CL:éMENCE
Comment peut-on aimer les ennemis de son pays !
LOUISE
Ce ne sont pas tous des ennemis. Mademoiselle ; il y en a qui sont les meilleurs enfans du monde. Mon sergent , par exemple; eh bien! à part quelques mouvemens d'humeur, quelques petits gestes un peu vifs , quelques. .... Mk)n dieu ! c'est la meilleure pâle d'homme. . .
CLÉMENCE
Pauvre Louise ! tu me fais pitié I
Mais, Mademoiselle 5 je ne suis pas la seule de mon avis. Vous voyez bien que toutes les demoiselles de Vienne vont au Prater avec les Français , et nos belles dames voudraient promener toute la grande arme'e dans leurs carosses.
"WALDER.
Certainement dans tout Vienne il n'y a pas une plus mauvaise langue que toi. Au lieu de bavarder ainsi , vas à ta besogne.
LOUISE
Toute ma besogne est fai e. Monsieur Walder.
WALDER.
Et le dîner des Français?
LOUISE
Il y a plus d'une heure que leur soupe est sur la table.
WALDER.
Eh bien ! alors va la réchauffer. S'ils trouvent le dîner froid , veux-tu qu'ils renouvellent la plaisanterie de Fautre jour ? LOUISE , riant, Ahi i)h ! le jour qu'ils ont jeté la nappe par la fenêtre, . .
WALDER.
La nappe , avec tout ce qui était dessus.
LOUISE , elle s^ apprête à sortir.
Ah! Monsieur , si mon beau sergent était logé chez vous , ces tours-là ne se renouvelleraient pas. C'est qu^avec lui , il ne s^^git pas de plaisanter : le sabre à la main tout de suite, et pas d'explications. Oh !.. . aussi je le lui disais bien hier : demandez donc un billet de logement chez no is.
WALDER.
Grand merci de votre protection. Mademoiselle; amener cet ivrogue-là chez moi! nous avons bien assez de nos quatre tambours.
LOUISE
Allons, comme vous voudrez. (j4 pari,) C'est égal, j^mrai mou beau sergent ici. ( Elle sort. )
r 5 ) SCÈNE îl.
CLÉMENCE, WALDER.
■WALDER.
Ea vérité , si roccupation dure encore quelques anaees , je ne sais pas comment on fera pour vivre.
clémencp:.
Il faut espérer que Dieu viendra au secours de l'Allemagne»
WALDER.
Espérons donc; mais en attendant le bonheur de rAlleiiiîigne, parlons du tien , ma chère enfant. . . C'est demain. • .
CLÉMENCE
Oui. Chose singulière ! un moment que j'ai tant désiré , maintenant que j^y touche , j'éprouve comme de la crainte.
WALDER.
De la crainte. . . et pourquoi?
CLÉMENCE
Sans doute. Mais je ne sais. . . il y a des momens oh il me semble que cela n'arrivera pas, que je ne serai pas mariée à Frédérich.
WALDER.
Allons , je vois que tu es aussi folle que lui.
CLÉMENCE
Ne parlez pas ainsi de celui que j'aime. Si je le préfère à tous, c'est que parmi nos jeunes étudians, nul n'a plus de vertus , un pUis noble caractère; nul ne rêve avec plus d'ardeur l'afïranchissement de notre belle patrie. . • Oui , je cuis sure que mon Frédérich rendra un jour son nom cher à rAllemagne, à tous les amis de la liberté !
WALDER.
Eh mais! quel enthousiasme!. .. Sais-tu, ma fille, que je vais devenir tout fier de toi.
CLÉMENCE
Croyez - vous donc, mon père, que les malheurs de mon pays oient laissé mon cœur sans émotions?. .... Mon enfance s'est écoulée dans la douleur, dans les larmes ; j'iii vu les enfans des premières familles périr eu combattant, Piuvasion étrangère. Malgré leurs généreux efforts, malgré les prières ferventes de nos ministres , nos armées sont en fuite , nos villes sont remplies
de soldais eDiiemis, et la honte est notre partage. . . Ah! je ne suis qu'une faible femnne; mais, quand je pense à l'asservissement de l'Allemagne, je me sens toute l'indignation, tout le courage d'un homme.