‹ Napoléon III en AlǵerieChapitre 22 sur 56 · MOSTAGANEM · texte numérisé non relu

MOSTAGANEM

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JRtrolt, sur la route de Mascara, et ses annexes d'A in Nouissy et de IsiStidia, — cette dernière est peuplée en majeure partie d'émîgrants prussiens ;

AbiMkir et ses annexes : Bled'ï'ouaria ei Aïn-Sidi'Ché'

rif;

Aîn»Tédèlès, sur la pente qui descend vers la vallée du Ghélif;

Sourk-el-Mitou, dont le territoire est planté d*arbres fruitiers qui donnent d'excellentî; produits et où l'on récolte d> s pêches et des abricots renommés. Et enfin le village qui porte le nom de Pont iJit Chélif.

Le plateau sur lequel est b'iti Mostagancm se relève légèrement vers l'est et retombe dans la fertile. vallée de La Mina. On y rencontre la ville de Relisane, dont le territoire est l'im des centres les plus importants de la production cotonmère (1).

L'Empereur ik- M<wtag«nem.

L'Empereur est arrivé à Mostaganem le 25 mai, à tfols heures

de l'aprèb midi. Sa Majciité a été reçue à l'entrée de la ville par M. Bollard, maire de Mostao'anem, par M. Otten, souspréfct, et par M. Brosselard, préfet d'Uran, qui était arrivé la veille.

M. BoUard, en offrant à l'Ëmpereur les cle& de la ville, a prononcé le discours suivant:

« Sire,

« J*ai le prédeuz honneur d*offrir à Votre Majesté les clefe de cette ville, et de lui présenter le corps munidpal. Cette

(I) L.i ilernit^re partie de cetti' notico est e\u-aiic d'un excellent article public dans le Moniteur de l'Alyérie du mai 18C5. Nous croyons savoir que eet arlicle ei plusieurs antres, relatifo anx localités visitées par TEmpereur, sont dus à M. Fenoux Manbras, l'undlb employés les plus distingués du seerétariat sénéral du gouvetnsment.

PfiOVCiCE mRAÎi.

mi5>ion ([uo votro pcZ-^ence rend si ^xlorieuse pour moi, je ue saurait» racrùtiij'lii a.uia une profond*^ ♦•motion.

« Ce n*est points Sire, une chose ordinaire pour nos modestes pOpulatioiisqaedepOMéder dans leur sein le Souverain illustre que le monde entier r^oate, admire et nous envie, et de qui l'Algérie attend ta régénération. Aussi, à votre venue si ardonment espérée, tous les cœurs ont battu dana on même élss, . d'immense espoir et de gratitude prolbode. ^

« Que Votre Maj<>st^. 8ir«, soit done la bienvenue au milîea de cotte pojuilition enihouîsiasle et fidèle; variée dans ses origines, composée en nomhre à peu près ('rral d'indigènes et d'européens, elle s'est, dès longtemps, unie dans un même sentiment d'amour pour la patrie française, d'admiratioa pour le monarque puissant qui prt^side h ses destinées.

« Qu*il me soit permis d'être son interprète et de vous dire combien elle est émue du précieux honneur que vous daignei lui faire, de vous eiprimer aussi les relations cordiales qm n*ont cessé de régner entre les deux races, chaque jour réunies, dans une entente plus intime, par la communauté des intér&ls et (lu l.ihcur quotidien.

« Loi colonisation, Sire, telle que voire Gouvernement l'entend et la dirige, a un attrait irrésistible, et nul ne saurait la voir de près sans se sentir invinciblement entraîné. Laissez venir à nous les indigènes, Sire; nous les avons toujours adoptés comme d'indispensables auxiliaires et souvent comme d*utiies amis*

c M aînteiiant. Sire, daignez tourner vos regards augustes ven cette population qui se presse et vous entoure ; voyez la joie empreinte sur ces visages durcis au travail et portant le hâle du soleil algérien ; voyez cette jeune génération née d'hier sur ce sol dé jà si français, où elle ne demande qu'à s'étaler vivace et laborieuse. Kh bien ! Sire, il n'y a pas un cœur qui ne vous appartienne, qui ne tressaille d'orgueil à la vue de son glorieui Souverain. »

