‹ Napoléon Ier, peint par lui-mêmeChapitre 68 sur 134 · V.OOR r.KXKIIAt. I>E 1* CRANnE AnMfT · texte numérisé non relu

V.OOR r.KXKIIAt. I>E 1* CRANnE AnMfT

Paris, 19 janvier 1808.

« Mon cousin, mon intention est d'accorder à cha- (jue chef de bataillon de la garde (),()00 fr., à chaque capitaine 2,000 fr., et à chaque lieutenant et souslieulenant 1,000 fr., sur ce qui peut leur revenir pour leur part des contributions de la grande armée. Mon intention est de donner également au général Ihiliii 100,000 fr., au général Dorsenne 100,000 fr., au général Soulès 100,000 fr., aux généraux de brigade Gros, Curial, Lepic, Guyot, et au colonel du 2""* régiment Royer, (hRcun 50,000 fr.; aux colonels Frédérichs, du 1" régiment, Michel, major en second des grenadiers à pied, Chastel, major au 2""' de grenadiers

H« NAIMH.KO.N I" l'BINT PAU I,I1-MK.MK.

à cheval, Dogueroau, major d'arlillerin, et Di/reon, major directeur «lu parc (railillorie, chacun 50,(100 f., au colonel Jacquin, major de la gendarmerie d'élite, Henri, chef d'escadron du même corps, par extraordinaire, chacun 50,000 fr., total, 790,000 fr.

« Vous me ferez connaître à combien se montent les gratifications que j'accorde aux chefs de bataillon, capitaines, etc. Je ne pense pas qu'elles dépassent 010,000 fr., ce qui ferait 1,400,000 fr.

« Vous trouverez ci-joint un ordre au ministre des fmances, de vous remettre deux millions. Comme ces deux millions seront plus que suffisants pour ces gratifications, faites-moi un petit élal de ceux de mes ,écuyers, officiers d'ordonnance, et autres personnes de ma maison qui ont fait la dernière campagne avec moi et auxquels je n'ai rien donné. II est bien entendu que mon intention est de ne donner qu'aux officiers de ma garde qui ont fait Ja campagne de la grande armée. Dressez en conséquence les états de toutes ces gratifications et^oumeltez-lesàmon approbation.

« Napoi.kon. m

Tnino XVI, |i:if;o i'iT.

lM:ii)ElNT

La plein ii'iv partie de ^a])oléon i" yeinl par luimême^ qu'on vient de lire, avait paru dans le Corres- \wmkml du '25 mars 1805. Au mois d'avril, le gérant de celte revue recevait la lettre suivante :

l )l. Charles Donniol, directeur du (]omv.»vosDk:^J .

Muiisieui lu hirecteui ,

Nous avez iiism-, d;uis votre numéro du 25 nuuf-, un ailiclc «pic je. Ml' puis laisser sans réponse.

(lontiunlc dans la niison ]>ubli<pi(', la iion\cllr i)\naslie n'a pa» craint d'exposer aux regards le Inivail quotidien, 1rs impressions les pins intimes de son londatenr. Quel anlre ^ouNerneUienl eùl pu se pcrniclUe de livrer ainsi à rexamen

«le lu [(Ob^Uritr I liisloirc iiilérifure île ses actes et de ses sciiliiiieiils? Sans trop iiisisler sur ce \mnt, ce (|ui m'obligerait à des comparaisons poul-ùtre blessantes |JOur certaines habitudes de penser, je dirai seulement que la publication de la Correspondance de Napoléon t' ollrail une occasion incon)parable pour l'élude d'un homme extraordinaire et d'une éjKxjue non moins prodifîiense. Mais niw tâche aussi élevée ne pouvait tenter l'espi it de parti ; tout ce que M. Raudot a vu dans les quinze volumes ouverts à ses investigations, c'est qu'il y avait là j)Our lui moyen de surprendre , au milieu d'une immense action , quelques aveux, (juelques faits, quelques sentiments susceptibles d'être mal notés, quelques-unes de ces faiblesses dont les grands hommes eux-mêmes ne sont pas exempts. !\;qx)léou a lutte contre l'eireur, contre des passions, contre «les hostilités implacables ; il s'est dégagé du chaos, il a recomposé un monde avec des éléments, parfois insuflisants ou |)ervers, qui lui étaient imposés; dans cet enfantement, cette reconstitution, cette bataille acharnée, quelle part est à faire aux liatalités du temps, aux im|)erfections de la nature humaine, à la puissance du génie? M. Raudot ne s'embarrasse pas de ce travail de discernement; ce qu'il s'clïorcc de faire, c'est de trouver Napoléon en faute de patience et de modération. Une centaine de fragments extraits de 1 4 ,000 lettres, c'est là ce que le compilateur appelle « Napoléon 1" peint par lui-même. » La critique historique manque de mots pour qualifier ces sortes de produits forgés par la malignité à l'usage des esprits |)aresseux. Prendre une phrase, plusieurs phrases, les isoler des circonstances, des faits qui les motivent, les eX' |)li(|uenl, en déterminent le sens réel, grouper ce «jui était disjoint, séparer ce qui allait ensendjic, conqwser un corps qui n'a jamais existé, iaire jouer aux yeux du lecteur ce

