‹ Napoléon III intimeChapitre 31 sur 114 · G. HoTHAN, LAffairt du Luxembourg ^ p · texte numérisé non relu

G. HoTHAN, LAffairt du Luxembourg ^ p

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effet, d'avoir « usé ses forces et son temps à transiger avec une opinion publique mobile et nerveuse, qui poussait inconsciemment à la guerre et qui cependant se révoltait à l'idée des sacrifices qu'elle imposerait », — sans songer qu'à ce public mobile, nerveux, inconscient il eût peut-être dû réserver son blâme.

Môme s'il n'eût pas voulu transiger avec l'opinion, s'il eût voulu lui tenir tête, et se comporter en monarque absolu, . Napoléon III l'aurait-il pu réellement, quand, à la tête de l cette opinion récalcitrante, on voyait les hommes les plus \ importants, et réputés les plus compétents des divers partis? yAurait-il pu faire accepter au pays un pareil sacrifice, quand, ye tous côtés, on lui répétait que ce sacrifice était inutile; quand M. Thiers lui affirmait que la loi de 1832 suffirait à tous les besoins; quand le général Ghangarnier lui affirmait qu'avec « 300,000 combattants, fusil ou sabre en main », nous n'avions rien à craindre de la Prusse, dont les armées se fondraient d'elles-mêmes après une campagne de quelque durée; quand M. le prince de Joinville lui affirmait que, pour battre cette armée, nous n'avions nul besoin « de prendre ces mesures de défense nationale dont notre pays s'est si fort ému »*; — quand tous les journaux, tous les candidats d'opposition lui tenaient le même langage et l'accentuaient. Ne cherchant pas à multiplier ici les noms propres, nous citerons une seule circulaire électorale de cette époque, celle du duc Decazes : « Deux partis sont en présence : celui de la loi militaire, des budgets en déficit, etc. Demandez-lui compte des lourds contingents qui épuisent l'agriculture... L'autre parti demande le désarmement, moins de casernes etplusd'éct)les,etc. » Nous pourrions en citer cent pareilles; car pour tous les opposants, de droite et de gauche, la critique des lois militaires était le thème favori, celui qu'ils estimaient le plus productif.

1. lievue des Deux-Mondes, 15 février 1868, article non ti^é, mais gênéraletneni ttlribué au prince.

II aurait donc fallu que TEmpcrcur tint résolumcnl lèle à ce torrent d'opposition, de protestations, non seulement pour y résister, mais pour le remonter, qu'au pays acceptant avec tant de peine un demi-sacrifice il impos&t le sacrifice complet?

G*cst par la force brutale qu'il aurait dû l'imposer ; car le Journal des Débats n'hésitait pas à le menacer, s*il persévérait, d'une insurrection. « C'est, disait-il, la plus grande entreprise qui ait jamais été faite contre la liberté des individus... Les mœurs qui savent toujours résister, résisteraient à une mauvaise loi, dussent-elles employer de mauvais moyens ».

Des ressources limitées qu'il avait obtenues. Napoléon 111 voulait tirer du moins tout le parti possible, en cherchant dans la nouvelle organisation les meilleurs moyens de faciliter une prompte mobilisation. Après avoir consacré à Télude de ce difficile problème plusieurs mois de travail assidu, il rédigea un volumineux mémoire, où les multiples qucslions dont il se compose étaient examinées jusqu'au plus infime détail; et, le 4 janvier i8U8, il le remit au maréchal Nit*l. Mais Texécution de tous ces projets allait rencontrer de nouveaux obstacles à la Chambre, où les députés cherchaient à reprendre en détail ce qu'ils n'avaient osé refuser en bloc, réduisant, parce continuel marchandage, le pauvre maréchal Niel au découragement, à l'impuissance.

L'opposition n'étant pas alors assez nombreuse au Corps Législatif pour y imposer maléricllcment ses volontés, eslil injuste, comme on Ta prétendu, de lui attribuer cet avortement? NonI car si elle était la minorité, clic entraînait la majorité en cherchant à la rendre impopulaire*. El, en se laissant influencer par cette préoccupation personnelle, la

I. Pour rintiiuider plus nûremcnt. deux publiciitci bien connut ilu jMirti républicain Innraicnt une brochure de propagande contre les lois militaires, où on lisait : « Otuime il est juste de déterminer la part de responsabilité (|ui revient à rliacun, nous publions à la flu de cet opuscule \t% résultats du scrutin au 0>rps légi<iiatir. Nous avons classé les \**U'% j»ar

llfi NAPOLÉON III INTIME

« Diaprés le système que j'ai ado^ié et auquel f attache une grande importance^ les deux tiers environ de ces conscrits ne resteront que deux ans sous les drapeaux et formeront ensuite une réserve, qui fournira au pays, dès la première apparition du danger, une armée de 600,000 hommes exercés*. »

