UNIVERSEL
Bonaparte s'en réfère aux idées de 89 : voilà la RÉVOLUTION!
Le peuple est logique, non pas à la façon des philosophes qui distinguent et qui augmentent : il est logique comme le boulet qui sort du canon, comme le marteau de l'horloge, comm«» Tautomate de Vaucanson. Comment eiït-il pu s'opposer à l'entreprise de Louis-Bonaparte ? Il lui aurait fallu connue à Sganarelle distinguer entre fagots et fagots, accepter le suffrage universel d'une main, repousser de l'autre la constitution de l'an VIII; applaudir du cœur à la déconfiture de la majorité réactionnaire et soutenir du vote le principe de la représentation nationale : opérations subtiles dont la masse est incapable.
Ce n'est pas tout. I^e président s'était fait connaître jadis par des écrits socialistes : ses amis conservateurs en avaient presque demandé pour lui pardon au pays. Le peuple, qui juge les hommes d'après lui-
iiiùiiM', sait qu'ils peuvent trahir et se vendre, mais qu'ils ne changent pas. Il dit^ le mot est historique : Barôh a demandé pour nous un milliard aux riches : Bonaparte nous le donnera ! Largesse î comme au temps (les rois. C'est tout le socialisme du peuple.
Bientôt on apprend que les généraux Changarnier, la terreur des faubourgs ; Cavaignac, si odieux depuis les journées do juin ; Bedeau^ Lamoricière, le coloncd Charras ont été enlevés de leurs domiciles, enfermés à Mazas, pour être de là dirigés sur Ham. Le peu|)lc jouit de la satisfaction donnée à ses haines; il ra|)p('llc le mot de (Ihangarnier aux représentants : Dvlihérez en paix, et rit.
Uni' réunion de représentants, ayant à leur tète MM. Berrver, 0. Barrot, Creton, Vitet, etc., se forme au dixième arrondissement. Elle est enlevée par la troupe et conduite entre deux rangs do soldats au quai d'Orsay. Les citoyens, sur le passage de cette puissance déchue, se découvrent : le peuple cruel comm*' les enfants, sans générosité, insulte à leur désastre : Us Vont voulu ! Vainement ils invoquent la C(»nstitution. La Constitution, dit le peuple, c'est un chiifon dans une hotte.
Mais la Montagne ! Ses membres les plus populaires, (ireppo, Xadaud, Miot, sont arrêtés aussi. C'était le commentaire de certains passages de la proclamation où le président, s'adressant à des égoïsmes d'un autre ordre, s'offrait comme sauveur de la société contre, his menaces des rouges, en même temps qu'il se présentait à la nmltitudo comme le procureur de la Hévolution. Le peuple, ingrat, infidèle à l'amitié, ne trouve à cette nouvelle que 4os railleries ignobles
sur la perle des vingl-cinq francs. Les Montagnards étaient dépopularisés, savoz-vous pourquoi? parce qu'ils étaient indemnisés. Le peuple, qui accueille sans sourciller une liste civile de douze millions, attendu, dit-il, que cela fait aller le commerce, regarde l'indemnité de ses représentants comme un vol fait à sa bourse. Vingt-cinq francs par jour 1 des démocrates!... La démocratie, c'est l'envie.
Il n'y avait pas jusqu'à la hardiesse du cou[> de main qui n'amusât le peuple. On trouvait charmant d'avoir été prendre au lit ces hommes qui, la veille, parlaient de mettre Bonaparte à A'incennes et d'en linir avec la République. — Biavo! bien touché! disaient les faubouriens. Aucunes victoire de l'ernpt'reur ne les toucha plus viv(Mnent.
dépendant l'acte du 2 décembre n'en restait pa> nn)ins un attentat au pn^nner chef contre laconslilu tion et contre l'assemblée, partant contre la Uépu blique elle-même. L'appel au peuple ne pouvait le couvrir : Tappel d'un individu au peuple ne peut prévaloir contre le droit écrit du peuple. Pour que l'appel au peuple put être pris «'ii considération, il aurait fallu au préalable remettre les choses in stattt quo. Au point d(î vue de la légalité, Bonaparte était donc coupable, passible de l'article 08 de la constitu • tion (jui avait été maintes fois violée par ceux qui parlaient maintenant d«î la défendre. Mais enfin elle était la loi, le monument de la révolution et de la libi»rté; loin qu'il fallut déchirer le pacte, la démocratie n'avait d'appui que là.
Le peuple ne voulut rien entendre. Le peuphi est toujours pour qui l'appelle, et par cela seul que Bo-
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napart»- ^: ^^ju met -.ait îi >a JéoLsion. il^tait sûr d'être
L'avoniriHra, '-a la vue «les actes «le Louis-Xapolêon, si h* cuup «1 Etal Ju 2 J-kerabre fut. je ne dirai pas l»-:riliiiie. il n v a ifAni Je légitimité contre la loi. mai>, au p-iinl Je vue de l'utilité publique, excusable. Tout c».' qu'il m'appartient Je faire., c'est d'en rei?herclier Iv- élément^, la signification, la fatalité; c'est, «•n rcTjJant juMice à ceux qui s'armèrent pour le cofiibaltre. Je «^auver l'honneur national.
La Montagne a fait noblement son ilevoir. Elle a scellé Je Sun >ani: une cause juste, mais désespérée. Ce >aijjr, celui Je plusieurs milliers de citoyens, la proscription en masse Ju parti démocratique, ont lavé la patri*- et réîféiiéré la Révolution. L'empereur à Sainte-If éléne disait, parlant des Espagnols : « Ma poliliqiK- < xi^.'^eail ejue l'Espagne entrât dans mon svstéine . le cliaugeineiit de sa dynastie était nécessaire. Le p^-ijplc espagnol s'est soulevé ; c'était pour lui une (jueslioïi Jlionneur : je n'ai rien à dire. » Qu'il îw >oit permis en ce moment de m'emparer des parohs ih; reiiipcreur. Le salut Je la patrie, je veux le croire, et la politique Je Louis-Xapoléon, politique de progrès sans Joule, exigeaient qu'il obtint à tout prix uiKt pronj;:alioii et une extension d'autorité. Les républicains ne pouvaient, sans lâcheté et sans parjure, |)er/[iellre celle usurpalion. Ils se sont immolés : honneur à eux ! Qu'on repousse leur principe, qu'on con- Jamne leurs lliéories, qu'on proscrive leurs personnes, à la bonne heure ! Que les sycophantes Je la tribune, <Ie la presse et Je la chaire reçoivent le prix Je leurs calomnies : c'est Je Jroil. La postérité ren-
(Ira une [)ieuse justice aux vaincus, la France citera leurs noms avec orgueil.
