‹ Napoléon III et les femmesChapitre 14 sur 40 · LOUIS -NAPOLEON BONAPARTE · texte numérisé non relu

LOUIS -NAPOLEON BONAPARTE

Président de la République Française (D'après une photographie prise en 1849.)

Barrot, à la réception de cette ph Hippique indignée se trouva assez embarrassé. Il ne tenait aucunement à en faire une affaire d'État ; mais, dit-il, « d'un autre côté, je n'étais pas fâché que le président sentît, que, dans la position à laquelle il avait été élevé, il ne lui était plus permis de vivre de cette vie libre dont il avait vécu à Londres ». Avec son frère, alors secrétaire-général de la présidence, il combina de faire tomber la lettre de M. André sous les yeux du Prince, comme par hasard. Le stratagème réussit à merveille, et ce valut à Odilon Barrot une lettre de Louis-Napoléon, bien précieuse à recueillir ici. C'est un petit cours de morale libre et humaine professé à l'égard des puritains et qu'il est plaisant de voir faire en l'honneur et à l'occasion de miss Howard. La pièce est quasi inconnue. Elle mérite les honneurs d'une tardive réimpression :

Votre frère m'a montré la lettre d'un M. André, à laquelle j'aurais dédaigné de répondre, si elle ne contenait des faits faux qu'il est bon de réfuter. Une dame à laquelle je porte le plus vif intérêt, accompagnée d'une de ses amies et de deux personnes de ma maison, désira voir le carrousel de Saumur ; de là elle vint à Tours ; mais, craignant de ne pas y trouver de logement, elle me fit prier de faire en sorte de lui en trouver un. Lorsque j'arrivai à Tours, je dis à un conseiller de préfecture qu'il me ferait grand plaisir de chercher un appartement pour le comte Baciocchi (i) et pour les dames de sa connaissance. Le hasard et leur mauvaise étoile les conduisirent, à ce qu'il paraît, chez M. André, où, je ne sais pourquoi, on s'imagina que l'une d'elles s'appelait Baciocchi. Jamais elle n'a pris ce nom ; si l'erreur a été commise, c'est par des étrangers, indépendamment de ma volonté et de celle de la dame en question. Maintenant, je voudrais savoir pourquoi M. André, sans prendre

(i) Il sera parlé plus loin, en détail, du comte Baciocchi. Cf. livre II, chap. I, p. 195 et suiv.

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la peine de rechercher la vérité, veut me rendre responsable et de la désignation faite de sa maison et du faux nom attribué à une personne. Le propriétaire, dont le premier soin est de scruter la vie passée de celui qu'il reçoit, pour la décrier, fait-il un noble usage de l'hospitalité ?... Combien de femmes, cent fois moins pures, cent fois moins dévouées, cent fois moins excusables que celle qui a logé chez M. André, eussent été accueillies par tous les honneurs possibles parce M. André, parce qu'elles auraient eu le nom de leur mari pour cacher leurs liaisons coupables? Je déteste ce rigorisme pédant qui déguise toujours mal une âme sèche, indulgente pour soi, inexorable pour les autres. La vraie religion n'est pas intolérante ; elle ne va pas chercher à soulever des tempêtes dans un verre d'eau, à faire du scandale pour rien et à changer en crime un simple accident ou une méprise excusable.

M. André, qu'on médit puritain, n'a pas encore assez médité sur ce passage de l'Évangile où Jésus-Christ, s'adressant à des âmes aussi peu charitables que celles de M. André, dit, au sujet d'une femme qu'on voulait lapider: Que ce lui..., [etc. Qu'il pratique cette morale; quant à moi, je n'accuse personne, et je m'avoue coupable de chercher dans des liens illégitimes une affection dont mon cœur a besoin. Cependant, comme jusqu'à présent, ma position m'a empêché de me marier; comme au milieu des soucis du gouvernement je n'ai, hélas! dans mon pays, dont j'ai été si longtemps absent, ni amis intimes, ni liaisons d'enfance, ni parents, qui me donnent la douceur de la famille, on peut bien me pardonner, je crois, une affection qui ne fait de mal à personne, et que je ne cherche pas à afficher. Pour en revenir à M. André, s'il croit, comme il le déclare, sa maison souillée par la présence d'une femme qui n'est pas mariée, je vous prie de lui faire savoir que, de mon côté, je regrette vivement qu'une personne d'un dévouement si pur et d'un caractère si élevé, soit tombée, par hasard, dans une maison, où, sous le masque de là religion, ne règne que l'ostentation d'une vertu guindée, sans charité chrétienne. Faites de ma lettre l'usage que vous voudrez.

Hé ! mais je trouve ce plaidoyer fort bien et la leçon fort verte. Je comprends qu'Odilon Barrot refusa d'en faire part à M. André, je le comprends et le regrette (i).

(i) Mémoires posthumes de Odilon Barrot ; Paris, 1876, in-8, t. III, pp. 36i, 362, 363.

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BAPTISiC^ Solemmzed la the Parish of Brighthelmston, in the County <)f în the Year One Thousand -^^*^ïxr Hundred and <

When Baptised.

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Fac-similé de l'acte de naissance de miss Howard.

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o^Baptisms of the Parisk afore^aid, as witness my hanci ikzs ')ne Thûusand Nina Hmidred and -^-Ot^^/Pl/ ,

Document communiqué par M, Horace Bleackley.

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Maintenant, est-il exact que la tendresse du prince fut si fervente à l'égard de miss Howard ? A ce respect et à cette affection ne donnait-il pas des accrocs ? Était-ce inutilement qu'elle le surveillait, jalouse de ses caprices (i) ? A la vérité, elle avait pour ce d'excellentes et péremptoires raisons et j'entends bien que l'Anglaise ne se montrait susceptible que sur le chapitre des enthousiasmes amoureux, car pour ce qui est des enthousiasmes féminins politiques, ni elle ni sa sœur n'eussent pu suffire à les combattre. Il est curieux de voir, de 1848 à 1862, éclater l'admiration touchante des femmes à l'égard de Louis-Napoléon. Ainsi une vieille cantinière, Mme Ametiger, dite la mère Napoléon, meurt de joie en apprenant que la Seine, la Moselle, l'Yonne, la Charente-Inférieure et la Corse, viennent de rélire (2). Au moment des élections de 1848, à l'angle du boulevard des Capucines et de la rue de la Paix, se tenait une jeune femme, « jolie et vêtue avec une certaine coquetterie », laquelle avait deux jambes de bois et vendait de méchantes estampes et des chansons « dont elle jouait avec beaucoup de goût les airs sur le violon ». Le prince, qui, en passant, lui faisait l'aumône, fut un jour interpellé par elle qui lui dit : « Monseigneur, je voudrais vous dire un mot... — Parlez, Madame. — On me dit que vous êtes fort gêné en ce moment. J'ai chez moi trois billets de mille francs qui ne font rien. Voulez- vous me permettre de vous les offrir ? Vous me les rendrez quand vous serez empereur. » —

(i) Général de Ricard, Autour des Bonaparte.., ; pp. 220 à 225. (2) André Lebey, Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848... ; t. II, p. 33.

