‹ Napoleon III publiciste: sa pensée cherchée dans ses écrits; analyse et appréciation de ses œuvresChapitre 10 sur 16 · HÉ · texte numérisé non relu

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de mon nom plébéien tous les partisans de la soureraineté nationale, tous ceux qui roulaient la gloire et la liberté. Si je me suis trompé, est-ce à Topinion démocratique à m'en vouloir? Est-ce à la Trancc à m*en punir?

Croyez, monsieur, que, quel que soit le sort que Tavenir me réserve, on ne dira jamais de moi que pendant Texil ou la captivité, je n'ai rien appris ni rien oublié.

A la fin de 1845, son père étant gravement malade, il écrivit au ministre de Tînlérieur pour demander (a permission d'aller lui rendre les derniers devoirs, en doniiatit sa parole d'honneur de revenir dans sa prison. Qn la lui refusa. Le 14 janvier 1846, il écrivit au roi. Nouveau refus. Alors, plusieurs députés, et, en particulier, M. Odilon Barrot, l'engagèrent à adresser au roi une espèce de demande en grâce, en lui promettant de la faire réussir. Mais il repoussa vivement cette ouverture, afin de ne pas enchaîner un avenir dans lequel îl persistait à avoir foi.

Depuis bientôt six. ans, écrivait-il à cette occasion à M. Odilon Barrot (2 février 18^6), je supporte sans me plaindre une réclusion qui est une des conséquences naturelles de mes attaques contre le gouvernement. Je la supporterai encore dix ans s'il le faut sans accuser ni le sort ni les hommes.

Jetons maintenant un coup d'œil rapide sur les publications de cette période de captivité.

Les Fragments historiques ou comparaison des révolutions de 1688 et de 1830 furent écrits dans les premiers mois du séjour du prince à Ffam. Ils devaient, dans sa pensée, servir de justification à une tentative qui venait d'échouer si malheureusement et qui le livrait, sans défense, aux sarcasmes de ses ennemis.

n me suffit, pour venger men honneur, dit-il dans sa préface, de prouver que si je me suis embarqué audaciensement sur une mer orageuse, ce n'est pas sans avoir d'avance médité profondément sur les causes et les effets des révolutions, sur les écueils de la réussite comme sur les gouffres du naufrage.

Fendant qu'à Paris on déifie les restes mortels de l'empereur, moi, son neveu, je suis enterré vivant dans une étroite enceinte; mais je me ris de l'inconséquence des hommes, et je remercie le ciel de m'avoir donné comme refuge après tant d'épreuves cruelles , une prison sur le sol français. Soutenu par une foi ardente et une conscience pure, je m'enveloppe dans mon malheur avec résignation, et je me console du présent en voyant l'avenir de mes ennemis écrit en caractères ineffaçables dans rhistoife de tous les peuples.

Il examine donc les analogies qui existent entre la situation de l'Angleterre de 1688 et celle de la France de 1830. Il voit dans les deux pays des intérêts anciens et des intérêts nouveaux, qu'il s'agissait de concilier. Celte œuvre les Stuarts ne la comprirent pas, et ils succombèrent pour ne l'avoir pas comprise. Guillaume 121 au contraire en eût l'intelligence, et il réussit à fonder un gouvernement stable et fort parce que ce gouvernement était en harmonie avec les besoins du temps et du pays. Si Guillaume m s'était conduit autrement, s'il avait essayé de replâtrer le vieux système des Stuarts, il aurait été renversé à son tour, et l'on aurait, mais certes bien à tort, proclamé la nation anglaise une nation ingouvernable.

Guillaume III satisfit aux exigences de son époque et rétablit la tranquillité publique; mais s'il eût suivi la politique des Stuarts il eut été renversé, et les ennemis de la nation anglaise, en voyant encore de nouveaux besoins de changement, eussent

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accusé le peuple d'inconséquence et de légèreté, au liea d'accuser les gouvernants d'aveuglement et de perfidie ; ils eussent dit que r Angleterre était une nation ingoucernable ; ils Teusseut appelée, comme Jacques II la nomme dans ses mémoires, une nation empoisonnée.

L'exemple des Stuarts prouve que l'appui étranger est toujours impuissant à sauver les gouvernements que la nation n'adopte pas.

Et l'histoire d'Angleterre dit hautement aux rois :

Marchez à la tcte des idées de votre siècle, ces idées tous suivent et vous soutiennent.

