PAUL OLLENDORFF. ÉDITEUR
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HARVARD COLLEGE URRARY H. riElSON GAY
mSORGlUEriTO COLLECTION
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// « élé tiré à pari, de cet ouvrage, dix exemplaires sur papier de Hollande^
numérotés à la Ptrsse (t à 10),
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INTIME
Recevanl, quelques jours aprùs son arrivée à Chislehurst, un de ses lidcles partisans, (|ui s'indignail des calomnies répandues sur son compte, Napoléon III lui disait doucement: «Que voulez-vous, mon clierX...? Apres de tels malheurs, on ne peut être juste ! »
Ce droit tlétre injusles qu*il semblait reconnaître à ses anciens sujets, ulcérés par la défaite, n en a-t-on pas abusé.? Pour lui enlever la sympathie des masses, les |)artis qui se disputaient soy héritage n*ont-ils pas singulièrement dénaturé ses intentions et ses actes? LiC verdict qu'ils avaient prononcé contre Napoléon III, le réquisitoire quotidien par lequel ils prétendaient en justifier la rigueur, doivent-ils être enregistrés par Tllistoire?... Telles sont les questions que se pose depuis peu la génération nouvelle.
Ayant vu les justiciers de 1870 à Tœuvre, ayant pu les juger à leur tour, cette génération, qui les avait d*abord crus sur parole, commence à suspecter leur arrêt. Elle entend reviser elle-même ce grand procès et ne se prononcer
qu'à bon escient. C'est pour l'y aider que nous lui présentons ce livre. Elle y trouvera des faits, qu'on s'était sans doute gardé de lui apprendre, et des documents qu'elle ne pouvait connaître, car ils étaient restés, jusqu'à cette heure, enfouis dans les archives privées, dont nous avons, non sans peine, obtenu la permission de les extraire.
Nous ne prétendons pas faire ici l'histoire du second Empire, ni même l'histoire de son chet, mais simplement une étude de son caractère, aux principales phases de sa vie. Dans le prince nous voulons surtout chercher ei montrer l'homme.... Même réduite à ces proportions, la tciche est malaisée. George Sand, ayant causé deux ou trois fois, avec celui qui devait être l'Empereur des Français, qui n'était encore que le Prince-Président, disait qu' c< il ne posait pas comme son oncle » ; qu'elle avait cm décou\Tir en lui cun grand fonds* de timidité modeste », et, en outre « une grande sensibilité, une nature chevaleresque, un côté vraiment sincère et généreux » ; qu'il lui avait pani <( aimable, aimant, fait pour être aimé dans l'intimité » ; — mais, comme se défiant de ses impressions sommaires, elle ajoutait que c'était, après tout « un être problématique et insaisissable à l'analvse ».
Pour l'analyser, en effet, il fallait l'observer plus longuement que George Sand n'avait pu le faire. Ceux-là seuls Tout connu qui l'ont vu de près, soit à sa cour, soit dans ses conseils; et de ceux-là il n'est pas un qui n*ait toujours parlé de lui avec une respectueuse sympathie. Les hommes, fort hostiles à ses doctrines, à ses prétentions, qu'au début de sa présidence il dut prendre pour collaborateurs, dont son avènement déjoua les espérances et brisa la carrière politique, — comme M. de Tocqueville ou M. de Falloux, —
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bien f|UQ ilélcslant lo régiino impérial et peu disposés à riiululgencc pour celui qui Tavail restauré, rendirent euxmêmes justice à SCS sentiments personnels \ Du prince qui les avait éconduits, à qui ils ne devaient jamais pardonner leur déconvenue, ils semblent avoir conservé une meilleure impression, que d'autres, des souverains que jusqu'au dernier jour, ils avaient servis avec zèle et profit, — * comme M. Pasquier, de Louis XVIII, ou le Comte Cliaptal) de Napoléon I*' I
Ceux qui ne voyaient Napoléon III qu'à distance ne pouvaient aussi bien le juger ; il devait paraître à la plu-i part une indéchiiïrable énigme ; — et pour deux raisons. Pour celle d'abord qu'indiquait George Sand : parce qu'il avait « un grand fonds de modestie » et qu' <« il ne posait pas>», — pas assez pour plaire aux Français, disait, devant nous, un de ses familiers ; — parce qu'il se livrait peu, ne cherchait guère à se fairei valoir et mettait une sorte de poinl d'honneur à dissimuler ses bienfaits.
La seconde raison, c esl que sa nature était faite de \^ nuances. Il y a des caractères, nettement tranchés, qui se trahissent d'eux-mêmes, qu'on devine sans le moindre eiïort d'observation et qu'on peut déPinir en deux lignes: tels
i. • Louit Napoléon arait, r/>uiine homme priTé, certaines qualUét allachantes, une humeur bienTeillante et facile, un caractère humain, une Ame douce et même asiei tendre... une parfaite limplirité, une certaine modestie pour sa pemonne, au milieu de Torgucil immense que lui dounait son orÎKine. Capable de ressentir de l'affection, il était capable de la faire naître ches ceui qui rapprochaient... Trc't insouciant du danger, il avait un beau et froid couragejilans les Jours de crise, etc.. • (A. de TocQtiviuJL. SoMrtniri.)