L'Empereur a répondu à M. le Maire à peu près en ces

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^OSTAGAKEH. . 100

termes : c Je vous remerde, monsieur le Haire^ de ce que voe « paroles oontiemient de gracieux pour moi. Je suiSf en effet, « venu pour constater les })rogTès de la colonisation. Ces pro-

« grès sont considérables, surtout à Mostaganeui ; je suis étoimc a de tout ce que je vois. »

I^e cortège impérial s'est ensuite dirigé vers la sous-préfecture. En descendant de voiture, l'Empereur a trouvé sur les marches de l'hôtel^ une petite fille de dix ans, délicieuse enfant, qui, de sa main mignonne, lui a tendu un énorme bouquet et lui a rëdié les vers suiYants :

Sire, Muslagancm vous oiïrv son hommage

Il espère qn'AUali bénira ce voyage!

Ma taille est assortie à celte hnmhle cité,

Mais nos va ux, notre amour, notre fidélité,

Nous les e\])riinuns, Sire, avec la confiance

Qu'ils sont dignes de vous et dignes de la France l ..

La gracieuse enfiint était une des filles de M. le sous-préfet;

Sa Majesté lui a adressé un de ces bons sourires que les pères seuls connaissent, et l'a joyeusement embrassée.

Pendant les réceptions qui ont eu lien h l'hôtel de lu souspréfecture. M. le Maire a remis à l'Eni]M reur une adresse délibérée par le conseil municipal et les notables de la population^ demandant un embranchemeiit sur le dbemin de fer d'Oran, qui relierait Moetaganem avec THillil, par la vallée des jariUns et Bonguirat.

« Par ce tracé, est-il dit dans l'adresse, les produits de toute cette partie du Tell, centralisés à rentrep6t de Relizane, n'auraient à parcourir que G3 kilomètres, pour gagner les quais de Mostaganem, suivant ainsi leur marche normale et séculaire ; il leur en faudrait parcourir i27 pour arriver à ceux d'Oran. »

Nous reproduisons ci»après les conclusions de cette adresse:

tt Daignez, Sire, ordonner par un décret, que cet embranchement soit exécuté simultanément avec la ligne principale; daignez accorder au concessionnaire de cet embranchement,

les mêmes faveurv qui ont facilité la concession de la grande ligne, et la construction en sera promptement sollicitée, soit par la Compagnie qui con^ii uit la ligne principale, soit par toute autre compagnie concurrente.

< Kn ce faisant, Sire, Vous rendrez justice à une population uukhi laborieuse que dévouée ; Voos assurerez sa fortune acquise, ei Vous poserei les bases de sa prospérité future !

« Celle question vitale d*un embraudiemeiit, Sire, se Ue d*uiie manière étroite à celle de TaméHonition de notre rade.

« En l'état avec sa rade ouverte, sans abri, sans travaux suM eptihleH d'en ani«*liorer l'accès, lo port de Mostaganem est arccssiMe iiendant sept riiOi> de 1 annei', <'t wotvr place est vilûtée annuellement par une moyenne de 420 navires.

4 Sire, nous ne Vous demanderons pas de grands sacrifices pour la construction trop onéreuse d'un port, qui ne se présenterait pas néanmoins à l'examen de Votre H^esté, dans des conditions moins famables que le port du chef-lieu.

c Un simple basnn-abri conviendrait à l'importance de notre commerce, suffirait à nos besoins. Un commencement de jetée nous a déjà rendu les plus grands services, son prolongement exécuté au moyen d'allocations annuelles, suffisantes et réelles^ ne tarderait pas à rendre notre rade accessible eii toute saison, même par les plus mauvais temps.

< Nous prenons la liberté, Sire, de solliciter de Votre Majesté, des allocations réelles, et nous n'hésitons pas à lut faire connaître que ces allocations nous ont été accordées, en principe, par Votre Conseil supérieur du gouvernement de TÂlgérie, mais sans qu*il ait été possible a notre ville de bénéficier de leur emploi effectif.

