SCENE IV
FREDERICK, HUBERT, Grenadiers.
HUBERT
Diable! voilà un jeune particulier qui s'est fait une mauvaise affaire. ( En ce moment^ Frédérlch se retourne^ et il le reconnaît, ) Eh ! mais , je ne me trompe pas , mille z'yeux , c'est Monsieur Frédérich, le gendre du bonhomme Walder.
FREDERICK
Oui , Monsieur , c'est Frédérich Staps , qui est maintenant en votre pouvoir.
HUBERT
C'est drôle ! ça me fait de l'effet, moi , une vieille mousta-
tache! Tenez, vous me croirai si vous voulez , mais j'aimerais mieux avoir à fusiller le pape ou l'empereur de la Chine , que de faire envoyer des balles à une connaissance.
PRÉDÉRICH,
Si vous me portez quelqu^intërêt , j'implore de vous une grâce. . . Permettez que je puisse voir encore celle que je vais quitter pour jamais.
HUBERT
Impossible. J'ai ma consigne.
TRÉDÉRICH.
Oui, VOUS dites vrai^ Fempereur ferait retomber sur vous toute sa colère.
HUBERT
Oh î ce n'est pas ça. . . Qu'est-ce que ça me fait?. . . Il me ferait fusiller aussi, . . Eh bien , je ne le crains pas plus qu'un bouletde canon,.. Mais, voyez-vous, le devoir... et puis, regardez ça. Il ne m'a pas fait attendre la croix. . . il y a dessus : Honneur et patrie , ça veut tout dire. . .
PRÉDÉRICH.
Vous avez raison, Hubert, chacun pour sa cause.. . Napoléon , parmi vous, est un culte , une religion. . . Défendez-le bien , c'est un grand homme!. . . Il est beau de mourir pour lui 5 mais il est plus beau de mourir pour son paysl HUBERT, à part.
Je ne sais comment lui dire ce que j^ai sur la conscience.
rRÉDÉRICH.
Je suis résigné. . . je mourrai sans la voir.
HUBERT , à lui-même.
Brave jeune homme, va!.., il me brise le cœur!... ( HauL) Monsieur Frédérich ?
FREDERICK
Mon brave !
HUBERT
Hier. . . j'étais un peu dans les vignes du seigneur , et voyezvous. . . quand je suis comme ça, j'ai la parole un peu incohérente. . . Vous et vos amis , je vous ai traités d'une manière. . . j'ai dit des choses que je ne devais pas dire; et enfin. . . ( Avec ejjori. ) enfin , j'en suis fâché.
FRÉDÉRICH.
Sergent , votre main. . . ( lisse donnent la main, ) Si près de la mort , on n'a pas de colère , et déjà j'avais tout oublié. HUBERT 5 à lui-nvêmc.
Ah! il me semble que j'ai quelque chose de moins, là^ sur le
cœur... ( Trois heures sonnent.) Déjà!... [Haut^ et avec émotion. ) Vous avez entendu, Monsieur Fre'clérich ?
FREDERICK
Oui, sans peur : je suis prêta vous suivre. . . vous verrez si je sais mourir.
( Hubert fait exécuter un mouvement à son peloton; Frederick se place au milieu, )
HUBERT
Quel dommage î ce gaillard là aurait fait par la suite un si brave grenadier! .. . ( T)^wi ton plus ferme.) Grenadiers, par flanc droit, droite ! trois premières files quatre pas en avant . . . marche!... Allons, monsienr Frédérich. . . ( Aux soldats. ) Pas accéléré 5 en avant, marcbe!
( Les £;renadiers , ayant Frederick au milieu de leur peloton , traversent le théâtre , et vont pour sortir. )
FRÉDÉRiCH, arrivé au milieu du théâtre.
Vive la liberté !