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Mffr KouLON, Vie de Mgr Darboy, p

LA RELIGION 23i

dos prolcstalions do la bienveillance impériale pour la cause qu'il servail avec lanl d'ardeur et de talent. Cette bienveillance se manifestait souvent, — avec la môme bonne grAce, — par des témoignages plus positifs. Parmi les faits nombreux qui le prouveraient, nous pouvpns en rappeler un avec quelques détails : le donateur se serait bien gardé de. les donner, mais le donataire a cru devoir se montrer m'oins discret, il a tenu à les raconter lui-même et c'est par un ouvrage publié en 1887 sur lui que nous les avons appris*.

En 1858, Tévéquede Belley avait fondé un couvent de trappistes chargé de défricher, d'assainir la contrée marécageuse des Dombes. Les religieux étaient, depuis quelque temps, à l'œuvre, quand leur abbé, dom Marie-Augustin (dans le monde, le marquis de Ladouze) s'aperçut que, faute do 80,000 francs, il allait être obligé de suspendre les travaux. Il confie sa détresse à dom Gabriel, abbé du couvent d'Aiguebelle, qui lui conseille de s'adresser à l'Empereur, comme il va le tenter lui-même, pour une autre affaire. Les deux abbés partent donc pour Paris, demandent une audience et l'obtiennent aussitôt. Le père Gabriel est reçu le premier et expose sa requête personnelle. Son couvent a acquis une propriété ; le fisc lui réclame 11,000 francs de droits, dont il voudrait obtenir la remise : « Je ne puis vous faire remise de ces droits, répond l'Empereur, c'est la loi qui les règle et la loi doit être obéie ; mais voici la somme nécessaire pour les payer. »

Après lui Dom Augustin entra dans le cabinet impérial, tenant une longue note à la main : « Il fut vite A l'aise, dit l'auteur de sa biographie; — cet homme qui lui parut tout bonté et tout simplicité lui inspira subite et pleine confiance et lui fit oublier son papier. Il parla d'abondance, et parla, paralt-il, avec une clarté et une conviction singulières. L'Empereur écoutait avec attention cl sympathie. Il demanda de quelle somme le monastère avait besoin : « Sire,

I. J.-M. Vii.i,».rHAKciiK, Itorn Mûrie- 4**0**'^^"* nianjuis de Utdouze.

je pense qu*avec 80,000 francs nous ferions déjà beaucoup. — 80,000? Et durant combien d'années? — Sire, une fois pour toutes. — Mon Révérend Père, c'est bien peu; mais, si vous avez encore besoin de moi, vous pourrez encore compter sur ma bienveillance. » L'abbé n'oublia pas cette parole. D'autres travaux qu'il avait entrepris, des constructions nécessitées par le développement du monastère, lui causèrent, • en 1867, de nouveaux embarras; il repartit, sans hésiter^ pour Paris.

Le jour de son arrivée, il va, avec deux autres religieux, à l'Exposition Universelle, pour voir des machines et des produits qu'y a envoyés son couvent. Napoléon III, presque aussitôt vient lui-même, au Ghamp-de-Mars : « Les modestes religieux veulent s'eOaccr, mais l'Empereur les a vus; il va droit à dom Augustin, qu'il a reconnu, lui exprime sa satisfaction de le rencontrer et lui parle avec un respect mêlé de la plus cordiale bienveillance. Mais, ajoute-t-il, nous serions plus à l'aise aux Tuileries pour causer. Venez demain à onze heures. »

Le lendemain, exact au rendez-vous, Tabbé explique à l'Empereur qu'il lui faudrait 400,000 francs; qu'il cherche à les emprunter; que le Crédit Foncier lui fait des conditions bien dures, et que peut-être il se montrerait moins exigeant si l'Empereur daignait le lui demander. Puis il remet & Napoléon III un long rapport, où il a exposé les conditions de son entreprise; et un nouveau rendez-vous est pris entre le souverain et le religieux. — A ce nouveau rendez-vous l'Empereur ayant sous les yeux le rapport de dom Augustin lui dit ; « Mon Révérend Père, j'ai examiné votre affaire. Vous êtes trop modeste dans vos calculs. Pour arriver à votre but, 500,000 francs ne sont pas de trop. Je vais vous en donner sur ma cassette près des deux tiers, soit 350,000 francs, en regrettant de ne pas pouvoir vous offrir le tout ; mais le reste, soit i 50,000 francs, sera facile à emprunter au Crédit Foncier. » En même temps il lui mit dans la main un tout petit papier sur lequel étaient écrits ces

