Vie du II. V. de Ravignan, par le P. de Pontlevoy
était assurée, les prélats pouvaient user sans trop de ménagements. « Quand Tarchevéque de Paris, disait-il en souriant, me parle en public, il me dit toujours des choses fort agréables; quand nous sommes en téte-à-téte, c'est un peu différent. Mais n'importe, j'accepte tout de lui, parce que cela vient d'un homme qui ne m'a jamais flatté '. »
Parmi les visiteurs de cet ordre, il nous sera permis de faire figurer Louis Yeuillot, qui était pour les affaires de l'Ëglise une sorte de prélat laïque. De l'entretien qu'il eut, en 1858, avec Napoléon 111, — le premier, et peut-être 16 seul, — il avait rédigé, surTheure, une sorle de procès- verbal, quMl publia, plusieurs années après la chute de l'Empire, tel qu'il l'avait retrouvé dans ses papiers : « L'Empereur, disait-il, s'avança vers moi et me tendit la main. Je m'attendais à la figure morne, au sphynx sans yeux dont j'avais si souvent entendu parler. Je ne trouvai point cela, mais un air ouvert et accueillant, et une bonne voix. Il me dit qu'il était content de me voir et autres choses obligeantes. » Puis la conversation s'engagea sérieusement, longuement. Napoléon III n'interrompant le visiteur que pour le prier, quand il le voyait hésiter, « de dire tout ce qu'il pensait, comme il le pensait » ; — il prouva ensuite, par ses réponses, combien il avait réfléchi aux questions dont celui-ci l'entretenait, et quelle importance il y. attachait. Le récit de Louis Yeuillot se terminait ainsi : « Telle fut cette entrevue. J'en suis content, quoique je n'aie pas dit tout ce que j'aurais voulu... L'Empereur sait sans doute faire le visage qu'il veut et il n'ignore pas l'art de contenter les gens. Mais vouloir contenter est quelque chose. Il est certain que je me trouve un peu sous le charme, et j'ai besoin de me rappeler l'enchantement de M*"* de Sévigné, qui avait bien autant de monde que moi, pour ne pas dire que j ai causé avec le plus grand prince d'icibas. »
Louis Yeuillot n'avait pourtant emporté des Tuileries que