‹ Napoléon III et les femmesChapitre 19 sur 40 · DÉCÉDÉE LE 28 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCÉDÉE LE 28 NOVEMBRE

Un instant égaré dans l'enclos de la mosquée pourrissante, parmi les hautes herbes, je songeais à cette pierre, à cette mort. Avoir connu et vécu les langueurs italiennes,, avoir erré parmi ces jardins napolitains et turinois où Todeur des roses crée les accablants prestiges dont on défaille, promené des désirs inutiles et des dégoûts sans raison au long de ces mers dont les vagues battent des plages désertes et des grèves vides, et venir choir, là, dans un trou boueux de cimetière faubourien ! Motifs désolés qui faisaient que cet effacement me touchait fortement l'imagination. A ses obsèques elle avait défendu la pompe et l'éclat; sur sa mémoire elle avait réclamé l'oubli et le silence. Mais, par cette jaune après-midi finissante du Père La Chaise, tandis que les sifflets des usines déchiraient l'air atone, je commandais à mon souvenir la méditation des paroles de Jules Barbey d'Aurevilly : « Quand on a osé se faire amazone, on ne doit pas craindre les massacres sur le Thermodon... »

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Lettre autographe de Mme X...

{Collection d'autographes Hector Fleischmann.)

LE ROMAN IMPÉRIAL DE MmE X.

Le beau mariage de Mme X... — Elle est éle'gante, belle et spirituelle, —Sa liaison avec l'Empereur. — Citations d'un témoin. — Un menu de M. le comte Horace de Viel-Castel. — Le désastreux cadeau. — Problème d'une complaisance maritale. — Une aventure impériale en chemin de fer. — Anecdote véritablement scandaleuse. — Le prix d'une conduite d'eau. — Sommes et cadeaux donnés par Napoléon III à Mme X... — Lettres qu'il lui écrit au sujet de la mort de son mari. — La catastrophe de la guerre. — Mme X... correspondante politique de l'Empereur prisonnier. — Autre lettre du souverain. — Pension que fait la République à MmeX... — La dernière maîtresse disparue de Napoléon III.

u'iL est donc délicat et difficile de parler d'une morte dont la cendre froidit sous des cheveux gris écroulés ! Celle-ci a disparu d'hier et cette mémoire, vivante encore parmi les mémoires, ordonne qu'on en parle avec discrétion, tout en livrant à l'histoire, qui est au-dessus d'elle et dont elle relève, l'essentiel de ce qu'on doit en connaître.

D'Italie, comme la Castiglione, celle-ci vint vers l'Em-

pire, « jolie, usagée, résolue (i) », porteuse d'un beau nom dans les fastes florentins. C'est dans la ville au lys rouge qu'elle était née le i8 Juillet 1823. Elle y épousa, à vingttrois ans, — le 4 juin 1846, — un homme d'État, d'une illustre et impériale origine, veuf en premières noces d'une princesse morte à Paris le 3o avril 1884 (2). A la jeune femme, le mari avait tout pour plaire : très beau (3), élégant, véritable lion, naguère rival de d'Orsay (4), fier d'un grand nom, d'une haute situation officielle, elle ne pouvait lui reprocher, — mais le savait-elle alors ? — que des amours nombreuses dispersées au hasard d'une perpétuelle fantaisie. Mais à elle, l'enchanteresse, l'Armide innocente de ce Renaud des coulisses, le plus tendre et le plus méritoire des rôles était réservé. « On lui fait fête, espérant qu'elle enlèvera son mari à ses tristes et sales habitudes », écrivait, le 18 juillet 1846, une beauté passée et périmée du Directoire (5). N'avait-elle pas tout pour réussir? Élégante, et certes la plus élégante des femmes de la cour de Napoléon III (6), brillante des charmes de l'esprit autant que des grâces de la personne (7), elle avait « quelque chose de provocant venu de ses sveltesses et de son profil mince (8) ».

(i) André Gayot, Une ancienne muscadine : Fortunée Hameiin... ; p. 259.

(2) LÉONCE DE Brotonne, Les Bonaparte et leurs alliances...) p. 99.

(3) Comtesse Stéphanie de Tascher de la Pagerie, Mon Séjour aux Tuileries... ; t. I, p. 147.

(4) Gustave Claudin, Mes Souvenirs, Les Boulevards de 1840-1871 ; Paris, 1884, in-i8, p. 2i3.

(5) André Gayot, Une ancienne muscadine: Fortunée Hameiin...; p. 259.

(6) Gustave Claudin, Mes Souvenirs... ; p. 3o6.