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Ayant miss Howard, le prince refusa. Il se souvint cependant de l'offrande et de l'invalide, et, monté au trône, lui fît offrir une petite rente. Mais le charme était passé. — « Dites à l'Empereur, répondit-elle, qu'il est bien bon de se souvenir de moi, mais je ne puis accepter son offre. S'il avait accepté mon argent, je ne dis pas ; maintenant, non. » Il est vrai que, malgré ses deux jambes de bois, elle avait une ou deux maisons avenue de l'Opéra, et de quoi doter largement sa fille (i). L'exemple est curieux. Il n'est pas unique, et on en trouve beaucoup en feuilletant les récits des voyages du Prince-Président à travers les départements. « Partout où il passe, les femmes agitent leurs mouchoirs et le couvrent de fleurs (2). »A Sens, dans le train, son v^agon estcriblé de bouquets (3). Le 18 juillet i852,àNancy, où il est allé inaugurer la ligne du chemin de fer de Strasbourg, un bal est donné en son honneur dans les salons du musée. Dans Ténorme cohue où il est bousculé, « une grosse bête de femme coiffée d'un chapeau de paille, vêtue d'une robe en vieux barège et chaussée de bottines boutonnées » (ce qui à la baronne du Montet semble le dernier cri de l'incorrection), s'approche de lui et le regarde « si effrontément » qu'il se retourne « avec dégoût ». Ce qui permet à l'admiratrice de lui baiser le pan de son habit, en s'écriant : « Là, voilà pourtant que je l'ai touché (4) ! » Je le demande : contre des créatures aussi énergiquement empressées à ne

(i) [Sir Richard Wallace], Un Anglais à Paris... ; t. II, pp. i3, 14.

(2) H. Thirria, Napoléon III avant l'Empire... ; t. II, p. 119.

(3) H, Thirria, Napoléon III avant l'Empire... ; t. II, p. 283.

(4) Souvenirs de la baronne du Montet... ; p. 478.

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point lui dissimuler leurs sentiments, que ferait, en vérité, miss Howard ? Rien. Et contre les autres, poussant plus loin leurs pointes ? Rien encore. Qu'elle soit jalouse et qu'elle rage, c'est son rôle et ce lui est permis, et c'est tout. Au reste, le prince ne songe pas, évidemment, à la convier aux « extras » de ses plaisirs et à ce que les pamphlets du temps appellent, avec une si comique pudeur, « les orgies de l'Elysée ». Ah ! s'écrient-ils, terribles et vengeurs : « Que notre voix indignée poursuive et trouble au fond de ses palais l'Orgie triomphante (i) ! » Et quelles clameurs contre ce « viveur », cet « écuyer de cirque (2) », quelles pudeurs offensées dans la dénonciation de sa « vie crapuleuse (3) » ! Ah ! « Tobscène orgiophante (4) » qui, en badinant « avec les demoiselles de tous les échelons de la société (5) », en honorant « toutes les nuits une femme de sa couche (6) », engloutit dans ses orgies des « sommes prodigieuses (7) » ! A ces voix d'en bas, une grande voix se mêlera et Victor Hugo, du fond des ténèbres de l'exil tonnera : « Celui-ci veut avoir des chevaux et des filles, être appelé monseigneur

(i) Hypolite Magen, Histoire satyrique et véritable du mariage de César avec la belle Eugénie de Gusman ou la femme de César ; Londres, 1871, in-8, p. 6.

(2) Cit. par H. Thirria, Napoléon III avanî l'Empire... ; t. II, p. 42.

(3) Le Peuple, 18 mai 1849, cit. par H. Thirria, Napoléon III avant l'Empire... ; t. II, p. 77.

(4) Hypolite Magen, Les Deux Cours et les Nuits de Saint-Cloud... ; p. 66.

(5) Histoire contemporaine ; le Ménage impérial ; Lui et elle en apparence et en réalité ; leur vie publique et leur vie privée ; leurs mœurs, leur courj leur entourage, leur politique ; leurs intrigues, les mystères des Tuileries, de Saint-Cloud et de Compiègne dévoilés; Bruxelles, 1871, in-8,

(6) Hypolite Magen, Les Deux Cours et les Nuits de Saint-Cloud...: p. 78.

(7) Le citoyen Vindex, Le sieur Louis-Bonaparte ^ sa vie et ses crimes...; p. 10.

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et bien %'ivre (i) ». Gela se tourne même en couplets, — et on en pourrait trouver de meilleurs :

Marquises, actrices coquettes.

Et vierges du quartier Breda, Que, pour varier mes conquêtes, Fleury met sur son agenda, Parcourons la gamme du vice, Du salon jusqu'à la coulisse, De la coulisse au boulevard; De mon boudoir que les bougies S'allument donc pour les orgies Où présidera miss Howard (2) /

Plaisanterie de chansonnettes ! Ce n'étaient point ces présidences-là que le prince songeait à offrir à sa maîtresse. « Il jouissait d'une liberté entière et en usait amplement », dit un chroniqueur rétrospectif de ce temps (3). Avec l'ombre jalouse de miss Howard à ses côtés, cette liberté, on le devine, n'était que relative. Cependant, aux soirées de l'Elysée, dont elle était exclue, Louis-Napoléon la conservait. Un journal de l'époque nous montre les femmes de ces soirées s'exclamant : « Qu'il est bien 1 » à son apparition. Et, «lui, vole de belle en belle, empressé, galant (4) ». A ces fêtes, elles sont en nombre si considérable que « mes salons se-

(i) Victor Hugo, Napoléon le Petit; Paris, s. d., édil. Ne varietur, in-i8. chap. VI, livr. I, p. 21.

(2) UElysée et le Massacre du Deux Décembre, à la suite de Victor Hugo, Les Châtiments ; Stockholm, 1871, in-i8, p. 320.

(3) Frédéric Loliée, La Vie d'une impératrice... ; p. 46. — Ce texte est à rapprocher de celui d'un libelle : « Ce fut peut-être le temps de sa vie où il s'amusa le plus. » — Mémoires secrets du second Empire ; Bruxelles, s. d. [1871], in-8, p. 10.

(4) La Révolution démocratique et sociale, 19 février 1849 ; cit. par H. Thirria, Napoléon III avant l'Empire. .. ; t. II, p. 40.

