EVALUER
Mais j'ai déjà garnison chez moi, et il n'y a plus de place.
HUBERT
Qu'est-ce que cela , il n'y a plus de place?,. . Et cette grande salle, où tous ces amateurs chantaient la Mère Godichon? . . ^
A7VALDER.
Mais c'est la salle à manger.
HUBERT
Eh bien! vous y melirez quelqu'un, et vous me donnerez sd chambre. . . ( Montrant la droite. ) Celle là , par exemple. . .
ERÉDÉRICH.
C^est la mienne , Monsieur.
HXTBERT.
C'est la vôtre, jeune homme?. . . Alors, cane fait pas là plus petite difficulté... ( Lui prenant la main. ) Touchez là^^ camiirade... Cette salle est superbe, vous y coucherez; et moi, je bivaquerai , comme je pourrai, dans votre petite chambre ... ^ Se jetant dans un fauteuil. ) Savez-vous qu'ils sont bons , vos fauteuils , Mein-Her.
CLÉMENCE , à voix hasse.
Frëdërich , vous pouvez supporter toutes ces humiliations?. « mon père offensé, vos amis chassés , vous-même?, .« ERÉDÉRicn, de même.
Clémence, je veux, je dois tout souffrir.
( î7 ) ctiÊMKNCE , à part.
Quel changement s'est opéré en lui !
( On entend des salines d*artillerie. )
WALDER.
ï)a canon ! . • . Que signifie?. • ;
HUBERT , se levant.
Ça, c'est le camarade qui tousse; et ce bruit là veut dire Napoléon.
WALDER.
HUBERT
Oui, Mein-Her , Napoléon I®^ , le petit caporal, empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération da Rhin , médiateur de la confédération Suisse. • . etc., etc., etc#, si vous voulez bien le permettre.
PRÉDÉRICH.
Napoléon vient à Vienne?
HUBERT
Et qui donc, s'il vous plaît*). . . Demain, il mangera la soupe à Schœnbrunn : c'est l'empereur d^ Autriche qui régale. •• FRÉDÉRicH, à part.
Demain à Schœnbrunn ! . . . je ne l'oublierai pas . • •
HUBERT
Mais, tenez , entendez-vous déjà la musique? c'est la tête du cortège qui s'avance. . . (^ A Louise. ) Petite mère, donnez-moi le bras , je vous prends sous ma protection. .. ( -^ Frederick.) Et vous, camarade, est-ce que vous ne voulez pas voir l'empereur ?
Ï-RÉBÊRICÏI.
Si, j'en ai le désir... Mais la foule est si grande!... Je voudrais le voir de près.
HUBERT
Ma foi , à votre aise. . . Adieu , estimables Allemands , qu'on me prépare ma chambre et du vin ; car je vous préviens que j'aurai soif en revenante . . ( Au fond» ) Passez, belle Louise ! honneur aux dames!
( Une marche militaire se fait entendre en dehors. — Des cris de vive l'empereur ! retentissent au loin. — La musique décrient plus bruyante , par degrés , et Von voit paraître les tambours et les aigles qui sont en tête du cortège. — Les cris de vive l'em-» pereur ! se renouvellent. )
riN DU PREMIER TABLEAU.
(Ig)
Une galerie du palais de Schœnbrunn.
SCÈIXE PREMIÈRE.
NAPOLÉON 5 LE DUC -ministre - secrétaire d'état j LE GÉNÉRAL -AiDE-DE-c AMP DE service; Maréchaux, GÉNÉRAUX, Diplomates, un Chirurgien.
( Jprès le changement , V empereur entre , en continuant une con-versation at^ec le duc, )
LE DUC
Je comprends le de'sir de Votre Majesté. . . Où e'taît la statue de Henri IV avant la re'volution, sur le terre-plein du Pont- Neuf?
Oui.
LE DUC
Un obélisque produira là un très-bel effet.
J'écrirai dessus : « Napoléon, au peuple français!» tout sim^ plement. ( Se tournant vers un diplomate, ) Monsieur , je vous ai fait appeler, pour que vous ayiez à pourvoir aux besoins des prisonniers. Duroc et monsieur le duc ont reçu mes ordres pour l'établisement des ambulances; mais je^vous charge spécialement des blessés autrichiens. Faites-les'placer sur des voitures, je veux qu'on les traite comme mes soldats. • , Tous les braves ont droit à l'hospitalité du champ de bataille.
LE DUC
Sire , vos nobles intentions seront remplies*
NAPOLEON , se promenant d^un air soucieux. Quelqu^un de tous, Messieurs, a-t il lu les gazettes alleman-^ des, ce matin?
LE DUC 5 lui présentant un journal.
Sire, voilà le Correspondant de Hambourg ^ que M- de Bourienne nous a envoyé.
Voyons cela.
LE DUC
C^est un journal qui a soixante mille abonnés,
NAFOLÉON.
Je le sais. ( // lit, ) « Bataille de Wagram : environ cinquante » mille hommes sont restés sur le champ de bataille, ou doi- M vent être conduits dans les hôpitaux. » { S^ interrompant, ) Mon armée a perdu beaucoup de monde. . . Monsieur le duc, je fais un décret qui assure une dotation aux blessés invalides. . . Les veuves de ceux qui ont succombé, recevront une pension, et la patrie adopte leurs enfans. (Continuant de lire.) cf Les Français » ont pris trente pièces de canon, enlevé plusieurs drapeaux , » et fait vingt mille prisonniers... Les généraux Lasalle , Gauthier et Lacour, ont été tués. » C'est assez impartial. , . Qu'estce que cela? « Le prince de Ponte - Corvo à son armée! » J'ignorais qu^il eût publié un ordre du jour. Après une pareille conduite , on doit se taire.
LE GÉNÉRAL
Le prince prétend qu^il ne pouvait rien exécuter avec ses Saxons 5 que l'armée française n'est plus^ celle de 1795. . .
Mon armée est toujours la même^ il n'y a de changé que quelques hommes, que je ne reconnais plus... Voyons la suite. ( Il lit.) « Au milieu des ravages de Tartillerie , vos colonnes » immobiles sont restées inébranlables comme l'airain.. . » Ohî pour le coup, c'est trop fort. ( Il jette le journal sur une taille , ai^ec violence,) L'aide-de-camp de service!
LE GÉNÉRAL
Sire , c'est moi.
Prenez une plume. ( // dicte à haute voix.) « L'empereur à 3) son armée! . . L'empereur témoigne son mécontentement au » prince de Ponte-Corvo , pour son ordre du jour , et le déclare 5) contraire à la vérité, à la politique , et à Ihonneur national. » Loin d'avoir été immobile comme Fairain, le corps du prince » de Ponte - Corvo a battu en retraite. Les éloges que se donne
» ce maréchal sont dus à Macdonald. Sa Majesté désire que ce » témoignage de son mécontentement serve d'exemple, pour » qu'aucun de ses maréchaux ne s'attribue la gloire d'un autre. »
( // arrache la plume des mains du ge'néraly et signe auec co~
Içre. )