ET CE QU'ON EN DIRA PLUS TARD
Effort dUmpariialité. — Napoléon III, bon, généreux, mais rêveur* — Rêveries pratiques. — Les utopistes à rebours. -^ Myopes et presbytes. — Rôle noble, mais dangereux. — Les hommes pratiques de 1866 à 1870. — Ce (|u*on reproche, au fond, A Napoléon III. — Salutaire leçon. — L'étranger plus soucieux que nous de notre gloire. — Les legs do Napoléon \*^ et de Napoléon III.
Mème'parmi ceux qui avaient pris part aux luttes politiques deTEmpirc, et plus ou moins vivement combattu le régime impérial, — remplis alors d'illusions qulls ont peu à peu semées sur la' route, — on constate, depuis quelques années, un effort d'impartialité à Tégard de Napoléon III.
Ces ennemis d'hier ne sauraient pourtant se dégager tout à fait des préventions et des légendes dont ils s'étaient si longtemps nourris. Ils ne peuvent assez oublier ce qu'ils étaient accoutumés à entendre dire, à répéter de confiance, pour examiner froidement, — comme s'il s'agissait d'une lointaine figure hislori(|ue, — quelles étaient les idées de l'Empereur et quelles causes, pour notre malheur, en entravèrent la réalisation. Ils reconnaissent seulement ce qui éclate aux yeux les moins indulgents, ce que nul ne pour-
rail plus do bonne foi contester : les sentiments élevés et la grande bonté de Napoléon IIP.
Beaucoup daignent même faire une autre concession. Ils s^étonnent sans doute encore que Mérimée ait pu voir dans TEmpereur un « homme de génie' », el Lamartine « le plus fort entre tous les hommes d'Ëtat, sans exception, qu'il eût jamais connus » ; que Lord Halmesbury, — comme tant d'autres ministres, d'ambassadeurs et de princes, — Tait jugé « Tun des hommes les plus remarquables du siècle' ». Ils veulent bien convenir pourtant que son intelligence n'était pas tout à fait ordinaire, et qu'en le taxant, en 4870, d'ineptie, ils dépassaient quelque peu la mesure. Mais ils se hâtent d'ajouter que ses facultés incontestables étaient noyées dans un nuage d*utopies.
Que Napoléon III fût un esprit chimérique, un rôveur, c'est, pour ces adversaires à demi désarmés, pour ceux même qui se piquent le plus de sincérité, de justice, un véritable axiome ; et contredire une opinion aussi généralement admise leur semblerait sans doute assez hardi. Nous aurons pourtant cette hardiesse ; — et nous prétendons même la justifier !
« On u trop répété que Louis- Napoléon était un grand rêveur, un dormeur éveillé, pour que cela ne soitpasvrai », disait Tun des derniers écrivains qui se soient occupés de lui. La raison nous parait insuffisante, et nous espérons fournir des preuves plus décisives du contraire.
Avant de passer sommairement en vue les différents actes de la politique impériale, sur lesquels on prétend asseoir cejugement, nous devons rappeler d'abord que des rêveries de Ham étaient sortis : une jongue et substantielle brochure
1. • Imaginei, — ôcriTait le 15 novembre 4894 M. Henry Pouquicr, BOUS un de ses divers pseudonymes, — l'histoire de Napoléon III, ce « tyran », qui fui un trét brave homme^ on t'en aperçoit main lenanlteuMeïgné^ d*après les notes de M. Duvergier de llauranne et les sublimes invectives de Victor Hugo!.. »
