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CHAPITRE XV

La situation fuite, los (événements vont se déduire. — La class(> nantie jure haine à La République. — Louis-Bonaparte devient l'urK'ane de la Révolution. — Principe : Lo chef d'Etat, mèiue hôré«litaire, ne r«*présL'nte pas un parti, n'hérite point d'un»' proi)riété. -- Apparition de la démocratie aux affaires. — L'Elysée s'abstient de voler sur la loi municipale; la Montagne riiiiite. — Par la proposition de rappel. Bonaparte était le défens»îur armé du suffrage universel. — Opinion de Michel (de Bourjros) et Victor Ilugo. — Le sujet du rappel de la loi du 31 mai. — Les passions ne laissent plus de place à la réflexion. — Le i décenil>re a été un guet-apens, un acte de brigand. — L'armAe féroce, h» peuplr lâche. — Bataille gagnée avant d'être livrée. — Journées du 17 mars, 16 avril, 15 mai. — Bonaparte s'en réfère aux idées de 89 : Voilà la Révolution. — A qui voulii.'Z-vous donc que le peuple donnât ses suCfrages? — O patrie, patrie mauvaise, patrie dos chantres de l'éternelle révolution!...

La situation faite, les événements vont se déduire.

Tandis (|ue la classe nantie jure haine à la république, que le parti républicain, tombé en constitutionnalisme, donne son désistement, Louis Bonaparte, porté par cinq millions et demi de voix, devient l'organe de la révolution. Ainsi va la logique des

choses, que la compétition des partis, le chasse-croisé (les intrigues, l'animation des personnalités, ne nous permettent pas do comprendre.

Quel que fût Télu du 10 décembre, en effet, produit d'une situation révolutionnaire, il était forcé de devenir, à peine d'une prompte déchéance, Torgane de la révolution. La coalition des réacteurs, en appuyant Louis Bonaparte, agit comme si, en s*assurant de rhomme, elle pouvait conjurer la chose; — la démocratie, de son côté, en persistant après Télectioii dans une opposition trop bien justifiée, oublia

I rop souvent aussi que sa cause ne pouvait dépendre du bon plaisir de celui que la révolution venait de se tlonner pour chef. Contradiction des deux paris, qui devait en amener une foule d'autres.

J'insiste sur ce principe que j'ai eu l'occasion déjà de rappeler : Le chef d'Etat, môme héréditaire, ne représente pas un parti, n'hérite point d'une propriété; il représente une situation, il hérile d'une nécessité. Les rois de France de la troisième race, avec des tempéraments très différents, poursuivirent tous, et de main en main, la mémo œuvre, l'abolition de la féodalité.

Louis Bonaparte, indépendamment des sympathies populaires qui l'avaient élevé au pouvoir, était donc, après le 10 décembre, le représentant de la révolulion ; par son alliance avec les chefs des vieux partis, au contraire, et par l'opposition des républicains, il était le chef do la contre-révolution. Ce renversement de rôles, (]ui mettait tout le monde dans une fausse situation, faillit couler cher au nouveau président.

II était ruiné sans ressource si, dès la fin de 18i9, il

n'eut désavoué, d'une manière plus ou moins directe et formelle, la politique de la majorité; si surtout cet le majorité ne lui eût ménagé, dans la loi du 31 mai i8*i0, une branche de salut...

Passons sur les années 1849, 30, 51, et arrivons de suite au 2 décembre.

L'apparition de la démocratie aux affaires n*avait produit en réalité qu'un résultat, c'était do populariser, au moins pour quelque temps, le suffrage universel, en le. représentant au peuple comme Tinstrument infaillible de la révolution sociale. Or, la loi du 31 mai ayant réduit d'un tiers, et dénaturé, par le système des exclusions, le suffrage universel; la démocratie, de son coté, faisant du maintien de cette loi un castes betli pour 18'J2, l'occasion était décisive pour Louis Bonaparte. Sa réélection dépendant de sa popularité et sa popularité de la conduite qu'il allait tenir sur le rétablissement du suffrage universel, toute la question pour lui était de savoir si, en appuyant la loi que ses ministres avaient votée, il se faisait le Monck d'une nouvelle restauration, ou bien si, en se joignant aux républicains, il deviendrait une seconilc fois le chef visible de la révolution. Avec la majorité royaliste, Louis Bonaparte descendait du faut(;uil, connue Cincinnatûs, Monck, ^yashington, tout ce qu'on voudra, n'emportant pas même une pension de retraite; joint aux démocrates, c'està-dire au principe démocratique, il était à la tète d'une force supérieure et sans concurrent possible. La Constitution lui donnait congé sans doute; mais le peuple le rappellerait!... Que Louis Bonaparte, en vertu de son initiative, proposât donc Tabrogation

(le la loi (lu 31 mai et mit ainsi la cause du suffrage universel sous sa protection : toute sa popularité lui revenait à l'instant; il devenait, ipso facto, et malgré tout, maître de la position.

