‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 15 sur 44 · Cf. Mélanges et Articles de journaux · texte numérisé non relu

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tend, à l'inlorieur, dans nos départements les moins avancés : au dehors, dans les Etats les plus despotiques, avec la rapidité de rincendic qui^ sous la zone lurride, parcourt et embrase en quelques heures des plages immenses. Toutes les idées de la ville, prétendus politiques, sont forcées do s'incliner devant l'idée sociale et d'emprunter son drapeau pour être encore quelque chose.

La révolution sociale, inaugurée à Paris le 25 février, baptii^ée du baptême de sang dans les funèbres journées de juin, la révolution du travail et du capital est désormais irrésistible, en France et dans toute TEurope.

Partout h^s populations, à qui la calomnie avait présenté cette révolution comme la raison de la liberté et la destruction de la famille, éclairées par la discussion, par la calomnie elle-même, accueillent la révolution sociale comme le gage de la liberté et le palladium de la famille.

A voir la marche triomphante de l'idée, nous pouvons prédire qu'elle n'aura pas de lutte armée à soutenir ; elle n'aura bientôt qu'à se présenter, avec la masse de ses partisans, pour commander le respect et s'établir officiellement dans toute son autorité.

Encore quelques semaines de souffrance, travailleurs! et vous aurez changé la face du monde en moins de jours qu'il ne fallut d'années au Christ pour établir sa religion.

Le second fait que nous avons à enregistrer est le vote de la constitution.

L'Assemblée nationale a terminé, le 23 octobre, ses travaux constituants, du moins en ce qui concerne

le nouvel acte constiliilionnel. Cet acte peut se résumer en quatre articles :

1^ Le droit au travail ;

2^ Le sulFrage universel;

3*^ La division des pouvoirs;

4*^ La faculté de révision.

Le droit au travail^ rej<»té après de longs débats, lors de la discussion de l'article 8, s'est reproduit en termes plus ou moins explicites dans l'article 13.

Qu'est-ce, en effets ([ue le droit à tassistancCy reconnu par la constitution dans tous les cas où le travail fait défaut, sinon l'indemnité du chômage!

Kt qu'est-ce que la promesse de développer le travail par l'enseignement primaire et professionnel, par les institutions de crédit, par l'association, par Torganisalion des travaux [)ublics, si ce n'est encore la garantie du travail dans la mesure des forces humaines, des forces d(» la société!...

Quant au suffrarjo universel, la (constitution n'a guère fait autre chose (pie le déclarer: elle ne l'organise point. Le suffrage univ(îrs»d, appli(|ué comme on a fait jusqu'ici, — et nous l'avons vu. nous le savons par expérience, — est une institution excellente pour faire dire au peupl(^ non ce qu'il pense, mais ce (|u'on veut de lui. Avec le snllVage universel, délini comme il l'est dans la Constitution, le peuple volera tour à tour la monar(*hie et la répnhli(|ne, hi religion et Tatliéisme. la liberté et la servitnde. l'éiialité et le privil('ge. Tont est à faire encore de c(» ciHélà : avis aux patriotes!

La division dos pouvoirs est un reste de v{\ «pie nous appelons la i»oLrnni;E. et (pii n'est «pie la décep-

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lion élernelle de la liberté. C*esl la scission de ce qu'il y a de plus radicalement indivisible, de ce dont la division implique contradiclion, la volonté du souverain. Dans la société, comme dans Tliomme, les fonctions sont diverses, mais la volonté est essentiellement une : c'est ce que n'a pas compris l'Assemblée nationale. La peur du despotisme Ta jetée dans Tantagonisme, dans Tanarcliie.

Or. après avoir mis la division dans l'Etat et la confusion dans le sulfrage universel, ce que l'Assemblée nationale avait à faire de mieux était de se réserver la faculté permanente de révision, (îràce à cette faculté, nous pouvons réaliser désormais toutes les réformes sociales, politiques, législatives, sans collision ni catastroplie.

