PLUSIEURS VOIX
Arrêtez ! arrêtez !
( Le mamelnck se jette sur Frederick^ et le général lui arrache le couteau des mains. )
LE GÉNÉRAL
Un poignard ! Misérable ! tu voulais assassiner l'empereur !
( Attiré -par ce mouvement , Napoléon , suivi du docteur , s^ap^ proche du général. )
Qu'est-ce que cela?
LE GÉNÉRAL , à demî-voix* Un fou qui voulait attenter aux jours de Votre Majesté.
MAPOLÉON.
Pas de bruit, ( Le mameluck fouille les vêtemens de Vassassin* — Napoléon se promène d^un air soucieux. ) Il serait peut-être prudent de faire arrêter sa famille?. , . { Il s^ arrête. ) Bah! on ne conspire point en famille; ces coups là , pour les faire, on n*a confiance qu'en son coeur. Il est seul... Le tuer; non, non, je me rendrais odieux. Je lui pardonnerai. ( Le général présente à Vempereur une lettre et un médaillon qu^on vient de trouver sur Frédéric. — Napoléon ouvre la lettre et regarde la signature. ) Frederick Staps.
FREDERICK
Mon dieu, j'ai oublié la lettre à ma mère!... Ma pauvre mère ne recevra pas mes derniers adieux !
Elle les recevra : c'est moi qui me charge de lui faire parvenir cette lettre , et de la rassurer sur les conséquences de votre folie.
( Napoléon regarde le médaillon avec attendrissement, )
FRÉDÉRICH.
C'est le portrait de ma maîtresse, de ma fiancée. . . rendez-le moi.
NAPOLÉON , lui rendant le portrait.
Vous auriez cru faire un beau coup en m'assassinant. . . Sachez, Monsieur, que frapper un homme sans défense ne peut être une belle action.
FREDERICK
Je n'irai> pas vous frapper dans votre France ; mais pour chasser les ennemis de la patrie , tous les moyens sont bons.
Belle manière de faire la guerre , ma foi ! Si vous vouliez servir votre empereur , vous le pouviez loyalement : il fallait prendre un fusil et vous engager,
FREDERICK
C'est vous qu'il faut tuer. Tant que vous serez là, PEurope
n'aura pas de repos. J'avais une grande admiration pour voire génie ; mais il faut vous tuer.
Vous êtes égaré. Dites-moi qui vous a poussé à ce crime ?
FRÉDÉRICH.
Quand vous avez passé le pont d'Arcole, à travers nos canons, qui vous poussait?
Un poignard vous va mal, c'est une épée qu'il vous faut. . • Jeune homme ! vous avez un noble cœur , mais votre imagination vous abuse. Ecoutez-moi : je suis touché de votre jeune âge , et veux vous rendre à votre mère , à celle que vous aimez. J'ai confiance en votre parole : promettez-moi attachement et fidélité, je vous fais grâce.
FRÉDÉRICH.
Sire, vous avez ce droit; mcîis, moi, ^e ne puis faire grâce à Votre Majesté.
Gomment?
FREDERICK
Si vous me rendez la liberté , j'en profiterai pour vous assassiner.
NAPOLÉON. Son visage devient sombre et tourmenté par une pe^ nlhle inquiétude; il marche quelque temps d^un air rêveur , pm's, s^ approchant d^un général^ il lui prend la niain, et lui dit à demi-voix , avec un accent douloureux .* ) Ah ! général , j^envie le sort de ce brave soldatqui m'a demandé la croix... il est cent fois plus heureux que moi. Il ne craint pas les poignards, sa mort sera belle ; et moi, il faut que je fasse tuer un enfant que j'admire , qui mérite une couronne. ( S^ approchant de Frédérich avec vivacité.) Frédérich Staps, pourquoi voulezvous me tuer?. . • vous êtes un fou ! vos professeurs vous ont bouleversé l'esprit, avec leurs pathos métaphysique. Je purgerai PAllemagne des illumines.,. Comment ? vous ne voyez pas que , sous mon gouvernement, il y a moins d'injustices que partout ailleurs, moins d'injustices que jamais. Mes lois vous donneraient plus de liberté que vous n'en avez.
FRÉDÉRICH.
Nous ne voulons pas de protection étrangère. Laissez-nous faire notre liberté nous-mêmes. Sire, je vois bien que vous voudriez me sauver la vie; mais la seule manière dont je puisse répondre à votre générosité , c'est de vous avertir que rien ne me touchera. Vous avez violé le sol de ma patrie : encore une
fois, quelque cliose que vous fassiez, je ne vous dois qu'un coup de poignard.
NAPOLÉON, «p<?c majesté.
Eh bien ! moi aussi, J'ai des devoirs. La vie de Fempereur n'est pas à lui; il ne lui est pas permis de la jouer contre celle d'un fanatique. ( Se tournant vers le général. ) Ge'nëral! vous donnerez dix minutes à cet homme pour se préparer à la mort; et qu^aussitôt il soit fusille.
( Il s^ éloigne • — En ce moment arrlue^ à quelque distance^ un peloton de grenadiers , commandé par Hubert. )
SCÈ]\E lïl.
FREDÉRICH , LE GÉNÊRAL-aide-de-camp , de service i HUBERT, tJîî PELOTON DE Grenadiers.
LE GÉNÉRAL, à Hubert.
Sergent, ce jeune homme a dix minutes pour se préparer à la mort : ce délai expiré , je vous charge de le faire fusiller. . . a trois heures, vous entendez. ..
Oui 5 mon général,
LE GÉNÉRAL
C'est l'ordre de l'empereur; et vous répondez de tout sur •votre tê(e.
HUBERT
Ouï, mon général. ( Le général sort, )