Après rhéroïque Baudin, après Miot, qui, seul entre ses collègues, a retenu le privilège de la déportation^ on cite, parmi les protestants les plus énergiques, Victor Hugo, le grand poète: Michel (de Bourges) le profond orateur ; Jules Favre, le Cicéron républicain ; Crémieux, Cliamasaule, Madier Montjau. Victor Schœlcher, Marc Dufraisse, le colonel Forestier, la rédaction du National. Le journal qui représentait plus spécialement la Constitution de 1818 ne devait pas y survivre : pourquoi les haines qu'il soulevait jadis ne sont-elles pas restées avec lui sous la barricade ?...
yue l'étranger, mieux instruit sur l'état do notre pays, la question posée en février, le degré d'intelligence des masses, le jeu des situations, la marche des partis, nous condamne à présent, s'il Tose î La nation française, qui a accompli déjà de si grandes choses, n'a pas atteint sa majorité. Des préjugés vivaces, une éducation superficielle, donnés par la corruption civilisée plutôt que par la civilisation ; de romanesques légendes en guise d'instruction historique ; des modes plutôt que des costumes; de la vanité plutôt que de la fierté : une niaiserie proverbiale qui servait déjà, il y a dix-neuf siècles, la fortune do César autant que le (Courage de ses légions ; une légèreté qui trahit Tenfantillage; le goût des parades et Tentrain des manifestations tenant lieu d'esprit public : l'admiration de la force ot le culte do l'audace suppléant au respect de la justice : tel est en raccourci le portrait du peuple français. Do toutes les
nations civilisres, c'est encore la plus jeune : que fera cet enfant devenu homme?... Toujours nous avons suivi nos maîtres, et nos querellas d'écoliers nous divisant en uik^ multitude de bandes : toujours nous avons succond)c dans nos protestations contre Tautorito, (|uand nous n'av(ms pas eu pour auxiliaire unr fiîurtion de Tautorité elle-même.
Au 2 décembre, après un(» campagne de trente mois dt' r Assemblée lé^nslati ve contre les institutions qu'elle élail cbarj^n'îo dr ilrfendre, le pouvoir exécutif, maîtrr dr l'armée, appuyé du clergé, de la bourgeoisie, dunr partie considérable de la classe moyenne^ qu'ef- IVayaif'nl h's éventualités de ;)2, tente un coup d*Etal. (lominr (lliarh^s X au l'> juillet 18:{Û, lo gouverntMucnl parlagt' la n»présentalion nationaleet les classas élevées : reste le peu|)le. Mais, tandis que Charles \y en violant la charte, attaquait la Révolution, Hoiiaiiarle ne se réctiame de la Révolution et déchire le paeh'. il le dit du moins, que pour arriver aux partis rovalisles : dès ce moment, la multitude, si elle n'est [,as pour lui tout entière, devient neutre. Les blouses de Saint -Antoine refusèrent nettement de mar(*lier : la Montap^ne les trouva jouant au billard et n'en put même obtenir un asile pour délibérer. Sur le bcMilevaid, près de; la mairie du cinquième arrondissement, un poste ayant été enlevé par les insurgés, eeux-ci furent assaillis par une bande d'ouvriers et euntrainls de faire usaj^^e d(* leurs armes contre ces éti'anj;es alliés du pouvoir.
Dans le (juartier Saint-Marceau et larueMouffetard, on se iVit attiré un mauvais parti en arrachant seulement un pavé. Ailleurs, le peuple fraternisait avec la
troupe contre rémeute et lui fournissait des vivres : on eût dit des compères du coup d*Etat. Des bourgeois, chiffonniers parvenus, fusillés par des soldats ivres jusque dans leurs foyers, n'en applaudissaient pas moins à la répression des brigands, dont le Constitutionnel et la Patrie leur racontaient les sinistres exploits.
Dans quelques départements, si Ton en croit les relations officielles, le mouvement eut plus de gravité : cela tint à Tenrégimentation formée de longue main par les sociétés secrètes. Les paysans, en quelques endroits, étaient descendus sur la ville, avec leurs femmes et des sacs : ne dirait-on pas les hommes de Brennus? Mais à peine la nouvelle se répand qu'à Paris les ronges ont le dessous, vite les paysans se retirent et se prononcent pour Bonaparte.
Etonnez-vous, après cela, des 7,600,000 voix données le 20 décembre à Louis-Napoléon. Oh! Louis-Napoléon est bien réellement l'élu du peuple. Le peuple, dites-vous, n'a pas été libre 1 le peuple a été trompé! le peuple a eu peur! Vains prétextes. Est-ce que des hommes ont peur ? est-ce qu'ils se trompent en cas pareils? est-ce qu'ils manquent de liberté ? C'est nous, républicains, qui l'avons répété sur la foi de nos traditions les plus suspectes : La voix du peuple est la voix de Dieu. Eh bien! la voix de Dieu a nommé Louis-Napoléon. Comme expression de la volonté populaire, il est le plus légitime des souverains.
Et à qui vouliez-vous donc que le peuple donnât ses suffrages? Nous l'avons entretenu, ce peuple, do 89, de 92, de 93 : il ne connaît toujours que la légende impériale. Est-ce qu'il se souvient du comte do
Mirabrau, do M. de Robespierre, de son ami Maral, du Prre Duchcsfie ? Le fi}\\iplo ne sait que deux choses, le l>oii Dit'u el l'empereur, comme jadis il savait le l)on Dieu el (Ibarlemagne. Si les mœurs du peuple se sont iiiconlesUiblement adoucies depuis 8!l, sa raison esl reslre au même niveau. En vain nous avons expliqua à ce monar(|ue injberbe les Droits de thomme ci du citoyen ; en vain nous l'avons fait jurer par cet ada^^c : La république est au-dessus du suffrage unirc7\sr/ \ il prcMid toujours ses houseaux pour ses jambes, ri il pense (pie le mieux battant e.st celui qui a Ir pln> raison.
