‹ Napoléon III et les femmesChapitre 9 sur 40 · LOUIS-NAPOLEON TRAVAILLANT DANS SON LABORATOIRE A LA PRISON DE HAM · texte numérisé non relu

LOUIS-NAPOLEON TRAVAILLANT DANS SON LABORATOIRE A LA PRISON DE HAM

(D'après la gravure de Philippoteaux.)

marie, commandant de la place de Boulogne-sur-Mer, lors de l'attentat du 6 août 1840.

Telle était la prison perpétuelle assignée à Louis-Napoléon. Par autorisation spéciale, trois de ses complices étaient autorisés à partager sa captivité : Montholon, condamné à vingt ans de détention ; le docteur Conneau, frappé d'une peine de cinq ans d'emprisonnement, et le valet de chambre Thélin, qui avait bénéficié d'un non-lieu. Conneau arriva, à Ham le 11 octobre; Montholon le 16, et, Thélin, qui, en Angleterre, avait été régler les affaires du prince, le 25 mai 1841. Thélin était l'homme de confiance. « Depuis son enfance, disait avec pompe Capo de Feuillide, il s'honore du titre et des fonctions de valet de chambre du Prince ; le Prince l'élève à lui par le titre d'ami (i). » Du service de la reine Hortense, Thélin était passé à celui de Louis-Napoléon, qui en avait fait le chef de sa domesticité. L'Empire appela Thélin à l'intendance de la cassette particulière, et il survécut dix ans à la chute de Napoléon III. Le prince, Jîlontholon et Conneau mangeaient ensemble, à cinq heures et demie, à raison de vingt francs par jour (2). Les prix de lacantinière du fort étaient modestes. Des promenades dans l'enceinte de la prison étaient autorisées au prince. Mélancoliquement, en capote militaire et bonnet de police, ou en redingote bleue boutonnée avec un képi rouge à ganses d'or (3), il errait sur le rempart. Lentes, longues et mornes les heures passaient. Il faisait des expériences dans son labo-

(i) J.-G.-C. DE Feuillide, Le Château de Ham.,. ; p. 192.

(2) Cfl.-Ed. Trembla IRE, /^ej/ue de UEmpif^e, 1845, p. 260, cit. par H. Thir- RiA, Napoléon III avant l'Empire... ; t. I, p. 208.

(3) E. FouRMESTREAUx, Etudc sur Napoléon III ; Paris, 1862, in-8, p. 2.

ratoire, il écrivait V Extinction du paupérisme, V Analyse de la question des sucres, il méditait les Études sur le passé et l'avenir de V artillerie , il lisait, il chantait (i), il cultivait même des fleurs au long des murs de la geôle, mais, écrivait-il à une dame anglaise, « tout cela remplit le temps sans remplir le cœur (2) ».

Ah ! le cœur, et les femmes ! Après les soucis de la politique, c'étaient là les grandes préoccupations de son âme éternellement avide d'illusoires et trompeuses espérances. Mais, prisonnier, derrière les verrous de Ham, que faire ? On assure qu'il fit demander à M. Duchâtel, le ministre de l'Intérieur, la permission de recevoir des femmes. Il en recevait^ cependant, mais animées d'intentions bien platoniques, comme Déjazet qui envoyait des baisers vers le donjon (3),

(i) On lit dans Le Guetteur, de Saint-Quentin : « Le prince Louis- Napoléon charme les ennuis de sa prison par la musique; il chante souvent, et quelquefois il exécute des duos avec le général Montholon, son compagnon de captivité. Il emploie aussi une grande partie de son temps à faire des armes, et, pour se perfectionner dans cet exercice, il a fait venir exprès à Ham le meilleur maître d'armes du 63', dont un corps détaché tient gaVnison au fort. » Le Constitutionnel y lundi 3o novembre 1840.

(2) H. Thirria, Napoléon III avant l'Empire. ..;X. L p. 211.