2. A. KiLON. Mérimée el ses amis^ p. 245. :i. Mémoires (Vun ancien minislrt^ p, 1.
sur la question des sucres, que les représentanis de Tinduslrie sucrière faisaient répandre à leurs frais, comme la plus sérieuse et la plus solide qu'on eût écrite sur la matière;
— un projet non moins bien étudié, pour le percement de rislhme de Panama; — une série d'articles sur Torganisation militaire de la Prusse, que Tauteur nous présentait comme un modèle à suivre, prédisant que TEurope entière serait contrainte de Tadopter. Nous devons rappeler encore, que, monté sur le trône, le « rêveur couronné » inventa un canon obusier, dont notre armée de Crimée tira grand profit; — qu'il apprenait, en môme temps, aux Anglais, si fiers de leur marine et si soucieux de la perfectionner, le moyen de blinder les navires; — qu'en 1859, il créait le canon rayé, qui ne parut nullement chimérique aux troupes autrichiennes*; — que, plus tard, il préconisa, contre le ministre de la Guerre et le Comité d'artillerie, d'abord le fusil à tir rapide, puis le canon se chargeant par la culasse' ; qu'il patronna et fit aboutir Tentrcprise du canal de Suez ;
— qu'il soutint contre riioslilité des corps savants, des inventeurs, des novateurs français, tels que M. (leorgcs Ville et tant d'autres; — qu'il soutint contre l'indifférence et les dédains de ses compatriotes, réputés cependant pour leur esprit positif et leur recherche du progrès, ce Bessemer, dont les industriels anglais, les industriels de tous pays bénissent aujourd'hui le nom. Et de ces divers souvenirs on nous permettra de conclure déjà que le « dormeur éveillé » des Tuileries avait au moins des heures de lucidité; que ses
1. > Ces lucffsieun avouent avoir perdu 42«000 hoinmci pemlant rrlto terrible journée ide Solférino^ Notre artillerie surUmt a produit des elTeli désastreux dans leurs rangs; elle venait faire des iroiïét'n juttfite dams teiirt dernièfta réâerves. • Correapondance du générttl Ihict-ol, t. !•', p. 356,
2. Un ancien député de nos amis, lisant ce passage, en épreuves, s'in- Icrnnnpt pour nous dire : - Parbleu ! je nie vois encore, rencnniraiil tians la cour du ministère de la guerre le général \ , (|ui sortait du Ouuité d'artillerie, et (pii me dit : • Si vous saviex, mon cher, comme l'Empereur nous persécute avec sa marotte de canons te cbargeant |»ar la culassr! Parce «piil a sorvi autreroi<( dan^ l'artillerie suisse, il ne |)eut |M)urtant pas s'imaginer qu'il connaît le uictirr mieut (|ue nous. •
^^ NAPOLÉON 111 INTI3IE
tt^'yri^ $<" distinguèrent, en ces nombreuses occasions^ ïiar «u CAWicUNro singulièrement pratique.
Is^lc^ lUmo sicuicment dans le domaine politique qu*il se iKH^rti^t do chimères? En rappelant quelles furent, dans |i^ |vM$^» décisives de sa carrière, sa manière de voir et v^f^ ilo !kt«!« adversaires, nous constaterons si le reproche ji^tv^^ l^r ceux-ci à sa mémoire ne devrait pas être, plus *j^M^HU<^nt, retourné contre eux-mêmes.
V)^^i donc rêva, en 1836, et en 1840? Louis-Napoléon, en l^^iil, iiiins grand espoir de réussite immédiate, et seule- M^i^iil pour rappeler au pays son nom trop oublié, deux ten- |«^ltvt>ii qui devaient, peu après, le porter au pouvoir; — ou
V U^» liuinincs d*Ëtat, le monde politique, les « gens d*csprit », ^\\ traitant ces « folles équipées » avec une railleuse et hautaine pitié ?
Qui donc rêva, de 1848 à 1850? Louis-Napoléon, en devi-
I nant les aspirations du suffrage universel, en s^appuyant
I Mur lui, pour faire prévaloir sa volonté souveraine; — ou les Lilliputiens de la majorité parlementaire, en cherchant A ligotter ce Gulliverpar leur constitution baroque, et par la loi si maladroite du 31 mai' ?