(Inmprendrons-nous, enlin, que la république ne priil avoir le même principe que la royauté, et que preniliT le sulIVage universel pour base du droit pul)lic, r'esl aflirmer implicitement la perpétuilé de la monari liie? Xous sonnnes réfutés par notre propre principe : nous avons été vaincus, parce que, à la suih' de Uousseau et des plus détestables rhéteurs de îK'{, nous n'avons pas voulu reconnaître que la monarrhie élail le produit, direct et infaillible, de la sponlanrilé populaire: parce que, après avoir aboli h» gouvernement par la grâce de Dieu, nous avons préleihhi, à l'aiib' d'untî autre fiction, constituer le gouvernement par la grâce du peuple ; parce que, au liru d'être les éducateurs de la multitude, nous nous sonnnrs faits ses esclaves. Comme à elle il nous faut encore «les manifestations visibles, dos symboles palpables, drs mirlitons. Le roi détrôné, nous avons mis la plèbe sur le iront», sans vouloir entendre qu'elle était la racine d'où surgirait tôt ou tard une ti«?e royale, l'oignon d'où sortirait le lis. A p(Mne délivrés
d*uiie idole, nous n'aspirons qu*à nous en fabriquer une autre. Nous ressemblons aux soldats de Titus, qui, après la prise du Temple, ne pouvaient revenir de leur surprise, en ne trouvant dans le sanctuaire des Juifs ni statue, ni bœuf, ni âne, ni phallus, ni courtisanes. Ils ne concevaient pas ce Jéhovah invisible: c'est ainsi que nous ne concevons pas la Liberté sans proxénètes !
Qu'on pardonne ces réflexions amères à un écrivain qui joua tant de fois le rôle de Cassandre ! Je ne fais point le procès à la démocratie, pas plus^jue je n'infirme le sulTragequia renouvelé le mandat de Louis- Aapoléon. Mais il est temps que disparaisse cette école de faux révolutionnaires, qui, spéculant plus sur l'agitation que sur - rintelligence, sur les coups do main plus que sur les idées, se croient d'autant plus vigoureux et logiques, qu'ils se flattent de mieux représenter les dernières couches de la plèbe. Et croyezvous donc que ce soit pour plaire à cette barbarie, à cette misère, et non pas pour la combattre et la guérir, (jue nous sommes républicains, socialistes et démocrates ? Courtisans de la multitude, c'est vous qui êtes les embarnmrs de la révolution, agents secrets des monarchies que balaie la liberté et que relève le suffrage universel.
Qui donc a nommé la Constituante pleine de légitimistes, de dynastiques, de nobles, de généraux et de prélats? — Le suffrage universel.
Qui a fait le 10 décembre 1S18 ? — Le suffrage universel.
Qui a produit la législative? — Le suffrage universel.
Qui a Junnt'î le blanc-seing du 20 décembre ? — Le suffrage universel.
Qui a chcûsi le corps législatif de 52? — Le suffrage universel.
.\e peul-on pas dire aussi que c'est le suffrage universel t|ui a commencé la réaction le 16 avril ; qui s*est éclipsé derrière le dos de Barbes le 15 mai; qui est resté sourd à l'appel du 43 juin; qui a regardé passer la loi du 31 mai ; qui s'est croisé les bras le 2 décembre...
Kt je 11» répète, lorsque j'accuse ainsi le suffrage universel, je n'entends nullement porter atteinte à la Constitution établie, et au principe du devoir actuel. J'ai moi-même défendu le suffrage universel, comme droit conslihitionnel et loi de l'Etat; et puisqu'il e.xiste, je ne demande point (|u'on le supprime, mais (ju'il s'éclaire, (|u'il s'organise et qu'il vive. Mais il tloitètre permis au pbilosopbe, au républicain ilo constater, pour Tinlelligence de Tbistoire et Texpérience de l'avenir, ([ue le suffrage universel, cliez un peuple dont léduciition a été aussi négligée que la notr<\ avec, sa forme matérialiste vi béliocentrique, loin d'étrt! l'organe du progrès, est la pierre d'achoppement d(? la liberté.
Pauvres et inconséciuents démocrates! Nous avons fait lies pliilippicpn's contre les tyrans; nous avons prêché le respect des nationalités, le libre exercice de la souveraineté des peuples; nous voulions prendre les armes pour soutenir, envers et contre tous, ces belles, ces incontestables doctrines ! — Etdequel droil. si bî sulIVage universel était notre règle, supposions-nous (pu* la nation russe fut le moins du
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monde gênée par le tzar : que les paysans polonais, hongrois, lombards, toscans, soupirassent après leur délivrance ; que les lazzaroni fussent pleins de haine pour le roi Bomba, et les translévérins d'horreur pour nionsignor Antonelli : que les Espagnols et les Portugais rougissent de leurs reines dona Maria et Isabelle, quand notre peuple à nous, malgré Tappel de ses représentants, malgré le devoir écrit dans la Constitution, malgré le sang vorsé et la proscription impitoyable, par peur, par bêtise, par contrainte ou par amour, je vous laisse le choix, donne 7,600.000 voix à l'homme que le parti démocratique détestait le plus, qu'il se flattait d'avoir usé, ruiné, démoli, par trois ans de critiques, d'excitations, d'insultes; quand il fait de cet homme un dictateur, un empereur?...