Et d'abord il gagnait à celte conduite deux avantages immenses : le premier, de faire voter avec lui, pour lui, (|uelque répugnance ciu'elle en eût, toute la gauche^ et par là de se montrer aux yeux du peuple comme le chef de la révolution, puiscju'il était d'accord avec les révolutionnaires: — le second, de placer la majorité dans la triste alternative ou d'être entièrement subalternisée, déconsidérée, si elle suivait le président, ou de donner elle-même le signal de la guerre civile, si elle persistait. A lui le beau rôle, à elle le personnage odieux. Ce dernier parti était Je pire, puisque lanmjorité se pronon(;ant pour le maintien de la loi, sacrifiant à une question de dignité toutes les chances de sa cause, et le président refusant de prêter main-forte à ces décrets, dans ce conflit entre la monarchie et la démocratie, Louis-Konaparte apparaissait à la fois, au peuple, comme le défenseur de son droit, à la bourgeoisie, comme le protecteur de ses intérêts

Ce fut pourtant ce parti que choisit la majorité. L'histoire flétrira ces intelligences décrépites, ces (Consciences impures, qui préférèrent à une réconciliation avec la gauche le risque des libertés, et qui, dans une situation aussi nette, pouvant d'un mot annuler la fortune de Bonaparte, travaillèrent de tout leur pouvoir, de toutes leurs roueries, au triomphe de l'homme qu'elles haïssaient.

Du i au 30 novembre 1851, l'action marche avec

une prfslessc militaire. L'Elysée propose, dans son message, le rappel de la loi du 31 mai : la Montagne appuie. L'Klysée s'abstient de voter sur la loi inunici> pale : la Monlajrne Timile. L'Elysée s'emparant du Hystèmr d'abstention, recommande aux électeurs de ne pas s<î présenter aux comices de Paris : la démocratie engagée par ces précédents, s'abstient égalemeul . L'Elysée enfin repousse la proposition des questeurs : la Montagne vote comme lui. La Montagne et l'Elysée font corps, la fusion parait complète.

iU\ a criti(|ué ce dernier vote des montagnards : à mon avis c'est sans justice. Déjà ils étaient dominés^ abs»)rl)és : une volte-face du côté de la majorité n'eut s(îrvi (ju'à rendre la situation plus compliquée, plus périlb.Misr', sans rien enlever de ses avantages au présideni.

Par la pro[)osition de rappel, ne l'oublions pas, lionaparltî était devenu le défenseur armé du suffrage universel ; la faveur du peuple pour lui, en ce moment, élait au niveau du 10 décembre 1848. Lui ôter le conunanilenient de l'arrnée, et livrer ce commandement au général Changarnier, à la contre-révolution, c'était pour la Montagne une inconséquence qu'expli- (juait sans doute» la haine de l'homme, mais inexcusable (levant la logique. Or, c'est la logique qui mène les affaires; le sentiment n'y est qu'une cause de déception. On a dit que, le président renversé, la Montagne aurait eu bon marché d'une majorité impopulaire. Peut-être : le 2 décembre a fait voir comment l'armée observe la discipline, et Changarnier, armé d'un décret de l'Assemblée n'eut pas moins fait de besogne que Saint-Arnaud. Mais qui ne» voit que, si

la Montagne se fût tournée contre le président, le président, résolu à ne pas céder, se serait insurgé au nom du suffrage universel contre TAsseinblée, que le peuple se serait joint à celui qui portait le drapeau de ses droits, que la Montagne n'aurait pu suivre jusqu'au bout les conséquences de son vole et aurait fini par se ralliera Bonaparte, qu'alors son inconséciuence eût éclaté au grand jour, c^t que, victorieuse ou vaincue en compagnie de l'Elysée, elle perdait, avec sa dignité, le fruit de sa tactique?