Qui donc rêva, après le rétablissement de TEmpire? Napoléon III, en voulant restaurer, avant tout, le principe
, d'autorité, en redoutant les terribles excès de la tribune et de la presse, en croyant que Paris ne pouvait être administré comme une commune de cent cinquante âmes; ou les groupes coalisés de C Union Libérale, tous d'accord pour faire restituer aux électeurs parisiens la gestion exclusive de
i. Comme beaucoup d*autret, — [set Souvenirs nous Font apprit, — Tillnstre Tocqueville qualifiait alors de • rêveur et chimérique ^ le Prince- Président; ariirmaiit qu' • une veine de folie courait au milieu de son bon sens, m En quoi consistait donc sa folie? En ce qu'il nvait «une sorte d*adoration pour le peuple •, une foi absolue daii^ la puissance de son nom et fort |>eu de tioîii m pour la monarchie c«»nstitulionnclle. ■ Uais TocqueTille ajoutait que « le monde étant un étrange thcÂlre •, c*était précisément « sa folie » qui avait fait • sa fort*e et sou succès. • Tne fi>lie qui produit de tels résultats, ne mériterait-elle {mis, en conscience, un autre nom ?
leurs intérfils ; lous d^accord pour afGrnicr que le seul moyen de sauvegarder la grandeur et la prospérité nationales, le seul moyen d'assurer l'économie de nos Qnances, le seul moyen de protéger efficacement les intérêts religieux, c'était de désarmer le pouvoir, de confier la direction des affaires i publiques à un parlement souverain, la gestion des intérêts / parisiens à un conseil élu, et d'affaiblir, avec l'autorité du gouvernement, celle de ses représentants en province, — les uns, demandant qu'on supprimât simplement les préfets ; les autres, novateurs plus modérés, sinon plus pratiques, voulant qu'au préfet politique on adjoignit un préfet administratif ; — tous d'accord enfin poUr garantir qu'en affrancliissant la presse entièrement, on couperait tous les abus A la racine ; — tous ou presque tous d'accord également aujourd'hui, mais pour gémir sur l'impuissance du régime parlementaire, sur les folies du conseil municipal parisien, sur le gaspillage de nos écus, sur les vexations subies par les catholiques et le clergé, sur le dévergondage de la presse, dont Taffranchisscment n'a empêché aucun abus, pas même prévenu l'immense scandale de Panama, ni ceux qui l'ont suivi, mais a simplement développé la propagande anarchiste et la littérature graveleuse * ; tous d*accord enfin pour jeter ouvertement, ou en dessous, un regard d'envie vers les institutions autoritaires de l'Empire et ses procédés do
1. C'est lo Tempe f|ui deuiandait la Hupprcision des préfeU, ui^iuc celle dei iiiairei, dans une série d'études de M. Courcelle-Scneuil, publiées en septembre 4865; r/cst M. de Frcyrinet, appuyé par PréTost-Paradol, qui réclaujait rinstitution des deux préfets juuieaux, dans la comuiission de ri'fonnes administratives installée, après le 2 janvier 1870, au uiinistrre de rintériciir.
2. Le 31 octobre 1810 M. J. Ferry disait à la population (uirisicnne : • L>re des corruptions est passée. Nous entrons dans une période de grandeur aut«(ère »• ; (|iieU|uos semaines plus tard un de ses amis, bien connu, écrivait : •• llisuinrck a rendu plus de services li la France qu'à rAllema^nc... Il a travaillé à la régénération de notre pays... et nous a d<mné une fierté do puritains. - Pas pour longtemps ! Car, dix années après, le <!Ardr des sceaux doit constater, dans un d<M*ument ofncieL ■ le développeuirnl (piout pris depuis quelque temps les publications obscènes. » M. F. Sarccy disait, de son c/jté : « Le public s'est singulièrement gdtè depuis quelques années. Il a un penchant houteux à se repaître
WrilLÊON m INTIME
^ . ^s.s.»*viu, ^VM\ qui sont au pouvoir, les imitant le plus X .H^<. .>i cvSAV qui y aspirent s'engageant, pour nous \v.K.. -i Vv^ n^Ublîr?
xN.'.c \u|KU^on III, qui rêvait, quand il affirmait lanéces- N.^v à t'v^>ulrt>r Tancien Paris, pour l'inonder d*air, de soleil v\ si cdu« )umr y rendre la circulation plus facile; — ou ses cv>aii\uiiolt>urs, quand ils niaient la nécessité de cette vaste cauoivriHO et, au lieu de Ten remercier, lui en faisaient un
oiiiuo?