(7) Comte de Maugny, Souvenirs du second Empire... ; p. 25.

(8) Henri Bouchot, Les Élégances du second Empire... ; p. 238.

Avec cela bonne et aimable (i), spirituelle (2), adulée parmi toutes (3), aimée des femmes, au point que quittant, avec son mari, l'ambassade de Londres, les dames de Taristocratie se cotisèrent pour lui offrir un bracelet (4), elle pouvait espérer ramener et retenir sous ses aimables lois le mari brillant et léger qu'elle s'était choisi. Si, à cet égard^ elle eut quelques illusions, le temps, et un temps rapide, se chargea de la détromper. Il retourna à ses galants déportements, et, jusqu'à la fin, élégant et brillant, il demeura sur la brèche de l'amour.

Mais, elle, se consola-t-elle par ailleurs, et vaincue sur un terrain personnel, chercha-t-elle à triompher pour s'accorder la consolation d'une radieuse revanche ? « Des souverains furent à ses pieds », a-t-il été écrit (5). Napoléon III

(i) Comtesse Stéphanie de Tascher de la Pagerie, Mon séjour aux Tuileries... ; t. I, p. 56.

(2) Un ancien fonctionnaire, Histoire anecdotique du second Empire... ; p. 191.

(3) Paul Ginisty et M. Quatrelles l'Épine, Chronique parisienne des six derniers mois d'Empire... ; p. dj.

(4) Imbert de Saint-amand, Les Femmes des Tuileries; La Cour du second Empire {i 856- 1 858) ; Paris, s. d., in-i8, p. 3y. — A cette souscription Lord Malmesbury consacre deux notes dans son journal : « ii mai i855. — On a décidé d'offrir à Mme X... un bracelet ; lady Malmesbury et trois autres dames doivent le choisir et Norman Macdonald se charge de le présenter. Je l'ai qualifié de « chef d'un jury de matrones », ce dont il a paru assez vexé. » — « 12 mai. — La souscription pour le bracelet de Mme X... a donné i5o livres sterling, ce qui est suffisant pour en avoir un convenable et le comité se réunit demain pour aller le choisir chez Emmanuel. » — Cependant, on ne doit pas s'exagérer outre mesure l'importance de cet hommage. Il était quasi passé en habitude, et, trois ans plus tard, le 25 mars i858, à propos du départ de Persigny, autre ambassadeur, Malmesbury notait encore : « On fait une souscription pour ofïrir un bracelet à madame de Persigny. » — Lord Malmesbury, Mémoires d'un ancien ministre...; pp. 220,,

(5) Frédéric Loliée, Les Femmes du second Empire... ; p. 217.

fut-il parmi eux ? Une femme de la cour, et ce ne fut point une mauvaise langue de l'époque, a dit à ce propos : « Madame X... est regardée, avec raison, comme une des plus jolies femmes de la cour : elle a su inspirer un très vif sentiment à l'Empereur, et un non moins vif à l'Impératrice, ce qui prouve doublement à (sic) sa faveur (i). Elle a plus de savoir vivre que d'esprit, mais elle sait plaire à tout le monde tant elle est jolie, aimable et avenante, évitant de prendre des airs hautains, et ne se targuant point de la haute faveur dont elle jouit à la cour. Elle est assurément la meilleure page du portefeuille de son mari (2). » Je crois donc qu'on peut admettre l'authenticité et la réalité de la liaison de Mme X... et de l'Empereur. Pour en donner quelques détails, j'en appellerai à un auteur que j'ai cité quelquefois, encore que je ne l'estime guère. On entend que je parle ici du comte Horace de Viel-Castel. Ce gentilhomme, véritable furet de salon, était né en 1797 et avait débuté dans la vie de galante manière. Par sa mère, il était neveu de Mirabeau, ce qui, tout droit, l'avait conduit à être un fameux pilier de brelan. Il était en honneur au Café de Paris, où, certain soir, il engagea avec un Anglais un pari de 3. 000 francs, à seule fin de prouver qu'il était capable de manger et de digérer tout seul un dîner de 5oo francs. Il gagna le pari en dégustant le menu choisi que voici :

(i) Comme je me suis fait une loi d'écarter du sujet que je traite la personne de l'Impératrice, je renvoie pour ses relations avec Mme X... aux Mémoires du comte Horace de Viel-Castel... ; t. IV, pp. 224, 225; t. VI, p. 57.

(2) Comtesse Stéphanie de Tascher de la Pagerie, Mon séjour aux Tuileries...; t. I, p. 177.

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