J'écris, afin que les autre réfléchissent à leur tour et, s'il y a lieu, qu'ils me contredisent. J'écris, afin que la vérité se manifestant, élaborée par l'opinion, la révolution, avec le gouvernement, sans le gouvernenient, ou même contre le gouvernement, puisse s'accomplir. Quant aux hommes, je crois volontiers à leur bonne intention, maiscncore plus àTinfortune de leur jugement. 11 est dit, au livre des Psaumes: Ne mettez pas votre confiance dans les princes^ dans ies enfants d'Adam, c'est-à-dire dans ceux dont la pensée est subjective, parce que le salut n^ est pas avec eux ! Je crois donc, et pour notre malheur à tous, que l'idée révohitioimaire, mal définie dans l'esprit des masses, mal servie par ses vulgarisations, laisse encore au gouvernement l'option entière de sa politique: je crois que le pouvoir est entouré d'impossibi-
lllés ijuil iiî? voit pas, de.» conlradiclioiis qu'il ne sait point. i!e pioges que rignorance universelle lui dérol):' : je crois que tout gouvernement peut durer, s'il veut, on aflirmant sa raison historique, et se plaçant dans la «lireclion désintérêts qu'il est appelé à servir, niais je crois aussi que les hommes ne changent guère, el que si Louis XVI, après avoir lancé la révohilion, a voulu la retirer, si TEnipereur, si Charles X et Louis-Philippe ont mieux aimé se perdre que d'y donner suite, il est peu probable que ceux qui leur succéderont s'en fassent de sitôt, et spontanément, les promoteurs.
C'est pour cela que je me tiens en dehors du gouvernement, plus disposé à le plaindre qu'à lui faire la guerre, dévoué seulement à la patrie, et que je me rallie corps et àme à cette élite des travailleurs, tête du prolétariat et de la classe moyenne, parti du travail et du progrès, de la liberté et de l'idée, qui, comprenant que l'autorité n'est de rien, la spontanéité d'aucune ressource ; que la liberté qui n'agit point est perdue, et que les intérêts qui ont besoin pour se mettre en rapport d'un intermédiaire qui les représente sont des intérêts sacrifiés, accepte pour but et pour devise V Education du peuple.
patrie,, patrie fran(;aise, patrie des chantres de l'éternelle révolution! patrie de la liberté, car, malgré toutes les servitudes, en aucun lieu de la terre, ni de l'Europe, ni dans l'Amérique, l'esprit, qui est tout l'homme, n'est aussi libre que chez toi! patrie que j'aime de cet amour accumulé que le fils grandissant porte à sa mère, que le père sent croître avec ses enfants! te verrai-jo souffrir longtemps encore.
souffrir non pour loi seule, mais pour le monde qui te paie de son envie et de ses outrages ; souffrir innocente, pour cela seulement que tu ne te connais pas ?... 11 me semble atout instant que tu es à ta dernière épreuve 1 Réveille-toi, mère ; ni tes princes, tes barons et tes comtes ne peuvent plus rien pour ton salut, ni tes prélats ne sauraient te réconforter avec leurs bénédictions. Garde, si tu veux, le souvenir de ceux qui ont bien fait, va quelquefois prier sur leurs monuments : mais ne leur cherche point de successeurs. Ils sont finis! Commence ta nouvelle vie, ô la première des immortelles; montre-toi dans ta vertu, Vénus Uranie ; répands tes parfums, fleur de l'humanité I
Et rhumanité sera rajeunie, et son unité sera créée par toi : car l'unité du genre humain, c'est l'unité de la patrie, comme l'esprit du genre humain n'est que l'esprit de ma patrie.
CliAlMTRE XVI
P»»lili«(u«\ r:i racler*', otr., ilo Napoléon III. — Comment les ulTairts v*nit tu l'raiir»; : — Cou[» d'Ktat, etc. — A propos des durnitti'b projets d«^ traités ontre les Compagnies de chemin de fiT <'t l'Etat. — Pn'suiné d»»s causes qui ont amené le rétablis- Bomont (le rKiiipirt*. — Caractère antijuridique de cette restauration. — Position qu'elle a faite à la bourgeoisie conserva trice i.'t à la démocratie sociale.
Drpuis le 2 décembre 1831, la vie collective en France semble paralysée. Tout le monde le sent et s'en plaint ; les affaires, comme les mœurs, en souffrriil ; la lilléralure, par sa décadence accélérée, rexfn'ime: le iN)uvoir s'en inquiète; l'Etranger ne sait s'il (loil rjiiller ou craindre : chacun d'appeler la fin d'un <Mignurdissement qui menace de gagner l'Europe, (lonnnenl l'Empire, aux souvenirs héroïques, à la lé/^rnde pojmlaire, n'esl-il revenu que pour plonger la plus vivante des nations dans une pareille léthargie ? Les vieux partis dorment ou spéculent ; les prélendants s'abstiennent ; il n'y a pas jusqu'aux haines révolutionnaires qui, représentées par des
conspirateurs sans principes, ne s'évanouissent en des coups sans portée.
Telum imbelle sine iciu!,..
Quelle est la cause de cette crise, si Ton peut appeler crise un état qui ressemble si fort à la mort?
Il est aisé de répondre :
C'est le scepticisme des opinions; c'est la corruption des mœurs : c'est que la France a fait son temps et qu'elle baisse : c'est la terreur des proscriptions, etc., etc.
Mais comment la France de juillet qui chassa la monarchie légitime, infidèle à la charte ; la France de février qui renversa par mégarde, dans un instant d'impatience, la monarchie élue, accusée de corruption; la France républicaine, si vive, si enthousiaste du progrès, si religieuse observatrice de la loi, surtout si probe; comment cette France s'est-elle trouvée changée tout à coup, un matin de décembre, en une Chambre pourrie, rétrograde et lâche? Comment, après avoir brisé avec tant de promptitude un pouvoir bien moins haï, et, quoi qu'en pense le vulgaire, bien plus fort que celui de Napoléon III, supportet-elle avec une si profonde résignation cette larvodu despotisme? Est-ce parce que l'Empire n'a pas l'air de croire à sa propre existence que la nation l'endure ? Comment, hier si énergiques, si unanimes dans la résistance, sommes-nous aujourd'hui si indifférents, si couards, dans la servitude ?
Evidemment, les explications qui courent n'expliquent rien. Elles ne rendent pas raison du fait; elles n'en révèlent tout au plus (|ue des symptômes. Pour avoir l'intelligence d'un fait d'histoire, il ne suffit
pas «le le décrire ; il faut le rétablir dans sa filiation historiijue, dans sa série. Dans Tespèce.. il faut donner la généalogie de ce que nous obtenons à considérer depuis sept ans comme n*en n*ayant pas. puis- (pie nous le rapportons à un coup d'Etat, la généalogie naturelle et raisonnée du gouvernement.