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ront trop étroits pour toutes les belles visiteuses qui m'honorent de leur présence, » dit le président à la princesse de L... (i). Elles sont moins nombreuses à ces soupers, où aussi fins qu'ils puissent être, il ne boit pas (2), quoique les libelles flanquent chaque convive d'une de ces riboteuses (3), demoiselles d'Opéra ou princesses du Bas- Empire (4), aimant à lamper sec et à arroser les verts propos. Dans une de ses notes pour l'histoire de Napoléon III, Proudhon mentionnait: « Détails sans nombre sur les orgies de l'Elysée (5). » On n'en attend pas ici le catalogue et l'obscène énumération, les traits platement grossiers qui ne déshonorent que ceux qui les ont imaginés. On nous a dit qu'en ce temps ses maîtresses de passage étaient assez vulgaires (6), encore que parmi leur troupe badine se remarquaient beaucoup d'actrices. On y trouve une Mme P..., que je ne puis identifier (7) ; Alice Ozy, qui faillit être reçue à rÉlysée, publiquement (8) ; Mlle B..., des Variétés, à laquelle, dit-on, il donna 10.000 francs, et dont l'histoire est trop ordurière pour être contée ici, même gazée (9); les

(1) Cf. par H. Thirria, Napoléon III avant V Empire... ; t. II, p. Sg.

(2) Un ancien fonctionnaire, Histoire anecdoiique du second Empire... ; p. i65.

(3) Hypolite Magen, Lw Deux Cours et les Nuits de Saint'Cloud...;p. 72,

(4) Mémoires secrets du second Empire... , p. 12.

(5) P.-J. Proudhon, Napoléon III; manuscrits inédits publiés par Clément Rochel ; Paris, 1900, in-8, p. 804,

(6) Mémoires secrets du second Empire... ; p. 10.

(7) L. Stelli, Les Nuits et le Mariage de César... ; pp. 61, 62.

(8) Mémoires anecdotiques sur les salons du second Empire ; Journal du docteur Prosper Menière, publié par son fils le docteur E. Menière ; Paris, 1903, in-8, p. 24.

(9) L. Stelli, Les Nuits et le Mariage de César... ; pp. 40, 41.

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dames C. M... ; M. C... ; M. B... (i) ; Mlle Théric, de la Comédie-Française, qui, d'une nuit à Saint-Cloud, rapporta un bureau de tabac à son. père (2) ; Madeleine Brohan (3) qui déclina les hommages du prince (4); et, enfin, Rachel, la grande tragédienne. Louis-Napoléon Pavait applaudie et vue à Londres, pour la première fois, en juillet 1846 (5). Désira-t-il, revenu à Paris, lui exprimer son enthousiasme admiratif en particulier ? Pour se prononcer, on n'a que cette note d'Arsène Houssaye, à la date de iJ

Arrivé à l'Elysée, on me fit entrer dans un premier salon, puis dans un second, puis dans un troisième où je vis venir à moi, toute souriante, Mlle Rachel. Il semblait qu'elle fut chez elle. Mais n'était-elle point chez elle partout ? Elle était d'ailleurs alors « la maîtresse de la maison (6) ».

(i) Vicomte de Beaumont-Vassy, Mémoires secrets du XIX' siècle...; p. 36o.

(2) L. Stelli, Les Nuits et le Mariage de César... ; pp. Sg, 40.

(3) Madeleine-Emilie Brohan, née à Paris le 21 octobre i833, engagée à la Comédie-Française le i" septembre i85o, débute le i5 octobre suivant; sociétaire le i" janvier i852, épouse le 7 juin i853 Mario Uchard, passe en Russie en i855, se retire le i«' mai i885, morte à Paris, 214, rue de Rivoli, le 24 février 1909, inhumée au cimetière de Fresnes-lés-Rungis. — Georges MoNVAL, archiviste du Théâtre-Français, Liste alphabétique des sociétaires depuis Molière Jusqu'à nos Jours ; Paris, 1900, in-8, pp. 17, 120.

(4) Hypolite Magen, Les Deux Cours et les Nuits de Saint-Cloud... ; p. 79. — « La belle et séduisante tragédienne [sic I) ne vendait pas ses faveurs. Aucun prix ne put les acheter ; sa dignité tint bon. César en fut pour ses frais d'avances et dut se résoudre à dévorer en secret la honte de sa défaite et le remords de sa mauvaise intention. » — Victor Vendex, L'Empereur s'amuse... ; p. 94.

(5) De Londres, le 28 juillet 1845, le prince écrivait à son ancien précepteur, M. Vieillard : « J'ai vu Rachel et j'en ai été enchanté. C'est la première fois que j'entends la tragédie française. » — Georges Duval, Napoléon IIL..; pp. 395, 3o6.

(6) Arsène Houssaye, Les Confessions... ; t. II, p. 359.

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Cela suffit, peut-être, pour faire comprendre les vers de V Empereur s'amuse des Châtiments :

Prince, préside aux jeux folâtres, Chasse aux femmes dans les théâtres (ijl

Il était encore d'autres terrains de chasse, Saint-Cloud, par exemple, où, à un bal du i5 août, on voit Louis-Napoléon prendre « les cuisses de la jolie marquise de Belbœuf qui n'en paraissait ni surprise, ni émue (2) ». Mais peutêtre bien qu'elle y était habituée déjà? De la même époque est la liaison avec lady Douglas, fille de la grande duchesse Stéphanie de Bade (3), et dont il est dit qu'elle a « l'air le plus voluptueusement allemand qu'il soit possible de rencontrer (4) ». Minces passions, au reste ! Toutes régnèrent, aucune ne gouverna (5). Ce rôle était réservé à la jeune fille espagnole qui, dans ce temps, non loin de cet Hôtel du Rhin, où peu d^années auparavant, le prince avait campé, débutait dans l'apprentissage de la vie mondaine et parisienne.

Le 21 janvier 1846, commençant àHam la dernière année de sa captivité, Louis-Napoléon écrivait à Mme Cornu : « Je ne sortirai de Ham que pour aller aux Tuileries ou au

(i) Victor Hugo, Les Châtiments ; Paris, s. d., édit. Ne varietur ; in-i8 livre III, X, p. i35.

(2) Mémoires du comte Horace de Viel-Castel... ; t. II, p. 96.

(3) « La princesse Mathilde prétend que lady Douglas couche avec le Président ; il faut avouer que tout le donne à penser. » — ^^ Mémoires du comte Horace de Viel-Castel... ; t. II, pp. 3i-32.

{4) Mémoires du comte Horace de Viel-Castel,.. ; t. II, pp. 3i, 32.

(5) « Les années i85o et i85i ont été celles où les favorites de théâtre ont régné le plus sur le prince-président, sans gouverner, bien entendu. » — Vicomte de Beaumont-Vassy, Mémoires secrets du XIX* siècle... ; p. 36o.

cimetière (i). » Il y était aux Tuileries, maintenant, depuis le 2 décembre i852, où le peuple français l'appelait au trône de son oncle. Quelle allait être sa situation 'à Tégard de miss Howard? L'Anglaise eut-elle un seul instant l'idée de devenir impératrice et d'aller régner dedans ces Tuileries, qu'au lendemain du coup d'État elle avait, appartement par appartement, visité avec le futur Empereur (2) ? D'après Fleury, qui était, il le faut souligner, de son intimité, oui, à n'en pas douter. « Lorsque le rétablissement de l'Empire devint une croyance universelle, dit-il, miss Howard jeta sa béquille et se révéla sous un jour nouveau (3) ». Elle s'était sentie naître aux plus hautes ambitions, forte des droits du passé et prête à les faire valoir. Aux bruits d'un prochain mariage de l'Empereur, elle riposta par l'assurance qu'elle saurait bien empêcher l'union (4). Au reste, entre eux, rien n'était brisé encore. Mollement le prince subissait le joug des derniers jours de l'amoureuse tyrannie. « Il était trop bon pour rompre sans quelque motif puissant (5). » Et la fille du brasseur n'était point cette Atalide qui, langoureusement, soupire dans Bérénice :

J'aime awe^ mon amant pour renoncer à lui.