faux semblant de vérité, qu'est-ce que ce procéde-là? Il n'y a que l'esprit de parti qui puisse condamner un homme de sens à s'y abandonner.

Mais celte fâcheuse partialité ressort encore mieu\ de quelques autres allégations de l'auteur.

M. Raudot, parlant des deuv Commissions successivement chargées de publier la Correspondance de Napoléon 1", dit que « la nouvelle Commission ne dut pas, comme Van- € cienne, s'interdire scrupuleuseynent... toute altération, « tout retranchemenly toute modification de texte... »

Et comment M. Raudot prouve-t-il cette énormité?

Tout sinqilenjcnt en appliquant son système de choix paitial au lapport du président de la nouvelle Commission. Ainsi, il cite de ce rapport quelques phrases qui lui semblent, bien à lori, ne pas contredire son étrange assertion ; il n'est même pas arrêté par ces mots que l'on croirait avoir été écrits à son adresse : « Quel(jues-unes des lettres de Na- « ))oléon, considérées isolément, pourront donner lieu à des « méprises; » mais il se gardera bien de citer d'autres phrases où son étrange assertion rencontre une contradiction formelle.

Voici une de ces phrases :

« Uhe seule règle >ous a paru devoir être suivie SA>8 « exception, c'est de... reproduire les textes dans leurs « détails les pld8 hindtieox, même avec leurs imperfec- •< tioms grammaticales. »

Le rapjtorlmenlionne ailleurs une mesure montrant, d'une manière frappante, jusqu'à (juel point la nouvelle Conunission a jugé nécessaire de « pousser le scnipule de l'exactitude : » je Veux parler de c<:s iiulic.ilions de sources jiei* mettant de toujours retrouver les textes primitifs dont les

ilotiiiut-nls piiMiés m)iiI la leprodiulion ; coiuiiieiil uiliiiellic im parti |iris de liilsiliciilioii à côté de ce moyen de contrôle toujours ollert au Ims de chatjue pièce? Comment admelliv d«'s retraticheinenls, des altérations^ des modificutions detexte, devant c<'tte |)0s.sihililé, toujours iiiiininciite. de ((in- Irontution et de vérilication?

Ailleuiv encore le rap|X)i1eur senilde lui-même ellra\c d'avoir à laisser ainsi sans voile toute l'œuvre de ^apoléon 1*' a\ec ses médilulions les plus intimes et les plus |Kissionnées ; il prévoit les méprises et les cjticunnies de l'esprit de paiti ; mais, en déliuitive, il se rassure en songeant à tout ce «ju'il y a, dans l'œuvre de Napoit'on, de vi-aimeut utile et d( grand; et il aconliance »;n la justice de l'avenir.

En présence de ces déclarations, et d'autres encore que je |)ouri-ais citer, où l'on voit si bien la résolution de l'exactitude, que peut-on |)enser de M. Raudot, alïirmanl que « la « nouvelle Commission fie- dut pas, comme V ancienne, • s'interdire scrupuleusement dans la repi'oduction des « lettres de l'Empereur toute altération, tout relrancfiew ment , toute modification de texte, » et que * le rapport <( fait par le pritice à l'Empereur, six mois après la for- « mation de la Commission et au moment de la publicor « lion du seizième volume, constate i-e contraire ! »

L'inexactitude matérielle est ici manifeste, et je n'en dirai pas davantage.

