N.\POLÉON III
animée par le respect de la loi, ma conduite prourera, à rencontre des passions qui ont essayé de me noircir pour me proscrire encore, que nul ici plus que moi n'est résolu à se dévouer à la défense de l'ordre et à l'affermissement de la République. »
On lit dans le Moniteur^ à la suite de ce discours, : d? qu'un membre anonyme s'écria : Vive la République! et fôi qu'une agitation s'ensuivit. Un augure de Rome eût pro- voir nonce, en pareille occurrence, la parole des victimes au p'^ pied de la tribune impériale, dans le Cirque : Ave, Cœsar! morituri te salutant. Le lendemain du discours de Louis- Napoléon, un incident de discussion faisait connaître que, dans la Charente-Inférieure, on avait promis en son nom le remboursement de l'impôt des 45 centimes et la suspension de tout impôt pendant trois ans.
Le 11 octobre, l'Assemblée rendit le décret suivant : m « L'article 6 de la loi du 8 avril 1832, relative au ban- iiei nissement de la famille Bonaparte, est abrogé. » Il put être ' nécessaire, ce semble, de pourvoir à cette réhabilitation W si expressément, puisque des Bonaparte avaient été admis comme représentants; mais leurs amis pensèrent que ce qui abonde ne vicie pas, et que deux absolutions valent mieux qu'une. Le 25 octobre, il y eut quelque grabuge à l'Assemblée au sujet de la candidature annoncée de Louis-Napoléon pour la Présidence du pays,Jij. Un représentant, M. Clément Thomas, demanda quelques explications sur les titres de ce « citoyen » à une aussi haute fioc dignité. (Il devait plus tard expier cette question par l'exil.) Louis-Xapoléon était absent; c'était sa manière de remplir les fonctions de représentant. Mais son cousin Jérôme, soutenu par M. Pierre Bonaparte, répondit en
son nom avec une vivacité qui fit dégénérer le débat en violente altercation. Le lendemain, Louis-Napoléon demanda la parole sur le procès-verbal et dit :
« Citoyens représentants,
« L'incident regrettable qui s'est élevé hier à mon sujet, ne me permet pas de me taire. Je déplore profondément d'être obligé de parler encore de moi, car il me répugne de voir porter sans cesse devant l'Assemblée des questions personnelles, alors que nous n'avons pas un moment à perdre pour nous occuper des graves intérêts de la patrie.
« Je ne parlerai point de mes sentiments ni de mes opinions; je les ai déjà manifestés devant vous, et jamais personne n'a pu encore douter de ma parole.
« Quant à ma conduite parlementaire, de même que je ne me permettrai jamais de demander à aucun de mes collègues compte de celle qu'il croira devoir tenir, de même je ne reconnais à aucun d'eux le droit de m'interpeller sur la mienne; ce compte, je ne le dois qu'à mes commettants.
« De quoi ra'accuse-t-on? D'accepter, avec des sentiments populaires, une candidature que je n'ai pas réclamée?
« Eh bien! oui, je l'accepte, celte candidature qui m'honore. Je l'accepte, parce que trois élections successives et le décret unanime de l'Assemblée nationale, contre la proscription de ma famille, m'autorisent à croire que la France regarde le nom que je porte comme pouvant servir à la consolidation de la société ébranlée jusque dans ses fondements, à raffermissement et à la prospérité de la République.
« Que ceux qui m'accusent d'ambition connaissent peu mon cœur î Si un devoir impérieux ne me retenait pas ici, si la sympathie de mes concitoyens ne me consolait pas de l'animosité de quelques attaques et de l'impétuosité même de quelques défenses, il y a longtemps que j'aurais regretté l'exil.