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PL. VII

ELEONORE VERGEOT, DITE LA « BELLE SABOTIERE »

(D'après un portrait peint, vers 1840, par un des officiers du fort de Ham, découvert et publié par M. Pierre Hachbt-Souplet en 1893.)

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Champs-Elysées, en un appartement au premier étage, à cinq fenêtres béant sur la verdure du paysage, et d'un loyer de 2.000 francs (i). Heureuse, elle l'était, et pourquoi non ? N'avait-elle pas fait une fin enviable avec ce mari qui, à ses 3o.ooo francs d'appointements, ajoutait 6.000 francs de frais de bureau et 5. 000 francs d'indemnité de logement (2) ? C'était un beau revenu à vivre sur un large pied, et pour elle, surtout, qui, dedans son village picard avait connu le pain noir et les ratatouilles de son tisseur de père et avait rougi ses mains et crevassé leurs paumes à laver les vaisselles bourgeoises de Ham. Son existence était très retirée, car, disaient les mauvaises langues, « Mme Bure a peut-être été, autrefois, la Belle Sabotière, mais, aujourd'hui, elle n'est plus belle, tout en étant restée bien sabotière (3)». Méchant propos, sans doute, car elle n'aspirait à rien de ce qu'accorde le monde à ceux qui sollicitent la faveur de ses sourires. Dans sa solitude elle se cloîtrait, loin de ses fils grisés par leur origine et victimes de leurs ambitions désillusionnées. Quelque part, — à Rueil, sous le second Empire, — elle avait une fille mariée à un sieur Edouard Boussu, à qui l'Empereur faisait une pension de 1.600 francs et à laquelle il payait son loyer, i.ooo francs, des pièces de vin de 600 francs, des meubles, de la lingerie, une pendule, voire des cadeaux plus importants : 3. 000, 26.000 et même 5o.ooo francs (4). Cette fille où était-elle ? Quels souvenirs

(i) Paul Ginisty et M. Quatrelles-l'Épine, Chronique parisienne des six derniers mois d'Empire ; Paris, s. d. [1912], in-i8, p. 169,

(2) Paul Ginisty et M. Quatrelles-l'Épine, Chronique parisienne... ; p. 169.

(3) Paul Ginisty et M. Quatrelles-l'Épine, Chronique parisienne...; p. 169.

(4) Papiers et correspondance de la famille impériale... ; t. Il, p. 160.

devaient échanger ces deux femmes, la mère dont la fille était à la merci de l'impériale générosité d'un vieil amant ?

Après la chute de l'Empire, Bure s'était retiré rue de Rome, n° Sg. Quelques années il y mena une existence sur laquelle rien n'est à dire, et il y mourut le 17 janvier 1882. Son corps alla au cimetière du Mont-Parnasse. Éléonore quitta alors Paris pour la banlieue. Au Vesinet, rue Auber, n« 5, elle acheva les dernières années d'une vie qui, maintenant, ne désirait plus rien. Mourut-elle pauvre (i)? Je Tignore, et ne le crois pas. Le 4 août 1886 elle trépassait (2). Une messe basse, un simple tombeau, et ce fut tout. Et d'elle le promeneur, à Ham, ne cherche et ne trouve que le fantôme de sa jeunesse amoureuse, prison-^

(i) Pierre Hachet-Souplet, Louis-Napoléon prisonnier au fort de Ham... •,. p. 84. — C'est par erreur que l'auteur fait mourir Éléonore à Paris, Cf. Tacte de décès qui suit.

(2) « Du registre des actes de V état-civil de la ville du Vésinet, année 1886, a été extrait ce qui suit : L'an mil huit cent quatre-vingt-six, le cinq avril, à quatre heures et demie du soir, par-devant nous Jean Laurent, maire et officier de l'état-civil de la commune du Vésinet, arrondissement de Versailles, département de Seine-et-Oise, sont comparus Messieurs Pierre-Alexandre- Edmond Bure, âgé de trente-six-ans, propriétaire, demeurant à Orléans (Loiret), -et Adrien-Léon Bure, âgé de vingt-neuf ans, aussi propriétaire, demeurant à Bône (Algérie), tous deux fils delà défunte, lesquels ont déclaré que Éléonore Vergeot, âgée de soixante-cinq ans, rentière, demeurant en cette commune, rue Auber, numéro cinq, née à Ham (Somme), fille des défunts Antoine-Joseph-Vergeot et Marie-Louise-Françoise-Éléonore Camus, son épouse, et veuve de Pierre-Jean-François Bure, est décédée hier dans son dit domicile, rue Auber, cinq, à dix heures du soir. Et après nous être assuré du décès, nous avons donné le présent acte, que les déclarants ont signé avec nous après lecture faite. » — Communication de M. Gaston Rouvier, maire du Vésinet. — Les deux fils d'Éléonore, signataires de cet acte, sont ceux nés de ses relations avec Bure. A ce titre, et déjà je l'ai dit, je n'ai point eu à m'occuper d'eux dans ce chapitre.

nier de la vieille forteresse où, d'un cœur sans ambition et d'une tendresse sans orgueil, elle sacrifia à cette volupté d'autant plus désirable et d'autant plus enivrante qu'on n'en sollicite nulle récompense...

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