« Tels sont nos vœux, Sire, un mot de Votre Majesté peut les satit;taire ; telles sont nos espérances légitimes j nous osons Vous supplier de daigner les réaliser. »

L'Empereur a répondu qu'il étudierait avec le plus vit intérêt les diverses questions développées dans cette adresse.

1I06TA6ANEII.

Sa Majesté s*est ensuite entretenue avec M. le cave IJarreau, avec le pasteur protestant et avec MM* les délégués du consistoire Israélite. Elle a dit à ces derniers : « Que la situation de « la population indigène, avait attiré son attention et qu'elle ne «L la perdrait pas de vue. » Pois, répondant à une allocution prononcée par M. le président du tribunal civil, Elle a exprimé sa satib&dâoo snr la manière dont la magistrature algérienne comprenait et accomplissait sa mission.

Après les réceptions, l'Empereur s'est placé au balcon de la sous-préfecture , et a été acclamé avec une extrême vivacité par la foule (^ui stationnait sous les fenêtres. C*est alors qu*un indigène désespérant, tant la foule était compacte^ de parvenir jusqu^à la porte de Thôtel, et apercevant l'Empereur au balcon, n'a rien trouvé de mieux que de lui adresser sa supplique au bout d^un long roseau. Sa Majesté a fort gradeusèment accepté le pli si singulièrement offert.

L'Empereur avait déjà donné audience à un nombre considérable d'indigènes, et notamment au kbalifh de la Mina, Sidiel-Aribi, qui u été nommé, le surlendemain, graiid-officier do la Légion d'honneur. Le même jour, le kaïd des Kaïds des Flittas, était élevé au ^rade d»' commandeur, l'aghade la Mina, * au grade d'offîcier, et plusieurs autres chefs arabes étaient créés chevaliers.

Le %i mai, après avoir entendu la messe, TEmpereur est monté en virïture pour se rendre à Relisane, et n'est rentré à Mostaganem que le soir à six heures*

Le 22 mai, l'Empereur a quitté Mostaganem. Une tente de bon goût avait été disposée sur la jetée, et c'est là que Sa Majesté a reçu les adieux de la population.

a A ce dernier moment, dit le Courrier de Mostaganem^ rEmjieicur s'est entretenu de nouveau avec M. RoUard, le chargeant d'être son mterpréte auprès des habitants de Mostaganem et de leur faire part de toute sasatis&ction. Sa Majesté a exprimé de rechef la pensée que son voyage à Mostaganem y laîstserait d'heureuses traces, »

tu PROVINCE Dt)llA>'.

Avmoi de s*«in)iarqiier nir YAîgiê^ qui allait le raneaer à Alger, TEmperear a àèomé un grand nomlNne de déooratiom aui ibnclk w iatree français et naUgènes.

AÏN-TÉDÉLÈS.

Ain-Tédélès, chef-lieu de commune, est situé à ^ kil. de Mostagancm, sur un plateau dominant le chéUf* —'819 hab.

Cette colonie agricole de 1848, constitaée en centre de population le li Ittvrier 1851, a été érigée en commune le 31 décembre 185G; elle renferme aigoardluii deux annexes: Sfmrk'él'UiUiu et Pont-âu-Chélif.

Aiii-Téilt'lès est un des plus jolis villages et des mieux bâtis «le lu provinrc d'Ui aii. Ses rues sont laides, bordées de trot- 101 l a ei oi iiees de belles plautatioiu» d'arbres.

Lorsque, le 20 niui 1865, les habitants de Tédélès apprirp/ït Tanivt^e de rtnijiereur n Mostagunein , ils décidèrent spontanément qu'une députation ir ait porter les vœux et les horamages de la population à Sa Majesté. On procéda à Télecâon de sht députés. L'ui^aAimité des suffrages désigna HM; Bonnenu^ Olerc, Lagier, Bresoult, Lallemand et Boutié.

ilM. les délégués de Tédélès ont Uto voulti noiïs adresser une relation de r&ceueil qui leur a été fiift par l*Einpereur. Celte relation, écrite sous l'impression du moment, est trèsintéressante \ nous la reproduisons textuellement :

AIN-TEDELES.

