‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 30 sur 44 · HORTENSE · texte numérisé non relu

HORTENSE

c Arencnberg, 2 octobre 1830.

» Je reçois votre lettre, monsieur. Je suis on ne peut plus touchée du sentiment qui vous inspire un ouvrage en faveur de la famille Bonaparte, encore exilée de France. Plus que personne, j'ai été vivement affligée de cette loi sévère; mais j'ai dû me résigner parce que, Française avant tout, et ne pouvant supposer à mes chers compatriotes, libres enfin, une ingratitude qui est loin de leur caractère, j'ai appris qu'il avait fallu de fortes raisons pour

nous éloigner encore. Notre exil, dit-on, paraît nécessaire au bonheur de la patrie, à sa tranquillité présente; il ne doit être que momentané ; comment ne pas y souscrire^ quand sa gloire et sa prospérité furent toujours notre premier intérêt? Je vous conseille donc, monsieur, de la peindre, dans vos chants^ heureuse et libre, cette France régénérée; mais de ne pas y ajouter une plainte sur ce qui nous regarde. Vous l'attristeriez, et vos vers, à en juger par ceux que je reçois, sont trop bien pour ne pas faire un effet qui ne serait pas en harmonie avec notre résignation. Je recevrai pourtant avec reconnaissance l'ouvrage que vous m'annoncez, mais je serais fâchée, je vous l'avoue, qu'il fût imprimé. Croyez, monsieur, que je saurai toujours apprécier vos nobles sentiments et trouver du plaisir à vous assurer de ma haute considération.

» HORTEMSE. »

Le prince Louis écrit à un député :

« Monsieur le Député,

» Je viens de lire avec douleur qu'on proposait î\ la Chambre de mettre ma famille sur la môme liste de proscription que celle des Bourbons. Je demande qu'on sépare deux infortunes aussi opposées. Après la Révolution de 1830, je crus que la patrie serait rendue aux parents de l'Empereur Napoléon.

» La famille de celui dont on relevait la statue devaitelle être traitée comme celle dont on brisait les emblèmes ?

» N'avions-nous pas été exilés en même temps que la gloire française et le drapeau tricolore, et pourtant tous deux, en juillet, revinrent sans nous.

» Je me tais sur une loi injuste et cruelle, mais je réclame contre la mesure qui tendrait à confondre la famille de rhomme qui était fier de tout devoir au peuple français avec celle qui, ramenée par l'étranger, revendique sans cesse des droits usés qui n'appartiennent qu'à la nation.

» J'intercède donc, au nom de toute ma famille, qui, j'espère, ne me démentira pas, pour qu'on ne nous place pas à côté des vainqueurs, nous, les vaincus de Waterloo. »

Sur ces entrefaites, éclatèrent des troubles en Italie.

Les fils d'Uortense entrent dans le mouvement, mais ils se dégagent avec assez d'habileté. Napoléon -Louis meurt de la rougeole >.

La reine Hortense se décide d*aller à Londres ; et le prince Louis^ sur le conseil de Car imir-Périer, écrit à LouLs- Philippe :

« Sire,

» J'ose m'adresser à Votre Majesté comme représentant de la Grande Nation, pour lui demander une grâce, qui est

1. Le roi Louis, après avoir, plus tard, fait enlever de It chapelle de Pesaco les restes de son fils, les fit déposer dans un tombeau élevé dans le cloitre du Saint-Esprit à Florence; il composa lui-même Tépitaphe gravée sur le tombeau :

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