Ksil-oo Napoléon III qui rêvait, quand, par les traités con- ^ oluM en 18G0, par les travaux exécutés dans tout le pays, HaiiH nécessiter de nouvelles taxes, il donnait (de Taveu d'impérialistes comme M. Léon Say) un essor « inoui » à la fortune publique ', — ou ses contradicteurs, quand ils combattaient avec acharnement ces a ruineuses prodigalités », comme M. Thiers, Thomme « pratique » par excellence, celui dont on opposait le plus volontiers la sagesse aux utopies césariennes?... Oh! ce n*élait pas un utopiste, lui, — du moins dans le sens qu'on attache d'ordinaire à ce mot, car il s'était vanté lui-même d'être « très peu novateur», de ne pas partager « les illusions de son temps », de n'avoir « aucun enthousiasme pour les chemins de fer » : il ne les avait considérés que comme un joujou, sans grande utilité pratique; il avait nié avec assurance que rindustrie* métallurgique pût fournir « beaucoup plus de dix lieues de rails par année ». Il s'était moqué de ceux qui s'imaginaient que le télégraphe pût être mis jamais au service du public. Il s'était ardemment élevé contre l'institution du Crédit Fon-
de gravelurei qui IVuttent horriblement choqué autrefoii . • Et ce penchant honteux ne semble pas avoir diminué depuis dix ans, puisque nous avons vu et voyons coustammcnt créer de nouvelles publicaUona pour le satisfaire.
1. Parlant, en 1889, À rAcadémie des Sciences morales et politiques, de ces ^andes réformes éc(»numiques iirc«Muplies par TKmpire, M. Jules Simon disait : « Napoléon 111 nVtnit pas un de ces politiciens à court terme qui ne voient que Theure présente. 11 aimait à prévoir Tavenir. ■ Or il nous semble que Taxiome « Gouverner c'est prévoir • n*est guère contesté.
CE QU^OaN dit de napoléon m AUJOURD'HUI 481
cicr, idée « exécrable », dont la réalisation ruinerait infailliblement « les finances du pays, son industrie, son commerce », et avait combattu « cette fantasmagorie des valeurs », •avec la même énergie que, vingt ans plus tard, il devait combattre une autre « fantasmagorie »... Il y a des utopistes à rebours ! Dans un siècle de progrès, d'évolution, de transformation comme le nôtre, la routine, elle aussi, est une façon de chimère : pour y bien voir, il faut n'être ni presbyte, ni myope.
M. Thiers fut trop souvent myope; mais Napoléon Ili ne fut-il pas parfois presbyte? Si, nous le reconnaissons. Les intérêts présents, même les besoins futurs de notre vie intérieure, méconnus par ceux qui lui reprochaient de rêver toujours, il les avait admirablement compris. Il jugea avec moins de sûreté les événements accomplis au dehors, prévit moins bien leur aboutissement, parce qu'il les observait avec des yeux qui voyaient trop loin.
11 savait parfaitement, quoi qu*on en dise, où il voulait aller. 11 prétendait faire de la France la tutrice, la suzeraine de la race latine'; et, en même temp9, la protectrice des
1. m J*ai souvent eotendu dire que Ja politique de Napoléon \\i avait été une politique d aventure, incohérente, saut but déterminé... Il me parait que Ton s'abuse; les démonstrations en ont été trop éclatantes pour ne pas frapper les yeux et celte politique ne nie semble avoir jamais poursuivi qu'un seul résultat : la grandeur et la sécurité de la race latine. La question d'Orient He réveille û Itrthléem pnr un fait qui intéresse exclusivement la religion Intine, toujours menacée, toujours dominée dans ce pays-U par la religion grecque; il en odvint la guerre de Crimée. Napoléon lit proQte immédiatrment de la prépondérance que lui mérite le traité de Paris, pour faire défoncer le lac latin, la Méditerranée, percer l'isthme de Suez et ouvrir aux uiariues latines In route directe de l'Océan indien. Kn Italie, il repousse réiénient gennain, qui opprime une famille de la race latine et prépare la litx'ralion définitive, qui rejettera l'étranger dans ses limites. En C«»chinchine, il essaye de fonder une colonie où le latinisme (H>urra se dévelop|>er. a côté des coi(»nics anglaises. Au Mexique, il cherche à rétablir l'empire latin (|ue l'Eifpagne a perdu et qui pourrait servir de contrepoids <i rogglouiernlioii anglo-saxonne de TAniérique du Nord. Flnfin, où toinbe-t-il f An Ithin, nu fossé même de la race latine. Pendant qu'il succomlie pour assurer la pérennité de la granile tribu. l'Bspngne le mille, l'Italie profite de l'cncurrence pour se couq>léter, elle arme en hâte et va dépouiller le vieillard des sept collines. Il me semble évident que .Napoléou III s est regordi)
SI
nationalités en servage, — qu'il comptait ainsi placer, sinon sous notre hégémonie, du moins sous notre influence.