<i Nous fûmes fiers d'avoir été design» .s par le suffrage Uenos cOTicit03'ens, pour les représenter duns cette occasion soleiiuellc qui ne s'effacera pas de notre mémoire.

« Le samedi, 20 mai, nousnotts rendîmes donc à Mostaganem, et nous primes rang, sur l'heure de 1 heure 1/2 environ , en dehors de la porte de la ville, pour recevoir le pins grand des Souverains ; ce qui ne manqua pas dans Tattente, de faire battre nos cœurs, quand le cortège impérial parut enfin sur la route d*Oran.

ce Après le discours et la présentât i on des clefs par 1 autorité municipale de Mostaganem, détails que nous passerons, monsieur, car vous les avez certainement, le cortège se remit en marche, entra en ville au milieu d'im enthousiasme général, jasqu*à l'hôtel de la sous-préfecture, transformé en résidence impériale. Sa Majesté ne tarda pas à paraître sur le balcon, oîà elle assista au défilé des troupes; puis, étant rentré^, Elle reçut les divers corps et services civils, ainsi que les chefe arabes.

« Nous restions les seuls du cortège qui, ainsi que les députations des autres communes, avions eu l'espoir d'être présentées u Sa Majesté, lorsque nous eûmes le regret d'apprendre après le passage des chefs arabes, que les présentations étaien^^ terminées. Ce regret était d'autant plus grand cliez nous, que notre commune , située à 21 kilomètres, tout à fait en dehors de l'itinéraire impérial, ne devait pas avoir l'honneur de La recevoir*

« Cependant nous nous ravisâmes (les soussignés délégués d^AI^Tédélès), et, espérant pouvoir encore donner de vive voix à Sa Mt^esté l'asBurance de notre plus entier dévouement et lui

témoigner de l'espoir que nous fondions sur son voyage parnu nous , nous lui adressâmes une dcniande respectueuse à ce sujet que nous portâmes à l'hutol de la sous-préfecture , où nous priâmes de la faire passer entre les augustes mains de l'Ëmpereur. Ce que l'on fit avec bienveillaiice ; et peu d'instants après nous étions admis.

< Juges, monsieur, de notre émotion lorsque nous fûmes en

PROVINCE D^RàN

pn-Acnc*» du CJief de TEnipir*», sanji avoir m»'?ditë une seule pafolc, ni avrm d. ^i^'-né aiu;un d«^ nous pour la lui]>OiLer; mais U' xMii ire bienveillant avec le4uel Sa Majesté nous arcucillit nous rassura aussitôt, et nous pouvons le dire chacun â9 nous a pu lui parler dans un ordre vraiment remarquable pour des gens plus habituée à manier les instmineiite aratoires que la parole. Permettes-nous, monneur, de couper ce récit par cette réflexion : combien de petits fooetioimairesy d'humbles emplny*b, Yis-à^vis d'une si haute position^ auraient besoin de prendre modèle sur le Chef deTEtat à Tégard de leurs administrés ou du public.

« Il êtiiit environ eimi lieures de raprès-midi, profitant avec un bonheur exti r-ine du moment où l'Empereur pouvait avoir p^i^ ini ptMj dt' îO|)o?^, après les présentations ollicielle.s, nous pûmes nous entretenir (c*est le mot) assez looguemeat avec Sa Migeifté.

i Après ravoir priée de venir visiter notre conunune , ce qu'elle n'a pu nous promettre, étant fatiguée du voyage, nous dit-elle, comptant ses instants et voulant aller le lendemain à Reliaane, Elle a écouté avec la plus grande attention nos demandes de route nous reliant au chemin de fer ; d'agrandmsement du territoire communal etc, etc.

« M. le niarcclial, Ciouverneur Général , s'est alors joint à Klle, pour entrer dans des détails, et nous adresser au sujet de nos demandes des questions, auxquelles nous avons répondu avec Fassurance que nous laissait prendre la bienveillance impériale.