(3) Au sujet de la visite de Virginie Déjazet à Louis-Napoléon, à Ham, M. Théophile Eck, conservateur du musée La Tour, à Saint-Quentin, veut bien me communiquer cette curieuse note que j'ai plaisir à donner ici: «Au sujet de Louis-Napoléon, j'avais dans mon dossier une pièce aujourd'hui égarée relatant qu'entre les années 1840-1846, je ne sais plus laquelle, Virginie Déjazet vint à Saint-Quentin pour y donner, sur le théâtre de cette ville, une ou deux représentations des pièces de son répertoire. Or, Déjazet voulant voir le prince, prit une voiture, se fit conduire à Ham et ne fut point reçue dans le château par suite d'une cause que j'ai oubliée. Dans sa déconvenue, elle se dirigea vers l'une des tours, celle où le prisonnier d'Etat, lui dit-on, se rendait quelquefois. Dépité, sans doute, de ne pouvoir recevoir l'actrice, dont il avait appris la visite, Louis-Napoléon s'attendait à l'entrevoir, tout au moins. Il alla donc vers la fenêtre qui donnait sur l'eau. Elle était là, immobile. Elle salua, et pour que le prince sut mieux

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et c'était, certes, chose qui lui pouvait paraître et être insuffisante. « Le ministre dit qu'il ne pouvait prêter l'oreille à une demande aussi immorale, mais qu'il fermerait les yeux sur la manière dont le prisonnier observerait les bonnes mœurs (i). » Cette affirmation est donnée dans un rapport de police du 19 avril i853, et l'histoire secrète du château de Ham démontre qu'il n'y a là rien de fantaisiste. A preuve les maîtresses connues de la captivité. J'écarterai tout d'abord de parmi elles cette dame Badinguet, femme d'un boulanger, suivant les uns (2), demoiselle, suivant les autres (3). Il est vraisemblable que cette amoureuse a été créée pour expliquer le sobriquet de Badinguet dont l'Empereur a été, si longtemps, décoré (4), et qui, en picard, a

encore que l'artiste était venue pour lui seul, elle chanta avec toute son âme la Lisette de Béranger. Quand elle eut fini, elle envoya un baiser au prisonnier radieux de l'aubaine, lequel répondit à l'artiste par des saluts plusieurs fois répétés. — J'avais bien d'autres choses encore, mais tout cela est égaré. » — Je signale, en passant, et en saluant, la vigueur de sa santé et la fidélité de sa mémoire, que M. Théophile Eck est un contemporain de la captivité du prince à Ham. — Quant à Déjazet, son bonapartisme était fait de beaucoup de sentimentalité. On le comprendra en apprenant qu'à cette époque elle était la maîtresse d'Arthur Bertrand, le fils du Bertrand de Sainte-Hélène. Sur cette liaison amoureuse, cf. Henry Lecomte, Un amour de Déjazet; histoire et correspondance inédites; 1834-1844; Paris, MDCCCCVII, in-8; Hector Fleischmann, Rachel intime^ d'après ses lettres d'amour et des documents nouveaux; Paris, 1910, in-8, pp. 171 et suiv. (i) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 85.

(2) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; pp. 84-85.

(3) André Lebey, Les Trois Coups d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte... ; p. 416.

(4) Il apparaît aujourd'hui comme une chose certaine que le sobriquet de Badinguet eut pour origine une planche de Gavarni, parue le 29 janvier 1840. On y voit un étudiant, montrant un squelette monté, à une grisette et disant :« Tu ne la connais pas ? Eugénie, l'ancienne à Badinguet!...» L'histoire et les origines de ce sobriquet ont été étudiées d'une manière définitive par M. Paul Mantoux, Badinguet, dans La Grande Repue, 10 dé-

pour synonyme: badaud ou étourdi (i). Il est une amoureuse plus réelle et dont l'histoire a quelque chose de funèbrement plaisant. Admirons ce hasard : c'était, elle aussi, une bouchère, ou plutôt une fille de boucher, dont le père,, le sieur G. . . , était établià Paris, La demoiselle, de complexion délicate et de poitrine faible, avait été envoyée à Ham, chez deux vieilles personnes, pour guérir à l'air de la campagne. Au hasard d'une promenade, un jour, sur les remparts du fort, elle aperçut le prince. Coup de foudre ! C'était le héros de ses rêves, le prince Charmant de ses nuits solitaires. Chez les dames où elle avait gîte, Thélin fréquentait. Elle supplia le valet de chambre de lui ménager une entrevue avec le captif. N'était-ce que cela? Hé ! mais, volontiers ! Et Thélin en informa le prince, qui, « amusé par cette histoire », consentit à accorder un rendez-vous. Jour de fêteî La donzelle énamourée vola au fort, vit le prince et en reçut un baiser, — sur la main. Elle n'en demandait pas davantage et ce lui fut suffisant. A3^ant eu occasion de convoler en mariage, elle s'y refusa, prétextant : « J'ai là un baiser qui me brûle la main ! » Thélin eut le loisir de calmer cette brûlure, car il ne tarda pas à être du dernier bien avec cette incandescente héroïne. Il apporta dans ces amours une fougue bien étonnante et fit tant et si bien que de sa partenaire à ce petit jeu badin, « la maladie de poitrine empira et la conduisit rapidement au tombeau (2)». Féroce Thélin !

