SCENE VIII
NAPOLÉON , LE GRAND -MARÉCHAL, HUDSON LOWE
NAPOXEOK.
Que Toniez-vous, Monsieur?
HtTDSON tOWE.
Je viens remplir le devoir de ma place, et vous communique!^ les nouvelles instructions que j'ai reçues.
Je veux savoir d'abord quelle réponse a été faite à ma lettre au prince Régent.
HU.DSON LOWE.
Les ministres n'ont pas permis que'vo're lettre lui fût remise , et ils m'ont chargé de vous la rendre. îïAPOLÉON 5 prenant la lettre avec colère , et la jetant sur là
table.
Quelle insolence !
HUDSON LOWE
Vous n'avez pas voulu me croire. . . Vous prenez dans cette
réclamation le titre d^empereur Vous sentez bien que des
ministres ne peuvent souffrir que le général Bonaparte traite d'égal à égal, avec Son Altesse Royale le Régent des Trois* Royaumes.
LE GRAND-MARÉCHAL
Monsieur, vous insultez au malheur de Sa Majesté. 1:1 AV Oléto"^ jjaisant un signe au maréchal.
Non, maréchal; monsieur le gouverneur a raison. . • nous ne sommes pas égaux, son souverain et moi. . . Le hasard l'a jeté sur le trône, et moi, c'est le choix du peuple qui m'3^ avait appelé.
HUDSON LO^ATE
Ce n'est pas ainsi que je l'entendais ... Du reste , si vous voti*
lez changer la forme de cette lettre , employer des termes pins convenables , et prendre le titre de général , alors. . .
Assez , Monsieur, je ne reçois pas de conditions. . . On vent m'assassiner ici , que le crime s^accomplisse. Après ma mort , le monde nous jugera. , . Comme Thémistocle, j'étais venu m'asseoir au foyer Britannique. . . J'en appelle à la postérité ! Elle dira , qu'un ennemi qui fit vingt ans la guerre à l'Angle-srre , vint librement, dans son malheur, chercher un asile à l'abri de ses lois. • . On feignit de tendre «ne main hospitalière à cet ennemi 5 et quand il se fut livré, on l'immola! Maintenant, Monsieur , laissez - moi; car il n'y a pas de loi qui me condamne à subir votre présence.
HUDSON LCWE , répondant à un signe du grand - maréchal , qui lui indique la porte, Tout-à-rheure. . . Il me reste encore à vous faire connaître les ordres de Sa Grâce le ministre-secrétaire d'Etat. {^Lisant: ) « Le général Bonaparte coûte trop cher h Sainte-Hélène. »
Ah! c'est aussi trop fort; quand nous manquons de tout.
Ecoutons, maréchal. Le ciel nous met à une cruelle épreuve ! HUDSON LOWE , continuant.
« Il nous est impossible , désormais , de supporter les dépen- » ses exhorbitantes de sa maison, s^il ne livre les sommes con- » sidérables qu'il possède , pour être convenablement placées , » et subvenir aux frais immenses de sa détention. «
Tous ces détails me sont trop pénibles... Ils sont ignobles... Qui vous demande de me nourrir? Si j'ai faim , les braves soldats du 65® prendront pitié de moi } j'irai m'asseoir à la table de leurs grenadiers, et ils ne repousseront pas, j'en suis sûr, le plus vieux soldat de l'Europe.
HUDSON LOWE
J'en écrirai à mon gouvernement.
Ne manquez pas d'ajouter que mes Mémoires apprendront à la postérité quel homme on m'a donné pour geôlier^ et l'on me croira^ moi, quand je dirai ce que vous êtes^ car je le prouve par ce que vous avez été. . . Ecrivez , maréchal. HUDSON LOWE , à part.
Que veut-il dire?
NAPOLÉON, dictanU
<c Avec pins de deux mille hommes , et une bonne artillerie ,
» un général étranger se laissa forcer dans Pile inexpugnable de
» Caprée, parle brave Lamarqae, à la tête de douze cents
» baïonnettes françaises Ce général, c'était sir Hudson
» Lowe • . • . . » C'est de l'histoire , Monsieur. HUDSON LOWE, à part.
Toujours humilié ! Malheur à lui s'il tente de s'évader. {Haul.') Adieu, monsieur le grand -maréchal du palais; adieu. Majesté
si fière Rappelez - vous que sir Hudson Lowe est le seul
maître à Sainte-Hélène ! ( // sort furieux. )