‹ Napoléon III et les femmesChapitre 7 sur 40 · EROS SOUS LES VERROUS · texte numérisé non relu

EROS SOUS LES VERROUS

Le Coup d'État de Boulogne. — Louis-Napoléon prisonnier. — Mimi-la- Bouchère. — Origines de cette maîtresse supposée. — Raisons qui combattent la légende de cette passade. — Le prince à Ham. — Son logis et ses occupations. — La question des femmes. — Le baiser de Déjazet. — Badinguet. — Les amours éthérées de la bouchère. — Amours plus pratiques du prince. — « La belle Sabotière ». — Une maîtresse de petite condition. — Enfants naturels de Louis-Napoléon. — Ce qu'ils deviennent. — Curieuse destinée des bâtards impériaux. — Leur fin. — Sort que fait Napoléon III à la mère. — La mort de la « belle Sabotière ».

E 6 août 1840, à la tête d'une petite troupe de domestiques déguisés en soldats, accompagné de quelques vieux soldats de l'Empire, comme le général Montholon et le commandant Parquin, Louis-Napoléon recommençait dans le Nord la tentative si misérablement échouée, quatre ans auparavant, dans l'Est. Il débarquait à Wimereux, à un lieu dit la Pointe-aux-Oies, angle de récif enfoncé dans la mer, marchait sur Boulognesur-Mer, envahissait les casernes et rappelait vainement aux

quelques hommes de la garnison les grands souvenirs dont il incarnait la leçon. Je dirai un jour par la trahison de qui ce coup d'Etat avorta et comment le gouvernement de Louis-Philippe en fît un traquenard où le prince fut poussé et tomba. Mais je parle ici, pour le présent, de l'amoureux, uniquement, et me borne à l'essentiel de ce qui doit éclairer l'épisode dont j'écris. Repoussé des casernes, Louis-Napoléon, suivi de sa troupe, gagna dans les champs, la colonne de la Grande-Armée élevée sur les rivages boulonnais par la Grande- Armée du camp de 1804. Traqué au pied du monument par la garde nationale, entraîné par ses amis, il se rejeta vers la plage où, par une barque de sauvetage trouvée par hasard, il tenta de regagner le paquebot qui Tavait amené. Il était désarmé, et il faut bien le dire, il fuyait. Comme il était sans défense, la garde nationale ouvrit le feu sur lui. Un sieur Siméon Pringé, — tirons ce nom boueux et déshonoré de l'oubli, — tira le premier coup de fusil (i). La barque des fugitifs chavira. Un d'eux se noya. Un autre ut fusillé et tué net dans la vague. On arriva à temps pour sauver le prince et le tirer, ruisselant, de l'eau. Un canot le déposa à l'escalier de pierre de la jetée Pidou (2), proche la calle des débarquements (3). Quelques instants on le laissa reprendre haleine dans une des salles de la douane (4), où

(1) Le Chercheur, Notes historiques sur Féchauffourée de Boulogne, dans La France du Nord, mercredi 28 juin igoS. — Le « chercheur » est le pseudonyme d'un érudit, H. Alphonse Lefebvre, à qui on doit de remarquables travaux sur l'histoire du Boulonnais.

(2) V Annotateur... ; n" 874, 6 août 1840.

(3) Déposition d'Alexandre Adam, maire de Boulogne-sur-Mer; i ï août 1840. — Cour des Pairs ; Attentat du 6 août 1 840 ; Procédure ; Déposiiions des témoins ; Paris, MDCCCXL, in-4, p, 49.

{^) V Annotateur ... ; p. 874, 6 août 1840.

Le PRINCE NAPOLEON a^

qui suit:

La Dynastie des Bourbons d i> Le Peuple Français est rentHè Les Troupes sont déliées du La Chambre des Pairs et la Via

grés national sera convoqué dés l'd Monsieur Thiers Président du là

vernejnent Provisoire .

Le Maréchal Clausel est nomiiK Jj

à Paris , !

Le Général Pajol conserve le c<ii Tous les Chefs de corps qui iii

dres seront remplacés.

Tous les Officiers, sous-Officrsi

leur sympathie pour la cause natinaj

datante au nom de la Patrie.

Dieu protège la France !