cembre 191 1, pp. 559-576. — J'ajoute que l'article publié par Le Gaulois, i5 >anvier 1912, sur le même sujet, est absolument nul.

(i) H. Thirria, La Marquise de Crenay... ; p. io8.

(2) Pierre Hacbet-Souplet, Louis-Napoléon prisonniei- au fort de Ham^.,; Pfp, 80-81.

Ef^lTENCE

Distractions du prince Louis-Napoléon mis en

pénitence au fort de Ham après le Coup d'État de

Boulogne-sur-Mer.

{Caricature du Journal pour rire, 1848.)

Le prince, lui, tout au moins, aimait plus discrètement, et sa liaison avec la fille dite « la belle Sabotière » se termina moins tragiquement. Je ne sais pourquoi cette jeune personne est appelée « la belle Sabotière ». Ce doit être là une des inventions des pamphlétaires du second Empire. Et, de fait, dans l'un d'eux je vois que Louis-Napoléon séduisit la fille d'un sabotier, Marguerite Bayeux, qu'il acheta à son père argent comptant. « Je l'ai déniaisée, disait-il cyniquement à ses amis un mois plus tard. Je la dresse (i). » Naturellement, à Texamen, pas plus de sabotier, de Marguerite et de Bayeux que sur la main. Cette Marguerite, à la vérité, s'appelait Éléonore Vergeot et son père était tisseur et non sabotier (2). Elle était née le 3 septembre 1820, aux environs de Ham, à Estouilly. Fille de ménage à la journée chez des bourgeois de Ham, elle avait failli épouser un peintre en bâtiment. Ce badigeonneur courut à d'autres amours, et je ne dirai pas que c'est de désespoir qu'Éléonore Vergeot se plaça comme repasseuse

(i) L. Stelli, Les Nuits et le Mariage de César.., ; pp. Sô-Sy.

(2) « Extrait du registre aux actes de naissance de la commune d'Estouilly, pour l'année 1820 : L'an mil huit cent vingt le trois septembre, par devant nous, maire, chevalier de l'Ordre Royal et militaire de Saint-Louis, officier de l'état-civil de la commune d'Estouilly, département de la Somme, arrondissement de Péronne, canton de Ham, est comparu Antoine- Joseph Vergeot, tisseur, âgé de vingt-trois ans, domicilié en cette commune, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, née aujourd'hui trois septembre à une heure de l'après-dînée, de lui déclarant et de Marie-Louise-Françoise- Éléonore Camus, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Eléonore ; les dites déclaration et présentation faites en présence de Charles Camus, charpentier, âgé de cinquante-cinq ans ; et d'Alexis Gorlier, manouvrier, âgé de cinquante-cinq ans, tous deux domiciliés en cette commune, et ont les père et témoins signé avec nous le présent acte après qu'il leur en a été fait lecture. Ont signé : Camus, Vergeot, Gorlier BouziER, d'Estouilly. » — Communication de M. Lecomte, maire d'Estouilly.