« Sa Majesté nous a demandé si nous n'avions pas fait une demande par écrit Sur notre réponse affirmative, Elle nous a promis de lui donner toute sa sollicitude. Enfin , Elle a bien voulu s*enquérir de l'état de nos récoltes, des ressources, de

l'espoir et de l'avenir de nos villages, avec une bonté sembla* ble à celle d'uii père pour ses propres enfaïus.

« Après avoir fait à Sa Majesté de très-respectueuses salutations, nous nous sommes retirés, émus de joie d'une récep-

tîon aussi affable, nous si humbles sujetsi devant le plus grand des Souverains de la terre.

< Nous ajouterons, monsieur, que nous étions en tenue de

colons, c'est-à-dire que, comme vous le savez sans aucun doute, l habit n'est pas noti e vêtement de cérémonie. » Nous avons l'honneur d'être etc.

A. BoNNEAU, propriétaire cultivateur; — Clerc, propriétaire commerçant; — Lagier, Victor, chevalier de la Légion d'honneur, décoré de la médaille militaire, propriétaire cultivateur ; — Brézout, propriétaire cultivateur ; — Li^lleiiand, membre de la Chambre consultative d'agriculture d'Oran, propriétaire cultivateur ; — BouTiÉ, propriétaire , maître charron et forgeron.

RELIZANE.

Belizane, chef-lieu de commune et de commissariat civil, est situé dans la plaine de La Mina, à 55 kilomètres S. E. de

Mostaganem. — Lu population de cette commune, qui comprend deux annexes : Ilillil et Bouguirat, est de 2,500 habi-

tants.

On a trouvé à Relizane, des sous d'or du Bas-Empire, et quelques vestiges d'antiquités qui font supposer que les Romains y possédaient un établissement. Les Turcs ont également occupé ce territoire. Us avaient construit, sur La Hina, un barrage assez considérable qui a été réédifié depuis peu d'années.

Le décret de création de Relîzane est du 24 janvier 1857^ mais le peuplement, c'est-u-dire la distribution des terres, n'a

m pnovoiCB dx)rak.

cottiiiieiict' qu oi! iSTiH. et s'est continué jusfju'en 1863. Ce centre n'a donc, a vrai dire, que cinq ù six années crexisteiice, et il est très^remarqnable qu'en si peu de teiups, le chilTre de sa populAtion ait pu s'élever à 2,500 habitants. Ce rapide accroisseoMQt est dû h Im fertilité da territoire, qui est arroeé par let eaux de La Mina, et par l'excellente situatkm de ReliiaDe, entra cette rivière et la roote d'Alger à Oran, me la ligne dn chemin de fer en cours d*6xécutton.

La petite ville de Relizane a été créée par l'autorité mîlilaire ; elle n'a été remise a radininistration civile que le l^r avr il ls<;:,. <latedu décret qui l'a conîitituée en commune et y a insUtué un commissariat civil (1).

De grands préparatifs avaient été faits par les colons de RelisanC; pour recevoir TEmpereur. On espérait que Sa Majesté pourrait consacrer quelques heures à ce centre im-

portaiiL , iiuii^, ^hiv une circonstance restée sans explicntion, 8 ou 40,(HX> arabes, qui voulaient solliciter une amnistie en faveur des pi isonniers faits à la suite de la dernière insurrection, ont envahi Hclizane et n'ont point permis à l'Empereur d'y circuler librement ; en sorte que Sa Majesté a dù quitter le village sans mettre pied à terre.

Quoi qu*il en soit de ce fait regrettable, et qui a donné lieu à tant de versions différentes, nous allons résumer les détails de la visite impériale à Relixane, qtie nous trouvons dans une correspondance particulière et dans les récits des jounanx d*Oran et de Mostaganem.

(I) L'.'nltninislralîan nuiiiiciiKiK' de Helizane esi ainsi composée î M. Silvejitre, commissaire civil, maire; — MM. Panier, 1er atljoiiU} Proyost, adjoint de la section de Bougouiral ; Campang, adjoint de Is section de l*IIiUU ; — MM. le V»* d'ArmagDac, KaindlerrHirel de Citf»sy* Allègre, Jacques, Carriot, Canicio et LofenxO/ conseillers municipavi.