Bien entendu, d'ailleurs, que la raison générique d'un fait n'en est pas la justification. La logique, qui s'exerce avec*inllexibilité pour le mal et pour le bien, n'est pas la morale; et nous n'avons garde de croire, à r<\\emple de certains optimistes, qu*on a établi la légitimité d'un pouvoir parce qu'on en a démêlé les (raiises.
Qu'est-ce donc enfin qui, antérieurement et supéricîuremenl au coup de main du 2 décembre, a réta bli l'Hinpin»? Car, il est évident que la raison de l'empire ex[diquée, nous aurons le mot de la situation : le tableau de la situation nous apprendra ensuite si rUnipire est condamné ou non.
Personne n'igii(»re que la Charte de la monarchie de IHiH et la pro<'lamation de la République furent suivit.'s d'une opposition formidable, devant laquelle ces deux événements, déjà si graves, demeurèrent éclipsés : nous voulons parler du socialisme.
Laissons d(^ coté les utopies, prélude inévitable de toul(î éclosion intellectuelle.
Oublions, s'il se peut, et la Communauté de Babeuf, d'Owen, de Cabel, et les phalanges passionnées de Fonrier, et bî sacerdoce androgyne d*Ënfantin, et la triade de P. Leroux et le culte positif d'Aug. Comte. Ne nous laissons pas indisposer non plus par le.mot^ de création équivoque, inalsonnant aux oreilles con-
NAPOLÉON m 267
servatrices, de socialisme, demandons-nous tranquillement, en dehors dos manifestations d'écoles et des clameurs réactionnaires, ce que signifiait cette apparition.
Le socialisme, qu'on le définisse comme on voudra, par la partie ou par le tout. Droit au Travail, Organisation du Travail, Organisation du crédit. Association ouvrière. Abolition du salariat. Fusion du travail et du Capital, Science sociale. Economie sociale. Harmonie intégrale, Nouveau christianisme. Réhabilitation de la chair. Philosophie positive, etc., etc., le socialisme, déduction logique des principes de 89, était l'affirmation d'un Droit économique, complément et but du Droit politique.
Par cette affirmation, qui devint aussitôt le mot d'ordre du peuple, la République de février, de gouvernementale se faisait sociale ; elle prenait une extension et une portée qui dépassaient de beaucoup les établissements de 89 et 93, les prévisions des chefs à la diriger, et les idées de la nation. Pour ne parler que des intérêts matériels, qui en 1848 préoccupaient surtout le pays, le débat se trouvait transporté de la question d'Etat aux questions bien autrement radicales du Travail et de la Propriété. Que serait-ce, tout à rheure, quand on entendrait dire que le socialisme embrassait dans son plan de régénération jusqu'au spirituel, à la Religion? La Révolution, qui, par la constitution civile du clergé, s'était déclarée, de bouche et pour la forme, quasi-chrétienne ; qui, par le Concordat, avait ajourné de nouveau ses prétentions au spirituel, allait voir se renouveler contre elle les anciennes accusations d'impiété, d'immoralité, d'anar-
cliie. devant l»*squelles à plusieurs reprises, en 1797. en !7Î<0. en 1S14, en 1830, etc., elle avait été forcée Je se repli«.'r . et la jeune République, comme son aînée, disparaîtrait dans la tempête du droit divin.
L'idée que la justice, c'est-à-dire Tordre, dont nous sommes si ^éiiéraleraent amoureux en France, n'existait pas dans lt*s rapports économiques; qu'une classe de la natiun. la plus nombreuse et la plus pauvre, était systématiquement lésée, l'autre, la plus aisée et la plus intelligente, sans cesse compromise ; que c'était même uniquement à cause de cela que le gouvernement était instable; qu'en conséquence il y avait lieu de rechercher, sur des données nouvelles, et plus approfondies, la constitution de la société, cette idée dont le peuple acquérait pour la première fois pleine conscience, était-elle fondée?
Nou^ n'avons pas la moindre velléité de recommencer la polémique socialiste ; à nos yeux, cette première campagne est Unie, et les résultats en ont été tels que nous le pouvions désirer. Le peuple français, à qui depuis 89 on n'avait parlé que de droits polititiques. «si resté convaincu, en masse, de la réalité de sfs droits économiques: c'est par là qu'il juge le gouverncmenl. rKirlise. les partis et les hommes ; il n*a plus d'autre idée, plus d'autre foi.
Xoii< no disons qu'une chose : c'est que, fondée ou non. l'idée socialiste devrait être examinée sérieunienl. i '/était le droit du peuple, déclaré souverain, qu'elle fut mise à l'étude: c'était le droit du gouvernement, de l'Assemblée nationale, mandataire du peuple, qu'elle fut prise en considération. Sous aucun prétexte, on ne pouvait sans manquer à la Révolution,
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dont les principes étaient la loi commune^ sans se rendre coupable de lèse-majesté envers le peuple, sans violer tous ses droits, sans fausser l'histoire, écarter cette idée par une fin de non-recevoir, lui opposer la question préalable.
La Révolution avait créé pour le peuple, au spirituel aussi bien qu'au temporel, un état nouveau. En abolissant le droit divin dans l'Etat, elle s'était obligée implicitement à l'abolir aussi dans le travail, le commerce, la propriété, la famille même; à reconstituer, par conséquent, sur d'autres bases, la raison et la morale publique; ce qui impliquait le système entier des intérêts.
En introduisant la notion de progrès, elle avait fait naître dans le prolétariat de hautes et légitimes espérances. La déclaration des droits avait refait les consciences; le principe d'égalité devant la loi, si vieux dans le monde, si populaire en France, et toujours, et partout si mal appliqué, réclamait, comme condition de réalisation, un équilibre de fortune qui ne pouvait sortir que d'une déclaration des droits économicjues, d'une réformation de l'économie sociale.