chez Mme Renard, la femme du portier-consigne de Ham. C'était une jolie fille, saine et vigoureuse, grande et sans maigreur, fraîche, cheveux châtainsetyeux bleus (i). Comme sa patronne la chargeait d'apporter la nourriture aux prisonniers, elle ne tarda pas à être remarquée du principal d'entre eux. Elle avait vingt ans... il était prince... Mon Dieu, il est beaucoup de romans qui n'ont pas d'autres débuts. Ce fut le leur. Dans la prison elle fut le sourire, la gaieté, l'odeur de liberté de la plaine. Et, comme le dit le rapport de police de i853, « on ferma les yeux ». Éléonore était à demeure dans l'appartement du prince. Son éducation ayant été négligée, Louis-Napoléon s'appliqua à la parfaire; il lui inculqua les éléments de la syntaxe et se plut à Tinstruire (2). Il ne s'arrêta point là, et lui fît mieux, notamment deux fils. Le 25 février 1843, Éléonore accouchait d'un garçon : Alexandre-Louis-Eugène ; et, le 18 mars 1845, au n^ 9 de la rue Capron, d'Alexandre-Louis-Ernest. Je pense donc qu'il est manifestement erroné de dire qu'à Louis-Napoléon manquait « certaine qualité ordinairement requise pour assurer une dynastie quelconque (3) ». Combien d'enfants convient-il donc de faire pour ne point passer pour impuissant dans l'histoire?

La vie des deux fils d'Éléonore Vergeot est des plus curieuses. Elle en eut un troisième, Pierre-Alexandre-Edmond, né à Paris, le 12 août i85o. Ce dernier était fils de

(i) Pierre Hxchet-Sovplet, Louis-Napoiéon prisonnier au fort de Ham... ; p. 82.

(2) PiERiE Hachet-Souple-t, Louts-NapoléoTi prisonnier au fort de Ham... ; p. 82.

(3) Le Ménage impérial. . . ; p. 27.

NAPOLEON III ET LES FEMMES lOQ

Pierre-Jean-François Bure, frère de lait de Louis-Napoléon, et, sous l'Empire, trésorier général de la couronne. Bure, très complaisamment, endossa la paternité des trois fils, et, en épousant Éléonore le 3 août i858, à la mairie du I^ arrondissement, il reconnut pour sien le trio (i). La vie du troisième de ces enfants ne me regarde point, mais celle des deux fils de Louis-Napoléon vaut que je m'y arrête un instant.

Eugène Vergeot fut sous-secrétaire d'ambassade en Russie, et il y enleva une actrice, maîtresse de l'ambassadeur (2). Je ne me porte point garant de l'anecdote, mais ce que je sais, c'est qu'en 1864, et il avait alors vingt et un ans, l'Empereur lui faisait une pension de 6.000 francs. Il était alors surnuméraire à la direction des fonds du ministère des Affaires Étrangères. Cette situation lui paraissait ridicule, et, dégoûté de Paris, il sollicitait un consulat « en quelque coin du monde ». Il était en délicatesse avec Bure, son père putatif. Inutilement il sollicitait de lui quelque affection, et, aussi, de Targent. « Est-ce une raison, écrivait-il à son père, l'Empereur, parce que Von a été contraint de donner son nom à un individu (ce sont les propres paroles de M. Bure à moi-même, je le jure), pour l'abandonner aussi déloyalement et sous d'aussi faux prétextes ? » En effet, ces raisons paraissent insuffisantes. « Et pourtant, continuait le bâtard, je sais pertinemment, puisque c'est Al. Bure luimême qu'il l'a dit, que Votre Majesté lui a confiée une

(i) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte...; pp. 27 à 3o. (2) Pierre Hachet-Souplet, Louis-Napoléon prisonnier aufortdeHam...; p. 86.

somme de 400.000 francs pour nous. Qu'on n'ait pas l'air de me jeter sur le pavé comme une bête puante ! » Eugène Vergeot exagérait. Et la preuve, c'est que, quoique l'Empereur eut toujours refusé de le recevoir, on le nomma vice-consul à Rosas, et, en 1868, consul à Zanzibar (i). L'Empereur fit encore plus pour lui. En 1869, il le créa comte d'Orx, du nom d'un domaine qu'il lui donna dans les Landes (2). Le comte d'Orx se maria, en France, avec Mlle Volpette, « d'une excellente famille belge », et mourut en janvier 1910, dans son château des Castets, à Saint- André-de-Seignaux, où il était maire (3). Il laissait trois enfants. Il avait survécu de vingt-huit ans à son frère cadet.

