‹ Napoléon, ou, Schoenbrunn et Ste.-HélèneChapitre 2 sur 57 · CL:éMENCE · texte numérisé non relu

CL:éMENCE

Comment peut-on aimer les ennemis de son pays !

LOUISE

Ce ne sont pas tous des ennemis. Mademoiselle ; il y en a qui sont les meilleurs enfans du monde. Mon sergent , par exemple; eh bien! à part quelques mouvemens d'humeur, quelques petits gestes un peu vifs , quelques. .... Mk)n dieu ! c'est la meilleure pâle d'homme. . .

CLÉMENCE

Pauvre Louise ! tu me fais pitié I

Mais, Mademoiselle 5 je ne suis pas la seule de mon avis. Vous voyez bien que toutes les demoiselles de Vienne vont au Prater avec les Français , et nos belles dames voudraient promener toute la grande arme'e dans leurs carosses.

"WALDER.

Certainement dans tout Vienne il n'y a pas une plus mauvaise langue que toi. Au lieu de bavarder ainsi , vas à ta besogne.

LOUISE

Toute ma besogne est fai e. Monsieur Walder.

WALDER.

Et le dîner des Français?

LOUISE

Il y a plus d'une heure que leur soupe est sur la table.

WALDER.

Eh bien ! alors va la réchauffer. S'ils trouvent le dîner froid , veux-tu qu'ils renouvellent la plaisanterie de Fautre jour ? LOUISE , riant, Ahi i)h ! le jour qu'ils ont jeté la nappe par la fenêtre, . .

WALDER.

La nappe , avec tout ce qui était dessus.

LOUISE , elle s^ apprête à sortir.

Ah! Monsieur , si mon beau sergent était logé chez vous , ces tours-là ne se renouvelleraient pas. C'est qu^avec lui , il ne s^^git pas de plaisanter : le sabre à la main tout de suite, et pas d'explications. Oh !.. . aussi je le lui disais bien hier : demandez donc un billet de logement chez no is.

WALDER.

Grand merci de votre protection. Mademoiselle; amener cet ivrogue-là chez moi! nous avons bien assez de nos quatre tambours.

LOUISE

Allons, comme vous voudrez. (j4 pari,) C'est égal, j^mrai mou beau sergent ici. ( Elle sort. )

r 5 ) SCÈNE îl.

CLÉMENCE, WALDER.

■WALDER.

Ea vérité , si roccupation dure encore quelques anaees , je ne sais pas comment on fera pour vivre.

clémencp:.

Il faut espérer que Dieu viendra au secours de l'Allemagne»

WALDER.

Espérons donc; mais en attendant le bonheur de rAlleiiiîigne, parlons du tien , ma chère enfant. . . C'est demain. • .

CLÉMENCE

Oui. Chose singulière ! un moment que j'ai tant désiré , maintenant que j^y touche , j'éprouve comme de la crainte.

WALDER.

De la crainte. . . et pourquoi?

CLÉMENCE

Sans doute. Mais je ne sais. . . il y a des momens oh il me semble que cela n'arrivera pas, que je ne serai pas mariée à Frédérich.

WALDER.

Allons , je vois que tu es aussi folle que lui.

CLÉMENCE

Ne parlez pas ainsi de celui que j'aime. Si je le préfère à tous, c'est que parmi nos jeunes étudians, nul n'a plus de vertus , un pUis noble caractère; nul ne rêve avec plus d'ardeur l'afïranchissement de notre belle patrie. . • Oui , je cuis sure que mon Frédérich rendra un jour son nom cher à rAllemagne, à tous les amis de la liberté !

WALDER.

Eh mais! quel enthousiasme!. .. Sais-tu, ma fille, que je vais devenir tout fier de toi.

CLÉMENCE

Croyez - vous donc, mon père, que les malheurs de mon pays oient laissé mon cœur sans émotions?. .... Mon enfance s'est écoulée dans la douleur, dans les larmes ; j'iii vu les enfans des premières familles périr eu combattant, Piuvasion étrangère. Malgré leurs généreux efforts, malgré les prières ferventes de nos ministres , nos armées sont en fuite , nos villes sont remplies

de soldais eDiiemis, et la honte est notre partage. . . Ah! je ne suis qu'une faible femnne; mais, quand je pense à l'asservissement de l'Allemagne, je me sens toute l'indignation, tout le courage d'un homme.

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