Pour moi je partage entièrement l'opinion exprimée par Michel (de Bourges) et Victor Hugo. Ils ne pouvaient pas, comme ils l'ont dit, aimer la loi du 31 mai, la contre-révolution; ils ne pouvaient, sans abandonner la politique des principes pour celle des personnalités, mettre à ce point leur conduite en opposition avec leurs paroles. Le sujet du rappel de la loi du 31 mai et la proposition des questeurs étaient deux actes solidaires, que le bon sens défendait do scinder. Autant par la proposition de l'Elysée, on rentrait dans la constitution, autant, par celle des questeurs, vraie escorbarderie, on en sortait. Voter aujourd'hui pour le suffrage universel, c'était prendre l'engagement de voter demain contre l'érection d'une dictature en opposition à la présidence : tout le malheur de la Montagne, dans cette occasion, a été de ne pas embrasser résolument la situation qui lui était faite, d'accepter, telle quelle, son alliance du moment avec l'Elysée, et d'en poursuivre jusqu'au bout les conséquences.

Mais les passions trop animées, les ressentiments trop acres ne laissaient plus do place à la réflexion.

A partir du 17 novembre, les rôles sont complètement intervertis, au dtHriment de la majorité et sans bén<''fi(*e pour la Montagne. Au lieu de subaltcrniser la [iremière, riilysée traîne à sa remorque la seconde., et cninme il n'est Tallié d'aucune, il les domine toutes deux. La gaucho sentait parfaitement ce qu'avait de fîiclieux pour elle son attitude : ses orateurs et ses journaux n'épargnèrent rien pour établir leur indépendance. s(» séparer de la politique présidentielle, etc. Os apologies récriniinaloires étaient, dans la circonstance, fort inutiles, par conséquent elles étaient une faute de plus. Les démocrates, suivant leur habihidt;, par excès <le scrupules, se perdaient. En polili(|ue, alors surtout qu'on opère sur rintelligencc bornée des mass(»s, alors que les questions multiples et complexes tendent à se résumer dans une formule simple, il n'y a que les faits qui comptent, le mérite des individualités est zéro. La Montagne tombait dans le piège où s'était prise la majorité. Au lieu de faire une opposition toute personnelle à Louis Bonaparte, elle n'avait qu'à se taire et k se tenir prête à partager avec lui le fruit d(î la victoire, ^'e valait-il pas mieux, je raisonne ici, comme ïhémistoclo ou Machiavel, au point de vue de l'utile, que Michel (de Bourges) fut ministre d'Ktat ou président du conseil le i décembre, (|ue d'aller à Bruxelles, dans un exil sans gloire, pleurer Terreur de V invisible souverain? Je sais bien que le peuple, sarcastique et goguenard, commen(;ail de traiter les montagnards de sénateurSy et (|u'ils ne pouvaient, sans se démentir, tolérer de si injurieuses suppositions. Leur susceptibilité sera uu trait de plus de notre époque. César s'inquiétait

peu des plaisanteries Je ses soldats. Restez chez vous, âmes vertueuses; donnez à vos femmes et à vos enfants l'exemple quotidien de la modestie et du parfait amour; mais ne vous mêlez pas de politique. Il faut, demandez à ceux de 93, une alliance adultère, la foi ' publique violée, les lois de Thumanité foulées aux pieds, la constitution couverte d'un voile, pour faire la besogne des révolutions...

Si la pensée du 24 février fut sans comparaison plus grandiose, plus généreuse, plus élevée que la fatalité du 2 décembre, il s'en faut qu'elle portât avec elle un aussi profond enseignement. Qu'un gouvernement s'aiïaisse sous le dégoût public; qu'une démocratie se montre à son début pacifique , conciliatrice, pure de violence, de mensonge et de corruption; quelle pousse la délicatesse jusqu'à la minutie, le respect des personnes, des opinions et des intérêts jusqu'au sacrifice d'elle-même : tout cela produit une civilisation déjà avancée, matière à poésie et à éloquence, comme dit Juvénal : Ut pueris placeas et declamatio fias^ très bon à rapporter dans la Morale en action, n'a rien de grave pour l'esprit, rien de philosophique.

Mais qu'un homme dans l'état de délabrement où était tombé Louis-Napoléon avant le 2 décembre, président en partance, n'ayant depuis son élection, absorbé qu'il était ou couvert par ses ministres, rien fait qui fît valoir sa personne, contrarié, contredit, abandonné par ses fidèles, surveillé par tous les partis, n'ayant de recommandation que celle d'un oncle mort aux îles, il y avait de cela trente deux ans! que cet homme, dis-je, seul et contre tous, avec des

moyens connus, cl raûle de deux ou trois affides jus- (ju'alors profondément obscurs, lente un coup d'Elat cl réussisse : voilà ce qui, mieux (ju'aucun événement, montre la force des situations et la logique de Phisloire. Vt>ilii sur (juoi nous devons, républicains, profondément réfléchir, et qui doit nous mettre en garde pour la suite contre toute politique subjective et arbitraire.

