PAUVRE GARÇON ! RENONCE A TES PROJETS
Pauvre garçon ! renonce à tes projets !
Déjà, par un triste caprice,
Tu quittas le nom de Français
Pour te laire enfant de la Suisse; Pousse plus loin... Du Nord prends le chemin, Et puisqu'encore ton cervoaji se détraque, Fuis-toi bannir du sol républicain
Et nationaliser Cosaque.
(Irande complainte sur Louis Bonaparte :
Alors (les (;,iiiiiii.s par bandes Accourent de tt>iis cotés, Montrant d'un air hébété L'Empereur de conircbando,
Qui, par quelques hommes soûs, Leur faisait jeter des sous.
Je suis le neveu de l'autre.
Si je vous mens, nom d'un chien!
Traitez-moi de galopin !
Le prétendant :
Vous voulez être président?
Vous avez bien du talent?
Je parle sans malice...
Eh bien?
Le français comme un Suisse,
Vous m'entendez bien.
Victoires et conquêtes de M. Louis Bonaparte, racontées par l'aigle de Boulogne à l'aigle impériale. (Giiarles Gille.) Le gâteau des prétendants (de MiMA Mercier) :
A peine admis dans notre France,
Fanfan, mon mignon, mon chéri.
Tu viens briguer la présidence, Toi, le rejeton rabougri D'un bel arbre aujourd'hui pourri; Tu fais, prétendant de la veille, Le républicain ; c'est merveille !
Va, Fanfan, va donc et va bien ; On voit le bout de ton oreille.
Va, Fanfan, va donc et va bien, On n'est pas héritier pour rien.
L'héritier d'un grand homme
Défunt mon oncle l'Empereur,
Ne pouvant m' laisser son grand cœur,
Me laissa chapeaux, redingotes.
Gilets et culottes.
Trois grand's pair's de bottes...
N' suis-je pas un gaillard bien doté?
V là c' que c'est qu' l'hérédité!
L'amoureux de la République :
« Il a le physique. . . d'un policeman de Londres. . . Qu'on ne Toublie pas, les héritiers et les successeurs des grands hommes ont presque toujours été des crétins. »
Simple histoire du prince Louis Bonaparte fait Napoléon :
« Ce qui le recommande?. . . Toute une existence d'aventures romanesques et grotesques, de contradictions et de niaiseries... Son attitude est celle d'un chat qui guette une souris; il guette la République et attend l'occasion de se jeter sur elle et de la croquer, ni plus ni moins. »
Comme quoi Louis Bonaparte n'existe pas à l'état de grand homme :
u L'oncle avait une figure noble et expressive. Le neveu a une face comme on désire ne pas en rencontrer. Le premier était brun; le second est blond ardent (comme Jocrisse)... Remarquez les oreilles de Napoléon 1", elles sont petites, fines, délicates, gracieuses; elles ne ressemblent pas aux oreilles du dernier des Napoléons. — Napoléon 1" avait une faiblesse, il prisait, mais il était prisé. L'autre, qu'on prise très peu, chique, dit-on. »
Louis Bonaparte chez M. Gibus :
Enfin, voici le ileriiier,
C'est le chapeau île l'IOiupire;
Oserez-vous l'essayer
Et vous regarder sans riro?
Le neveu de Napoléon
Moi, je (lis (run ton l'onvaincu :
Mon pèri! fui («H'u.
Mon oncle était un lier luron,
.Nom dtiu nom ! J' suis le neveu de .Napoléon,
V'iù f\\\ est bon!
Manifeste de Louis -Caméléon Bonaparte :
Ainsi je me fais prétendant Pour enfoncer la République, Si vous me nommez président.
Mon cher oncle, que j'idolâtre, Vingt fois en bronze fut moulé; Moi qui ne suis pas mal en plâtre, Avant peu je serai coulé.
Enfin l'an qui bientôt expire Fut fort triste, mais cependant Par moi vous aurez un an pire Si vous me nommez président.
Dans une gravure, le prince embrasse la République et, par derrière, lui enfonce un poignard dans le dos, en disant : « Je jure fidélité à la République! » Dans une autre, il est représenté à Londres dans les coulisses d'un cirque, tenant une femme sur chaque genou et buvant du Champagne. — On voyait aussi paraître nombre de brochures, de lettres, d'affiches (1). Quelques-unes étaient favorables au prince. Un sieur Besuchet, ancien officier de l'Empire, faisait imprimer à ses frais et distribuer quarante mille exemplaires d'une circulaire ainsi conçue :
« Trois cent mille suffrages, en rappelant de l'exil notre concitoyen Louis-Napoléon Bonaparte, ont tracé la route qu'il devait suivre et désigné la place qu'il pouvait ambitionner... La France entière, s'associant au vote spontané de cinq départements, a salué son entrée à lAssemblée comme présage de la fin prochaine de l'interminable provisoire qui pèse sur nous. Louis-Napoléon vient d'accepter une candidature que de toutes parts lui offraient lés vrais patriotes , les hommes d'ordre, de progrès et de liberté; son programme a retenti
(1) El.iussi des pièces de vers et iiièiiie des poèmes. (Voir notaïuiuent Napoléon, ou les Derniers Jours de l'Empire, poème en quatre chants, par Cbarles de Massas. Brière, édit., 29, rue Lamartine.)