Louis Vergeot, lui, avait végété pendant de longues années au Mexique, où il s'était engagé, et marié, à Puebla. Il y eut des aventures de mélodrame: sa belle-mère voulait l'empoisonner. Entre temps, en la personne de Maximilien d'Autriche il prétendait venger la mort d'un de ses parents. Lequel? Un Vergeot? Un Camus? Point. Le duc de Reichstadt, tout simplement. M. Louis Vergeot, on le voit, avait l'esprit de famille. Mis en goût par ce premier succès historique, il s'écria : « Il ne nous reste plus que la mort de notre oncle Napoléon I®^ à venger ! » Ce fut plus difficile, et, j'imagine qu'il échoua dans ce fier projet, car ayant échappé à la mort, — je ne sais laquelle, — il se mit à travailler et parvint à rentrer en France, le 28 avril 1870. Ce

(i) Papiers et correspondance de la Jamille impériale... ; t. II, pp. n8, iig.

(2) Journal de Saint-Quentin, 28 février iqio.

(3) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; pp. 32, 33.

jeune héros choisissait mal la date de son retour. Aussitôt il se dépêcha d'écrire à l'Empereur: « Nous aurons beaucoup à causer. » Je ne puis affirmer que le père y tint beaucoup, mais en attendant de « causer », le fils lui demandait d'acheter une maison à Rueil, du prix de 140.000 francs, une misère ! Il ajoutait avec une désarmante confiance : « Je crois que vous m'accorderez ceci. » Cependant il ne bornait point ses vœux à cet achat : il espérait avoir ses entrées aux Tuileries. Et d'ajouter, sur un beau ton qu'il comptait, sans doute, irrésistible :

Cher père, je vous en supplie, rendez moi à moi-même. Recevez-moi dans vos bras paternels, que j'aie au moins le bonheur de vous voir, de vivre à vos côtés, comme un homme honorable. Si vous m'aimez comme je vous aime, toute froideur sera rompue, je désire vous faire oublier le passé et qu'on dise : « Il fait l'honneur de son père et soutient dignement son nom. »

Et, sans plus, il signait : Louis-Napoléon (i).

Son père lui répondit, le 1 1 juin 1870, en le créant comte de Labenne, titre pris dans une terre des Landes, et en lui donnant de belles armoiries où, dans l'écusson, sur fond d'azur à deux bandes de sable alternaient aigles et coquilles de sable, avec une fière devise : Semper recte. Tout cela fut englouti dans les paperasses des Finances, où M. de Labenne devint receveur. Le 12 mars 1879, il épousait la fille d'un banquier, Mlle Marie-Henriette Paradis, née à Vaugirard le 23 mars 1867 (2). De ce mariage naissait, en 1880,

{i) Papiers et correspondance de la famille impériale...; t. II, pp. 140,

(2) Cf. l'acte de mariage dans Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; pp. 34 et suiv.

Georges-Henri-Louis, décédé quatre ans plus tard, et deux ans après son père, lequel mourut le ii février 1882, rue de Miromesnil, n« 69 (i)'. Son corps fut transporté dans la chapelle de Lancey, proche Plourivo, en Bretagne, sur la ligne de Paimpol. Et la pierre, veillée par deux anges, porte :

Ici repose

Louis, comte de Labenne

décédé le 1 1 février 1882

dans sa 38^ année (2).

L'année suivante, sa veuve épousait, en secondes noces, M, Dupont, de Paimpol. Ainsi s'éteignit ce nom sans éclat et effacé de l'histoire secrète du second Empire.

En i856, Napoléon III, accompagné de l'Impératrice, visita Ham et lui fit les honneurs de sa prison de 1840. Avec une souriante mélancolie et une amertume consolée, il lui montra les remparts derrière lesquels il rêva de si longues heures désenchantées, le triste jardin où s'étiolaient les fleurs de la captivité, la chambre de ses jours de solitude résignée. Lui parla-t-ilde la fraîche Èléonore qui y apportait la blancheur de sa peau de paysanne saine, la complaisance de sa volupté soumise ? A cette heure, qu'était-elle pour l'Empereur, sinon un souvenir déjà effacé et lointain ? Pourtant, non loin de ces Tuileries où il confinait ses lassitudes, elle vivait, effacée et tranquille, au n« 21 des

(i) Léonce DE Brotonne, Le5 Bonaparte et leurs alliances; Paris, 1901, in-8, p. 106.

(2) V Indépendance belge, 22 septembre 1909.

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