Qu'on répète tant qu'on voudra que le 2 décembre a été un jruet-apens, un acte de brigand, où Tannée s'est montrée féroce, le peuple lâche, le pouvoir scélérat, tout cela ne fait qu'embrouiller l'énigme. Certes, il fallait être un peu l'homme de Strasbourg et de Boulogne pour accomplir le 2 décembre ; mais, en accordant à l'événement tous les caractères qu'on lui donne, il resie toujours à expliquer ceci : confment celui qui échoua si misérablement à Boulogne et à Strasbourg, dans des circonstances qui, d'après nos nueurs insurrectioimelles, ne pouvaient que lui concilier une certaine estime, réussit à Paris dans des conditions odieuses: comment, à point nommé, le soldai, si sympathique à l'ouvrier, sous prétexte de discipline, s'est montré impitoyable; comment le peuple a été lâche, plus lâche que le gouvernement renversé par lui en 1818 : comment, un matin, il s'est pris de haine féroce pour la liberté, de mépris pour la Conslitution et d'adoration pour la force 1

11 est certain, ipioi qu'on ait dit du courage de l'armée au 2 décembre, que ce courage a été singulièrement excité par la défection complète, disons mieux, par l'adhésion formelle du peuple. Il est certain qu'un moment, les 3 et 4, il suffit d'une poignée d'insurgés

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pour rendre douteux le coup d'Etat, et (jue si, à celte heure, le peuple, remplissant les rues, avait magnétisé le soldat, la chance tournait contre Louis Bonaparte.

La masse, il faut Tavouer, parce que cela nous est encore plus honorahle que de S(î taire, la masse, en haut et en has, a été complice, ici par son inaction, là par ses applaudissements, ailleurs par une coopération effective au coup d'Etat du 2 décemhre. Je l'ai vu, et mille autres, aussi peu suspects de bonapartisme, l'ont vu aussi : ce n'est pas la force armée, c'est le peuple, indifférent ou plutôt sympathique, qui a décidé le mouvement en faveur de Bonaparte.

La bataille était gagnée avant d'être livrée. Depuis trois ans, la révolution méconnue, outragée, mise en péril, appelait un chef, je veux dire par là non plus un écrivain, un. tribun, elle en avait de reste; mais un homme en position de la défendre. Bonaparte n'avait à répondre que ces deux mots : Me voila ! Eh bien, ces deux mots, il les a dits, et comme en politique les intentions ne sont rien, les actes tout ; comme depuis un mois Bonaparte faisait acte révolutionnaire, la révolution l'a pris au mot. Elle lui a donné la vietoire, sauf plus tard à compter avec lui.

Comment, direz-vous, le peuple, au lieu de crier : Vive le roi! ou Vive la ligue ! n'a-t-il pas crié : Vive moi-même? comment, en soutenant d'une main le suffrage universel avec Bonaparte, n'a t-il pas défendu, dt' l'autre, contre Bonaparte, la Constitution ? — Comment ?

Rien n'est moins démocrate?, au fond, que le peuple. Ses idées le ramènent toujours à l'autorité d'un

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seul, el si rantiquitô et le moyen-âge nous ont transmis le souvenir de quelques démocraties^ on trouve, en y regardant de près, que ces démocraties résultaient bien plus de la difficulté de poser le prince que d'une intelligence véritable de la liberté.

A Athén(^s et dans toute la Grèce, les annales de la démocratie ne présentent guère qu*une série d'usurpations qui, ne parvenant jamais à se légitimer, à fonder des royautés, basileias, comme en Orient, étaient appelées tf/rannieSy dominations.

A Home, lorsque l'institution antique des patronages el «les clientèles eut été anéantie et que la plèbe, Hous la conduite des tribuns, eut triomphé du patriciat, personne n'eut garde de comprendre que ce qui restait à faire pour assurer la liberté, c'était, après une loi agraire et une autre sur l'usure, une institution de garantie contre le cumul et la centralisation des jK)uvoirs. Une telle idée était prématurée pour répo(pie ; l'humanité était réservée pour d'autres deslins. Jules César, héritier des Gracques, fut donc créé dictateur perpétuel, et la même dignité continuée, Hous le nom de principal, à Octave et à ses successeurs : la constitution de la République fut remplacée par la constitution impériale. Le peuple eut du pain et dos jeux, mais ce fut fait de la liberté...

