‹ Napoleon III publiciste: sa pensée cherchée dans ses écrits; analyse et appréciation de ses œuvresChapitre 11 sur 16 · IS · texte numérisé non relu

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incultes, qai appartiennent soit au gouvernement soit aux communes, soit aux particuliers, et qui ne donnent guère plus de 8 fr. de revenu par hectare. En en déduisant 1/3 occupé par les bâliments, ruisseaux, canaux, etc., ou indéfrichable, il resterait 6,127,000 hectares à défricher. Ces 6,127,000 hectares seraient rois par une loi à la disposition de Tassociation ouvrière, sauf à payer aux propriétaires une indemnité ognie au revenu qu'ils en retirent. L'association créerait des colonies agricoles pour les défricher. L'État fournirait les avances nécessaires. Ces avances sont estimées par l'auteur à 500 millions à fournir en quatre ans. L'auteur se livre ensuite à divers calculs desquels il résulte qu'au bout de 25 ans, les recettes annuelles des colonies agricoles s'élèveraient à 1,194,694,800 fr.; les dépenses à 578,622,278 fr., ce qui laisserait un revenu net de 816,072,522 à la disposition de l'association. Sur ce revenu le gouvernement percevrait fr. 57 millions d'impôt foncier, en sorte que les avances qu'il aurait faites constitueraient pour lui un magnifique placement.

Voilà pour les résultats financiers de l'affaire; mais avant tout, il s'agirait d'organiser la classe ouvrière pour la rendre capable de participer à une si féconde opération. On créerait, dans ce but, sous le nom de prudhommes, une classe intermédiaire entre les ouvriers et les entrepreneurs d'industrie. Chaque groupe de dix ouvriers élirait un prudhomme. Les prudhommes seraient divisés en deux catégories. Les uns entreraient avec leurs escouades dans les colonies agricoles. Les autres resteraient dans Tindustrie privée.

Tout chef de fabrique ou de ferme, tout entrepreileur quel»

conque serait obligé par une loi, dès qu'il emploierait pins de dix ouvriers d'avoir un prud homme pour les diriger, et de lui donner un salaire double de celui des simples ouvriers.

Ces pradhommes rempliraient dans la classe ouvrière le rôle des sous-officiers dans l'armée. Ils formeraient le premier degré de la hiérarchie sociale. Une de leurs fonctions principales serait de régler la répartition utile du travail, et de déverser l'excédant des bras inoccupés dans les colonies agricoles. Chaque fois qu'il y aurait excédant de bras dans l'industrie privée, les prudhommes partageraient avec les maires des communes le droit d'envoyer aux colonies agricoles les ouvriers qu'ils ne pourraient pas utiliser. Ces ouvriers surabondants seraient employés à faire de nouveaux défrichements , etc. Lorsqu'au contraire, l'industrie privée souffrirait du manque de bras, les colonies agricoles se chargeraient de lui en fournir.

Pour mieux définir notre système, dit l'auteur, nous aurons recours à une comparaison. Lorsqu'au milieu d'un pays coule un laige fleuve ,' ce fleuve est une cause générale de prospérité ; mais quelquefois la trop grande abondance de ses eaux ou leur excessive rareté,, amène ou l'inondation ou la séoberesse. Que fait-on pour remédier à ces deux fléaux ? On creuse, le Nil en fournit l'exemple, de vastes bassins où le fleuve déverse le surplus de ses eaux quand il en a trop, et en reprend au contraire, quand il n'en a pas assez ; et de cette manière on assure aux flots cette égalité constante de niveau d'où naît l'abondance. Eh bien, voilà ce que nous proposons pour la classe ouvrière, cet autre fleuve qui peut être à la fois une source de ruine ou de fertilité, Suivant la manière dont on tracera son cours. Nous demandons pour la masse flottante des travailleurs, de grands refuges où l'on s'applique à développer leurs forces comme leur

«prit» reloges qui, lorsque l'aotiYité générale du pays m ndentira, coiiserrent le surplus des forces non employées pour les rendre ensuite an.furetà mesure au mouvement général. Nous demandons en un mot de véritables déversoir» de la population, réservoirs utiles du travail, qui maintiennent toujours à la même hauteur cet autre niveau de la justice divine qui veut que la saenr du pauvre reçoive sa juste rétribution.

