LOUISE, WALDER, FREDERICK, CLEMENCE
Invités.
FREDERICK
Ma chère Clémence, vous êtes donc à moi!
CLÉMENCE
Pour toujours !
-WAtDER.
Que le ciel vous accorde de longs et d'heureux jours!.,. Frédërich , tu as jure de faire le honheur de Clémence». .
FREDERICK
On n'oublie pas ce que l'on promet à Dieu , et je tiendrai tous mes sermens.
■WALDER.
A la bonne heure 5 mais quitte cet air de tristesse qui va mal à un nouveau marié.
CLÉMENCE
Mon père a raison, Frédërich : quelque idée pénible vous préoccupe?
FREDERICK
Non 5 non, ma chère Clémence : croyez que je n'ai jamais senti, comme aujourd'hui, tout le prix de mon bonheur.
WALDERc
Eh. . . à la bonne heure. . . quelques bonnes bouteilles de Tokey nous attendent. . . Allons boire le vin du mariage.
FREDERICK
Nous porterons une santé au départ des Français.
■WALDER.
Oui, mon gendre, nous boirons au départ... ( Voyant en^ trer Hubert.) ^e veux dire que nous porterons la santé' des Français , nos chers alliés!
SCEÎVE VI.
LES MÊMES, HUBERT , tn grande tenue de grenadier^ le sac sur le dos , son fusil à la main,
LOUISE
Dîeu! qxï'il est beau comme ça, mon grenadier!
HUBERT
La santé des Français. . . Il paraît que j'arrive comme Mars en carême.
WALDER.
Mon cher hôte , si vous voulez faire comme nous , nous allons dire deux mots à quelques vieux flacons.
HUBERT
Je n'haïs pas les vieux flacons ; mais pour le moment nix,,, il faut du sang-froid. , . du vin , fi donc I . . . un petit verre , je ne dis pas.
LOUISE, lui présentant un petit verre.
Voilà 5 sergent.
HUBERT
A la santé des époux! ( // boit* ) Il n'est pas mauvais le chenik
WALDER.
Voulez-vous redoubler ?
HUBERT
Du tout , sufficit. . . Quand on passé la revue de Fempereur et roi , il ne faut pas badiner avec les liquides.
FRÉDÉRICH.
Comment , Napoléon passe une revue?
HUBERT
Un peu , jeune homme ... et si vous désirez l'envisager, ça n'est pas difficile : les hommes mariés ne paient pas plus que les militaires*
FRÉDÉRICH.
Comment, vous croyez que je pourrai le voir de près? Napoléon* 5
HUBERT
Comme vous me voyez , sans comparaison.
( Frederick réfléchit , et Clémence V observe avec attention. )
7VALDER.
Je n'ai jamais vu votre empereur, moi; mais je me figure que ce doit être un bien bel homme.
Un bel homme ! laissez donc , notre maître , il n'est pas plus haut qu'un voltigeur. . . Et puis , une drôle de tournure. Tenez, voilà comme il se promène , les mains derrière le dos , avec une vieille capotte grise , et un petit chapeau à trois cornes , qui ne vaut pas deux kreitz.
HUBERT
Alte-là, belle Louise; silence et respect. Apprenez que ce petit homme là, avec ses cinq pieds, est plus grand qu'une pyramide d'Egypte. . • Mais je m'amuse là à colloquer , et j'oublie l'heure de la revue. , . Si vous voulez me contempler en serrefile, honnêtes bourgeois, je vous engage à vous dépêcher. .• Vous verrez des grenadiers, j'ose le dire, assez soigne's , et beaux sous les armes. . . Vrai, c'est un coup - d'oeil superbe, surtout pour les dames.
WALDER.
Pour le moment, nous allons nous mettre à table.
HUBERT
Bien des choses de ma part au vin de Tokey.
"WALDER , donnant la main à sa fille.
Éh bien! viens-tu , Frédërich?
PRÉDÉRICH.
Je vous suis , mon père.
CLÉMENCE , à part, en sortant , regardant Frederick. Je suis sure qu'il me cache quelque chose.
LOUISE, à Hubert.
Tâchez qu'on fasse la paix.
HUBERT
Je ferai mon possible, mes amours.
( Il sort par le fond; et tous les autres , excepté Frederick , par la
gaucke. )