SCÈNE III
LES TROIS SORCIÈRES; BARRAS, en costume de commissaire; NAPOLÉON BONAPARTE, en uniforme d'artilleur.
BONA.PARTE
Jamais je ne vis un jour plus glorieux.
BARRAS
Après la victoire que tu viens de remporter sur Toulon, jeune homme, je ne sais comment te prouver toute ma reconnaissance : la France va savoir l'habileté que tu as déployée ^ ( Apercevant les Sorcières, ) Mais que vois- je? quels sont ces êtres hideux aux yeux hagards, grossiers de formes et de mauvais présage ?
BONAPARTE
Parlez; qui êtes-vous?
PREMIÈRE SORClîîRE.
Salut , Napoléon , conquérant d'Italie I
DEUXIÈME SORCIÈRE
Salut , Napoléon , salut , consul des Gaules !
TROISlîiME SORCIÈRE.
Salut , Napoléon , futur empereur I
BARRAS
Tu viens d'affronter les dangers de la guerre ; et pourtant tu tressailles à la vue de ces femmes. Je veux leur parler. Salut et fraternité I Au nom de la liberté , soyez les bien -venues dans ce pays régénéré. Puisque vous savez l'avenir , révélez-moi mon sort futur et celui de la France , dont je porte les couleurs. Vous saluez mon protégé avec de magnifiques prophéties ; vous lui annoncez une fortune sans égale : si vous savez quelles têtes doivent être élevées, et quelles sont celles qui doivent être abaissées, parlez donc à Barras, l'élu de la Convention , Fespérance du peuple , et l'ennemi des tyrans.
PREBIlfeRE SORCIÎiRE.
Plus grand que Napoléon et moins que lui , tu feras des rois , et ne le seras pas !
DEUXli:ME SORCIÎiRE.
Salut, législateur de la France ! salut , guerrier magnanime !
TROISl]feME SORCIÈRE.
Salut à Barras , le ferme directeur !
PREMIÈRE SORCIÈRE
Pour la cinquième part du sceptre gallican , tu tiendras le pouvoir d'une main sûre ; par toi seront brisés les vieux lys des Bourbons. Détruisant Id Montagne et guidant la tempête, l'Europe te devra son joug et ses défaites.
DEUXIÈME SORCIÈRE
A tous deux , salut , Barras et Napoléon !
TROISIÈME SORCIÈRE
Napoléon et Barras , salut h tous deux !
BONAPARTE
Restez et dites-moi comment vous êtes douées de cette
intelligence; pourquoi, sur ces hauteurs, arrêtez -vous nos pas avec des salutations prophéliques ? Parlez , je vous commande.
TOUTES
Nous ne le pouvons. pas; Fenchantement est fini. {Elles s* en vont brusquement.)
BARRAS
La terre a ses êtres mystérieux, comme la mer
Elles ont donc disparu ?
Dans l'air ; et ce qui était corporel s'est évanoui comme la fumée avec le souffle du vent.
( Ils sortent, )
LE CHOEUR , chantant.
Donnez l'essor k ses puissans moyens ; On le verra produire son génie; Lui , le plus grand des plua grands citoyens , Il fera seul l'honneur de la patrie.
Dans ce héros , tout nous fait pressentir Un type unique , un colosse de gloire , Qui du passé, comme de Tavenir, Effacera la plus hrillante histoire.