Dix -huit siècles se sont écoulés depuis cette révolution, l()rs(|ue le peuple français, ayant aboli ses institutions féodales, se trouve dans la même situation (|ue celui de Homo. Que font alors les chefs populaires "? Toujours pleins du même préjugé, ils font décréter, sous le nom de République une et indivisibUy un gouvernement plus savamment concentré que

Tancien ot qui faisait dire aux émigrés : « La royauté existe toujours en France : il n'y manque que le roi. » Aussi la royauté ne se fit pas attendre : après quelques années d'agitation, le pouvoir tomba, aux acclamations de la foule, aux mains de Napoléon...

En 1848, la centralisation créée par la République, l'empire et la monarchie constitutionnelle, tendaient à se dissoudre, quand tout à coup la démocratie se trouva de nouveau maîtresse des choses. Alors, comme si l'analogie des situations devait ramener perpétuellement les mêmes antinomies, rinfluence rendue au peuple eut de nouveau pour résultat, non pas do remplir le vœu des classes moyennes en poussant à la décentralisation, mais de réveiller la pensée d'une dictature. Les journées du 17 mars, IG avril, 15 mai n'eurent pas d'autre but ; enfin, aux journées do juin, la dictature fut instituée en la personne du général Cavaignac, l'homme qui l'ambitionnait le moins, contre ceux qui le voulaient le plus. L'exemple, couvert du prétexte du salut public, ne fut pas perdu ; en 1849, nouvel essai de dictature, et toujours contre la démocratie qui, dès ce moment préparant sa revanche pour 1832, ne caressa phis d'autre idée.

A la date du 2 décembre, les masses, fatiguées, aussi incapables de délibération que d'initiative ; la bourgeoisie inquiète, aimant à se reposer sur un chef complaisant de la garde de ses intérêts ; tous les partis étaient préparés pour cette grande mesure, dont on espérait des résultats décisifs. Du côté des républicains, ce qui distinguait les hommes d'action des ejidormeurs, c'est que les premiers voulaient procéder par la dictature énergique, tandis que les seconds

proUTidaient qu'on se renfermât quand même dans la (lonslitulion.

Ajoutons que les idées monarchiques, reproduites chaque jour avec une publicité insultante, aidaient singulièrement à la marche de Topinion dictatoriale. Le {»riucipe d'autorité admis par les royalistes comme nécessaire, par la démocratie comme transitoire, la pensée en ce moment était une : on ne différait que sur les mots. Des deux côtés, le pouvoir personnel, Tiiulorité d'un seul, apparaissait comme organe logi(jue et moyen indispensable de solution. Aussi bien, sur la lin de 1831, n'était-il plus question de réform<'s, d'améliorations quelconques! Il s'agissait avant tout ilr se battre. Tous les partis armaient, fabriquaient de la poudre, captaient la faveur des militaires. Pour les uns, le dictateur futur était Changarnier, pour les autres Ledru-Uollin ou^ n'importe qui. ÏAi sil nation (pi*? tout le monde avait faite, mais avec la(juelle persoinu' ne comj)tait, voulait que ce fût Bonapai'te.

Le. '2 «lécenihre au matin, une proclamation afGchéc; dans la nuit apprend aux Parisiens à peine réveillés « (|ue l'Assemblée nationale est dissoute, le sudVa^^e universel rétabli, le peuple convoqué dans ses eomiees à l'elfet de déclarer, par oui ou par non, s'il adhère au l'ouj) d*Ktatet s'il autorise Louis-Napoléon à l'aire une constitution sur les bases de celles de Tan VIII et d'après les principes de 89 ». Le tout appuyé d'un nombre de canons et d'une force armée respectable.

T(dle est en substance la proclamation. Le surplus, on peut le considérer connin^ verbiage, eau bénite de

cuur. phrases Je circoiislancc,. parfois même inconsidérées. J.e rappel de la constitution de Tan VIII, par exemple, trahissait une préoccupation personnelle et faisait tache au tableau. Mais n'y a-t-il pas des taciies au soleil ? Kl puis., qu'importait au peuple la constitution de l'an VIII, plutôt que celle de Tan II, plutôt que celle de l'an II1 1 Kst-co que la société écrit ses constitutions? demandait M. de Maistre. Le peuple ne les lit pas davantage.

Or, voyez conmie tout cela tombe d'à-propos : Bonaparte dissout rassemblée par la force : voilà V homme, le dictateur !

Bonaparte en appelle au peuple : voilà le suffrage

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