‹ Napoléon Ier, peint par lui-mêmeChapitre 131 sur 134 · CONQUÊTES SANS FIN · texte numérisé non relu

CONQUÊTES SANS FIN

la paix tle Lunéville, imitant Louis XIV qui, après la paix de Nimègue, ordonnait de réunir à la France des pays qui ne lui appartenaient pas par les traités, Napoléon décrétait la réunion du Piémont à la France, s'emparait de l'Ile d Elbe , de Parme , de Gènes, se faisait reconnaître comme souverain de la république Cisalpine, mettait sous sa main la Suisse et la Hollande. Ce n'est pas la nécessité de maintenir le blocus continental qui l'amène à s'emparer de l'Espagne, car le malheureux Charles IV mettait depuis longtemps toutes les forces de son royaume à sa disposition et exécutait tous ses ordres. Il veut placer tous les membres de sa famille sur des trônes. Il s'empare (le Napies et envoie son frère Joseph y régner sous ses ordres, puis il le déclare roi d'Espagne; il fait de son frère Louis un roi de Hollande, de sa sœur Élisa une grande-duchesse de Lucques et de Piombino, de son beau-frère Murât un grand-duc de Berg, puis un roi de Naples, de son frère Jérôme un roi de Westphalie. Il inquiète ainsi profondément toutes les anciennes dynasties et tous les gouvernements de l'Europe disposés ù croire le mot qu'on lui attribue : « Ma dynastie sera bientôt la plus ancienne de l'Europe. » Il épuise la France pour faire ces conquêtes et soutenir ces rois improvisés; il excite une haine profonde dans le cœur des peuples conquis, ruinés et méprisés, et dans celui de ses alliés eux-mêmes, traités comme les iniflruments

passifs (l'une volonté toule-puissante, écrasés par l'en- Irelien des troupes françaises et veri^ant leur sang poiu' asservir leurs frères et accroître, en l'affermissant, le joug qui pèse sur eux-mêmes.

Non content de suivre une politique aussi ambitieuse, aussi dangereuse, Napoléon a de tels cliangemeiits de volonté qu'il ébranle lui-même lédifice qu'il vient d'élever. Il fait un royaume d'Élrurie, puis il le supprime ; il nomme Josepb roi de Naples, puis il l'envoie occuper le trône d'Espagne, comme il aurait donné de l'avancement à l'un de ses généraux; il crée son beau-lrèrc Mural grand-duc de Berg, puis il en fait un roi de Naples; il institue son frère Louis roi de Hollande, puis il le détrône ; il donne à Joseph le trône d'Espagne, puis il veut démembrer l'Espiigne; il pense à réunir à la France les provinces au nord de lEbro, et par un décret du 26 janvier 1812 il fait de la Catalogne quatre départements français, ce qui avait pour résultat certain d'accroître encore la haine de la nation espagnole contre la France et de rendre absolument impossible le règne de Joseph.

Dans toute cette politique, voit-on l'homme d'État aux pensées jusies et profondes, aux fermes desseins, dont la grandeur morale est à la hauteur des idées? Ne trouve-t-on pas plutôt l'ambitieux sans bornes, aux conceptions rapides et grandioses, qui se laisse entraîner par une imagination méridionale, un esprit

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