‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 16 sur 44 · I. Que la présidence, c'est la monarcuie · texte numérisé non relu

I. Que la présidence, c'est la monarcuie

Tu Tas dit, Cavaignac, et je l'ai entendu de mes oreilles : La France va prouver, par le choix de son président, si elle est républicaine ou non.

Vous croyiez donc, vous autres, la question de la République résolue par le coup de balai de février? — Pauvres sots !

Vous la croyiez résolue par la manifestation du 17 mars! — Imbéciles!

Vous la croyiez résolue par les élections d'avril, première application du sull'ragc universel? — Insipides!

Vous la croyiez résolue, le 5 mai, par l'adhésion des plénipotentiaires du peuple? — Qui? messieurs de TAsscmblée nationale? vos représentants? Est-ce qu'ils sont engagés à quelque chose? est-ce qu'ils ont prêté serment?...

Vous croyiez la question de la République jugée.

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conliniu'C par le vote de la Constitution ? — Mais la Constitulion. c'est la question.

La Constitution, vous Jis-je, n'a fait que poser an pays la question de la Hépublique. A présent, c'est au pays et au paysan à la résoudre. IVous saurons dans six semaines si la France est républicaine ou non !...

Bravo, constituants! Vous voulez que votre lille denieurt* vierge, et vous commencez par la marier ? Prenez-vous donc la République pour une Victoria, que vous lui mettez pour condition ce qui fera d'elle une monarchie ? Et vous prétendez que nous Tainiions, votre matrone! que nous, (ils de la Liberté, nous ayons foi dans sa vertu! que nous prenions son drap de noces pour notre drapeau i Avez- vous oublié ce que chaulait la VivandièrCy au retour de Moscou :

Quand au nombre il fallut céder

La victoire infidèle, Que n'avais-je pour vous guider Ce qu'avait la Pucellb!

Ah ! citoyens représentants, que votre constitution se sent des lieux que vous avez fréquentés trop longtem[>s!... Je veux dire l'école des Chartes, non autre chose. Vous excitez dans le pays la fringale monarchique ; le pays vous répondra par une monarchie.

Clia(|ue pays, chaque guise. En France, le peuple, qui s<; soucie peu des subtilités parlementaires, mais qui a Touïe line et la langue affilée; le peuple ne sait, ne comprcMid cju'une chose : c'est que celui qui commande les autres, qui agit, qui exécute, en un mot <]ui gouverne, celui-là est le maître de la maison. Et quand on lui parle d'une demoiselle de bonne

maison qui a besoin d'un protecteur^ d'un ami^ pour lui tenir compagnie^ gérer et administrer ses biens, la conduire dans le monde, veiller sur elle la nuit! le peuple comprend tout de suite qu'il faut la marier :

Marion pleure, Marion crie, Marion veut qu'on la marie !

Votre président sera roi, vous dis-je, ou ne sera rien du tout. Et si vous voulez causer un moment, je m'engage à vous le faire voir, clair comme eau de roche.

Vous seriez- vous par hasard imaginé, nos Solons et nos Lycurgues, que le peuple ayant à marier sa fille, la République, irait lui donner un manant tel que vous ou moi, — Cavaignac, Lamartine, Ledru- Rollin ou Thomas Diafoirus? — Qui? un soldat, un rimeur, un bachelier, président de la République ! Fous que vous êtes! Est-ce que le peuple connaît ce monde-là? Est-ce qu*il s'inquiète de leurs galons ou de leurs diplômes?. . Ce qu'il faut au peuple, pour la République, ce qu'il demande, c'est un bon mâle, de'forte encolure et de noble race.

Le peuple s'inquiète peu, croyez-moi, de la distinction du législatif et de Vexécutif. L'exécutif, pour lui, c'est tout. Autre sans doute sera le notaire, autre le fiancé. Pourvu que le président fasse vite et bien, il aura, au jugement du peuple, assez d'esprit. Sa virilité fera son mérite, et habet mca menttda mentem! votre législatif, c'est un eunuque, quelque chose audessous de rien !

Eh 1 dites-moi : Jamais despote manqua-t-il de législations, de constitutions et de traditions pour con-

tenir sa fougue et modérer sa jeunesse ? Cela ne fit jamais le moindre tort au despotisme.

I.es lois de Moïse, la charte du peuple juif, étaient écrites bien avant qu'ils eussent des rois. Cela n'empôclia point les melks hébreux d'être rois dans toute la force (lu terme, et rois despotes. Pourtant, les bourgeois d'Israël n'avai ent entendu leur donner que la puissance executive ; ils s'étaient réservé le greffe.