Marchez à leur suite, elles vous entraînent.

Marchez contre elles, elles tous renversent.

Les allusions auxquelles se livre l'auteur de ces fragments sont aussi transparentes que possible. Le Guillaume III qui est renversé en France pour avoir suivi le système des Stuarts et s'être appuyé sur l'éfranger, c'est» bien entendu, Louis-Philippe. La révolution de 1850 diffère en conséquence de celle de 1688 en ce qu'elle ne résout rien; en ce qu'elle rend nécessaire au contraire une révolution nouvelle, qui devra être accomplie ou terminée, conformément aux besoins de la France nouvelle, par un vrai Guillaume III. Cette révolution nécessaire le prisonnier de Ham avait voulu la tenter à l'exemple de son modèle. Il n'avait pas voulu abandonner aux masses elles-mêmes le soin de l'accomplir, parce qu'il pensait que :

En général les révolutions conduites et exécutées par un chef tournent entièrement au profit des masses ; car , pour réussir le chef est obligé d'abonder entièrement dans le sens national, et pour se maiiïtenir, il doit rester fidèle aux intérêts qui l'ont fait triompher ; tandis qu'au contraire, 1^ révohitionfl

ôiiteft par les masses ne profitent aouyent qu'aux ctielsj parée que le peuple croit le lendemain de la victoire son ouvrage achevé, et qu'il est dans son essence de se reposer longtemps de tous les efforts qu*il lui a fallu pour vaincre.

Il a échoué dans sa tentative; mais comme la situation n*a point changé, une révolution n*en demeure pas moins nécessaire et comme il l'écrivait dans sa préface : « il se console du présent en voyant Tavenir de ses ennemis écrit en caractères ineffaçables dans Thistoire de tous les peuples. »

Ses pressentiments et sa confiance en son étoile ne l'ont pas trompé. Mais l'histoire dira-l-elle qu'il a mieux satisfait aux besoins de la France nouvelle que ne l'avait fait Louis-Philippe? Sera-t-il, lui, le vrai Guillaume III? L'avenir nous le dira.

Aux Fragments historiques succède un travail d'un "*lout autre caractère, V Analyse de la question des sucres^ qui est surtout intéressante en ce qu'elle renferme un exposé assez complet des opinions économiques de l'auteur. Ces opinions, il faut le dire, ne sont pas précisément des plus avancées. L'économie politique comme la politique de l'héritier des Idées napoléoniennes ^ date de l'Empire. L'industrie du sucre indigène dont il défend la cause dans celle analyse était, du reste, une création napoléonienne.

Lorsque la mer eut été fermée à la France, l'empereur, dit- il, prit une de ces résolutions qu'un grand homme seul peut concevoir et accomplir, il voulut transporter les colonies en Europe en chargeant la science de trouver dans nos climats les équivalents des produits de Téquateur.

Dans ce but, l'empereur ordonna par un décret du

25 mars 4814, que 32,000 hectares seraient consacrés à la culture de la betterave, et ii mit un million de francs à la disposition du ministre de Tintérieur pour encourager cette industrie, ainsi que la culture du pastel qui devait remplacer l'indigo. Ces créations d'industries artificielles n'eurent d'abord qu'un médiocre succès, et le sucre de betteraves ne suppléa que fort imparfaitement au sucre de canne. Cependant des capitaux importants avaient été engagés dans cette industrie. La Restauration ne crut pas devoir l'abandonner. Elle l'exempta de toute taxe, tandis que les sucres des colonies étaient soumis à des droits élevés et les sucres étrangers à des droits prohibitifs. Grâce à cette énorme prime d'encouragement, la sucrerie indigène se développa en se perfectionnant tandis que la production sucrière des colonies, enrayée par l'esclavage, demeurait à peu près stationnaire. Alors, les colonies se plaignirent , et sur leurs réclamations la sucrerie indigène fut à son tour soumise à des droits. Malgré ces droits, elle continua de se développer, au grand désespoir des colons qui finirent par demander la suppression de leur rivale. Un projet fut même rédigé portant qu'une indemnité de rachat de 40 millions serait accordée aux producteurs de sucre indigène. Ce projet ne fut pas adopté; on se borna à augmenter les droits sur le sucre de betterave, jusqu'à les niveler avec ceux qui grevaient le sucre des colonies. Grâce à l'abondance de ses capitaux, à la perfection de ses machines, à l'intelligence des travailleurs libres qui la desservent, l'industrie indigène a pu néanmoins se soutenir contre la concurrence du sucre de canne. 11 est vrai qu'en France, la lutte n'a porté qu'entre le sucre des colonies et le sucre indigène, que le sucre étranger a été écarté de l'arène par des

