LOUISE , HUBERT
Salut à la beauté !
HUBERT 5 en entrant.
LOUISE
A qui parliez-vous donc là , beau sergent ?
HUBERT
Eh bien , aux tambours du bataillon qui sont logés ici. C'est que, voyez-vous, il va falloir jouer des jambes et des baguettes.
( ^0 ) XOUISE.
Comment, est-ce que vous allez partir?
HUBERT
Eh! non, ne vous faites pas de chagrin, ma syrène; une grande revue , simplement. . . Ah ! ça , où est donc le bourgeois , avec tous ses l3uveurs de bière ?• . .
LOUISE
Ils sont tous au temple, pour le mariage de Mam'zelle.
HUBERT
Le mariage ! . . • ce mot là me fait un drôle d'effet.
LOUISE
Et à moi aussi , beau grenadier !
HUBERT
Je me souviens qu'à Berlin j^ai eu des idées de ce genre là.
LOUISE
Comment , à Berlin ? . . .
Oui, Oui, mais soyez tranquille , ça n'a pas eu de suites fâcheuses. C'est comme à Ratisbonne , il y avait une petite brune. • .
LOUISE
Encore une ! . . . Fi ! c'est affreux !
HUBERT
Celle-là, par exemple , c'est difFe'rent.
LOUISE
Vous Pavez refusée ?
HUBERT
Non , c'est elle qui m'a planté là pour un tambour-major.
LOUISE
Il paraît , Monsieur, que vous avez fait beaucoup de conquêtes ?
HUBERT
En tous genres ; c'est mon état. . . mais aujourd'hui, ça n'est plus ça, c'est pour le bon motif; et dès demain , je demande à mon colonel la permission de vous épouser . . .
LOUISE
Ah! comme il est gentil !
HUBERT
Par exemple, je suis sûr d'avance qu'il me la refusera.
LOUISE
Et moi qui comptais là-dessus... Oh! que je suis fâchée , maintenant, de n'avoir pas pris mon Irompelte de hussards , ou bien... mon houlan qui avait de si belles moustaches , ou bien...
HUBERT , ^interrompant.
Oh ! oh ! îl paraît ma dulcinée, que c'est comme moi à Berlin et à Ratisbonne.
LOUISE
Allez , Monsieur, vous êtes un monstre l
HUBERT
Fixe et immobile, amour de mon cœur... Je vais vous prouver que je ne suis pas de l'infanterie légère... Tenez , laissez-moi faire encore une douzaine de campagnes, et foi de grenadier, je vous rapporte ensuite mon cœur et ma main, une croix de plus et une jambe de moins.
LOUISE
Plus souvent que je voudrais d'un mari invalide!
HUBERT
Et si on faisait la paix , petit cœur de rocher ?
LOUISE
Eh bien ?
HUBERÎ.
Êhbien, je prendrais mon congé, et j'unirais par les liens de riiyménée , la gloire et la beauté.
LOUISE
Vous m'emmèneriez en France?
HUBERT
Oui.
A Paris?
HUBERT
Non . . . mais dans l'endroit où s'est retiré mon brave homme de père : un village superbe , quarante maisons et cent cinquante habitans.
LOUISE
C'est égal, j^accepte.
HUBERT
Eh bien! alors , il ne vous reste plus qu'à dire à l'empereur d'Autriche qu il soit bon enfant.
LOUISE
Je ne peux pas aller dire à l'empereur d'Autriche. . .
HUBERT
C'est donc bien difficile de parler à François?. . è
LOUISE
Ah ! voilà toute la noce qui revient !
HUBERT
Ça ne me regarde pas : il faut que je pense à la revue. Je
Vais m'inslnuer dans ma petite chambre ; car il ne faut pas s'embrouiller dans les feux de file. . . il s'agit d'être bel homme et de soigner la tenue, . . Adieu , ma poule.
( Il sort en chantant : )
Mon bras à ma patrie ,
IMon cœur à nïon arniej Mourir gaîment pour la gloire et son objet. C'est le devoir d'un grenadier français.