Au dehors comme au dedans il voulait « marcher à la tête des idées de son siècle. » Ce rôle de pionnier, dont il se croyait investi par sa situation , par son nom, était noble assurément, mais dangereux. S'il est beau de marcher en avant de son siècle, il est parfois impnident de le trop devancer, en voulant conjurer des périls qui échappent encore aux regards du public. Ayant introduit dans le droit public européen le grand principe de la volonté nationale, issu du mouvement de 1789, Napoléon III crut l'y avoir installé*. Il espéra le faire consacrer définitivement parla haute juridiction des congrès, substituant leur équitable arbitrage aux caprices de la force. L'Europe hésita, puis renonça à le suivre dans cette voie nouvele, — où elle sentira bientôt la nécessité de revenir, où elle doit regretter amèrement déjà de ne pas être entrée à son appel '.
comme le chef et le porte-glaive de la race latine et que toute sa politique extérieure a été mue par cette pensée. Ceux d*ttu delà des Alpes ne • font pas compris; plaise À Dieu qu'ils u'aient pas & s'en repentir! » Maxime Ducamp. Revue des Deux-Monden, 15 oct. i882.
Dans une lettre au journal I^e Nord, G. de Saint-Valry, écrivain d*une rare sagacité, disait également : « Dans l'esprit de l'Empereur, l'expédition du Mexique a été inspirée par la même idée de prépondérance latine et de protection catholique que la guerre de 1859 contre F Autriche. Ceux qui pensent qu'en entreprenant cette guerre Napoléon Ul n'avait d'autre but que d'être agréable et utile aux Italiens, commettent une grave erreur... Par cette guerre. Napoléon III entendait faire rentrer Tltalie dans le giron de la politique et des intérêts de la France, érigée en aima mater de la race latine et de la catholicité romaine... Voilà pourquoi il s'est montré inébranlable, à l'endroit de Home, p(»int central, pivot pour ainsi dire de ce cercle .d'éléments latins et catholiques qui, dans la pensée de Napoléon III, devait graviter autour de la France. »
A cette même pensée se rattache évidemiuent le chtdx du pape comuie parrain du Prince Impérial.
1. M Le suffrage universel, principe générateur de notre constitution, dispose souverainement du sort de la France, en attendant qu'il régie celui du mtmde .. La proclamation de ce dogme par un peuple assez puissant pour le faire prévaloir est ie plus grand événement des temps moilernes. Le jour où la validité des traités a été sub<»rdonnée à l'assentiment des majorités, l'Europe historique s'est affaissée sur ses bases. • Comte de CAmé.. L'Europe et le second Empire. Préface, p. ix.