(i) Georges Duval, Napoléon III... ; p. 290.

{2) « Un des jours de la semaine dernière, cet illustre personnage visitait les Tuileries avec son Anglaise, une ex-écaillère avec laquelle il a eu trois enfants. Dans la certitude d'être élu (empereur), il fixait déjà la destination que devait avoir chaque appartement. Il assignait celui de l'ex-reine Amélie à la belle Anglaise, qui, dit-on, va devenir souveraine de la main gauche, et le pavillon Marsan aux trois enfants de cette miss, qui n'est encore qu'à moitié lady. » — Madame Napoléon... ; p. 12.

(3) Souvenirs du général comte Fleury... ; t. I, p. 208.

(4) Mémoires du comte Horace de Viel-Castel... ; t. II, p. i25.

(5) Mémoires du docteur Thomas W. Evans... ; p. 4.

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Cependant, il allait se marier. Comment la rupture eutelle lieu? Faut-il croire, avec la comtesse de Tascher de la Pagerie, que la chose se passa avec le plus grand calme ? « Miss Howard, dit-elle, à l'annonce du mariage probable de son impérial amant, se brouilla avec lui et s'éloigna en disant qu'elle lui eût pardonné une princesse (i). » Cela encore est bien racinien pour une fille de brasseur anglais. Ne doit-on pas croire, plutôt, que tout cela s'arrangea par ruse, par surprise, sinon avec quelque violence? Le stratagème employé a été indiqué. Au moment où la situation devenait critique, avecMocquard, miss Howard s'embarqua pour Londres, avec mission de racheter à son ancien amant^ Young-Fitz-Roy, des lettres compromettantes pour l'Empereur (2). Ce chevalier de la dame de pique, en 1849, avait suivi le prince et l'Anglaise à Paris, et, profitant de la situation, il leur avait fait de discrètes et multiples demandes d'argent. Je ne garantis pas ce chantage, eu égard à la source où j'en puise le détail, mais j'ose avancer qu'il me paraît extrêmement vraisemblable. Lassé, le président fit expulser de France Young-Fitz-Roy, en 1849 (3). Ce qui demeure à vérifier. Suivant une autre version, miss Howard se serait arrêtée au Havre, logée à l'hôtel Frascati^ où, par le Moniteur le mariage lui aurait été appris (4). Tout aussitôt, toute en fureur jalouse et en éclats de voix vengeurs, elle aurait fait chaufi"er une locomotive pour rentrer à

(i) Comtesse Stéphanie de Tascher de la Pagerie, Mon séjour aux Tuileries...; t. I, p. 26.

(2) Communication de M. F. A. W. — Notes and Queries, 25 novembre igii, p. 43o.

(3) Hypolite Magen, Les Deux Cours et les Nuits de Saint-Cloud... ; p. 69.

(4) Mystères politiques révélés...; p. 14.

Paris, où, rue du Cirque, un spectacle inattendu l'attendait. Ses meubles étaient fracturés, ses tiroirs vidés, son argent volé, ses vêtements bouleversés, ses papiers enlevés. C'était un coup des mouches de« l'assassin du 2 décembre ». Il y avait de quoi en demeurer sur le carreau. Aussi miss Howard n'y manqua-t-elle point. Elle s'évanouit, proférant des interjections vigoureusement indignées : « Misérable Napoléon!... voleur!... fripon!... assassin!... empoisonneur (i) !... » Je résume cette histoire mélodramatique parce qu'elle me paraît curieuse, mais sans me prononcer. Cependant, d'après un rapport de police du 28 mars i853, miss Howard me paraît avoir philosophiquement envisagé l'événement : « Il a toujours eu des caprices, lui fait-on dire du nouveau marié, mais il est sujet aux maux d'estomac et je sais bien qu'il me reviendra (2). » Et Viel- Castel corrobore : elle attend son retour « une fois sa lune de miel envolée (3) ». Par quels moyens ruiner ces affirmations? Allez donc nier le dire de qui assure que « l'Empereur fait entretenir par M. Mocquard, chef de son cabinet, les espérances de son ancienne favorite (4) ! » Et ne seraiton pas tenté d'y croire quand, dans un rapport de police du 2 juillet i853, cinq mois après le mariage de Napoléon III, on lit « que Louis-Napoléon a repris complètement toutes ses relations avec miss Howard (5) »? D'où ces dires et ces'

(i) Mémoires de Griscelli... ; pp. i5o-i5i ; et Mystères politiques dévoilés... ; p. 14.

(2) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte...; p. 77.

(3) Mémoires du comte Horace de Viel-Castel... ; t. II, p. 162.

(4) L. Stelli, Les Nuits et le Mariage de César... ; p. 81.

(5) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 119.

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déductions ? De ce que quand, au Bois, la répudiée rencontre l'amant de naguère, elle reçoit de lui un salut poli ( i) ? Mince preuve ! On ne recouche pas forcément avec une ancienne maîtresse du fait de lui donner un coup de chapeau courtois. Mais je vous prie de tenter de faire comprendre cela aux mouchards et aux badauds !

Les affaires de cœur réglées, il fallut à l'Empereur s'occuper de régler les affaires d'intérêt de l'ancienne maîtresse. J'ai montré comment il était devenu son débiteur. Si les origines de la dette sont, sinon obscures, tout au moins d'un détail assez difficile à fournir, il n'en est pas de même du règlement. Ici on possède plus de documents, plus de clartés, encore qu'à cet égard on n'ait pas tous les comptes de la cassette de l'Empereur. Il débuta, si on en croit le bruit de Paris, par lui faire une rente de 200.000 francs. Viel-Castel de s'indigner : « Je crie encore au mensonge, on ne paie pas une maîtresse retraitée ce prix-là (2). » A la réalité, on le verra, l'Empereur la paya plus cher. En attendant, il se contentait de lui donner des acomptes de i5o.ooo francs (3), et des secours de Soo.ooo francs. Voici un petit filet du journal Le Siècle, signé Louis Jourdan, que le Parquet poursuivit :

Au milieu du désarroi où l'approche des vacances jette la représentation nationale, on se préoccupe très vivement de la nomination des membres de la commission de permanence, et des nouvelles folies qui

(i) Mémoires du comte Horace de Viel-Castel... ; t. II, p. 162.

(2) Mémoires du comte Horace de Viel-Castel... ; t, II, p. 162.