RELIZANE.

« C'était, lisons-nous dans une lettre écrite par un habitant de Reàisane, c'était avec une bien vive impatience que depuis huit jours notre HWt de Relizane attendait la visite de l'Empereur. Tous les habitants, sans distinction de nationalité où

de religion, avaient voulu témoigner de leur reconnaissance et * de leur espoir en l'auguste visite qu'ils allaient recevoir. Arcî» fie trioniiilie, pavillons aux couleurs nationales, mâts de verdure pavoises, rien ne manquait aux embelli.ssenients. Mais ce qui surtout avait été soigné et que nous tenions à montrer à Sa Majesté, c'était une exposition agricole qui avait été spontanément préparée. — Devant le pavillon de Thorloge, destiné à recevoir rËmpereur, s'élevaient deux superbes trophées formés avec les produits du sol: aux gerbes de blé et d*orge déjà mûres, (21 mai), venaient se marier le lin et des branches d'arbres firuitiers pliant sous leur ihrdeau ; et, au-dessus de tout cela, le roi du pays, le coton, en capsule, égrené et passant aux égreneuses. Puis, les instruments aratoires, et à côté les animaux de travail. Tous les colons avaient répondu à l'appel, pour prouver quMls existent en Algérie et que les ennemis de la colonisation ne connaissent pas, ou plutôt ne veulent pas connaître les sérieux efforts que Ton fait tous les jours, les résultats que Ton obtient, et ceux que l'on obtiendra, maintenant que la protection de Sa Majesté nous est assurée. »

Le 21 mai, vers midi et demi, l'Empereur arrivait devant le barrage de La Mina, situé à trois kilomètres de Relizane. Sa Majesté fit arrfrter sa voiture pour examiner les travaux; mais comme cette visite était imprévue, Elle ne trouva sur les lieux qu'un conducteur des ponts-et-cliaussées, auquel Elle deriiaiida si l'eau qui passait par dessus le barrage était perdue, et, s'il en était ainsi toute l'année. Il lui tut répondu que oui, et comme témoignage de l'assertion, on lui montra les deux vannes gnlndes ouvertes et qui n'ont pas moins d'un mètre carré d'ouverture. L'Empereur répondit alors : c Je vois que j'avais été bien renseigné ; « ètle cortège oontinuâ sa route vers Reli* lane.

PRÛYLMJ:: D'OBA.N

A l'entive de la irille, t'^levtit on are de triompbe toi monu-

mentaleft proportions, conslniit aux frais des habitants et par

les soins «l ut» colon, M Conlier. Ua Usait sur cet arc de tnom^Ue 1 uiacnption i-uivanie :

LA VILLE DE RELIZANE k VAPÛL&OK III, BÉQÉMÉRATEUR DE L'aLGÉRIE.

Vn «otre arc de tiiomphe avaal été élevé par rarmée, bous la dIreetiOQ de M. le capitaine a^judant-m^or Ségard, ex-éi« reeteorde lacoloine.

Lee fonetiomMiiree et lee notablee de la localité, t*étaieiit

réunis au premier avis donné par un cavalier parti du village de l*HiHil.

Les poiiipit.'i>., l;i milice et trois contpa^nues dintaiiterie formaient la liiiie. Cette force armée se développant parinter vaUeM sur un parcours de près de 800 mètres, était évidemment inmfflsante pour contenir toute la foule des curieux, européens et surtout arabee, aeoounis au nombre de plus de six mille.

Aussitôt que la voiture de Sa M^esté a paru» un frénuase* aient électrique a parcouru la Ibule, et des vivats, des acclamations enthousiastes se sont fidt entendre de tous c6tés. Sous l'are de triomphe, le cortège impérial 8*est arrêté. La figure de Sa Majesté était radieuse et souriante, et tout le monde avait les yeux fixés sur cette noble téte où sont empreints le génie et la bonté.