La Constitution votée, restait à déterminer Tépoque de sa mise à exécution. C'est ce qu'a fait l'Assemblée nationale, en fixant au 10 décembre l'élection du président de la République. Tel est l'objet qui préoccupe en ce moment l'opinion, qui agite toutes les têtes, qui fait mouvoir toutes les intrigues, qui stîmble retenir haletante la Révolution, la présidence !

Les candidatures se posent, les unes ofQciellement, devant la nation et en plein Parlement; les autres, avec [dus de modestie, dans le cercle étroit des nuances bourgeoises, dynastiques ou populaires.

Les noms ciui circulent en ce moment sont ceux des citov(;ns :

Louis-Napoléon Bonaparte, fils de Louis Bonaparte et neveu de l'empereur;

Napoléon Bonaparte, (ils de Jérôme Bonaparte^ ne-

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veu de Temperour. Et pourquoi pas aussi Pierre- Napoléou Bonaparte, fils de Lucien Bonaparte et neveu de Tempereur?

Général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif;

Général Bugeaud, vainqueur d'isly;

De Lamartine, membredugouverueFnont provisoire;

Dufaure, ministre de l'Intérieur ;

Mole, président du conseil sous I^ouis-Philippe;

Thiers, président du conseil sous Louis-Philippe.

Nous ne parlerons pas de niesseigneurs le duc de Chambord et le prince de Joinvillr, dont les candidatures sont, de par la loi, déclarées inconstitutionnelles.

Le prince Louis-Napoléon Bonaparte présente pour litre de sa candidature son nom. Nous eussions préféré qu'il présentât autre chose; mais puisque ce nom lui suffit, nous déclarons, quant à nous, que logiquement et politiquement il n'y a pas lieu de s'occuper de ce candidat. La raison et la Constitution s'opposent également à ce que l'héritage d'un nom puisse jamais devenir, en France, un titre à l'héritage d'une fonction de la République.

Le second des Bonaparte offre plus d'une ressemblance éloignée avec l'oncle. Néanmoins, de tous les litres qui peuvent le recommander aux électeurs, le plus grand est encore son nom, le nom de NAPOLEON.

Quant à Pierre Napoléon Bonaparte, on peut dire de lui que, comme le fils de Louis est l'ambitieux 'de la famille, et le fils de Jérôme le diplomate, il en esl lui, l'Hercule. Ainsi s'est réparti l'héritage de l'empereur. Pour faire un président, qui préférer?

Le général Cavaignac ne peut compter sur les voix

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(le la classe ouvrière. Nous ne Taccusons pas, certos, mais les journées de juin luionl porté malheur comme la répression du Champ de Mars porta malheur à liailly (*l Lafayettc. Que la i)ourgeoisic s'unisse pour élire le fi^onéral Cavaignac : elle le doit au titre le plus sa<*ré. de la recomiaissance.

Le maréchal Ihigeaud est dans la même [»osition vis-à-vis du [)euple (pieCavaigiiac. Aux lauriers d'Isly il joini le cyprès de Transnonain. C'est une candidature (|ui ne peul intéresser encore que la bourireoisie h qui, dans une intempérance de langage, le maréchal pnumllail naguère, s'il était élu représentant, de se rtfrr sur les socialistes.

M. de Lamartine est connue la iille de Rampsinith (|ui hâtil inie pyramide de pierres^ que lui apportétfTeiil chacun de ses amants. M. de Lamartine, si on rend juMiice à ses innondjrables contradictions, ^îera éhi pal' tout h' monde.

.NL Leilin-KoHin tloit à la nature progressive de son l'Npril délre toujours à la tète des opiniojis les phis îi\ anct't's : c'est le candidat désigné de Textréme Lï'anrite e( d'une [tartie du socialisme.