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mots : « Je m'engage à payer au R. P. AugusUn, abbé de N. D. des Dombes, la somme de 350,000 francs. » Après quoi il lui promit d'aller voir l'exposition des trappistes et de s*y intéresser : c< Et toutes ces paroles furent échangées, sur le ton le plus simple, le plus franc, le plus courtois. Napoléon 111 avait réellement une grande générosité et des qualités privées séduisantes*. ».

Ce bon accueil n'était pas réservé à quelques ecclésiastiques favoris : il était assuré à tous, — pour leur robe et leur fonction, — même aux plus... indépendants. Napoléon III, s*adressant, en 1861, à Mgr de La Tour d'Auvergne, avait dit : « Malgré les injustices des uns, les excitations des autres, je resterai inébranlable dans la ligne que je me suis tracée; et, tout en maintenant intacts mes droits de souverain, je saisirai toujours les occasions de témoigner de mon respect pour la religion et de ma déférence pour le clergé. » Ce n'était pas une vaine parole.

Comment Mgr Pie avait qualifié publiquement l'Empereur, nous avons déjà eu l'occasion de le rappeler : fut-il à cette occasion mis à l'amende, x'est-à-dire privé de son traitement? Non : on appliquait, en ce temps-là, aux ecclésiastiques délinquants des peines moins rigoureuses : « Que fit alors l'Empereur, — ce n'est pas nous qui parlons, c*est V Univers f — l'Empereur traité de despote, d*autocrate par tous les républicains de la Chambre et du pays? Il se contenta de déférer le mandement de l'évèquc de Poitiers au Conseil d'État, et, l'abus prononcé ne fut suivi d'aucune mesure pénale ni disciplinaire. Mgr Pie ne fut Tûbjet d'aucune tracasserie directe ni indirecte. L'empereur mit une sorte de coquetterie à lui témoigner, en toutes circonstances, une déférence qui honore le souverain autant que le prélat... >» Et V Univers y comme on va le voir, était bien renseigné.

Deux ans, pas davantage, après son fameux discours,

i. Dom èiarie-Auguilin, marquii de Ladouze.

l*évèque de Poiliers faisait appel à robligcantc interv£mlion du Garde des Sceaux pour une affaire délicate et qui le préoccupait fort. M. Baroche ne dut rien négliger pour le satisfaire, car, au mois d'octobre, Mgr Pie lui écrivait : « Il ne me reste qu'à vous exprimer mes profonds remerciements pour la bienveillance avec laquelle vous avez conduit cette pénible affaire et pour la confiance que vous m'avez témoignée. Je n'oublierai jamais ce bon procédé et je me félicite des dispositions conciliantes dont il est le gage. » En 1867, Tévéque de Poitiers venait, au ministère de Tintérieur, causer avec M. Pinard des futures élections : après plusieurs entrevues très cordiales et de mutuelles concessions, ministre et prélat se mettaient d*accord sur les candidats à soutenir. Quelques semaines plus tard, à la suite d'un discours de M. Routier sur la question romaine, Mgr Pie écrivait de nouveau au ministre de la justice : <c J'obéis avec empressement au mouvement de mon âme et je me fais un devoir de féliciter et de remercier le gouvernement de TEmpcreur des assurances si éloquemment, si explicitement données au pays par M. le Ministre d'État... Si je ne craignais de paraître m*attribuer une importance qui ne m'appartient pas, je prierais Votre Excellence d'offrir mes humbles félicitations à M. le ministre dËtat, et de déposer au pied du trône Thommage de mon respect reconnaissant. » Il eut bientôt l'occasion de déposer directement cet hommage; ayant, en effet, besoin d'argent pour la construction d'une église, il n'hésita pas à en aller chercher aux Tuileries : il était bien convaincu que Napoléon III ne lui tiendrait pas rigueur de ses propos un peu vifs : il ne se trompait pas; et, en sortant du palais, il disait A M. Ilamille : « L'Empereur a manifestement l'horreur de l'impiété. »