droits prohibitifs, et que les consommateurs ont été ainsi obligés de supporter un lourd impôt par le renchérissement artificiel et permanent d'une des denrées qui contribuent le plus au bien-être des masses. Mais ou sait que l'intérêt des consommateurs a été toujours laissé à Tarrière plan dans les questions d'impôts et de douanes.

L'auteur de V Analyse de la question des sucres s'oppose, et certainement avec raison, à la suppression de la sucrerie indigène; mais d'un autre côté, il fait bon marché des intérêts de la masse des consommateurs, en demandant l'expulsion des sucres étrangers, ou tout au moins, en réclamant l'application aux sucres du régime de Yéchelle mobile.

La première décision à prendre, dit- il, c'est d'expulser les sacres étrangers en les tenant en réserve au moyen d'un droit mobile et proportionnel au prix courant, afin de permettre leur entrée dans le seul cas où les productions françaises ne suffiraient pas à la consommation.

Cette solution n'atteste pas chez l'auteur des connaissances économiques bien approfondies. On connaît les effets désastreux de l'échelle mobile appliquée aux grains, et il est permis d'augurer que ce régime ne donnerait pas un meilleur résultat si on l'appliquait aux sucres. L'auteur, du reste, n'attribue au commerce extérieur qu'un rôle inférieur, subordonné, dans l'économie d'une nation. Et chez lui c'est encore de tradition.

L'empereur Napoléon, dit-il, a fait la classification suivante qui montre les bases sur lesquelles l'économie politique de la France doit être fondée :

L'agriculture est la base et la force de la prospérité du pays.

L'industrie est l'aisance, le bonheur de la population.

Le commeroe extérienr, la sorabondanee, le bon emploi des deux aatrea.

Celui-ci est fait pour les deux autres^ les deux antres ne sont pas faits pour lui. Les intérêts de ces trois bases essentielles sont divergents, souvent opposés.

Cette classification si claire indique quelle est pour la France l'importance des intérêts qui se rattachent à ces trois grands éléments de la prospérité des peuples.

L'agriculture et l'industrie étant les deux causes de vitalité, tandis que le commerce extérieur n'en est que Vcffet, un gouvernement sage ne doit jamais sacrifier les intérêts majeurs des premiers aux intérêts secondaires du dernier.

Sur ce point, notons-le en passant, réconomie politique napoléonienne est en désaccord complet avec l'économie politique pure et simple, qui prétend comme on sait, qu'il y a harmonie et non opposition d'intérêts entre l'agriculture, l'industrie et le commerce. — Mais poursuivons. Aux yeux de l'auteur, le commerce extérieur n'est donc qu'un intérêt secondaire, qu'il faut savoir sacrifier, au besoin, à la prospérité des autres branches et surtout aux intérêts de la classe ouvrière.

Le premier intérêt d'un pays ne consiste pas dans le bon marché des objets manufacturés mais dans l'alimentation du travail. Créer le plus d'activité possible, employer tous les bras oisifs, tel doit être le premier soin d'un gouvernement, protéger le consommateur aux dépens du travail intérieur, c'est en général favoriser les classes aisées au détriment de la classe indigente, car la production c'est la vie du pauvre, le pain de l'ouvrier, la richesse du pays. L'intérêt du consommateur, au contraire, oblige le fabricant à devenir oppresseur. Pour dominer la concurrence et livrer ses produits au plus bas prix possible, il faut qu'il maintienne des millions d'individus dans la misère;

qu'il réduise journellement les salaires, qu'il emploie de préférence les femmes et les enfants, et laisse sans occupation l'homme valide qui ne sait que faire de sa force et de sa jeunesse.