Le socialisme, d'ailleurs, qu'on accusait de nouveauté, n'élait-il pas la raison secrète de la Révolution? Né, au milieu du xviii® siècle, de la doctrine des physiocrates, laquelle, se divisant en deux branches avait abouti, d'un coté àPempirisme do Malthus, de l'autre, au communisme de Morelly, et s'était ofliciellement produite, en 1789, par la bouche de Makouet, demandant à TAssemblée constituante la reconnaissance du Droit au Travail. C'était lui qui, sous la compression bourgeoise, avait fait éruption à Tincen-
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dii- i|(.' l:i iiianuructurc HévcilloD.: lui, que le luallieuroux Huillv avait fail fait fusiller., sans le connaître, au Clianip-dt-Mars: lui qui. sous le nom burlesque lie sutisculotùsme^ s'était manifesté, au procès et aux funérailles «k* Marat. et dans toutes les journées fanta-tiques dr î»3. î»l et î>5: Babeuf, en 96, était dev»'iui déposilairi' de Tidée et sou martyr; puis, après iinr longue inrnbitittn. elle s*était personnifiée. dans un |iliil<)>o()lie d'un génie extraordinaire, Saint-Simon.
Les forces motrices de l'iiistoirc sont comme les i(|tt> ft It's besoins dt* la multitude; la politique des ^nni\ ornements n'airit qu'en sous-œuvre. Les guerres d«' la Képnlili({ne et de l'Kmpire ayant épuisé Télan iiiilil.iiie de hi nation. l'arène fut ouverte aux luttes p.irlciiMiitains. pliilosoplii(|ueset industrielles. Rienlut Ils evrnemenls de l83o vinrent resserrer encore le rliainp de balaille et concentrer Taction; les Bourbons «liasses, riliilise éliminée, la paix assurée, la piuolr, roiiiîiH' riiiihience, fut aux intérêts. Béran- ^er iir irhanla [dus; la littérature, déroutée, tourna an vauabondii^e. De nouvelles idées, germant au cœur du |»:uj)le, allaient pousser Tbistorien : malheur à <|ni n«- les saurail comprendre!
Trrles, >i jamais j»n>cès dut être solennellement inslniil. ce l'nl celni-là. Mais le socialisme, dans la diveisilé de son expression utopique, était peu fait ponr séduire : il eut fallu bien de la pénétration de la pari tb's or«:anes de la presse, bien du génie chez IcN lionnnes d'état, une spontanéité bien vive dans la classe moyenne, une charité plus grande encore dans la classe él(»vée. ponr deviner, sous les théoriesétrangcs de Ménilniontanl. du Phalanstère et du Luxembourg,
la présence d'une philosophie qui ne tendait à rien de moins qu'à reconstituer la raison et la conscience de riiunianilé, et à changer la face du globe. Aussi, lorsque, le 2') février, parut le décret qui consacrait le Droit du travail, la nation en majorité immense fut stupide d'élonnement. Un mouvement de recul, bien naturel, devait s'en suivre ; et le socialisme ne voulant, ne pouvant ni s'abstenir, ni s'eifacer, la République se trouva divisée. Ce fut la vraie cause de sa chute. Aussitôt les partis qui naguère se disputaient le pouvoir, se rallient, pour le salut de la société, contre l'ennemi commun ; la réaction, commencée de bonne foi, non sans motifs plausibles, pour les chefs de la République, passe aux mains des ennemis de la Révolution : de ce moment, le Droit économique étant péremptoirement nie, le droit politique fut ébranlé lui-même, et la Révolution tout rnfière remise en cause.
L'histoire de la Révolution de février a été racontée par une foule d'écrivains, mais avec si peu de discernement (ju'elle est devenue, pour les contemporain eux-mêmes, un véritable logogriphe. Dans ces narrations aussi dépourvues de bonne foi que de bon sens, le socialisme figure invariablement comme une folie épisodi(jue, qui ne se rattache au sujet que par la date, et sur la(juelle la raison et le goût prescrivent à l'écrivain de passer vitr, puisqu'il ne lui est pas permis de sauter par dessus à pieds joints. Quel est le résultat de cette inintelligente critique? Le socialisme jeté aux Gémonies, h»s faits se succèdent comme les jours, sans autre lien entre eux que le mou veinent du soleil, sans autre signification que les (enluminures
«lu narraleiir. Klahlit» par une surprise, la République disparaîl par une aulre surprise^ cédant la place à un empire incoinpréliensihle comme elle, et destiné à périr à son tour par une fatalité inexplicable.
La vérité cependant est que laKévoIution de février fut faite par et pour le socialisme; que le socialisme seul rexpli(|ue, lui donne une raison suffisante et une portée réelle, comme il lui fournit des combattants. Les républicains du National et de la Reforme ne furent ici que des agents aveugles, de même que le ban(|uet du 22 février fut une occasion. Cela résulte de tousb'S faits que les historiens racontent sans les comprendre.
Par contre, tEm/jire est la Raison sociale de la ligue lacitenwnt formée entre les partis politiques pour la rrsistance au socialisme : tout ce qui s'est fait depuis le 25 frvrier 1848, comme depuis le 2 décembre 18'il, en dehors di» l'action socialiste, s'explique ori'iinoliement par cette donnée. Actuellement la ligue est en voie de dissolution, tant par l'épuisement des partis et du pays, que la réaction ruine^ (juo [)ar Ui procès même de la Révolution : en |)rincipe, celte ligue comprend, avec les années de rKmpire, celles de la Présidence et du gouvernement |)rovisoire; et (juiconijue s*est prononcé contre le socialisNH' a voté, ipso jure, pour l'Empereur.
ilr (jue nous en disons n'est du reste à autre fin (pie d'expli(|u<îr 1rs faits, non de raviver les haines. L'ex|)losion de l'idrr socialistr, en 18i8, futimprévue; la résistance fatale, la bataille inévitable. Chacun a pris parti selon {\ur h' cciMir et la raison le poussaient : il (îst oiseux aujourd'hui aux adversairesdu despotisme
Je s'accuser et de récriminer. La guerre civile, produit de Terreur universelle, se pardonne toujours, le crime seul, le parjure, Tassassinat, le vol, la dérision des principes, l'ofFense à la majesté nationale, sont irrémissibles.
Ceux qui se figurent le socialisme comme une épidémie passagère, une sorte de choléra moral, qui devait disparaître sous la large saignée de juin 1848 et les épurations de décembre .1831, ne savent ce dont ils parlent; ils ne connaissent pas notre liisloiro, encore moins notre nation.
