CUNQUÉTES SANS FIN ET SANS AVENIR
égoïste et mobile, et dont la passion pour la domination et la gloire étouffe tous les scrupules de conscience sur les moyens de les conquérir?
Lorsque Napoléon arriva au suprême pouvoir comme premier consul, la France s'élendait jusqu'aux Alpes et jusqu'au Rhin, et l'on peut affirmer qu'elle ne désirait pas s'étendre au delà ; elle accueillit avec bonheur la paix de Lunéville, qui lui assurait ces conquêtes rêvées depuis des siècles par les rois de France et la nation française. Mais en 1812, au moment de la guerre de Russie, combien nous avions dépassé nos frontières naturelles! Les départements français s'étendaient sur tout le Piémont, sur l'État de Gênes, sur une partie des Ftats Romains,' sur la Catalogne, sur la Hollande, sur le nord de l'Allemagne, depuis le Rhin jusqu'au Danemark. Napoléon était roi d'Italie, c'est-à-dire du nord-est de l'Ualie, protecteur de la Confédération du Rhin, c'est-à-dire le dominateur de quatorze millions d'Allemands ; son empire s'étendait jusque sur les provinces Illyriennes et les Iles Ioniennes et confinait à la Turquie ; Naples, la Westphalie, l'Espagne, étaient des royaumes gouvernés sous ses ordres par ses frères; en voyant toutes ces conquêtes et cette puissance prodigieuse, la multitude s'écriait alors, et est encore tentée de s'écrier aujourd'hui, en parlant de Napoléon : « Quelle grandeur et quel génie! » Sans doute Napoléon a montré du génie pour gagner les batailles qui lui
avaient soumis tant de peuples; mais dans la conception même de cette grandeur trouve-t-on le génie d'un homme d'Ktat? L'édifice merveilleux qui avait coûté la vie à tant de millions d'hommes pour l'élever, ne reposait-il pas sur le sable, n'élait-il pas destiné à s'écrouler bientôt en écrasant d'autres millions d'hommes?
Supposons cpie Napoléon n'eût pas fait la campagne de Russie, qu'il eût borné ses conquêtes aux immenses pays qu'il possédait déjà, qu'il fût venu à bout de vaincre la résistance du Portugal et de l'Espagne : supposons qu'il fût mort sur son trône, croit-on que cet empire gigantesque aurait pu se maintenir sous son successeur qui, selon toute probabilité, aurait été un homme ordinaire?
Sous l'ancienne monarchie, combien de fois les Français voulurent faire des conquêtes en Italie; ils ne purent jamais les conserver, et, selon un vieux et sinistre proverbe : l'Italie était le tombeau des Français.
L'Espagne dont le peuple au courage farouche était ;si orgueilleux de ses grands souvenirs, l'Espagne qu'on démembrait, aurait-elle toujours supporté le joug d'un vassal de la France ?
Les trois millions de Hollandais et les dix-sept millions d'Allemands d'outre-Rhin transformés en sujets tju en vassaux de la France, dont les idées, les mœurs, étaient si peu d'accord avec les nôtres, dont l'orgueil
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national et les intérêts étaient si proibndément blessés, auraient-ils longtemps courbé la tète?
Les peuples de l'Autriche, de la Prusse, de la Russie, de l'Angleterre, auraient-ils été toujours vaincus par le successeur du nouveau CharlemagneV
Cette domination gigantesque devait être nécessairement suivie d'une réaction violente et de revanches sanglantes. Ces conquêtes au-delà du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, obtenues au prix du plus pur sang de la France, devaient inlaïUiblement être perdues tôt ou lard et attirer sur la France les plus cruels désastres.