Tome \IV, |iuge ô
Le même jour il écrivait au prince Eugène :
« Mon (ils, vous aurez le décret relatif au blocus de l'Angleterre. Ayez bien soin que toutes les lettres écrites en anglais ou par des Anglais soient arrêtées et mises au rebut. Il faut empêcher toute communication de l'Angleterre avec le continent. »
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POLITIQUE EXTÉRIEURE DE NAPOLÉON. 2i1 Il voulait, pour ainsi dire, appliquer à l'Angleterre celte peine terrible des sociétés antiques contre les criminels, l'interdiction du feu et de l'eau.
L'Angleterre de son côté prenait des mesures aussi violentes ; non-seulement elle bloquait les ports de la France et des pays qui se soumettaient aux décrets de Napoléon, détruisait leurs navires, mais elle défendait aux neutres tout commerce avec la France et ses alliés et s'arrogeait le droit de les visiter, de les saisir; elle leur ordonnait de toucher à un port anglais avant de se rendre à leur destination. Napoléon, furieux de ces violences de l'Angleterre, ordonnait des mesures non moins violentes contre les neutres qui se soumettraient aux exigences de l'Angleterre, tout navire neutre qui avait touché l'Angleterre ou s'était laissé visiter par un vaisseau anglais serait déclaré de bonne prise.
Napoléon impose le blocus continental à la Hollande, à l'Italie, à tout le littoral de la mer du Nord, à la Prusse et à la Russie après la paix de Tilsitt, à la Turquie, à l'Espagne ; il l'étend aux côtes de l'Adriatique, par la conquête des îles Ioniennes et des provinces Illyriennes, il envahit le Portugal pour en chasser le commerce anglais, il détrône .»on frère Louis (jui ne maintenait pns en Hollande le blocus avec assez de vigueur, il fait de la Hollande, des villes hanséatiques et du littoral de la mer du Nord, dix départements français pour y assurer l'exécution rigoureuse du blocus, il
'il
242 NAPOLÉON l" PEINT TAU LUI-MÊME.
envahit la Russie en 1812, parce que, enire autres griefs, elle ne maintenait plus le blocus continental; ne pouvnnt vaincre l'Angleterre avec son armée de soldats, il s'imagine qu'il va la vaincre avec des oirmées de douaniers; il épuise la France par des guerres sans fin, il se fait détester de tous les peuples qu'il soumet à son joug et dont il blesse profondément les sentiments et les intérêts, il court aux abîmes dans l'espérance de ruiner l'Angleterre, vaine illusion I c'est la France au contraire qui se ruine et se perd par le blocus continental.
Les iViiglais, secondés par les besoins et les sentiments des peuples auxquels on impose le blocus, font la contrebande sur la plus vaste échelle. Le commerce maritime de la France, de la Hollande, des ville» liaiiséatiques, de tout le nord de l'Allemagne, de l'Italie, de^ îles Ioniennes, des provinces III yrienncs qui reçoivent les lois de la France n'existe plus, le commerce des neutres est rendu presque impossible par les mesures violentes de l'Angleterre et de la France ellemême; la marine marchande anglaise fait au contraire un commerce immense, non-seulement avec une grande partie de l'Europe par la contrebande, mais avec l'Amérique presque tout entière, l'envahissement du Portugal et de l'Espagne ayant été le signal de l'émancipation de leurs immenses colonies, avec le Indet), l'Afrique, l'Asie : elle a pour ainsi dire le mono-
POLITIQUE EXTÈRIEDRK DE NAPOLÉON. 243 pôle (lu commerce du monde. Le blocus continental qui devait la ruiner renrichit. C'est que l'idée de Napoléon était complètement fausse.
Napoléon croyait que l'Angleterre n'était puissante que par son commerce et semblait ignorer qu'elle était encore plus riche et plus puissante par son agriculture; il la croyait toujours à la veille d'une catastrophe financière et ruinée ', il méconnaissait la grandeur féconde de ses institutions libres qui, assurant et développant l'énergie individuelle, l'énergie de tous, doiniaient à la nation une force immense. Napoléon qui avait des idées fausses en économie politique, qui croyait par exemple aux accapareurs de grains, à la nécessité et au devoir pour le gouvernement de se faire marchand de grains pour assurer la subsistance des peuples, de faire baisser au besoin le prix du blé dans l'intérêt des classes ouvrières et au détriment des propriétaires, qui avait, en i8i2, rétabli le maximum pour le prix dos grains, s'imagmait que le commerce libre de l'Angle-
' Voici la lettre qu'il écrivait dès le 12 mai 1805 à M. Schimmelpeniiinck, grand pensionnaire de Uollande :
1 ... Faites bien connaître au commerce de votre pays ces vérités : que IWhgleterre, apri-s être arrivée an plus haut point de prospérité, est sur son déclin et ne peut que perdre. Pour le bien que nous voulons à nos fidèles »lliés les Hollandais dans la chute que nous croyons imminente des affaires iinancièies de r.\ngletcrre, mon intention K.4t qu'ils y éprouvent le moins de pertes possible.
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terre avec la France enrichirait rAnj:leterre et ruinerait la France, qnela ruine de l'Angleterre ferait la richesse de la France. Depuis Waterloo cinquante ans de paix entre ces deux puissances ont prouvé, au contraire, que le commerce entre elles les avait enrichies toutes deux; il y a plus, les états des douanes ont démontré aux partisans eux-mêmes de la balance du commerce que l'Angleterre achète à la France pour des sommes bien supérieures à ce qu'elle nous vend. Lorsque Napoléon interdisait toute espèce de commerce entre la France et l'Angleterre, c'était donc à la France qti'il faisait le plus de mal. Son blocus continental faisait aussi un mal incalculable à ses alliés et aux neutres, et loin de ruiner l'Angleterre il lui assurait le monopole du commerce du monde.
Les résultats de son système, les faits, ont prouvé l'erreur profonde de Napoléon. Tandis que de 1801 à 1814 la population de la France reste stationnaire, la population du Royaume-Uni s'accroît rapidement et s'élève de seize à vingt millions d'âmes et les progrès de son agriculture et de son commerce dépassent tous ceux des siècles précédents dans le même espace de temps. A la fin de la grande lutte, la France est épuisée d'hommes, et jamais l'Angleterre n'en avait eu davantage.
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