Alors M. Silvestre, nommé récemment commissaire civil et maire du district, s'est détaché du groupe et a prononcé d^une voix accentuée Tallocution suivante :

c Sire,

c L*an dernier, à pareiUe époque, rinsurrection semait le ravage et la mort dans ces campagnes.

« Quel changement inespéré! quel bonheur inouï! Vous êtes au milieu de nous, au milieu de ces colons si ci uellement éprouvés !

« Puisse la Pi ovidenre qui Vous envoie, conserver longtemps Vos jours et ceux de l'auguste famille impériale !

RËUZÂNE.

a Sire, s'il est un point de TAlgérie qui atteste la puissance de la coloniaatioii, c'est sans contredit la ville naissante qui a l'insigne honneur de recevoir la visite de Votre Migesté.

a Appelé, depuis quelques jours, à succéder à raotorité militaire qui Ta administrée jusqu'à présept avec tant d'intelligence, j'éprouve un véritable bonheur d'être l'interprète de la profbnde gratitude et des vœux de la population dans une circonstance aussi heureuse pour elle , et qu'elle inscrira avec orgueil sur le blason communal.

« Créée sous votre règne glorieux, Relizane ne compte 411»* six années d'existence, et malgré la fièvre des premiers temps et les malheurs qui l'ont frappée^ elle renferme 2,500 habitants.

« La propriété urbaine et rurale y a acquis une valeur de 4 millions.

« La culture do coton y couvre une superficie dei,000heotai'és.

< C'est M que le plus vaste champ est ouvert aux compagnies

financières dont Votre Majesté annonce la venue.

u Cinq grands travaux, coïncidant avec Tachèvement de la voie ferrée, doivent donner à ce centre un développement considérable et lui assurer l'avenir le plus prospère :

« Construction d'un barrage-réservoir supérieur, qui permettra d'arroser 25,000 hectares ;

« Achèvement du réseau actuel des canaux d'irrigation ;

« Elévation et distribution en ville des eaux de La Mina ;

« Construction des établissements militaires destinés à recevoir la garnison, qui doit assurer définitivement Insécurité de la contrée eu coiileiiant dans leurs montagnes les turbulents FUttas ;

a Enfin, édification d'un hôpital poui' les besoins de l'armée et de la colonisation,

a Sire, l'exécution de ces projets dépend de Votre munificence ; de tels bienfaits, joints aux nouveaux crédits pour céparer les désastres de Tinsurrection, et à l'émancipation

PROYINGB iroRAN

conimuiml»* «lu»^ Vou;» v«'ne7. d'acoorder, seront accueillis avec la plus vivr reconnaissance par cette population énei^i^vie et dévouée qui ett heureuse de Vous acclamer. >

Ce diteours, oh tout les besoiOB da pays sont exposés avec une grande netteté» a été sum de nouveaux cris d'enthoosisme* Pois, le eilênce e*étant rétabli un instant, TEmperenr, avec cette bienveillance et celte eolticitade qui le caractérisent, a adressé à M. Sîlvestre plusieurs questloi» auxquelles il a répondu avec précision. * Notre éloignemeut. dit le rédacteur dH Courri' V d'Oi-nn, auquel nous pmprirntons ces détails, ne aoas a pas peniils de l»'s cntenflre toutes, mais nous savons qu'il a été parlé du moyeu d'emmagasiner les eaux de La Mina, du développement pris par la culture du coton, du nombre et de la valeur des fermes disséminées dans la plaine, dn chiffre de la population et des victimes de rinsorreetîon, de la création d*one ferme impériale sur mille hectares de terrains domaniaux disponibles, création qui se trouverait dans les meilleures conditions de réussite et qui servindt d'exemple aux cultivateurs d'une contrée de plus de 20,000 hectares. »

Les clievnux de la calèche impériale ont fait quelques pas et l'Empereur is Obt iiuuvé eu lace d un chœur de dix jeunes filles de colons, vêtues de blanc ; trois, nous ne dirons pas 1^5? plus gracieuses^ — toutes l'étaient également, — trois de ces demoiselles ont quitté leurs compagnes et sont venues s'incliner devant Sa Mi^esté pour lui offrir leurs présents.