■l'ajouterai seulement quelques explications.

li'ancieime Gonmiission, ainsi qu'elle Ta indiqué dans sou lîap|)ort de 1^58, n'avait pas cru devoii" conqnendre dans Ncs publications : 1" un certain nombre de documents « de- \iinl trouver place, » disait-elle, « dans les œuvres complètes de NaiMjléon I''; » 2" le> lettres qui n'étaient que les répétitions des mêmes ordres, taisant double emploi ; 3° les

IhIkn n'ayant « Irait qu'à Aoa rrhuinns flo l.tmillo ot à des :»lïaires (lomostiqiips. »

(h' ces piinci|K>s do lancicnne Commission n'onl jws c«!sé d'être ceux de la nom elle; seulement peut-êlre la nouvelle a-t-elle fait, on le disant plus haut, ce que l'an- ( ionne Ihisait tout aussi bien en le disant un peu plus Iws. Peut-être aussi y a-t-il quelque différence, an point de vue de la fermeté, dans l'applittition dos princij>es admis. Mais, s'il est une innovation qui puisse otrc signalée avec quelque assurance, c'est la suivante.

Fj'ancienne Commission avait juiblié des lettres contenant des jKjroics ,:.M-aves pour certains noms propres. Do ix'nildes inconvénients en étaient résultés. Souvent les paroles de blâme avaiAit été, plus tard, reconnues injustes par Na|x»léon lui-même ; elK^ devaient donc être non avenues pour riiistoire. Admises dans un recueil officiel, elles pes:uent désormais sur la considération d«>s familles. Do là dos giiefs bien légitimes. On a dû reconnaître la nécessité, sans toucber en rion au texte des lettres, de remplacer par des {wints les noms des personnes accusées, et de s'imposer cette sorte de réticence dans deux cas : 1" quand la lettre renfermant le blâme ne pouvait |)as, ne devait pas être écartée, parce qu'elle offrait d'ailleurs de l'intérêt; 2" quand le blâme exprimé n'a pas été vérifié par un jugement, |>ar un acte public, ou par quelque événement éclatant plus tard dans l'histoire.

4e termine cette longue lettre.

I.e présidoTit de la nouvelle Commission, avec »me francbise qui n'est que l'expression naturelle d'une conscience sùro d'elle-même, a mis le public dans la confidence des oonsidér.ili(»ns inlimos do son difficile travail. Il y avait là nn lémoiiinaso do lovante qui aurait dû ètro remarqué el4ju'

|M>nr lo moins devait écarter d'iiidif^nef; soupçons. Ce n'est |tts d'ordinaire ainsi {jne s'annoncent les œuvres de lalsifii-alion; elles n'appellent pas l'examen et la lumière. Mais il a plu à l'esprit de parti de lije dans le ^Rapport du prince Napoléon ce (|ui ne s'y trouve jtas. Il est à regrelter qu'un recueil comme le Correspondant ait donné place à de calomnieuses suppositions restées jusqu'ici sans ré|)onse, |.arre qu'on avait trop compté peut-èlre sur la raison et In Iwnne loi pour en faire justice.

C'est de voire loyauté, monsieur le Directeur, ipie j'atlends l'insertion de celle lettre dans votre prochain numéro du 25 avril, et je vous prie de recevoir l'assurance de ma considération très-distinguée.

Le Secrétaire de la Cnmmmion chargée de publier la Corrksi'ondance df. Napoléon I",

Rapetti.

Palais-Royal, 20 avril 18<»5.

Je viens de lire la lettre de M. Ra|>etti, je serais blessé de ses reproches si je les méritais, mais je ne me sens pas atteint.

Si j'avais l'honneur d'être connu de M. Rapetti, il saurait

(jiie je suis incapable de calomnies et de manœuvres perfides.

Sans doute j'ai mes convictions et mes idées, milries par de longues réflexions et par l'expérience, mais je ne suis pas un homme de parti, comme il le croit. Je vis loin de Paris, au milieu des champs, avec mes livres, applaudissant au bien, déplorant le m^l de quelque part qu'ils viennent.

J'ai passe ime partie de ma vie, déjà longue, à étudier l'histoire. J'ai fait plus d'un ouvrage d'histoire, mais je n'ai jamais fait un jximphlet et je n'en ferai jamais,

.Si j'avais outragé la Commission présidée par S. A. I. le prince Jéiôme Napoléon, ce serait sans le savoir et sans le vouloir ; j'ai cité une page entière du Rapport qui me semblait dire clairement que la nouvelle Commission ne publierait pas comme la première, toutes les lettres sansaltéi-ation, mais je n'ai jamais parlé de falsification. (Juo la Commission m'excuse d'avoir, faute d'intelligence sans doute, compiis dans ce sens ces mots notamment:

« En général, nous avons pris pour guide celte idée bien simple, à savoir que nous étions appelés à publier ce que l'Empereur aurait bvré à la publicité si, se survivant à luimême et devançant la justice des âges, il avait voulu montrer à la postérité sa personne et sou système. »

M. Rapetti dit dans sa lettre que je me suis trompé, que la nouvelle Commission publiera les lettres de Napoléon l*""^ avec autant de scnipule et d'étendue que la première; j'en suis heureux et j'en félicite la Commission et le public.