En 1863, pendant que Mgr Pie se félicitait des dispositions conciliantes du gouvernement à son égard, Mgr Planticr faisait activement campagne en faveur des candidats de l'opposition. L'un d'eux» le baron de I^rcy, dans un article nécrologique sur son ancien patron électoral, le racontait à

Bn louange*, — en rappelant que le Corps Législatif n*y avait trouvé « rien à redire »; il aurait pu ajouter : — mais on ne pense pas à tout I — « ni le gouvernement impérial non plus. » Si bien que, peu après, Tévéque de Nîmes imita Tévèque de Poitiers : il demanda, comme lui, un petit service au Garde des Sceaux; et comme lui, ayant reçu prompte satisfaction, il remerciait le ministre de sa « bienveillance » et lui en exprimait une « gratitude toute particulière. » A ces mêmes élections de juin 1863, M" de Bonnechose Gt également combattre, au Havre, le candidat du gouvernement. Deux mois après (le 20 août) il était nommé officier de la Légion d'Honneur, puis, à la mort de M" Morlot, cardinal. Quelques années plus tard, presque aussitôt après avoir prononcé, au Sénat, un discours assez vif sur la question romaine, il devenait commandeur *.

En 1868 enfin. M'' Dupanloup, dont les virulentes brochures avaient fait tant de tapage, dînait à la Chancellerie, et le lendemain il allait aux Tuileries pour inviter l'Empereur à l'inauguration d*une statue de Jeanne d*Arc; il en sortait, enchanté du souverain, et le disant tout haut.

Quand la montagne n'allait pas à Mahomet, c'est Mahomet qui allait spontanément vers elle. Le père Lacordaire, on le sait, avait prononcé, le 10 février 1853, dans la chaire, nous pourrions dire : la tribune de Saint-Roch,'un sermon politique d'une rare violence. Depuis sans doute, éclairé par le temps, la réflexion, il avait perdu beaucoup d'illusions sur la doctrine de ses amis, sur la vertu des assemblées. « Notre maître, — disait à ce propos « Un Sof^ézien >», — l'auteur

1. • L'évA(|ue, érrivait-il, ne le )>oma pai à ce* intiuietencourai^oitienti; il écrivit aux principaux curéi de la rirconscription ; il leur reromuiandait de ne pas parler en chaire de ceiie candidature, mait, en dehnn de là, il \en aatori»ait, il lei exhortait A user de toute leur influence pour la faire triompher : • Plui voufi agirn avec énergie, leur dirait-il, plut voua entrerex dans mes vues... • Le Corps législatif n'y trouva cependant rien à redire; mais aujounrhui, en pleine Hépublique, de la part d'un i'vi*c|ue, ili ne seraient pas tolérés ; ce qui prouve les progrés que nous avons faits dans Irs voies de la liberté. •

i. M^ DissoN, Vie du cardinal de Itonnechoêe, t. Il, pp. 4-30.

responsable et conscient du discours de Saint-Roch, nous enseignait Tobéissance à César. César d*ailleurs, le César débonnaire, était renseigné sur ce point. Plusieurs fois Toffre des situations les plus élevées de la hiérarchie catholique vint trouver Lacordaire dans sa retraite. 11 eut en perspective et, à portée, l'archevêché de Paris, et, plus tard, le cardinalat. Rien ne le troubla; il refusa tout pour rester avec nous*. »