Dans les colonies agricoles, les ouvriers seront organisés par escouades sous la direction des prudiiommes. On leur payera la solde du soldat. Jusqu'à ce que la colonie ait donné des bénéfices, tous les ouvriers seront logés dans des baraques comme celles des camps. Ces baraques contiendront dix hommes avec leur prudhomme. Lorsqu'ils seront mariés, il y aura une baraque par famille et les baraques seront construites sur une plus petite échelle. Au dessus des prudhommes, il y aura des directeurs élus par les prudhommes et les ouvriers. Enfin chaque colonie aura un gouverneur nommé par les prudhommes et les directeurs. Chaque année les comptes seront imprimés, communiqués à l'assemblée générale des travailleurs et soumis au conseil général du département qui devra les approuver et aura le droit de casser les prudhommes ou directeurs qui auraient montré leur incapacité. Tous les ans, les gouverneurs des colonies se rendront à Paris, et là , sous la présidence du ministre de l'intérieur, ils discuteront le meilleur emploi à faire des bénéfices dans l'intérêt de l'association générale. Une partie de ces bénéfices sera distribuée aux membres de l'association; une autre partie sera consacrée à étendre le domaine commun par Tachât de nouvelles terres.

Quand il n'y aura plus assez de terre à bas prix en ït|MUse>

l'Bsaodatîon établira des êuœtirBales en Algérie, en Amérique même, elle peut un jour envahir le monde 1 car partout où il j aura un hectare à défricher et an pauvre à nourrir, elle sera là avec ses capitaux, son armée de travailleurs, son incessante activité.

Te! est ce plan qui est destiné à résoudre le problème de Vextinction du paupérisme. L'auteur enthousiasmé de son idée, voit dans son adoption le salut de la société, et il semble même, chose originale, y voir un préservatif politique contre < les prétentions surannées de quelques hommes. >

Aujourd'hui, conclut-il, la rétribution du travail est abandonnée au hasard ou à la violence. C'est le maître qui opprime ou l'ouvrier qui se révolte.

Et que faut-il pour réaliser un semblable projet f Une année de solde de l'armée, quinze fois la somme que Ton a donnée a l'Amérique, une dépense égale à celle qu'on emploie aux fortifications de Paris.

Et cette avance rapportera, au bout de vingt ans, à la Prance un milliard, à la classe ouvrière 800 millions, au fisc 37 millions!

Que le gouvernement mette à exécution notre idée... qu'il établisse le bien-être des masses sur des bases inébranlables et il sera inébranlable lui-même. La pauvreté ne sera plus séditieuse lorsque l'opulence ne sera plus oppressive ; les oppositions disparaîtront et les prétentions surannées qu'on attribue à tort ou à raison à quelques hommes, s'évanouiront comme les folles brises qui rident la surface des eaux sous l'équateur et s'évanouissent en présence du vent réel qui vient enfler les voiles et faire marcher le navire.

...Dans l'avant dernier siècle, La Fontaine émettait cette sentence, trop souvent vraia et cependant si triste, si destruotive de

tonte société, de tout ordre, de toute hiérarchie : » Je vous le dis en bon français , noire ennemi ^ c*est notre maître, »

Aujourd'hui le but de tout gouvernement habile doit être de tendre par ses efforts à ce qu'on puisse dire bientôt : le triomphe du christianisme a détruit V esclavage, le triomphe de la révolution française a détruit le servage; le triomphe des idées démocratiques a détruit le paupérisme!