(3) Rapport de police du 21 septembre i853 : « L'ancienne maîtresse a des caprices fort chers et, tout récemment, il a fallu consentir à lui donner iSo.ooo francs que M. Mocquard a jugé indispensables pour la faire rester un peu tranquille. » — Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 126.

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peuvent être tentées pendant l'absence du pouvoir législatif, par la partie folle de l'Elysée. Les hommes calmes qui sont dévoués à la fortune de M. Louis-Napoléon Bonaparte, et à la tête desquels nous plaçons M. Abatucci, témoignent eux-mêmes d'une inquiétude profonde. C'est dans un groupe au milieu duquel se trouvait un de ces honorables que l'on parlait aujourd'hui du besoin d'argent qui se fait sentir à rÉlysée, besoin si impérieux qu'il peut pousser à des résolutions extrêmes. Une dame anglaise, qui a longtemps vécu dans Tintimité de l'Elysée, a eu des malheurs à la Bourse, malheurs si cuisants, que, pour y échapper, elle a jeté un regard vers la patrie absente. Ces malheurs se traduisaient par une différence de 3oo.ooo francs, qu'il a fallu payer sur-le-champ, comme se paient les dettes de jeu. Tous les dévouements se sont montrés en cette occasion, et l'honneur est sauf à ce qu'on assure (i).

Cet incident remontait au temps de la Présidence (2). Les finances du second Empire évitèrent qu'il se renouvelât. Le 28 mars i853, la police signalait le bruit courant le public, qu'un majorât avec titre de princesse allait être créé pour miss Howard (3). L'Empereur avait fait mieux pour elle, et, depuis trois jours, à cette date, il avait serré dans ses papiers ce reçu :

Je reconnais, par la présente, avoir reçu de S. M. l'Empereur Napoléon m la somme de i million de francs en plein acquit et décharge complète de tous mes droits et intérêts dans le domaine de Civita-Novia, dans la Marche d'Ancône (États du Pape).

E.-H. DE Beauregard (4).

Paris, 25 mars i853.

(i) Reproduit par la Gasiette des Tribunaux, 7 août i85i.

(2) Le 6 août i85i. Le Siècle, en la personne de son gérant et de l'auteur de l'article, Louis Jourdan, fut poursuivi devant la Cour d'assises de la Seine pour cet article qualifié de « publication faite de mauvaise foi d'une fausse nouvelle ». Le gérant du Siècle fut condamné à trois mois de prison et à 2.5oo francs d'amende, et l'auteur de l'article à deux mois de prison età 5oo frd'amende. Cf. Gasiette des Tribunaux, 7 août i85i.

(3) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 76.

(4) Papiers et correspondance de la famille impériale... ; t. II, p. 157.

Beauregard, et de Beauregard? Oui, oui, elle était noble, maintenant, riche d'une particule, d'un titre de comtesse €t d'un ample domaine. C'était le i3 septembre précédent, que, pour ôyS.ooo francs, elle avait acheté, près de Versailles, en Seine-et-Oise, cette terre à qui elle allait ajouter un nouveau lustre. Beauregard, proche la Seine, est un château qui, dans ses hautes fenêtres, enclôt un noble et léger paysage de molles collines, de bosquets charmants, de larges pelouses, de massifs réguliers et de pièces d'eau encadrées de bois taillis. Avec ses communs, ses serres, ses cinq maisons de gardes et concierges, la ferme deBéchevet, le haras de Bélebat et des parcelles diverses, le domaine compte 186 hectares de belle terre plantée en arbres an ciens, décorée de garennes et ombragée de châtaigniers. C'est du dix-huitième siècle que date le château, mais, avant que d'être construit, la terre avait reçu d'illustres visiteurs, comme LuUi et Quinault, qui y écrivirent, peut-être, Armidey à la languissante musique, et Amadis de Gaule, aux galants accords. Certain jour les délices de la chasse y attirèrent Louis XV, et, au galop, dessus son cheval emporté, lui firent traverser le salon du château, à la poursuite d'un dix-cors ( i ). De petites gens de robe et de boutique eurent, par la suite, ce domaine, et, notamment, un de Boigne, fils d'un père, en son vivant, marchand de pelleteries, et qui fit fortune aux grandes Indes en des commerces dont le moins qu'il y ait à dire, c'est qu'il s'en trouve de plus relevés. De ses voyages il avait ramené « le caractère le

(i) M. FRAVATON,Le Château de Beauregard, dans LaRevue de^l'histoire de Versailles... ; p. 21.

l68 LES SECRETS DU SECOND EMPIRE

plus désobligeant que Dieu ait jamais accordé à un mortel », lequel échut en partage à cette demoiselle d'Osmond, qui devint cette Mme de Boigne dont les racontars publiés la firent fameuse. Du temps de TEmpire, — le premier, — Mme Récamier, le subtil Metternich, le fin Nesselrode, fréquentèrent Beauregard dont Napoléon disait, avec cette admiration si facile qu'il avait pour les terres familiales : « C'est un beau lieu. » Certain jour, cependant, il cessa de plaire à M. de Boigne, et il l'échangea contre le manoir de Châtenay, lequel était au prince François-Borghèse Aldobrandini, avec une soulte de 280.000 francs, le 14 novembre 18 12. Huit ans, les Aldobrandini gardèrent Beauregard, qui passa, le 25 juillet 1820, pour 3oo.ooo francs, à Anisson-Duperron, directeur de l'Imprimerie Royale, qui, à son tour, le 2 août 1827, l'échangea contre la terre de Saint-Aubin, près d'Yvetot, au marquis de Lamberville. De ce Lamberville, pour SyS.ooo francs, le domaine passa au baron de Guenifey, lequel le cédait, le i3 septembre, à miss Howard. Nous avons dit la somme: 575.000 francs. De plus, l'Anglaise achetait la ferme de Béchevet, 53o.ooo francs ; le haras de Bélebat, 345.000 francs ; diverses parcelles 80.000 francs, au total : i.53o. 000 francs, somme à laquelle on doit ajouter celle de 800.000 francs, que coûta la reconstruction du mur d'enceinte du domaine, ce qui porte la dépense totale à 2.33o.ooo francs (i).

On le devine bien, ce n'était pas seulement de ses économies que la fille du brasseur de Preston s'offrait ce luxe

(i) M. Fravaton, Le Château de Beauregard, dans La Revue de l'histoire de Versailles... ; p. 38.

de châtelaine. Le million donné le 25 mars i853 n'y avait point suffi ; aussi bien d'autres millions lui succédèrent. A la fin de 1854, Napoléon III lui en avait donné cinq et demi. Ce calcul n'est point celui des pamphlétaires, mais le total relevé sur une pièce doublement importante ici, puisqu'elle précise les chifi"res et qu'elle émane de l'Empereur lui-même. C'est dans ses papiers personnels qu'aux Tuileries, en 1870, ce bordereau a été trouvé. Ces chiftYes ont leur éloquence : ils tarifient la reconnaissance du conspirateur de 1848 :

i^"" janvier i855. — Payement des 58. 000 francs. Donc le mois de novembre n'est pas compris.