La guerre ditalie, malgré ses glorieux résultats, ayant confirmé les idées du prisonnier de Ham sur l'insufOsance de notre établissement militaire, et tous les chefs de ràrmée ^ paraissant éclairés par cette expérience, l'Empereur crut pouvoir faire une nouvelle tentative en ce sens. Elle échoua, comme les précédentes, et pour les mêmes raisons. Napoléon m Ta raconté lui-même dans une brochure publiée, en 1871, sous un autre nom que le sien, mais qu'il avdt dictée '. Et ce n'est pas tout ! La Chambre, émancipée par le décret du 24 novembre, ne rêva bientôt plus qu'économies; les ministres ne songèrent plus qu'à lui montrer leur bonne volonté : la commission du budget, à force d'insistance, obtint, en 1865, une réduction des cadres, qui allait de nouveau affaiblir notre armée, — à la veille d*une crise où nous aurions eu grand besoin d'élre forts.

Celle crise de 1866 a-l-olle ouvert enfin les. yeux?... Elle n'a pas ouvert du moins ceux du ministre de la guerre, le maréchal Randon, continuant à affirmer que nous sommes en mesure de faire face h toutes les éventualités. L'Empereur, ne partcigeant pas son optimisme, le remplace par le maréchal Niel : on connaît la suite.

On la connaît... vaguement. Les adversaires de l'Empire

i. Messaf^o du 1(> février 1R51.

2. • iMiisieum projets de réforme furent di«cutés pendant les années qui suivirent la paix de Viliafnini'a, duiis les ctuiseils de PEmpercur; mais le souverain se persuada pronipteuieiit (|uc ni les dilTérenls uiinistros* ni les cliauihrt's ne le seeontleraienl pour faire aduiettre les seuls principes sur lesquels repose solidement le système des forces nationales d*un grand pays Ainsi le service obligatoire, Tendivisionnement des régiments, la création de corps d'armée permanents furent autant de questions que l'Kmpereur se vit contraint d'abandonner. » (Les Forces militair€M dn la France en tilO, par le C»« ui La Chapelle.)

L'AUTORITÉ , ITT

aiïoclcnl niAmc de Tavoir coinplèlcmcal oubliée, pour pouvoir attribuer au maréchal Niel tout le mérite des mesures dont Tadoption, de leur aveu, nous eût sauvés. « Rappelezvous, — disait le général Chanzy, à la tribune de Versailles, — ce qui s'est passé en 1868, lorsqu'un homme dont personne ici ne niera la perspicacité et le patriotisme est venu/ présenter un projet de loi militaire. Ce projet, si sérieusejment étudié, si bien adapté aux nécessités du moment, a été combattu, amoindri; et vous savez ce qu'il est devenu. » La prudent exemple donné par le général Chanzy a été soigneusement suivi ; il Test encore tous les jours. Pour être indirect et détourné, cet hommage à Napoléon III n'en est pas moins précieux. Car, louer la clairvoyance et le patriotisme , du ministre, c'est louer le patriotisme et la clairvoyance du ' souverain, qui Tavait spécialement choisi pour réaliser ses vues, pour préparer la grande réforme militaire dont il lui ) avait lui-même indiqué les bases.

Cette réforme n'entraînait pas le service obligatoire, comme Napoléon III Teût voulu, comme, cette fois encore, il en avait émis Tidéc : pourquoi? Parce que « les ministres commençaient à discuter » et « comptaient moins avec sa volonté qu'avec les exigences de l'opinion » ; ils avaient déclaré à l'Empereur « que les députés, soucieux avant tout de Tesprit des populations et de leur réélection, ne consentiraient jamais à sanctionner une mesure aussi impopulaire. L'empereur dut se résigner et transiger^ », c'est-à-dire se contenter d'un projet moins radical, qui, sans se modeler sur Torganisation prussienne, s'en rapprochait. Et ce n'est pas un ami de Napoléon III, — du moins de Napoléon III détrôné — qui parle ainsi; c*est un écrivain, fort brillant d'ailleurs, qui depuis 1870, Ta peu ménagé, et dont Tingénieuse malveillance va se trahir quelques lignes plus loin. Constatant que le gouvernement impérial dut retirer son premier projet devant la « vive opposition » du public, il lui reproche, en

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