2. m L'ouverture du 4 novembre 1863 n'avait qu'un tort, mais c'était un tort capital: elle devançait les événements, qui seuls constituent l'enseigne-
I/inilialivc généreuse de 18G3 ôlait donc prômalurôc? Soit! En s'eflbrçanl d'épargner aux autres pays, comme au nôlre, les maux dont ils allaient bientôt souffrir, et surtout cet excès de charges militaires qui, à cette heure, les obère tous plus ou moins ; en s'imaginant qu*à notre époque il ne serait plus permis de proclamer devant TEurope, indifférente et passive, que « la force prime le droit », Napoléon III avait trop compté sur la prévoyance des peuples et Téquité de leurs gouvernements ? Soit ! Cette erreur déconcerta ses vues générales sur la politique européenne et suscita à la sienne des difficultés imprévues ? Soit encore 1
Mais ces difficultés n'étaient nullement insolubles, et le rêveur indiquait les moyens d'en sortir à notre honneur. Sans doute, il n'avait pas prévu, en 1860, que l'armée autrichienne serait anéantie d'un seul coup : qui donc Tavait prévu, en France, en Europe, en Prusse même? Qui donc oserait se vanter de l'avoir seulement cru possible? Pour tout le reste. Napoléon III avait vu juste. Il voulait l'armement perfectionné, qui nous manqua à l'heure décicive; il voulait, avant Sadowa, une entente plus étroite avec la Prusse, et, le lendemain, une démonstration militaire sur le Rhin ; la guerre devenant inévitable, il voulait ne l'accepter qu'avec de solides alliances, surtout avec celle de l'Autriche et de ritalie, préparées seulement en 1870; la guerre étant déclarée, il voulait n'y pas laisser prendre au maréchal Bazaine un rôle prépondérant; après nos premiers revers, enfin, il voulait revenir de Ch&lons à Paris, au lieu de marcher sur Metz... De tout cela, cependant, il ne fit rien :
ment pratique des peuples... En oxpli(]uant r^motitm suscit*^ en 1863 par la brusque proposition d'un conf(rès eun>p<^cn. J'ai constaté que cette ouverture, si insolite qu'en ait été la foruie, contenait pourtant le Tcru de l'avenir, qu'elle était In conséquence à peu près forcée de la décomposition au sein de laquelle s'nch<^ve la décomposition de rKuro|>e. l/idée qui se dc^Affc, nu milieu de tant d'obscurités, c'est la Constitution, lointaine |>eut-ètrc, mais inéxitabic, d'une sorte d'ampliictyonie européenne vert laquelle convergent, depuis un demi-siècle, les aspirations les plus diverses des gouvernements et des peuples... Le cours des choses y conduit; ce mot est celui de l'avenir et il est bon qu'il ait été dit par la France. • Comte de (Uiruc. L'Eumpe et le iecoid Empirr, pp. âl7 et 252.
^>««^(c^A ^ l^jifv^ qu'il en fut empêché par les systématiques „^h»H>^ikiH ^'^ ropposition, .ou détourné par les conseils de HiUii^re^ que troublaient ces clameurs.
Kl U^ tout cela, il eût suffi, sans doute, qu'une faible (MriH^ :ite réalisât pour changer nos désastres en victoires. ^ Il y a, disait Sainte-Beuve à Cousin, une infinité de aiguières dont une chose qui est en train de se faire peut tourner. Quand elle est faite, on n'en voit plus qu'une ^ »* Qu'une transaction quelconque fût intervenue entre le Saint-Siège et ritalie; celle-ci, dès 1869, se fût liée à nous . par un traité formel. Que la campagne n'eût pas débuté par de graves revers (et nous eussions évité les revers, si l'effectif immédiatement disponible eût été seulement un peu plus élevé), Tltalic, même sans traité, marchait avec nous*. ^Soulagée de cette dette de reconnaissance envers nous, qui lui pesait tant, passant du rôle de sauvé, qui rhumiliait, au rôle de sauveur, qui eût, au contraire, flatté son orgueil, ritalie fût restée pour longtemps notre intime et fidèle alliée. Au lieu do la Triplice, dont l'hostilité nous enserre, une autre se fût faite à notre profit.
Mais pour cela, il eût fallu que le rêve de réorganisation militaire caressé par 1 Empereur fût compris, appuyé par tous les partis. Loin de comprendre ce devoir envers la patrie, les hommes pratiques de l'opposition réclamaient Tabolition des armées permanentes; ne pouvant abolir la nôtre, ils cherchaient à la discrédfter en dénonçant les gaUés du sabre à l'indignation publique ; ils cherchaient à la démoraliser,, en s'élevant avec véhémence contre la tyrannie de la discipline.
Sous la direction de M. Thiers l'infaillible, — qui, en 1847, avait déclaré « l'Allemagne finie' » et l'armée prussienne