• De premier mouvement sa nature était bienveillante et douce. J en citerai, en leur temps, plusieurs traits où la politique et la mise en scène ne pouvaient avoir aucune part . • (Comte de Kalloui. Mémwirtê é'mn
(U^fauts, telles ({ualités, — le compte est bientôt fait. Et, dans la plupart, toute qualité a pour envers un défaut: la grande bonté va rarement sans faiblesse ; l'énergie, sans dureté, sans raideur tout au moins; une âme ardente a peine h se maîtriser et le flegme est presque toujours un indice de froideur. Dans le caractère de Napoléon III on trouvait, au contraire, réunies des qualités qui d'ordinaire s'excluent : c'est ce qui le rendait surtout insaisissable à l'analyse sommaire ; et c'est aussi pourquoi l'étude en est attachante.
Peu de temps avant sa mort, le 22 Mai i837, la Reine Hortènse écrivait sur elle même cette jolie page :.
Une personne a fait mon portrait ; elle Fa cru ressemblant parce qu*il était flatté. Je ne me suis pas reconnue et je veux essayer de tracer moi-même mon caractère, j*aurai de la peine à le peindre ; il m*a toujours semblé qu'il s*y trouvait des contrastes très marqués.
Je suis vive et j*ai Tapparence du calme.
J'aime extrêmement et j*ai à un tel point la pudeur du sentiment que Ton pourrait me croire froide et indifférente.
J*ai Pair de la personne la plus facile à mener ; ce qui plaît aux autres me convient toujours, je n'ai pas de volonté pour les petites choses de la vie ; mais pour les grandes j*y liens si fortement que, depuis mon enfance, on m'a appelée un^ douce entêlée.'}e me plais à étudier les caractères, à les pénétrer, sans savoir jamais me mettre en garde contre les défauts que j'y découvre. Il est facile de me tromper : c'est qu'il m'en coûte de me méfler.
Lorsque j'ai lieu de me plaindre de quelqu'un qui n'a qu'à se louer de moi, je suis d'abord révoltée, indignée, je m'apprête h lui adresser les reproches les plus piquants. Mais vient-il à paraître, je ne vois plus que la peine que je vais causer. Un air gêné et froid est tout ce qui reste de ma colère. Peu ù peu j'excuse la faute, peut-être pour excuser, ma faiblesse ; le lendemain, je n'y pense plus. Cette crainte d'humilier me jette dans un trop grand excès d'indulgence. Alors les personnes entières, absolues, semblent me dominer; j'encourage leurs défauts : elles seules savent à quoi s'en tenir. On n'a jamais de véritable influence sur moi que par l'estime que j'accorde. Je suis prête à croire tout le bien que j'entends dire des
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autres, io doute du mal tant que je no Vax pas tu, ce qui fait quo la calomnie a peu d^empire sur moi.
Lorsque je suis forcée d'éloigner de moi pour des raisons graves, je laisse le droit de m*accuscr, parce que je n*ai pas le courage de les faire connaître. Je serais désolée de nuire même À celui qui m*a offensée ; j'ai la faiblesse de croire que la perte de mon estime ou de mon amitié punit assez.
Que de fois j'ai eu ù regretter de n'être pas un peu méchante, et pourtant j*ai joui de ma duperie d'être trop bonne.
Je n'ai jamais fait cas des honneurs, je croyais valoir autant dans une place que dans une autre ; mais, en cherchant à nous abaisser, on m*a rappelé ce que je dois aux peuples sur lesquels j'ai été placée la première. Aussi j'irais m'asseoir dans la cabane d'un paysan, prendre son enfant dans mes bras ; mais, si je n'étais pas convenablement reçue d'un souverain, il ne me reverrait plus *.
Dans la nature de son fils on pouvait observer également « des contrastes très marqués », et la plupart de ceux (|u*ellc signalait en elle-même.
Ainsi que la reine Hortense, Napoléon III sentait vivement, et chez lui comme chez elle, la surface seulement était calme. Lui aussi, par une sorte de pudeur, cachait les élans \ de son ame sous une apparente froideur. Lui aussi, facile à mener pour les petites choses, tenait fortement aux grandes et méritait que sa mère Tappelat, conmie on Tavait appelée elle-même, un doux entêté. Lui aussi, — qu'on accusait de mépriser les hommes! — il avait la méfiance diflicile ; peu acces.sible à la calomnie, môme à la médisance, jugeant les autres d'après lui, il était souvent dupe de ceti optimisme; et, môme déçu, il pécha plus d'une fois |>ar! excès d'indulgence, répugnant à punir, surtout à humilier qui l'avait oiïensé. Fier de son nom, du rôle qu'il lui assignait, de la mission qu'il lui conférait, il se souciait peu, \ lui aussi, de la pompe des honneurs ; et, simple, aiïable avec /