Boulogne le ,184

Une des proclamations du Coup d'État de Boulogne-sur-Mer.

ftGT

oPEUPLE FRANÇAIS décrète ce

cessé de régner, îsdroits.

d| Fidélité .

es Députés sont dissoutes Un coné Prince Napoléon à Paris .

e^ nommé à Paris Président du Gou-

ittant en chef des Troupes rassemblées

lent de la première Division Militaire, irmeront pas sur le champ à ces or-

>ciats qui montreront énérgfquement e>nt recompensés d' une manière é-

sîgné:, NAPOLEON

D'après l'original conservé à la Bibliothèque de Boulogne-sur-Mer.

il échangea son uniforme trempé contre une capote de douanier (i). Hissé alors, suivant les uns, sur une charrette (2), suivant les autres, dans une voiture (3), on se mit en marche vers le château de Boulogne, tandis que, magnanimement, autour du vaincu de la cause napoléonnienne, les courageux anonymes qui se trouvent toujours dans ces occasions, hurlaient : « Vive le Roi ! » Rue de l'Écu (aujourd'hui rue Victor-Hugo), le maire et le souspréfet rejoignirent le prince (4), et, à neuf heures, Louis- Napoléon et sa troupe étaient écroués au château de Boulogne. C'était un antique bâtiment, flanqué de tours, défendu par de profonds fossés herbeux, construit en 1281 par Philippe Le Hurepel, fils de Philippe-Auguste, comte de Boulogne, et, qui, naguère, avait servi de résidence aux gouverneurs de la ville (5). Prison lugubre et sinistre où, aux vieux murs, suintait, eût-on dit, la tragique humidité des siècles. Avec le général Montholon, le prince fut enfermé dans une chambre (6). Moyennant 19 francs, quelques portefaix y transportèrent les bagages du prisonnier (7) ;

(i) Déposition d"Augustin-CIaude Launay-Leprovost, sous-préfet de Boulogne-sur-Mer ; 11 août 1840. -- Cour des Pairs ; Attentat du 6 août 1840 : Procédure; Dépositions des témoins... ; p. 44.

{2) C. Verjux, Napoléon-Louis à Boulogne; notice historique et rectificative des événements de 1840 ; p. 28. — Manuscrit de la Bibliothèque de Boulogne-sur-Mer. Cette notice, écrite en i863, a pour auteur un témoin oculaire du coup d'État. Elle est inédite et m'a été très obligeamment signalée et communiquée par M. Cresson, bibliothécaire de Boulogne-sur-Mer.

(3) L'Annotateur... ; n" 874, 6 avril 1840.

(4) V Annotateur... , n° 874, 6 août 1840.

(5) Sur le château de Boulogne, cf. Boulogne-sur-Mer et la région boulonnaise ; Boulogne-sur-Mer, 1899, in-8.

(6) Colonne de Boulogne; dimanche 9 avril 1840.

(7) Dossier du coup d'État. — Archives communales de Boulogne-sur-Mer^

on la meubla sommairement d'un lit et d'une armoire, louée par un sieur Cocquerel pour 12 francs (i), et la garde des captifs était donnée au chef des appariteurs de la mairie, Capet, nommé, pour la circonstance, concierge du château (2).

L'état du prince était pitoyable. Un témoin oculaire, Mme Mercier, de Wimereux, dit qu'il « était d'une pâleur effrayante (3) ». Il était abattu (4). Et le correspondant du Times écrivait : « Le pauvre diable est dans un triste État (5). » C'est, pourtant, dans ce « triste état » que le « pauvre diable » aurait eu le loisir de songer à l'amour. Il est, en effet, à Boulogne-sur-Mer, une tradition qui veut que Louis-Napoléon, pendant sa brève captivité au château, — deux jours, — ait eu pour maîtresse une fille dite Mimi-la-Bouchère, chargée, ajoute-t-on, des soins de la chambre du prisonnier (6). Il en est même demeuré une chanson populaire, fort en faveur parmi le bas peuple des poissardes, et dont on a retrouvé cet unique couplet :

Cest Mimi-la-Bouchère Qu'elle part en chemin de fer

Pour aller à Paris Parler au prince Louis.

(i) Dossier du coup d'Élat. — Archives communales de Boulogne-sur- Mer.

(2) L'Annotateur... ; i3 août 1840.

(3) Henri Boucher, Souvenirs d'un Parisien...; t. II, p. 482.

(4) L'Écho du Nord, n* 228, 10 août 1840.

(5) Cit. par Imbert de Saint-Amand, Les Femmes des Tuileries ; Louis-Napoléon et Mademoiselle de Montij'o ; Paris, s. d. [1896], in-i8, p. 255.

(6) Communication de M. Z. Hédoux, fils d'un témoin oculaire du coup d'État.

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