L'Angleterre a réalisé le rêve de certains économistes modernes ; elle surpasse toutes les autres nations dans le bon marché de ses produits manufacturés. Mais cet avantage, si c'en est un, n*a été obtenu qu'au préjudice de la classe ouvrière. Le vil prix de la marchandise dépend du vil prix du travail, et le vil prii^ du travail c'est la misère du peuple. Il ressort d'une publication récente que pendant les dernières années, tandis que l'industrie anglaise triplait sa production, la somme employée pour solder les ouvriers diminuait cTun tiers. Elle a été réduite de 15 mil^ lions, à 10 millions de livres sterl. Le consommateur a gagné, il est vrai, le tiers du salaire prélevé sur U sueur de l'ouvrier ; mais de là aussi sont venus les perturbations et le malaise qui ont affecté profondément la prospérité de la Grande-Bretagne.

Pour créer l'industrie il faut la science qui invente, l'intelligence qui applique, les capitaux qui fondent, les droits de douane qui protègent j\isqu'au développement complet. C'est par l'heureux effet de semblables mesures que l'Angleterre est arrivée à un degré prodigieux d'activité industrielle ; la Prance est également redevable à ce système de la plupart de ses industries; car c'est en poussant la science aux découvertes par l'appât de primes élevées, en suppléant à la rareté des capitaux par des avances considérables, en frappant de droits prohibitifs les produits étrangers que l'empereur Napoléon dota la France du filage du coton, de la fabrication du Casimir, de la garance, du pastel ; imprima l'élan à la découverte du filage du lin à la mécanique et donna un immense essor aux forges, aux fabriques de tissus de soie, de laine et de coton.

Si en Prance les partisans de la liberté du commerce osaient mettre en pratique leurs funestes théories, la France perdrait va, richesse une valeur d'au moins deux milliards, deux millions

d'ouvriers resteraient sans travail, et notre commerce serait

privé du bénéfice qu'il tire de l'immense quantité de matières I

premières qui sont importées pour alimenter nos manufactures.

L'auteur ne s'oppose pas toulefois à priori à toute réforme douanière; il admet que les droits puissent être abaissés, mais seulement quand il est bien avéré qu'une industrie peut se passer de protection. G*es( un protec^ tionniste progressiste, ce n'est pas un libre échangiste (1).

Nous trouvons dans une autre brochure, écrite également dans la prison de Ham, des indications non moins intéressantes sur les idées économiques de l'auteur. Il s*agit de Y Extinction du paupérisme.

Cette brochure parut en 1844. A cette époque, il y avait en France comme une ef&orescence d'idées socialistes. M. Louis Blanc venait de publier son Organisation \ du travail^ les phalanslériens s'étaient groupés et ils avaient commencé la publication du journal la Phalange I devenue ensuite la Démocratie pacifique; M. Eugène Sue se préparait à écrire ses romans socialistes. Au fond de ce mouvement, il y avait une idée généreuse : celle de | l'amélioration du sort des classes ouvrières. Malheureu- I sèment, l'absence d'un enseignement économique (l'Économie politique ne comptait alors en France et elle n'y compte encore que deux chaires) devait engendrer, en ces matières, les aberrations les plus incroyables. Les socialistes s'accordaient pour condamner l'organisation actuelle de la société, et, en particulier, la libre concurrence

(1) La famense lettre du 5 janvier iS60quia mis fin, en France, au régime prohibitif n'est point, comme on Ta affirmé trop légèrement, en désaccord avec les principes de l'auteur de V Analyse de la question des sucres ; car elle substitue à la prohibition un régime de protection modérée et non an régime de libre échange. (Voir à TAppendice.)

qu'ils qualifiaient de < concurrence anarchique; » mais ils ne s'entendaient guère sur les moyens de la remplacer. Chacun avait son système qu'il proposait comme une panacée sociale. Sollicité par ses amis du parti démocratique de faire connaître le sien, le prince Louis Napoléon écrivit son Extinction du paupérisme.

Ce plan c d'organisation du travail » ressemble à bien des égards à celui de M. Louis Blanc. Dans les deux projets il s'agit, en effet, d'organiser une vaste association ouvrière, au moyen de l'intervention et de la commandite de l'État. Seulement, le prince, rendons-lui cette justice, ne partage pas les idées égalitaires de son émule. D'un autre côté, son plan a un certain cachet militaire : il semble avoir puisé quelques-unes de ses idées dans l'organisation des colonies militaires de la Russie qui jouirent pendant quelque temps, comme on sait, d'une grande célébrité. Mais il y a un point sur lequel il est entièrement d'accord avec M. Louis Blanc : c'est que la situation économique de la société est détestable et qu'il faut se hâter de la changer.