Les vices de ce plan < d'organisation du travail > sont faciles à apercevoir. Au point de vue financier, il ne supporte guère l'examen. On a essayé maintes fois d'utiliser d'une purl les terres incultes, autrement dit les terres de rebut, d'une autre part, les ouvriers inoccupés, autrement dit le rebut delà population ouvrière, en créant des colonies agricoles. Cela s'est fait particulièrement en Hollande, où le général Van den Bosch fonda en 1818 une société de bienfaisance pour la création de colonies agricoles destinées à recevoir l'excédant de la population ouvrière. Ces colonies obtinrent du gouvernement un subside considérable, et cependant, 50 ans plus tard, en 1848 leur capital mobilier et immobilier ne dépassait pas 5 millions de florins et elles avaient 8 à 9 millions de fl. de dettes (1). C'est que dans l'agriculture comme dans les autres branches de la production il faut, pour obtenir de bons résultats, employerde bons instruments et surtout de bon travail. A la vérité, l'auteur de YExtinction du paupérisme ne compte pas seulement sur les pauvres et les mendiants pour peupler ses colonies; il compte aussi sur les bons ouvriers. Mais < la paie du soldat > et la perspective d'un campe-

(i) Voir à ce sujet, Tart. Colonies agricoles, dans le Dictionnaire de l*£co< nomie politique de MM. Gh. Goquelin et Guiliaumin.

ment dans des baraques suffiront-elles bien pour les y faire venir librement? On donnera, dit-il, aux prudhommes et aux maires des communes, le pouvoir de les y envoyer, quand cela sera nécessaire. On donnera aussi aux prudhommes le pouvoir de les renvoyer dans Tinduslrie privée quand celle-ci les réclamera. Soilt mais que signifie ce pouvoir attribué aux prudhommes? Il signifie que les ouvriers perdront la libre disposition de leur travail ; en d'autres termes qu'ils seront réduits à l'état de serfs. Sans doute, ce servage sera organisé d'une manière démocratique , puisque les prudhommes seront nommés par les ouvriers eux-mêmes, mais en sera-ce moins un servage? Or réduire les ouvriiers à l'élat de serfs, est-ce bien le moyen d'améliorer et de relever leur condition?

Si l'auteur avait un peu mieux étudié l'organisation naturelle de la société et les effets de la liberté économie que, il se serait convaincu que cet équilibre qu'il voulait établir au moyen de ses réservoirs de travail s'établit de lui-même, sans efforts et sans peine, sous l'influence de la liberté; qu'il suffit de laisser la production agricole, industrielle et commerciale s'organiser et se développer d'elle-même, en lui fournissant simplement la sécurité dont elle a besoin, pour qu'elle s'organise de la manière la plus économique, et se développe autant que le comportent les capitaux, le travail et les débouchés dont elle dispose; il se serait convaincu encore que les travailleurs abandonnés à eux-mêmes vont toujours, aussi bien que les capitaux, dans les directions où ils peuvent être employés le plus utilement; où par conséquent, ils sont le mieux rémunérés; qu'il suffit de leur laisser pleine liberté de se mouvoir, en se bornant à éclairer leur

oiarehé poar que la distribution du travail s'opère de manière à équilibrer toujours l'offre des bras avec la demande; qu'il n'est donc pas nécessaire de demander à un système de servage démocratisé un régulateur de la production et du travail; que ce régulateur existe et qu'il s'appelle : liberté. Mais l'auteur écrivait dans un temps et dans un pays où l'économie politique et la liberté étaient peu en faveur. Sa brochure obtint uncertainsuccés. Les Bocialistesi sans se rallier à son système (n'avaient-ils pas les leurs?) le regardèrent désormais comme un confrére^ et plus tard, V Extinction du paupérisme^ répaudiM i profusion au bas prix de 25 centimes ou même distribuée gratis dans les ateliers, servit à augmenter le nombre de ses partisans parmi les classes ouvrières.

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