dans le cœur de tous les Français. Le moment est venu de manifester hautement nos sympathies pour celui qui sera bientôt l'élu de la nation... Recueillons-nous dans notre conscience et voyons si nous avons un nom plus glorieux, plus sympathique à la France que celui de Napoléon, si nous avons un homme qui mieux que le neveu du grand Empereur, le petit-fils de la bonne Joséphine, l'écrivain qui s'est tant occupé du peuple, puisse se présenter comme le symbole d'union, d'ordre, de clémence et de fraternité. Élevé à l'école du malheur, éprouvé par l'exil, le prince Louis n'est plus au milieu de nous qu'un citoyen animé du plus ardent patriotisme. Pur de toute intrigue politique, étranger à nos discordes dont son cœur a gémi, sa mission sera de réparer, et non de venger ; il n'aura d'autre ambition que celle de contribuer au bonheur de tous... L'Empereur, son oncle, a voulu le bonheur de la France par la gloire ; il voudra , lui , la gloire de la France par le bonheur. . . m
Dans une brochure intitulée : Louis-Napoléon et ses concuV' rents. Dernier examen des candidatures pour la présidence de la République, par M. S... — [éditeur, Fleury), on lit : « Le pouvoir que par deux fois Louis Bonaparte essaya de détruire, n'était-il pas depuis longtemps l'objet d'une réprobation puissante? Sur tous les tons, presque à chaque heure, les prophètes du journalisme ne tonnaient-ils pas contre lui? Ne pleuraient-ils pas sur la France dégradée? Est-il donc bien surprenant qu'un homme, porteur d'un nom qui s'enchâssait le mieux dans l'auréole de nos gloires, d'un nom dont deux arrêts d'exil prochuiiaiont l'incontestable force, ait cru (juc ce nom seul... suffirait pour briser un sceptre déclaré fatal ii la France?... »
Dam» une autre : Suppression de l'inipùt du sel. Candidature de Louis-Napoléon lionaparte ci la présidence de la Uépnhli<pu'^ il est dit : »< 11 a vécu dans l'étude des arts, des sciences et de ragriculture. Il a écrit que le prohlème du paupérisme aurait •0 solution dans le défrichement et dans la fécondation du sol. Qu'il soit appelé A la présidence de la Hépublique, et, nous
l'affirmons, une des premières lois qu'il proposera à l'Assemblée nationale sera un pas décisif vers la suppression de l'impôt du sel... — J'ai connu (1) et fréquenté sa famille en exil. J'ai été en relation avec Louis-Napoléon Bonaparte lorsqu'il était dans l'adversité. Je puis vous dire que s'il a souffert pour l'erreur de son courage, il a fait respecter son infortune par le noble emploi de son temps. Il s'est instruit à l'école du malheur. . . Tout homme qui a fait tourner son infortune à son instruction est... un homme d'élite qui s'épure par l'adversité. Louis-Napoléon Bonaparte est un de ces hommes. »
C'est un MANIFESTE DES OUVRIERS LYONNAIS :
« Nous adoptons la candidature du citoyen Louis-Napoléon Bonaparte : 1° parce qu'il nous a été affirmé et prouvé d'une manière irrécusable que Louis-Napoléon Bonaparte, à qui la République a ouvert les portes delà France, veut la conservation de cette République, qu'il la veut démocratique et sagement progressive, avec le respect de la famille et de la propriété ; 2° parce qu'attribuer au citoyen Louis-Napoléon le projet insensé de rêver une restauration impérialiste est aussi faux qu'absurde, et que d'ailleurs ce projet, s'il pouvait exister, serait irréalisable ; 3° parce qu'enfin le nom de Bonaparte rappelle le génie, le patriotisme et la gloire, et que nous croyons fermement que la France sera aussi heureuse que fière de prospérer à l'abri de ce nom immortel... Ce manifeste est revêtu de milliers de signatures. (Sic.)
«I liVon, 27 novembre 1848.
« Les membres du Comité de l'Union républicaine démocratique, chefs électoraux, desl", IP,III*etV* arrondissements.
« Signé : Le général Herpet de Sauennes, Delcro, propriétaire; BoREL d'Hauterive , Alexandre de Saillet.
(1) Lettre sur l'élection du président de la République, par le docteur Buriîal'-
RlOKH\EY.
<i Le comité du XIV" arrondissement de la Seine déclare accepter et approuver ledit manifeste.
« Paris, le 8 décembre 1848.
tt Signé : Le vice-président, Bertrand .
« Le secrétaire, G. Chaland. «
Le même groupe politique parisien fait apposer partout dans la capitale une affiche ainsi libellée :