‹ Napoléon Ier, peint par lui-mêmeChapitre 69 sur 134 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

J'apprends que la première partie de cette étude sur Napoléon 1", qui a paru dans le dernier numéro lin Correspondant j a causé de la surprise, de l'émotion, et excité une vive curiosité; ce succès ne m'étonne point. Le public éprouve le sentiment dont j'ai éfé saisi moi-même à la lecture de la correspondance du grand homme.

Lire tant et de si gros volumes m'avait semblé d'abord une tâche ditticile; pour l'entreprendre et l'achever il fallait du temps et de la persévérance.

J'avais des loisirs et je pouvais dire comme le poêle, mais avec un sentiment moins vif, il est vrai, de reconnaissance :

Dens nobis hier olia Tecit.

r.O NAPOLÉON I' l'KINT l'Ai'. ICI-MI-MK.

Je me rendis donc dans une hihiiotliùqiin publique qui avait reçu de la munifîcenœ de Son Excellence le minisire un exemplaire de celle correspondance. Là on me mit en présence de quinze énormes volumes déjà publiés par cette Commission qui, d'après les ordres de Sa Majesté Napoléon II!, s'était interdit toute allérotion, tout retranchement^ toute modification de texte, et cette publication n'avait pas encore donné In moitié peut-être des lettres de Napoléon V\ car elle s'arrêtait à la fin d'août 4807.

Je remarquai d'abord que pas un feuillet de ces quinze volumes n'avait été coupé. Le Français du dix-neuvième siècle dit encore comme le bon la Fontaine :

Les lonjrs oiivra$>es me font peiir.

J'hésitai un moment devant la longueur de la lâche, mais prenant ma résolution, je commençai à lire. Je fus saisi bientôt par un puissant intérêt, j'éprouvai une surprise, une émotion croissantes, et je dévorai les quinze gros volumes. C'est que cette lecture fut pour moi toute une révélation; je connaissais comme tout le monde le Napoléon incomplet, faux, défiguré, que l'on voit dans nos histoires; je voyais enfin tout entier le vrai Napoléon. Je me dis en finissant ma lecture : Toutes les histoires de Napoléon sont à refaire.

Si lillnstre auteur de la Vie dejnlex Cesur avait pu

NAPOLÉOS I" PEINT PAK LUI-MÊME. IJl

découvrir quelque part la correspondance journalière, complète de son liéros, avec quel bonheur, quelle avidité il aurait lu et relu ces témoignages irrécusables des pensées, du caractère, des projets, des passions du. fondateur de l'empire romain! Ces lettres auraient peut-être rectilié plus d'une erreur, modifié plus d'un jugement, l'ait naître bien des idées nouvelles. Ces vives lumières, que l'illustre écrivain n'a pas trouvées pour l'éclairer dans son histoire de Jules César, il a voulu en taire jouir les futurs historiens du fondateur de l'empire français. Mais ce ne sont pas seulement les hommes de lettres, c'est la I" rance elle-même qui doit à Napoléon III de la reconnaissance pour avoir miâ en action cette belle maxime qui commence l'histoire de Jules César : a La vérité historique devrait être non moins sacrée que la religion, » pour lui avoir fait connaître Napoléon V' tel qu'il était.

Je reviens à mon étude.

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