Si Napoléon III témoignait de tels égards aux membres du clergé, était-ce pour stimuler le dévouement des uns, pour atténuer Thostilité des autres ? S'il protégeait les intérêts religieux, était-ce pour servir des intérêts dynastiques? En posant, au mois de septembre 1852, la première pierre de la cathédrale de Marseille, il avait hautement affirmé le contraire : « Mon gouvernement, je le dis avec orgueil, est un des seuls qui aient soutenu la religion pour elle-même. 11 la soutient, non comme un instrument politique et pour plaire à un parti, mais uniquement par conviction, par amour du bien qu'elle inspire et des vérités qu'elle enseigne. » H était parfaitement sincère en parlant de la sorte. En ceci, comme en tout, il était guidé, — il avait raison de le dire, — par une conviction profonde, par une double conviction : celle du souverain et celle de l'homme.

Le souverain, tenant toujours à s'inspirer de Topinion du pays, à satisfaire ses besoins, avait fort bien compris que le sentiment religieux pouvait seul contenir efficacement les passions anti-sociales; que ce sentiment restait vivace, même là où il semblait sommeiller; que l'autorité spirituelle reprendrait aisément son influence sur les masses, en n'intervenant pas dans leurs affaires temporelles, et que a le paysan respecte son curé » à la condition que « le curé ne devienne pas le maire », comme l'a depuis et fort justement écrit M. de Grandiieu.

t. Le Oauldét SO noveiubre 1880.

Mais ces principes du souverain, c'élaienl aussi ceux de rhomme. La foi politique élait doublée chez lui de la foi religieuse. L*un des recueils de Papiers secrets publiés après le 4 septembre, nous a appris qu* « une notabilité catholique » étant venue Tinterroger sur ce point, avant son élection à la Présidence, il avait répondu : « Je ne connais pas d'autre base à la morale publique que le sentiment religieux. J*ai été élevé par ma mère dans ces convictions, fondées sur les vérités de la religion catholique romaine : j*y serai constamment fidèle. »

En cela sa mère et son père s'étaient trouvés d'accord. Avant la catastrophe de 1814, le roi Louis désirait confier sa première éducation à M. de Donald; la reine Hortense exilée la confia à l'abbé Bertrand, sous la direction duquel il s'habitua à remplir, — sans ostentation, simplement, comme il faisait tout, mais exactement, — ses devoirs religieux. Même devant, surtout devant ceux de ses amis qui ne partageaient pas ses convictions, comme M. Vieillard ou M"* Cornu, — raillant ce qu'elle nommait son « mysticisme », — il les affirmait nettement.

Son Àme, par un instinctif élan, se tournait vers Dieu dans les jours d'épreuve pour lui demander la force et la patience, — en citant certaines pages écrites à Ham, nous l'avons montré, — dans les jours de bonheur et de gloire, pour le remercier de sa protection, — nous allons le prouver également.

Un jour du mois de janvier 1857, vers trois heures de l'après-midi, l'Empereur, sortant de l'Ecole Polytechnique dans un phaéton qu*il conduisait lui-même, traversait la place du Panthéon, où nous nous trouvions par hasard. En passant devant le temple des Grands Hommes qu'il avait rendu au culte, il s'arrêta, monta lentement le perron, entra dans Téglise, alors déserte. L'ayant suivi de loin, nous le vîmes s'agenouiller devant la chapelle de Sainte-Geneviève, et y rester quelques minutes dans l'attitude d'un profond recueillement. Six mois après, il part pour Plombières, d'où,

— le . 10 juillet, — il écrit à Tlmpératrice : « Ma chère Eugénie, je ne t'ai pas écrit hier^ mais S ai pensé à tot^ je suis monté à la montagne de la Vierge et fy ai fait mettre des cierges pour toi et pour notre cher enfUnt » ;

— commei de Vichy, dix ans plus tard, le 29 juillet, il lui écrira encore : « La messe a été très belle, célébrée dans sa nouvelle église, avec beaucoup depompe^ par Cévêque de Moulins, fai prié, comme toujours, pour notre fils, pour toi et pour la FYance » .