Comme M. Louis Blanc, l'auteur de VExtinction du paupérisme , débute donc par présenter un sombre tableau de la situation du travail et des travailleurs. L'agriculture, dit-il, est ruinée par le morcellement. et cependant le rétablissement du droit d'aînesse est impossible; l'industrie est une machine qui fonctionne sans régulateur et qui broie dans ses rouages les hommes comme la matière, t Véritable Saturne du travail, l'industrie dévore ses enfants et ne vit que de leur mort. > Le commerce intérieur souffre parce que la nation se trouve composée de producteurs qui ne peuvent pas vendre et de consommateurs affamés qui ne peuvent pas acheter.

Le commerce extérieur est enrayé par la faiblesse et le manque (le dignité du gouvernement. A ce propos, hauteur émet cet aphorisme plus belliqueux que commercial:

Qu'il me suffise de dire que la quantité de marcliandises qu'an pays exporte est toujours en raison directe du nombre de boulets qu'il peut envoyer à ses ennemis quand son honneur et sa dignité le commandent.

Nous ne vouions pas discuter cet aphorisme. Qu'on nous permelle de remarquer cependant que TÉtat du continent qui exporte le plus de marchandises — savoir la ville libre de Hambourg — est en même temps celui qui a le moins de boulets à envoyer à ses ennemis. Mais poursuivons. Gomment remédier aux souffrances de Tagriculture, de l'induslrie et du commerce? Par Tintervention de TËtat et au moyen d'un emploi judicieux de l'impôt dont il s'agit de faire le meilleur des placements.

Le prélèvement de l'impôt peut se comparer à l'action du soleil qui absorbe les vapeurs de la terre pour les reporter ensuite à l'état de pluie, sur tous les lieux qui ont besoin d'eau pour être fécondés et pour produire. Lorsque cette restitution s'opère régulièrement, la fertilité s'ensuit ; mais lorsque le ciel, dans sa colère déverse partiellement en orages, en trombes et en tempêtes, les vapeurs absorbées, les germes de production sont détruits et il en résulte la stérilité, c^r il donne aux uns beaucoup trop et aux autres pas assez. Cependant, quelle qu'ait été Faction bienfaisante ou malfaisante de l'atmosphère, c'est presque toujours au bout de l'année la même quantité d*eau qui a été prise et rendue. La répartition seule fait donc la di£Pérence« Équitable et régulière, elle crée l'abondance; prodigue et partiale elle amène la disette.

Il en est de même d'une bonne ou mauvaise administration. Si les sommes prélevées chaque année sur la généralité des habitants sont employées à des usages improductifs, comme à créer des places inutiles, à élever des monuments stériles, à entretenir au milieu d'une paix profonde une armée plus dispendieuse que celle qui vainquit à Austerlitz, l'impôt, dans ce cas, devient un fardeau écrasant; il épuise le pays, il prend sans rendre ; mais si , au contraire , ces ressources sont employées à créer de nouveaux éléments de production, à rétablir l'équilibre des richesses, à détraire la misère en activant et organisant le travail, à guérir enfin les maux que notre civilisation entraîne avec elle, alors certainement l'impôt devient pour les citoyens, comme l'a dit un jour un ministre à la tribune, le meilleur des placements.

C'est donc dans le budget qu'il faut trouver le premier point d'appui de tout système qui a pour but le soulagement de la classe ouvrière. Le chercher ailleurs est une chimère.

Qu'y a-t-il donc à faire? Il faut créer une vaste associalion ouvrière qui emploie les bras inoccupés et remédie au morcellement de la propriété, en rappelant en même temps, dans les campagnes le trop plein des villes.

La classe ouvrière ne possède rien, il faut la rendre propriétaire. Elle n'a de richesse que ses bras, il faut donner à ces bras un emploi utile pour tons. Elle est comme un peuple d'Ilotes an milieu d'un peuple de Sybarites. Il faut lui donner une place dans la société, et attacher ses intérêts à ceux du sol. Enfin, elle est sans organisation et sans liens , sans droits et sans avenir, il faut lui donner des droits et un avenir, et la relever à ses propres yeux par l'association , l'éducation et la discipline.

Voici le plan que propose Fauteur pour atteindre ce 'bâti ir y :a en France 9,f 90,000 hectares de terres

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