La loi des douze tables et toute la constitution romaine existaient depuis longtemps lorsque vinrent les Césars, qui ne firent qu'ajouter le titre, ancien dans la République, d'empereur à celui de consul, que portaient auparavant les chefs du pouvoir exécutif. Ia»s Césars en furent-ils moins des autocrates, très bons, trt's pieuXy très cfrments, trh augustes, mais enfin des autocrates? Or, Vautocratie, la plénitude de la puissance executive, était la même chose que Vautonoynif'y la plénitude du pouvoir législatif: les magiianiiiH's (empereurs le firent bien voir!

I!st-co (|ue la Uussie n'a pas ses institutions, ses lois, si's cjislrs, etc., contre lesquelles lutte depuis deux siroles Ir génie des Pierre le Grand, des Catherine el (les Nicolas? — Eh bien! Jîicolas, c'est un inonîir([uo absohi, un despote.

Croycz-vcMis (]u\mi France, avant 89, il n'y eut ni conslilulion, ni parlement, ni loi?... Et cependant le roi. parce (piMI faisait les choses, parce qu*il avait seul 1(* droit (h» les faire, était réputé la loi vivaiil(\ Si vrnt If nti, si veut la /o*/ c'était encore un despote. Kl ([iiand la constitution semi-républicaine de ITilOeùt éh' l'aile, Louis XVI chef du pouvoir exécutif de par celte constitution, était encore si bien lo

maître, malgré le contrat paraphernal qui le liait, qu'il lui suffisait, pour avoir raison de la République, Je lui répondre, lorsqu'elle lui faisait quelque amoureuse instance : Je ne veux pas I cl so [cuir coi \..,

Est-ce que le système constitutionnel n'existait pas tout formé, et les matériaux des codes, les principes de l'administration n'étaient-ils pas là, quand arriva Bonaparte ? Est-ce que la constitution do l'an viu, que jura d'observer le général, œuvre de Sieyès, n'était pas le résumé des idées et de l'expérience antérieure ? Est-ce qu'à tout prendre Bonaparte no gouverna pas uniquement en vertu des lois, des mœurs, des institutions qu'il n'avait point faites, et qu'il avait trouvées? — Mais il avait le pouvoir exécutif, et bien qu'on né l'eût donné d'abord à la République que comme tuteur, il fit d'elle tout ce qu'il voulut... Il fut empereur et despote.

La Chartede ISilet cellede 1830nefurent-ellespas tour à tour le préliminaire obligé de l'avènement des deux dernières dynasties? N'avait-on pas eu soin de stipuler que le roi ne pourrait rien faire qui ne fût prévu dans le contrat? Mais il était dit aussi que le chef de l'Etat exercerait le droit conjugal; et que reste-t-il au père de la fille, quand le mari et la femme couchent ensemble!... Je maintiens que la puissance royale fut plus grande encore, sous les deux dernières dynasties, qu'elle n'avait été sous l'ancien régime. Ne savez-vous pas que toute obligation suppose réciprocité? Plus vous gênez l'étalon, plus vous enflammez sa vertu.

Vous croyez énerver votre président parce que vous lui mettez des entraves ! Je vous dis, moi, que vous

ne faites qu'irriter sa fougue et la rendre plus irrésistible. Xe vous ai-je pas entendus tous dire, à propos de 'la présidence, comme cela se disait autrefois di» la monarchie constitutionnelle, que le président, tout-puissant pour le bien, serait impuissant pour le mal? comme si, en fait de gouvernement, pas plus qu'en fait de mariage, Tliomme pouvait répondre de ses œuvres!... Sauriez-vous, par hasard, le secret de faire à volonté des garçons ou des filles?...

Voire président sera tout-puissant, cela suffit. Le peuple, qui sait très bien qu'en telle affaire qui peut pense, le peuple se rit de vos distinctions. Le futur sera vigoureux, je vous en avertis. Ce n'est pas tout, il sera noble. X'ayez crainte que le peuple, qui s'y connaît, f;issepour sa pupille une mésalliance.

On déclame, on plaisante, à tort et à travers, sur Louis Bonaparte. Quelques-uns, comme AntonyThouret. vont jusqu'à l'indignation. Pour moi, après y avoir réfléchi, je suis de l'avis du prince : je trouve que son véritable titre à la présidence est justement de n'iMre rien de ce que ses envieux lui demandent, ni honnne de guerre, ni homme d'affaires, ni homme d'Etat. Son titre, à lui, c'est d'être Napoléon. La France, monarchique jusqu'à la moelle, ne demande rien (h* plus. N'oubliez donc pas que le président de la République osl, avant tout, le mari delà Républi- (jue : le reste lui viendra avec le mariage. Ceux-là ont grand tort, à mon sens, qui, confondant, comme dit le proverbe, le bon Dieu avec les prunes, s'en vont fouiller la vie du candidat, calomnier ses intentions» préjuger ses principes, ou bien encore lui demander un programme!...

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