Que ce fils, pour lequel il priait toujours, partageât ses convictions religieuses comme ses convictions politiques, Napoléon III le désirait ardemment (on sait si ce désir fut réalisé !) A cette partie de l'éducation du prince il n'attachait pas moins d'importance que l'Impératrice; il s'en mêlait luimême à l'occasion, comme le prouve ce détail emprunté à la correspondance d'Octave Feuillet : « Dis à Jacques que lo petit César lisait attentivement sa messe dans un beau livre plein d'images et que l'Empereur, son père, se penchait, de temps en temps, pour lui dire où l'on en était' ».

Après avoir lu ce qui précède, on reconnaîtra sans doute, avec nous, que, pour reprocher à Napoléon III d*avoir fait « une guerre acharnée aux catholiques et à l'épiscopat », de s'être montré « depuis son entrée dans la vie politique jusqu'à ses derniers moments leur implacable ennemi, » il faut avoir l'esprit bien troublé par la passion; — on reconnaîtra que l'important journal royaliste de Paris où nous lisions, il y a peu d*annécs, ces lignes, était aussi juste, aussi véridique que les journaux républicains reprochant à Napoléon III d'avoir désarmé la France, en dépit de leurs efforts et de leurs avertissements.

On reconnaîtra enfin que, quand ces accusations commencèrent à se produire sous son règne. Napoléon III avait le droit de s'en plaindre; et l'on comprendra qu'avec un

1. LeUre adretsée de Compiôgne en 1862. {Quelques années de ma vie, par ll"M OcTAVi Fkuillit.)

accent d'amerlumc, — prouvant, à lui seul, sa sincérité, — il ait dit dans son message de 1860 : « Je ne puis passer sous silence Témotion d'une partie du monde catholique. Elle a cédé subitement à des impressions si irréfléchies; elle s'est jetée dans les alarmes si passionnées; le passé, qui devait être une garantie de Tavenir^a été tellement méconnu, les services rendus, tellement oubliés qu'il m'a fallu une conviction bien profonde, une conGance bien absolue dans la raison publique pour conserver, au milieu des agitations qu'on cherchait à exciter, le calme qui seul nous maintient dans le vrai ».

Pourquoi donc, dès cette époque, « une partie du monde catholique » méconnaissait-elle ainsi les services rendus par Napoléon III à sa cause? Parce que, — disait-elle, — Napoléon III, en avait lui-même détruit Teflet, eflacé le souvenir, en faisant la guerre d'Italie, en soulevant la question romaine, en laissant dépouiller le Pape d une partie de ses États; — et dans quel intérêt? Pour sauver sa vie; pour tenir son ancien serment de carbonaro, trop longtemps oublié, que le testament d*Orsini venait de lui rappeler d'un ton impérieux et comminatoire.

Regardons de près ce grief — assez grave aux yeux de certains catholiques, pour leur faire oublier tout le passé... Le mobile de la guerre, — d abord, — la peur des bombes et des poignards italiens? Comment une pareille invraisemblance a-t-elle pu s'accréditer, quand le moindre raisonnement, le plus simple examen des faits la devaient réfuter? Puisque le public, — qui lient à ses légendes, — n'a voulu ni examiner, ni raisonner, nous devons le faire pour lui.

Si Napoléon III, qui, en 1831, avait suivi son frère dans les rangs des carbonari, s'était alors afOlié à leur secte, estce qu*il ne se fût jamais trouvé un d'entre eux pour le déclarer bien haut, pour le prouver? Pas un seul n'a osé rafGnner; et Napoléon III a toujours ufGrmé le contraire, même à ses plus intimes amis, h ses confidents les plus sûrs... Si Napoléon III s'était Kiissé émouvoir par le testa-

ment d'Orsini, au point de se résoudre à y subordonner sa politique, si Napoléon III avait seuléfhent pensé qu'on pût le soupçonner d'une telle faiblesse, est-ce qu'il n'aurait pas tenu ce testament secret? S'il en autorisa la publications c'est qu'il croyait que toute sa vie le meltait à l'abri d'un tel soupçon ; qu'il avait donné assez de preuves de courage et de fermeté; assez souvent montré que le danger, loin de le faire reculer, l'attirait ; qu'il ne se laissait troubler, intimider par rien, pour qu'on ne l'accusât jamais de céder à la peur.