J'avais promis 3 millions plus les frais d'arrangement de Beauregard (i) que j'évaluais tout au plus à 5oo.ooo francs. J'ai donné i. 000. 000 le 24 mars i853, suivant reçu.

— 1 .500.000 le 3i janvier 1854.

— 1.4^.000 en rentes sur l'État.

— 585.000 en payements à 58. 000 par mois à partir du

i'"" janvier i855.

— 950.000 en payements de 5o. 000 francs à partir du i^'^jan-

vier i853 jusqu'au r'' janvier i855.

Joli denier (2) ! Dans le règlement de ces affaires, Mocquard, le secrétaire de l'Empereur, servait d'intermédiaire. Les payements étaient faits par lui (3). Au reste, miss Howard s'était entourée de conseils roublards ; elle avait

(i) L'Empereur avait, d'abord, écrit, entre parenthèses : Howard. Il raya le mot.

(2) Papiers et correspondance de la famille impériale... ; t. II, pp. i58, iSg.

(3) Papiers et correspondance de la famille impériale... ; t. II, p. i58.

pour homme de paille un ami de Mocquard, un marquis de Rouville, familier des Pereire et des Fould, mêlé à bien d'obscurs tripotages (i). Au reste, elle s'entendait fort bien à surveiller ces grands intérêts et à les rappeler, — en un français assez étrange, — à ceux qui en avaient la charge à son égard. Voici une de ses lettres à Mocquard, qui prouve qu'elle était femme fine et avisée, combinant à merveille le souci de l'argent et le rôle de la sentimentalité :

Château de Beauregard, 2^ juillet i853.

Mon très cher ami.

Nous sommes aujourd'hui le 24 juillet, et je vois avec peine que les engagements pris envers moi ne sont pas accomplis (quand j'ai doute, je blesse, il ne pas plus se douter) ; en fait, j'ai cru et je crois encore que c'est une erreur ; pourquoi me faire souffrir ? Si les choses doivent en être ainsi, j'aurais mieux fait de garder les six millions, au lieu de trois millions cinq cent mille francs qui devaient sur ma demande être payés au bout de l'année i853, et c'était pour cela que j'ai prié l'Empereur de déchirer la première somme (deux millions cinq cent mille francs). Le cœur me saigne d'écrire ceci, et si mon contrat de mariage n'était pas fait comme il est, et si je n'avais pas un enfant je ne ferais cette démarche, qui est devenue un devoir. Je compte sur vous pour faire fin à tant de souffrance. Le cœur de l'Empereur est trop bon pour laisser une femme, qu'il a aimé {sic) tendrement, dans une fausse position — vous savez ma position, vous êtes mon tuteur, et c'est à ce double titre que je m'adresse à vous. Je me suis trompé (sic) l'autre jour en écrivant à Sa Majesté ; par une de ses lettres date mai, il dit: « Je donnerai à Gile demain papier pour les trois

(i) Marie Colombier, Mémoires ; Fin d'Empire; préface d'Armand Silvestre ; Paris, s. d. [1898], in-i8, p. 98. — Sur le marquis de Rouville, que Viel-Castel appela « maquereau », cf. Mémoires du comte Horace de Viel-Castel...; t. VI, pp. 260, 261.

NAPOLÉON III ET LES FEMMES lyS

millions cinq cent mille francs. » Alors il né (sic) rien à faire que

de calculer de Soo.ooo francs depuis le i®^ juin i853 la rente, et

5o.ooo francs depuis janvier jusqu'à octobre. Je prie Dieu qu'il n'en

soit pas plus question d'argent entre moi et lui que à tout un autre

sentiment dans mon cœur. Je vous embrasse tendrement et vous aime

de même.

Votre affectionnée

E.-H. DE Beauregard.

Je vous en conjure ne laissez pas cette lettre, vous pouvez en faire lecture à Sa Majesté si vous jugez convenable, et brûlez là aussitôt après. J'ai vu Madame Mocquard lundi à 4 heures, elle était très souffrante l'autre jour (i).

Remercions l'ombre de M. Mocquard : il a gardé la lettre. On y a vu que Miss Howard avait fait, entre ces jongleries de millions, une fin honorable : elle s'était mariée. A la vérité, si, en i853, le contrat de mariage était dressé, l'union n'avait pas encore reçu la consécration légale, puisqu'elle ne date que du 16 mai 1864 (2), et qu'elle eut lieu à Florence. Il y a là une anomalie que je signale sans la pouvoir éclaircir. C'était un officier commissionné aux hussards autrichiens, un compatriote, Clarence Trelawnay, de Trelav^nay, en Cheshire, et d'une vieille famille de Cornouailles, que l'Anglaise épousait (3). Dès le i^*" avril i853 un rapport de police notait : « Le bruit circule qu'elle va se marier avec un Anglais et que l'Empe-

(i) Papiers et correspondance de la famille impériale... ; t. II, pp. 169,

(2) Le petit homme rouge, The Court of the Tuileries... ; p. 192 ; Léonce DE Brotonne, Les Bonaparte et leurs alliances... ; p. 106.

(3) F, H. Cheetham, Louis-Napoléon and the genesis of the second Empire... ; p. 235. — C'était un Trelawnay, que ce fameux évêque de Winchester qui, sous Jacques II, fut enfermé à la Tour de Londres pour crime de libelles.

reur va richement la doter (i). » Cette dot, on vient de voir avec quels ongles elle la défendait. Trelawnay n'en goûta pas longtemps le's douceurs. Miss Hov^ard ne tarda pas à se séparer de lui, et, d'après Griscelli, retirée à Florence, elle « se fît bâtir un splendide palais sur les bords de l'Arno (2) ». Je n'en crois rien, puisque de i852 à i865 on ne la voit presque pas abandonner Beauregard. Mais ce qui est certain, c'est que, presque à la veille de sa mort, en février i865, elle divorça d'avec son mari (3). Ce militaire s'était peut-être, sur le tard, pris de scrupules (4).

Demeure la question des enfants. A la réalité, de l'aveu même de l'intéressée, en i853, elle a un fils. Sa lettre à Mocquard, du 24 juillet i853, ne souffre pas l'équivoque sur ce point. Cependant cette même année, on la crut enceinte. Extrait, à titre d'exemple, d'un rapport de police du 1 1 mars : « On parle de l'état intéressant de miss Howard. Cette nouvelle aurait été donnée par le domestique du chat de cette célèbre Anglaise (5). » Éclairons sur-le-champ, par un autre rapport de police, du 18 mars, la religion du lecteur sur ce chat de miss Howard : « Elle possède un matou, angora de race, qui casse la vaisselle et porte des

(i) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 78.

(2) Mémoires de Griscelli... ; p. i52.

(3) Le petit homme rouge, The Court of the Tuileries... ; p. 192.