Nous disions tout à l'heure que le socialisme, élimination faite des utopies qui ont servi à le produire, ifest autre chose ({ue la question de savoir si, en iltdiors des (!onstitnlions politiques, les seules dont se soiento<'cupésjusqu'àprés«Mit les puhlicisl<'s, il n'existe pas, pour la société, \i\u^ constitution économique; de trllc sorte que connue l'anarchie est prévm; et écartée par la premier»' rspécr de constitulion, Tignorance, la misère et le crime soi«'nt prévus «'t écartés par la seconde.
Nous avons ajouté (pn*, depuis un siècle, la raison française, par la spontanéité (jui lui est propre, s'était saisie officielleuient de cette question, (|u'à la suite de nombreuses coulrovers<'S, (juehpH'S ébau<'hes de solution s'étai<Mit formulér*s, propagées: qu'enfin, acceptées sous bénéfice d'inventaire, elles avaient fini par rallier le p(îuple en une fraiic-ma(;onnerie industrielle.
Or, en supposant la «piestion aussi mal fonder', en fait et en droit, {\\i\)\\ vomira, il est tout d'abord évident, en vertu de la loi (Taclion et de réaction (|ui
is
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régit riiistoirt*, qu'une orrour qui a mis cent ans à se répandre, des sommités intelleotuelli'S d'un pays au bas-fonds de ri{jnorance, ne [)eut pas être tçuérie en un jour, par des opérations cliirurgicalesconmie celles de juin 18t8 et décembre I80I: et s'il était prouvé que les faits religieux, politiques, pliilosopliiques. industriels, littérain»s, qui. pendant le mém(» laps de Ic^nps, ont HMupli la scène, n'ont été en dernière analyse, qu'une sorte» d'écho de cette erreur, il faudrait en conclure que le mal tient ici à des causes profondes (pie le législateur doit attaquer, s'il veut guérir le malade.
Nous serons donc ramenés toujours à la question posée en 1818 par le socialisme : IHiiscjue l'agitation est incessante, le pouvoir toujours instable; (juo rien n'y sert, ni la religion, ni la constitution, ni le progrés de l'industrie et des sciences, ne faut-il pas croire qu(* tout en déclarant le Droit jjolitique et l'organisant, on a laissé en soulfrance le droit économique?
Qu'on se récrie et (jue l'on traite le socialisme de chimère, à la bonne heurcM Cela ne s'adresse qu'à des systèmes désormais peu k craindre cl que nous n'avons pas mission de défendre. Xous d(»manderons simplement à nos contradicteurs : i® s'il est vrai qu'à la fin du ilernier siècle, il s'est passé qu<dque chose qui s'apiKdle /a Révolution française: 2° s'ils s'imaginent que cette Révolution qui abrogeait le Droit divin, ne devait être qu'une réédition, corrigée (*t illustrée, du régime créé par le droit?...
Le peuple français, à (jui l'on peut reprocher d'aimer trop le changement, et trop la liberté, le» peuple
français, s'il se montre, en politique, praticien médiocre, en revanche est éminemment dialecticien et juriste. Ce qu'il exige sur toute chose de ceux qui le gouvernent, c'est la fidélité aux principes reconnus, et au Droit, quel qu'il soit, qui en découle.
Les questions qui depuis plus de deux siècles agitent la France, qu'on veuille hien le remarquer, sont toutes des questions de principe, non de pratique pure, comme en Angleterre et ailleurs. Commencée pour tout de hon cette recherche des principes qui fait le tourment des sociétés modernes; et nulle part, autant qu'en France, cette recherche ne s'est emparée de la multitude, qui, à partir de 89, en a fait son aliment et sa boussole.
Nous sommes loin, quoi qu'on ait dit, de dédaigner la liberté. Nous l'estimons autant que peuvent le faire nos voisins; mais, sans compter que nous faisons médiocrement de cas d'une liberté purement négative, nous affirmons, le droit encore plus haut que la liberté. Nous cherchons Tordre légitime avec plus d'ardeur que la richesse même : de là nos luttes, qui nous rendent parfois si malheureux, mais dont nous sommes au fond del'àme presque aussi fiers que de nos vertus. Car s'il est glorieux à une nation de maintenir intacte, au dedans et au dehors, sa liberté, il l'est encore plus, selon eux, de savoir la risquer quelquefois pour la Justice.
Cette disposition d'esprit a fait naître en nous l'esprit d'égalité, qui, à tort ou à raison, nous distingue, qui n'existe même que parmi nous.
En Angleterre, le peuple a conservé la religion de l'aristocratie ; en France, où la féodalité ne fut pas
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moins cullîvoe jadis (|u'cn Angleterre, le peuple suit,, depuis 89 surtout, la religion de Tégalité.
On a pu dire à la plèbe irlandaise, qu'il n'y avait plus place pour elle sur le sol natal, plus do travail, plus do pommes deierre ; qu'il fallait partir : et elle est partie; deux millions d'hommt^s sont partis. L'Irlandais, le Suisse, l'Allemand, le Belge, l'Anglais, réduits à l'indigence se décident à l'expatriation : le prolétaire français proteste. Pourquoi, dit-il, m'en irais-je plutôt que les autres?... Je veux du travail; je reste. Et il s'interroge; il se fait transportera Cayennc» et h Lambessa, plutôt que de s'en aller. Que la bourgeoisie lui donne l'exemple, il ira coloniser le désert, il entreprendra de donner de Teau au Sabara.
Partout on voit le pauvre se résigner à la pauvrette; il croit (|ue cette pauvn»lé n'est le fait (jue du démon :([ue la Providence l'a ainsi pt»rmis; que telle est la destinée sociale et la raison des cboses. Le travailleur français a osé se poser la question : Pourquoi suis-je pauvre, alors que je travaille ? Est-ce cela que m'avait promis la Révolution :\..