Si Napoléon III avait assez redouté la vengeance des carbonari pour entreprendre la guerre d'Italie, à seule fin do saper le pouvoir temporel, comment Taurait-il affrontée, dix ans plus tôt, en relevant le trône pontifical; — en le relevant lui-même, quand rien ne l'y obligeait, quand, de bien des côtés, on cherchait à l'en empêcher, — comme l'attestait Louis Veuillot, dans une lettre du 2 août 1849 à M*' Rendu : « Ce n'est pas M. de Falloux, comme on le pense, qui a rétabli le Pape, c'est le Président, qui a mis dans toute cette affaire une volonté inflexible et beaucoup de cœur : je le tiens du Pape lui-même... * »? Si Napoléon III enfin avait juré haine au Saint-Siège, est-ce qu'il aurait choisi le Saint-Père pour être le parrain de son fils? Est- ce qu'il lui aurait fourni lui-même des auxiliaires en France, en consultant son nonce A Paris, — comme ne l'avait fait aucun des gouvernements antérieurs, ' — sur le choix des nouveaux évoques?'.

1. « Tenex! il a laissé ton testament, ta prit^re <lant un écrit adretté à TËiiipereur, écrit que Je vait vous lire, apn>t en avoir obtenu la permittion (le celui à qui elle a été adretsée. • {Plaidoyer de J, Favit pour Orêini.)

2. T«^moin du rAle Joué dans celte circonstance par Louis-Napoléon, tUniven avait déjà dit : • Lo Président a rté plus ferme que ses ministres, plus habile que les ambitieux du ticrs-parli, plus hardi que les tri- Ihius de la Montagne. 11 a méprisé les clameurs et les intrigues des couloirs. Il a montré, une fois de plus, à la France qu'il y avait un bras et un cœur an gouvernail. •

S. « Pendant la présidence et les dix preuiiércs années de TEmpirc, la

A toutes CCS questions, qu'on peut aujourd'hui envisager sans passion, le bon sens de nos lecteurs répondra : « Non I Evidemment non I »

Mais nous devons ajouter qu'en ramenant Pie IX à Rome, le Prince-Président avait écrit la fameuse Lettre à Edgard I^ey^ où il indiquait à quelles conditions le trône restauré par nos armes, — et que nos armes ne pouvaient indéQniment garder, — se maintiendrait de lui-même, quelles concessions le Souverain-Pontife devait faire aux exigences du siècle, pour régner indépendant, sans le secours ni la tutelle d*une puissance étrangère. En conjurant le Pape de faire ces concessions, de régler ainsi cette question romaine, qui était depuis si longtemps, qui ne pouvait toujours rester ouverte, Louis- Napoléon s'était fait l'interprète du vœu général. Les réformes qu'il conseille respectueusement au Saint-Siège, tout le monde en reconnaît avec lui ou en a reconnu, avant lui, l'urgence : le duc Victor de Broglie a dit, dès 1839, à la Chambre des Pairs, qu' « entre le gouvernement arbitraire, absolu, suranné des cardinaux et le gouvernement militaire des généraux autrichiens, les habitants de la Romagne n'hésilent pas : ils préfèrent le gouvernement des généraux autrichiens. >» — M*' de Salinis a rapporté, dès 1810, « de ses entretiens avec des membres éminenls de la haute prélature la conviction que des réformes sérieuses, profondes étaient indispensables » * ; — le père de Ravignan disait avec tristesse, en 1847 : « Les réformes ne se font pas, les vrais, les grands abus ne se corrigent pas » *; — sous la présidence le comte de Montalcmbert écrit à un ami : « Le gouvernement de Rome est intolérable ; les peuples mécontents, opprimés, aigris, sont désespérés » ; — M. de Tocqueville, ministre des Affaires étrangères, trouve dans la corresiiondance de

nonciature dicta prcwqne le choix dei ^T^que*. • Emui Ouuvini, L'Egliêé et VEtat au ConciU du Valican.

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