(4) Sur Trelawnay on trouve ce renseignement dans de récents mémoires anglais : « Clarence Trelawnay was a friend of mine, and the poor fellow came to a sad end. After his coife's déath he married an american lady, but unfortunatchy he got into debs. He appealed to his relations, who were very wealthy but apparently equally man, for they refused to lend him the £ 400 he asked for, and driven deseperate by worry the bien ont his bains. » — Countess of Cardignan, My recollections ; London, 1909, in-S", pp. 104-105.

(5) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 69.

NAPOLÉON III ET LES FEMMES lyS

rubans verts à la queue. L'heureux matou a son domestique... Le domestique est en livrée verte. Le chat et son serviteur sont des gages d'affection de l'absent qu'on regrette (i). » Et revenons au fils. Il était, à l'époque, de tradition courante, que Louis-Napoléon avait plusieurs enfants de la fille du brasseur. « Louis Bonaparte a donné trois enfants à miss Howard (2). » C'est un pamphlet qui parle. Mais Odilon Barrot, lui-même, disait aussi que du Prince-Président l'Anglaise avait eu « plusieurs enfants (3) ». Cette pluralité doit donc être ramenée, une fois pour toutes, au singulier. Et, enfin, de ce singulier, Loiiis- Napoléon est-il responsable et doit-il endosser la paternité? Une date va suffire pour répondre : le fils de miss How^ard, Martin-Constantin, était né à Londres le 16 août 1842 (4). Or, à cette époque, depuis vingt-trois mois, Louis-Napoléon était enfermé à Ham. Aucune opinion, qu'elle soit de Galliffet ou d'un autre (5), ne prévaut contre cette date et cette constatation. Je fais en outre remarquer ceci : c'est que le fils de miss Howard avait pour prénom Martin. Or, le lecteur a vu, plus haut, qu'un major Francis-Monntjoye Martin avait été l'amant de l'Anglaise. En 1842, ce major

(i) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte...; p. 77.

(2) L. Stelli, Les Nuits et le Mariage de César... ; p. 81.

(3) Mémoires posthumes de Odilon Barrot... ; t. III, p. 36i.

(4) Léonce de Brotonne, Les Bonaparte et leurs alliances... ; p. 106.

(5) A propos des prétendus enfants de miss Howard, M. Charles Nauroy, le très savant auteur des Secrets des Bonaparte, me fait l'honneur de m'écrire : « Les quatre enfants de miss Howard paraissent bien se réduire à un, car je n'ai jamais trouvé depuis trace des trois autres. Si vous avez la preuve que Béchevet est né en 1842, je n'ai rien à dire, mais il a toujours passé pour le fils de Napoléon III. Telle était l'opinion accréditée au ministère des Aflaires étrangères, auquel il fut attaché ; telle était aussi l'opinion de Magnard, l'ami de Galliffet, qui me l'a donnée pour être celle de Galliflet. »

vivait encore. Breveté colonel en i858, retraité en i863, il mourut à Londres, le 24 janvier 1874 (i). Ce nom n'apporte pas une preuve, à peine une hypothèse, mais ne doit-on pas en appeler à la déduction dans une histoire où les acteurs se sont ingéniés à tout brouiller, à tout obscurcir autour d'eux, et à dérober aux enquêtes posthumes ce qui pouvait livrer la clef de l'énigme que fut leur vie?

En i865, Martin-Constantin Howard avait vingt-trois ans. Ce fut le 25 janvier de cette année, que, par un décret impérial, Napoléon III le créa comte de Béchevet, du nom d'une ferme du domaine de Beauregard. Deux ans plus tard, le 2g janvier 1867, ^^ se mariait, à Posen, avec Marie-Anne- Joséphine-Caroline de Csuz, de Csuz-Pastza-Szent-Mihaly, née au château de Czuz, près Comorn (Hongrie), en 1847 (2). C'était, à la fin du second Empire, « une des plus jolies blondes de la haute société parisienne », et qui, généralement, passa pour être la maîtresse du général Galliffet (3). De ce mariage naquirent deux filles et un fils, actuellement vivant encore (4). Le comte de Béchevet demeura quelque temps attaché au xMinistère des Affaires Étrangères et il mourut le 24 août 1907. Au petit cimetière campagnard du Chenay, il alla dormir, à l'ombre de cette modeste église, où, quarante-deux ans auparavant, Tabsoute avait été donnée au cadavre de sa mère.

C'est là, en effet, que, le 23 août i865, avaient eu lieu ses

(i) Le PETIT HOMME ROUGE, The Court of the Tuileries... ; p. 172. (2) Léonce de Brotonne, Les Bonaparte et leurs alliances...; p. 106. (3} Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 48. (4) E. H. Cheetham, Louis-Napoleon and the genesis of the second Empire... ; p. 235.

obsèques. Depuis douze ans, sous un nom mort aux échos mondains et aux scandales de la chronique, elle vivait à Beauregard, belle encore malgré l'embonpoint v^nu (i), remâchant les grands souvenirs de naguère, évoquant les heures où l'avenir souriait à elle des plus radieuses promesses, rachetant par des aumônes abondantes (2), ce que, dans sa vie, elle avait à expier d'impudiques péchés. Le cheveu légèrement grisonnant, — ne dépassait-elle pas à peine la quarantaine ? — elle promenait par son beau parc, au long des eaux vives de ses bassins et sous les charmilles taillées du jardin français, un lourd passé auquel le présent ajoutait sa pointe d'amertume. Sans doute, son sort avait été splendide et unique, à elle, l'ancienne « fast-woman » de Hay-Market, la raccrocheuse de Hyde-Park, qui, maintenant remuait des millions, mais à son destin était-ce tout ce qu'elle avait demandé ? Dans sa vie n'avait-elle pas eu une heure où elle pouvait se croire touchant à la toute-puissance ? De cette France, dont elle ignorait la langue, dans le monde de laquelle elle était une intruse (3), elle connaissait assez l'histoire pour savoir ce qu'y avaient été les Pompadour et les Dubarry. Ne s'y pouvait-elle pas croire quelques droits, à ce rôle de favorite, de maîtresse ? N'avait-elle pas été des jours malheureux de l'exil, des premières bagarres,

(i) Indépendance belge, 22 août i865, cit. par Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 40.

(2) Indépendance belge, 22 août i865, cit. par Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte...; p. 3g.