>L ihir.jnre est l'iiomine des honnêtes gens, qui, l'aisjinl hon niar<*h'' des partis et des systèmes, exi- ^l'nl avaiil (ont d'un honune d'Ktat (|u'il travaille et qu'il s(»il [u'ohe. Un a dit (h^ M. Dufaure qu'il était un ministre de transition ; ce sera un ministre inamovible \v jour où l'on comprendra (jue Thistoirc est um* lran>ilion peij)élueile. .Nous ne sommes point eneore a^.srz révolu! icHinaires pour cela.

M. Mole ne sollicite pas pour lui; il sollicite pour M. de Joinville : c'est assez dire.

M. Thiers!... Nous avons perdu le droit de parler de lui. Nous permettons seulement à nos lecteurs de croire de ce personnage tout le bien qu'ils voudront.

Et maintenant^ républicains démocrates et socialistes^ qui allons-nous choisir parmi tous ces candidats? — Et d*abord, aurons-nous un candidat? Faut-il voter? Faut-il nous abstenir? D'un côté, le pays est impatient de sortir du provisoire: de l'autre, les partis brûlent de se compter. Tout le monde veut aller en avant, le staiu quo énerve la nation et la tue : quelle attitude sera la nôtre?

Voilà la question qui nous est adressée de toutes parts.

Nous n'hésitons point à répondre, et nous essayerons de prouver ceci :

La présidence, c'est la violation des principes; la présidence, c'est la royauté;

La présidence, c'est la subordination du travail au capital ;

La présidence, c'est l'antagonisme des intérêts;

La présidence, c'est la mystification du peuple;

La présidence, c'est la contre-révolution;

La présidence, c'est la féodalité financière;

La présidence, c'est le conflit entre les pouvoirs;

La présidence, c'est la guerre civile.

Nous concluons que le peuple doit s'abstenir, afin que l'Assemblée nationale soit obligée de nommer elle-môme le président de la République; parce que, si le président de la République est nommé par l'Assemblée, il n'est plus que l'organe de l'Assemblée,

le chef du ministère formé par la majorilo de TAssemblér, et qu'ainsi nous rentrons dans la vérité du principe, qui est l'indivision du pouvoir.

Et comme il est à présumer que la majorité du peuple, entraînée par les intrigues mouarcliiques et réactionnaires, ne s'abstiendra pas, il faut que la minorité, usant du droit que lui donne l'article 109 do la Constitution, adresse à l'Assemblée nationale une pétition pour demander que la Constitution soit immédiatement révisée, et la partie relative à la présidence supprimée.

|f, C'est ainsi, selon moi, que le peuple doit répondre à la question que lui pose l'Assemblée nationale en lui demandant un président...

Muse du paniphlet, du pamphlet révolutionnaire, coiffe ton bonnet phrygien, brandis tes piques, et chantons la MarskillaiseI...

A moi Desmoulins, à moi Rouget de l'isle, à moi Chénier, Paul Louis, Béranger, Cormenin ! prêtez-moi vos traits et vos flammes.

Vieux Lamennais, n'as-tu point encore quelques Paroles pour les Croyantsl

Viens aussi, jeune poète, qui mis en rimes sanglantes la niisère du travailleur. La contre- révolution s'approche, assise sur un sac d'écus, pleine du vin de la colère des rois. Faubouriens, aux armes! Montagnards, ceignez vos écharpes!... Et toi, Lagrange> mon ami, qui juras de mourir pour la souveraineté du peuple, prends tes capsules et ton fusil! Que le tocsin sonne! que les lampions, les lampions s'allument comme dans les nuits de février! que le Chœur

des Girondins, que le Chant du Départ retentissent, que la voix du cornet à piston remplisse mon cœur d'un saint enthousiasme 1 J'entends les cris des monarchiens, des valets du capital^ des exploiteurs du prolétariat : Fêtons, célébrons, esclaves, la venue do notre maître I Noël, noël, nous allons nommer le Président! Noël, noël, VIVE LE ROI!...

Mais non, amis, pas d'émotion! C'est le carnaval dynastique. Restons chez nous, rouges et bleus! et puisque Dieu Ta voulu, et que les honmies le permettent, regardons par la fenêtre, les bras croisés, cette descente do la Courtille!

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