ! Celait pour sauver la république qu'il faisait le coup d'État. (Tome VI, p. 5, 4 et 5 delà Correspondance.)
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Dans son discours au conseil des Anciens du 11) hiuniaire, le jour même où il (il sauter par les fenêtres les députés du conseil des Cinq-Cents, il disait avec indii,Miation : « Aujourd'hui on m'abreuve de calomnies, « on parle de César, on parle de Cromwell, on parle « de gouvernement militaire. Le gouvernement mili- « taire si je l'avais voulu, serais-je accouru pour prêter « mon appui à la représentation nationale?... Déjà l'on (( blâme le conseil «des Anciens des mesures qu'il a u prises et de m'a voir investi de sa conliance. Pour « moi, je n'en suis point ébranlé. Tremblerais-je devant « lies factieux, moi que la coalition n'a pu détruire ! « Si je suis un perfide, soyez tous des Brutus. Et vous, « mes camarades, qui m'accompagnez, vous, braves a grenadiers, que je vois autour de cette enceinte, que « ces baionnelles avec lesquelles nous avons triomphé «< ensemble se tournent aussitôt contre mon cœur. Mais « aussi si quelque orateur soldé par l'étranger ose pro- « noncer contre votre général le mot hors la loi, que la « foudre de la guerre l'écrase à l'instant. Souvenez- « vous que je marche accompagné du dieu de la guerre « et du dieu delà fortune... » {ibid.y page 4*.)
Dans leur proclamation aux Français, du 21 brumaire, les consuls finissent ainsi : « Prêtez avec nous le
' La |»aginaliuii à laquelle ruiivoyent les indications placées au bas de i'liu)|ue leUf •, est celle de l'édition iii-S", iniprinu'e sur In puhliuilion otiicielle, voluuie i>our volume, par M. lUini l'iun.
U NAI'OLKUN I" l'EINT l'AH LUI-MÊME.
« serment que nous faisons d'être fidèles à la répu- « blique une et indivisible, fondée sur l'égalité, la « liberté et le système représentatif. »
Le 1 8 i)luviùse an VIII, le premier consul, Bonaparte, ordonnait an ministre de l'intérieur de l'aire placer dans la ^'raiide galerie des Tuileries une foule de statues de grands hommes et notamment celles de Brutus et de Washington, et le même jour il adressait à toute l'armée Tordre du jour suivant :
« Washington est mort, ce grand homme s'est battu « contre la tyrannie. Il a consolide la liberté de sa <t patrie. Sa mémoire sera toujours chère au peuple « français comme à tous les hommes libres des deux (< mondes et spécialement aux soldats français qui , « comme lui et les soldats américains, se battent A pour l'égalité et la liberté.
« En conséquence le premier consul ordonne que « pendant dix jours des crêpes noirs seront suspendus « .1 tous les drapeaux et guidor)s de la république. » (Page 118, t. VI.)
Mais dans ce moment même, Bonaparte présentait à l'acceptation du peuple la constitution de l'an VHI (pii préparait à la France un régime complètement opposé à celui des États-Unis.
Sieyès, un des consuls, avait la prétention d'être un profond politique; son projet de constitution nHurail donné à Bonaparte, grand électeur, que des honneurs
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ol des jouissances sans pouvoir, mais Bonaparln modifia ce projet de mani«»re à préparer le pouvoir absolu d un seul.
D'après la constitution de l'an VIII, modifiée les 0 mai et 4 août 1804, le gouvernement, c'est-à-dire les trois consuls, propose les lois, un Tribunat les discute, un Corps législatif les vote ou les rejette sans discussion, un Sénat veille au maintien de la constitution et des Iqis. Mais ces corps n'ont point de vie.
Le premier consul est Bonaparte qui fait tout et nomme à toutes les fonctions ; ses nouveaux collègues, Cambacérès et Lebrun, car Sieyès et l'obscur Roger- Ducos sont bientôt renvoyés, subissent l'ascendant de la volonté de fer de Bonaparte, et ne sont plus que ses humbles conseillers ; tous les membres du Sénat, choisis par lui, sont ou des généraux accoutumés à l'obéissance passive, ou des révolutionnaires compromis, heureux de trouver des honneurs et de l'argent sous un gouvernement qui leur assure la sécurité pour leur passé, ou des savants qui veulent le repos dans les dignités, ou de riches propriétaires qui, échappés à l'échalaud en courbant la tète devant l'ouragan révolutionnaire, ont en horreur l'anarchie qui a failh les dépouiller et les décapiter.
Ce n'est pas seulement la composition de ces corps et l'habileté avec laquelle on fixe leurs attributions qui leur ôlent la vie, c'est le silence <|ui se fait autour d'eux ;
aucune de leurs séances n'est publique, et on ne conserve que le nom de la liberté de la presse. Ensuite le premier consul fait un profond changement dans la constitution de l'administration et proclame un principe dont les résultats étaient infaillibles.
Au moment de la révolution de i789, l'Assemblée constituante avait aboli les intendants et leurs subdélégués, ces fonctionnaires impopulaires, instruments dociles des volontés du gouvernement sur tous les points du territoire, et les avait remplacés par des administrations collectives dont les membres étaient nommés par des électeurs. Celte organisation existait encore au moment du coup d'État du 18 brumaire ; le premier consul ne veut plus des directoires des départements et des districts qui, composés d'hommes de chaque localité, nommés par leurs concitoyens, auraient pu présenter quelque résistance au pouvoir central ou au moins avoir peu d'empressement à lui obéir en tout : il les remplace par des préfets et sous-préfets étrangers aux localités et instruments dociles et énergiques de ses volontés quelles qu'elles fussent. Il met près des préfets des conseillers de préfecture amovibles comme eux, etjugesdes affaires administratives contentieuses, c esl-à-dire de toutes les affaires d'argent qui intéressent le gouvememeni: il crée des conseils généraux et des conseils d'anondissemenl donl los inonibro^. rlioisis par lo goii-
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vernement, donnent des avis inspirés par le préfet.
La constitution proclame en outre que les fonctionnaires publics quelconques ne pourront être poursuivis devant les tribunaux pour faits commis dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions sans l'autorisation préalable du gouvernement, de sorte que l'impunité des actes arbitraires leur est assurée, si le gouvernement le veut. *
Bonaparte organisa le gouvernement civil sur le modèle de larmée, l'obéissance passive fut la loi des administrateurs et des administrés commp des soldats, et son gouvernement fut en réalité plus absolu que n'avait jamais été celui de l'ancien régime, car il V avait alors des classes, des corps, des souvenirs qui entravaient encore sur certains points le gouvernement royal, tandis que la révolution, ayant courbé ou coupé toutes les tètes qui s'élevaient audessus des autres, ayant tout abattu et tout nivelé, le gouvernement ne trouvait plus rien pour l'arrêter et le contenir. D'ailleurs, la nation presque tout entière, fatiguée des agitations, des orgies sanguinaires et impies, des misères inouïes de la révolution, s'était «légoûtée de la liberté et aspirait au repos à tout prix ; voyant le général Bonaparte saisir d'une main ferme le pouvoir suprême, rétablir l'ordre matériel partout, réconcilier la France avec l'Église catbolique, elle remit de confiance ses destinées entre ses mains. Les
Komains avaient dit jadis : « Omnia Cœsar erat, » on peut dire qu'en France tout lui Napoléon. Le sort de la France, de l'Europe dépendit de son caractère et de ses idées : voyons donc dans sa correspondance même ses idées et son caractère.