M. Rajtetli me reproche de ne citer que des lettres isolées, des fragments de lettres et qjii sont groupés avec perfidie. Il comprendra cependant que je ne |X)uvais publier

loiilps les leltios (lfs(jiiinzft gros Vdlmnrs et qu'il l:ilhit lairo un choix. J'ai écarl»'C«(jiii élailcoiiiiu de tout le inonde, l'ajtothéose de Napoléon est partout ; j'ai voulu faire coimaîtrcoe f|ue |M'rsonue ou à peu près ne coiuiaissail. Ai-je mis de la délovaul»'' dans ce clioix ? Mais jiour faire connaîlre le caractère, les id«''es dominantes, les manières (l'agir de Napolt'on 1'% je ne me suis ps contenté d'inie lettre ou (Feux, j'ai publié une série de lettres, dans l'ordre des dates, sur cliacjue sujet, de manière qu'il ne piU j)as rester l'ondire d'un doute dans l'esprit du lecteiu' siu- ce qu'il me paraissait si inqx)rlant de lui faire connaître, et dans' la seconde partie de mon étude, M. Rap'tli vena des lettres pins nom hre uses et jtlus iniprtantes encore qui achèveront de mettre dans tout leur jour le caractère et le système de Napoléon V'.

Mais ou m'objectera (pie plusieurs de C(îs lettres pr(''senlent Najjoléon sous un jour ihîu favoi;tlilr d ipicje cherche ainsi à amoindrir un grand homme.

Coai le droit, c'est l'honneur de l'iusloire de ne tenir c/)mpte que de la vérité et de juger même ceuv (pii oui leiui dans leurs mains les destinées des nations.

Lo!-s(pie j'ai fait mou livic: Iti France avant la Hi'volution, malgré ma sympathie |K)ur la vieille nice (|ui avait si longtemps gouverné la France, je n'ai pas cherché à cacher les faiblesses, les erreurs, les vices qui avaient contribué à la ruine de l'ancienne monarchie. Lorsque j'ai publié une étude sur Colberl*, je n'ai |)as hésité à citer d(;s lettres, des r^lemeufs, des édils (pii faisaient c(mnaîlre plus d'une id(''e fausse, phis d'une mesure fatale du grand ministre et du grand roi.

Tu des phis beaux ouvrages qui aient été publiés de nos

' Dans le livre Mex Oinireté»; Hbraiiie Guillaiimin, me niciielieii.

joui-s, rVsl sfiiis coiUredit VHistoire de Louvois. A-l-on lait à M. Cximille Roussel les icprotln^s qu'on m'adresse, parci" qu'il a lait un choix dans la niultilude des letlros de liouvois et de Louis XIV, [xuce qu'il a publié des documents nouveaux et qui jx)uvaienl amoindrir la gloire de Ijouvois el de Louis \1V, nolannuent sur les rrunions déloyales de territoires que les traités ne donnaient pas a la France, sur les ftfrovables dévastation^ du Palatinat, sur lu révocation de l'édil de Nantes? Si ptu* hasard son ouvrage avait été publié sous le règne d un descendant de Louis XIV, M, Roussel aur.iit-il été compromis pour avoir dit la vérité et cité des lettres du grand roi?

Assez de gens encensent les puissants de ce monde, vivants ou morts; laissez à l'histoire le droit et le devoir de les juger, car elle peut préserver ainsi l'avenir des erreurs, des crimes qui ont fait le malheiu" des honmies dans le jwssé.-

Vons croyez que j'ai fait une œuvre déloyale d'opposition, parce que j'ai trouvé et montré dans les lettres mêmes «le Na|>oléon I" quelles avaient élé les causes de sa cliute ; mais en signalant les écueils où s'est brisée la plus haute fortune, je crois avoir lait un»' œuvre toute contraire, et dans tous les ras une œuvre de lionne foi .

Radhot.

t»1 avril 1Hfi5.

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