MO* Gariol a présenté «n délicieux et charmant bouquet décrivant un N avec les pétales variées de ses fleurs; c'était l'œuvre d'nn habile fleuriste à la disposition duquel M. Gariol père avait mis le parterre de son odorante et embaumée villa.

Mll« Allègre a lac^jt-iilc avec beaucoup de grâce une gerbe de tiges du lin le plus fin : elle a dû prouver à l'Empereur les brillantes destinées imieres réservées à la C!olonie| si le barrageréservoir était bientôt exécuté.

Mil* Migette, fille d'un excellent agriculteur qui aprës* avoir Mntré son Aptitude et sa capacité aux environs de Mo«ta^

eamm, en y créant on superbe domaine, est venu sUnsialler à Reliaauie, sur le champ de bataille presque vierge de la colo* nisatlott ; en effet, qu'est-ce qu'une culture de mille ou deux mille hectares eu lace d une plaine de vingt-quatre mille hectares d'dtendue, qui bientôt sera irrigable. M. Migette deviendra doue un planteur distingué eu utilisant et en déployant dans cette fortunée contrée sa longue expérience agricole* • LêA mie de ce planteur a présenté une gracieuse corbeille |>leue remplie de coton et de fleurs, et a prononcé ce petit compliment :

« Sire, nous vous offrons ces modestes produits du travail de DOS mains et de celui de nos pères.

« n y a quelques années, Reli^ane ne donnait ni fleurs ni coton.

« Les unes se faneront bientôt, niiiis nous espérons que vous voudrez bien conserver les autres pour les présenter à notre gracieuse Souveraine et au Prince Impérial , comme le tribut de nos respectueux hommages et de notre dévouement. »

Sa M^iesté a adressé quelques paroles de remerdments aux jeunes filles, euiminé avec soin les produits, le bouquet de fleurs où Ton avait eu Tingénieuse pensée de tracer un N, et pris entre ses mains une gerbe de lin qui lui a été présentée en même temps. Le cortège impérial a continué sa marche au milieu deshourias; mais, à partir de ce moment, liua pas été possible de contenir la foule des arabes avides de contempler le sultan des Français. Sa Majesté a passé devant l'exposition et devant la halle. Les flots des indigènes grossissant toujours elle n'a pu mettre pied à terre et bientôt la voiture impériale a dû s'arrêter, entourée de plus de 2,000 bunions. L'Empereur, toi;gours calme et souriant au milieu de ces hommes dont la plupart avaient combattu contre nous l'année dernière et voulant leur donner une preuve manifbste de sa bienveillance, a ordonné la délivrance d*un certain nombre de prisonniers retenu s en France.

« Nous avons, dit une correspondance, salué de nos res-

in PROTDCGE ITORAN. * HEUZÂME.

peeU TEmpereur, le remereiant mille fois de son Augiuto vîéte. n ft d6 06 eoimûiicre qu'une poignée dIntrépidesoolODB ne poovtit pas être abandonnée sans défense, entourée de plus de quarante mille arabes,

€ LTmperetir, envab! par cette foule, a pu juger du sort qui serait réservé à la colonie de Relizane, si, une autre fois, comme il Va essayé Tannée dernière, l'Arabe tentait d'accomplir un drame sanglant, à l instar de celui des vêpres siciiK iinei». Sa Majesté, qui a vu les montagnes du Dharar, les Mi'tts, et noire belle et luxuriante vallée de vingt-quatre mille hectares , a dù emporter deux convictions bien arrêtées : celle de la nécessité du grand barrage-réservoir et celle de la création d'une subdivision pour la défense de la colonie de Reliiane.

t Nos besoins et nos vceux sont connus, Us seront comblé

et sati>faits. »

Enfin, la voiture put partir, et Sa Majesté rentra à sir heures nn quart à Mo^taganem. heureuse du bien qu'Elle venait de faire et ayant admiré ce magnifique pays de Relisaoe auquel est réservé un si splendide avenir

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