(3) •« Si elle eût été Française, plus familiarisée dès lors avec notre langue, et si, au lieu d'être une courtisane, elle eût été, tant soit peu, du monde, l'histoire aurait peut-être le regret d'enregistrer aujourd'hui le règne d'une nouvelle Pompadour. » — Souvenirs du général comte Fleury... ; t. I, p. 205.

des naissantes hostilités ? Et l'argent ? N'était-ce point elle qui l'avait fourni, dispensatrice des fonds de cette bataille couronnée par une aussi éclatante victoire ? Et une autre était venue, — ah ! et étrangère, elle aussi, pourtant ! — qui, de tant d'efforts et de tant de sacrifices, n'avait eu à recueillir, par un sourire, que le cher bénéfice. N'était-ce point à désespérer de la justice humaine ? La justice divine, elle ne Taccusait pas, la Madeleine repentie, enrichie et rentée. Des austères pratiques du culte protestant, des froides consolations du rite dans lequel elle était née, elle se tournait maintenant vers la pompe catholique, et en elle s'éveillait l'ardeur d'une foi à laquelle elle demandait son pardon. Le curé de Chesnay, près Versailles, était là, qui la venait visiter. A cette amertume blessée et errante parmi les boulingrins du parc, il dut parler du refuge offert aux âmes meurtries par les batailles de ce monde. Et, elle, elle s'abandonnait, malade déjà, amollie par la tristesse de la solitude. Brusquement, le doigt de la mort la toucha (i). Autour d'elle ce fut un effarement. Quoi ? Mme la comtesse de Beauregard se mourait ? Elle était morte. Morte baptisée, conquise à TÉglise, à un Dieu nouveau. La fille du brasseur^ avait abjuré le protestantisme (2). Les prières catholiques tombèrent sur les planches de son cercueil, qu'un paquebot!

(^i) « Lady Howard qui, il y a huit jours à peine, se promenait encore dans sa voiture, ayant l'air d'être en parfaite santé, est morte, sinon subite-| ment, tout au moins très rapidement. Elle a succombé à une affection qu'ellel soignait depuis plusieurs mois déjà, mais qui n'inspirait d'inquiétudes à| personne. >► — Indépendance belge, 22 août i865, cit. par Charles Nauroy,] Les Secrets des Bonaparte...; p. Sg.

(2) Le Temps, 24 août i865, cit. par Charles Nauroy, Les Secrets des\ Bonaparte... ; p. 40.

transporta en Angleterre où la terre de ses pères la reçut (i). D'elle il ne demeura en France, dans l'Empire, que le beau château de sa fin solitaire, et sur un registre de mairie de campagne son laconique et sec acte de décès :

L'an mil huit cent soixante-cinq, le dix-neuf août, est décédée au château de Beauregard, commune de la Gelle-Saint-Cloud, Elisabeth- Anne Haryett, propriétaire, âgée de quarante et un ans, née en Angleterre, épouse de Clarence Trelawny (2)...

Cette fin brusque, et qui ne fit point grand bruit, — le cercle du caillou jeté au fleuve s'élargit et se fond bien vite, — a fourni, naturellement, un thème aux broderies des pamphlétaires. Il paraît admis qu'une maîtresse d'Empereur n'a pas le droit de mourir naturellement. Il paraît, de même, que le droit existe aussi d'imaginer là-dessus les contes les plus étonnants. A preuve :.

Quelques jours après une représentation aux Italiens, pendant laquelle l'Anglaise, couverte de diamants, placée dans une loge de face, s'était amusée à lorgner la femme qui lui avait volé son Poléon, miss Howard disparut subitement. Cette disparition extraordinaire ne fut pas le fait de la police, aussi ne dirai-je rien des bruits incroyables qui coururent à ce sujet. J'incline vers la version qui affirme que miss Howard fut étranglée. Diverses circonstances m'engagent à y ajouter foi. J'espère qu'un jour le voile qui couvre cet acte odieux sera déchiré (3)...

(i) Le Temps, 24 août i865, cit. par Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte.. .\ p. 40.

(2) Cit. par Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. Sg.

(3) Mémoires de Griscelli... ; pp. i52, i53 ; Vicomte de Beaumont-Vassy, Mémoires secrets du X/Z° siècle... ; p. 371. — C'est, évidemment, du récit de Griscelli que se sont servis les fabricants des Mémoires de Monsieur Claude, en lui faisant raconter, à peu près de la même manière, la disparition de miss Howard. Toutefois, ils ont cru nécessaire de lui faire ajouter : « Elle fut enlevée pendant une nuit et conduite à la frontière. On n'entendit

l80 LES SFXRETS DU SECOND EMPIRE

Confessons que, déjà en i865, ce voile était bien rapiécé.

Beauregard alla en héritage au fils de miss Howard, au comte de Béchevet. Cinq ans il demeura propriétaire du beau château quand, pressé par des besoins d'argent impérieux, il fut forcé de s'en défaire. Le 25 janvier 1870, contre une soulte de 784.000 francs, il vendait Beauregard et ses dépendances, à Mme Adelaïde-Louise-Adrienne Leroux, fille d'un agent de change, épouse, depuis 1849, ^^ ^^^ ^^ Beauffremont, dont elle s'était séparée en i85i. La guerre éclatée, le château demeura vide. Les Allemands le vinrent occuper en septembre 1870 (i). La botte prussienne sonna sur ces parquets où glissait au crépuscule le fantôme évanoui de l'Égérie anglaise.

Mme de Beauffremont, ruinée, n'eut jamais l'occasion d'habiter Beauregard. Le 20 septembre 1871,1e château était saisi, et, en février 1872, le mobilier était dispersé à l'Hôtel Drouot (2). Les créanciers tentaient, inutilement, le 2 mai suivant, de mettre le domaine en vente, par le ministère de M®' Pousset et Vallée, à Versailles, à l'audience publique des criées du tribunal civil. La mise à prix était alors de 1.200.000 francs (3). Il fallut rabattre de ces prétentions, et, le 27 juin 1872, pour la somme de 85o. 000 francs,

plus parler d'elle; elle fut étouffée, dit-on, dans son lit. » — Mémoires de Monsieur Claude, chef de la police de sûreté sous le Second Empire ; Paris, s. d. in-8», t. I, p. 198.

(i) M. Fravaton, Le Château de Beauregard, dans la Repue de l'histoire de Versailles... ; février igio, p. 44.

(2) Le Figaro, 28 février 1872, cit. par Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte.,. ; p. 40.

(3) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 41.

NAPOLÉON III ET LES FEMMES l8l

Beauregard passait au baron Maurice de Hirsch (i), et, à sa mort, au baron Desforêts (2).

Ainsi qu'elle a commencé, la légende de miss Howard s'achève par la question argent. A remuer les sommiers des notaires, la poussière des greffes des tribunaux civils, les liasses des papiers des commissaires-priseurs, à l'improviste, c'est son nom qu'on voit surgir avec ses syllabes nettes et précises, comme une échéance.

(i) « Le magnifique domaine de Beauregard, à Rocquencourt, qui avait coûté, il y a vingt ans, près de cinq millions à la célèbre miss Harriett Howard, vient de tomber dans les mains d'un financier prussien (belge, quand il est en France), le baron de Hirsch. Il l'a payé d'une infiniment petite partie des énormes bénéfices qu'il a réalisés sur les chemins de ter turcs. La mise à prix était de 800.000 francs. L'adjudication a été prononcée sur une seule enchère de 100 francs. » — Paris-Journal, 3o juin 1872. — Il y a, aujourd'hui, à Beauregard, un haras Rothschild, et le haras de Bélebat qui appartient à M. Edmond Blanc.

(2) M. Fravaton, Le Château de Beauregard, dans la Repue de ^histoire de Versailles... ; février 1910, p. 45.

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