Les principes! /es jfriucipes! criait sans cesse Camille Desmoulins, t'.'est par laque Robespierre, faible génie, <'aractère timide, (jui faisait au nom du salut public tant de faule.s, tant de crimes, obtint cette poj)ularité qui dure «MU'ore : on le croyait fidèle aux j)rincipes, et l'on uk^IîmI sur le compte de sa vertu les aberrations de sa p:)lilique. (l'est par là que Mirabeau perdit un jour le sullVago de l'opinion; on le crut, malgré son éloquence, sur la ([ueslion de la paix et de la guf'rre, infidèle aux principes; et l'on attribuait à la corruption do sa conscienc? ce qui "
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n'était que l'elTet de sa logique conslitulionaellc. Et c'est encore par là que nous avons, nous autres Français, l'insigne vanité de nous croire supérieurs aux autres peuples, que nous nous posons en initiateurs et rédempteurs du genre humain ; notre conscience du droit, notre passion des principes, nous semblent supérieures à toute liberté cl à toute ricliesse. Oh ! si jamais le travailleur émancipé dans les cinq parties du monde, si le noir comme le blanc jouît de l'égalité et du bien-étrc, il nous le devra.
Et c'est à celte race de raisonneurs et de justiciers plus occupée des principes que des intérêts, incapable de saisir une autre idée que le droit, qui, pour la satisfaction de son orgueil égalitairc, de tout travail se fait un art, et de tout art une noblesse; c'est à de pareils sujets que les pouvoirs élus de 184K, sans autre raison que leur ignorance, reprenaient le droit au travail!
On décrétait le sulTrage universel ', on brùlail une Constitution politique; on créait la ConstiluLion écoùomique.
Nous l'avons dit, et nous devons à notre désir de conciliation de le redire : La résistance au socialisme, tel surtout que pour son mallieur il lui était donné de se laisser voir, fut, dans les premiers jours, un acte de conservation excusable. Mais celle résistance n'en constituait pas moins, vis-à-vis des classes travailleuses, un déni de justice, et, dans lu système de la nouvelle république, une contradiction. De ce moment la situation politique du pays, sonétat légal, étaient faussés : démocratique dans la forme le gouvernement passait de fait k l'aristocratie ; il tendait au despo-
lisine. Aussi lt)iig!oin|is (|ue Iji pensre il'unc rovoliitîoii sociale no serait jkis élimHee. un pouvait accuser le. pouvoir de trahison, le Jéclan^r illéj4:ilimo. Une sorte (le nullité constitutionnelle fra[){)ait tous ses actes, nullité ipn» ni les votes des représentants, ni les sulFrages du peuple même, ni la force do armes ne pouvait couvrir. Quoi que fit le Pouvoir, et (juels qu'en fussent les dépositaires, son principe était l'iniquité. IMus à ce principe il se montrerait fidèle, plus la situation du pays empirerait.
On m» fait j)as. (juoi qu'on ail «lit. de la vérité avec du nuMisonge^ de la vertu avec du vice, de Tordre avec du tlésordre. Le pacte de 8îï, d'un coté, étant donné avec ses consé(|uences sociales. It» gouvernement, d'autre part, ne pouvant ni développer dans Tapplication, les principes de ce pacte, ni les abjurer, TEtat. constitué sur un déni de justice, se trouvant condamné à une perpétuelle écpiivoipie, il était fatal que le pays légal, sorti du droit, allât d'immoralité en immoralité, d'hypocrisie en hypocrisie, et,, si rien ne le pouvait retenir, qu'il s'ahîmàl dans le despotisme et la baïupieroute.
Ainsi la réaction deviendrait à elle-même sa honte et son supplice : ce phénomène, qui dure depuis onze ans. est hien autrement grave (pie les trois journé(^s de février, et les (pjalr(» de juin; comment les élégants historiographes ne Tont-ils pas encore apcr(;u 1
Quoi, dit -ou, c'est parce que le gouvernement provisoire, rAssembléo constituante, le Président et le 2 décembre ont fait grief au socialisme, que la France est descendue aussi bas, qu'elle a perdu la
vertu, etc.! On ne s'aLlcndait, cerles, pas à ce paradoxe...
Eli bien^ il s*agll de savoir si on l'a coinballu par la justice et le droit.
Est-ce l'importance qui manque à la secte?
Est-ce l'importance, le nombre, la force qui manque au socialisme i
IG avril, io mai, juin, 11000 morts; 14000 transportés.
Lois contre la presse^ les clubs, guerre de Rome, abandon des Hongrois, Polonais, Piémontais, etc.; loi du 31 mai 18o0.
Long combat, longue conspiration contre le socialisme.
Contre quoi fait le coup d'Etat? Qui transporté? IIOOO transportés de l'aveu de ses exécuteurs.
Qu'est-ce que la mar'uie? Demandez donc à M. Delangle si la Révolution est morte? Qui a fait réussir le coup d'Etat ? — Que fait encore aujourd'hui l'Empire? — Tous \g^ journaux des vieux parlis ont survécu, moins le journal socialiste. Loi de sûreté générale; moyen de transporta tion.
Immoralité de l'élection du Président.
Immoralité du gouvernement présidentiel; mensonges télégraphiques.
Loi restrictive du suffrage : c'est-à-dire tais hors la loi.
Rue de Poitiers.
Constitutionnel. — Calomnie.
Institut, Caverne de scélérats.
1*' août i!). Conspiration générale.
Protestation de Louis-Xapoléon.
Ni prorogation ni coup d'Etat.
La justice est tout à la fois le fait premier, Tidée ou principe premier, de laquelle part toute philosophie.
Elle est la méthode première, élémentaire, et le critère premier, fondement de toute certitude.
Elle est la philosophie politique et théorique.
Elle dispense de toute abstraction, de toute métaphysique à priori.
Pas besoin de discuter sur la sensibilité, le moi et non-moi, le circulus, la triade.
C'est la réalité souveraine, qui grandit à mesure qu'on rétudie.
Car telle est la loi de l'histoire, que liberté et prospérité ne se rencontrent qu'avec le droit, et que hors du droit tout devient corruption et fatalisme.
Passons sur le gouvernement provisoire, instrument de conservation honnête et de répression modérée, bien qu'on puisse signaler dans ses actes une multitude de violences. Passons sur les journées de juin provoquées par le machiavélisme de la réaction, souillées par la perfidie, les massacres d'août et la transportation sans jugement. Le général Cavaignac a porté seul la responsabilité de ces faits, il en fut le seul coupable.