‹ Napoléon: poèmeChapitre 12 sur 13 · LU · texte numérisé non relu

LU

Non 1 le cercueil est vide et la tombe a menti.

Non! récho du néant a trop tôt retrati.

Non t le ver a trop tpi convmté sa pâture.

Trop tôt le fossoyeur a fait la sépulture.

11 n^est pas mort ! il n'est pas mort I De son sommeil Le géant va sortir plus grand à son réveil.

Non! le saule pleureur n^a pas connue une foule Incliné ses rameaux sur le flot qui s^écoule ; La source de Hutsgate , éveillée à demi , N^a pas balbutié, ni tremblé, ni frémi.

Au loin la sentinelle, en son urne fragile^ Ne pèse pas un nom comme on pèse Jargile.

Non! Tocéan n'a point de secret à garder, Point de tombe à bercer, point d'écueil à sonder. Dans le val de Longwood, le sentier n^est pas sombre ; Onn^y voitpasdes montsdescendreunegrandeombre, Non ! rinsecte n'a pas sur la tombe rampé; Le linceul n'a rien vu ! L'abime s'est trompé.

Car lui n'était pas fait comme les morts vulgaires Que couvre tout entiers 1! herbe des cimetières. Ceux-là, heurtant en vain le sépulcre du front ^ Se creusent de leurs mains un néant plus profond; Us ne reverront pas avant l'aube éternelle Leur toit, ni leur foyer, ni leur; veuve fidèle.

Mais lui ne s^était pas de sable et de limon

Bâti son espérance et composé son nom;

Il n^aVait rien fondé sor Famour ou la haine ,

Sur les vents , sur Técumeou sur la vague humaine;

Rien sur un réye ailé qui meurt en s'éveillant,

Rien sur les vains regrets qui rampât en fuyant.

Il n'avait pas non plus établi sa demeure

Parmi les faux héros qui ne durent qu'une heure.

Du moindre de ses jours, dans l-ombrè enseveli ,

Il ne redevait rien à la cendre, à Toubli.

Il ne s'était pas fait du Un de son empire

Une tente d'un jour que le cbeireau déchire.

Mais en mille combats , ramassant son butin , Toujours il revenait lés bras chargés d airain; Puis il avait d'avance , au cœur de son royaume , Comme un bon forgeron , sur la place Vendôme , Bâti sa tour de fer en la grande cité, Pour y passer lés jours de l'immortalité.

Et la tour s'est levée ; un ^lair k silloeiie. Son haut créneau surgit ainsi qu'une couronne Sur le front d^un géant. Quand son hôte est abse^it, L'orage jour et nuit l'habite en gémissant.

La foudre se balance au pan de sa muraille , Ainsi qu'au baudrier un sabre de bataille.

Plus fière que Babd et plus noble cent fois 1 (Car elle a mis son. pied sur les rétes des rois) ,

Les peuples élevaieqt leuï* espoir à sa cime. A toute heure son seuil â'entr'ouTrait sur l'abîme. De sou sommet de gloire à l'horizon lointain ^ Son front était penché slir le néant hunoAin.

Par ses sentiers d'airain pour eux {pulés d'avance, Les soldats morts au loin arrivaient en silence; Et par mille chemins qu'ignorent les vivans, Autour de la colonne ils reprenaient leurs rangs ! Tous habillés de fer, tous penchés sur la nue , Ils attendaient leur chef pour passer la revue.

LA colonne: 405

Et les chevaux de bronze , attelés à ses chars ,

Le cherchaient , haletant, autour des hauts remparts.

Et les aigles de bronze, au loin battant de Taile ,

Sur ses pas appelaient leur couvée éternelle ;

Et la foule muette , au visage de fer ,

Le voyait, ou croyait le voir dans chaque éclair.

Aussi quand tout fut prêt, et sa gloire assez haute; Comme la maison vide en attendant son hôte , La tour ouvrit un jour sa porte sur le seuil. Et le mort , ce jour-là , debout , dans son orgueil ^ Ayant quitté la tombe et repris sa dépouille , Sur ses gonds ébranla tout un siècle de rouille.

Son cœur ne battait pas; il n^avait rien d^bumain. De bronze ét^^it son front , son ame était d'airain. Sans joie et sans douleur , sans un signe de tète , 11 monta les degrés qui mènent sur le faîte. De la tour sous ses pas les fondemens tremblaient , Çt les hommes de fer devant lui chancelaient.

Debout, les bras croisés^ sur ce trône sublime,

Ainsi que son domaine il mesura Tabime , '

Les jours qui ne sont plus y ceux qui seront demain ,

L'univers égaré dans son vide chemin.

Or, la grande cité-, que son ombre environne^

A ses pieds s'endormait ainsi qu'une lionne.

A ses pieds cependant passaient sans revenir Le jour et puis le soir, et puis son souvenir ; Après le soir la nuit, puis après , ses fantômes, Majestés d'un moment, peuples, états, royaumes, Familles sans parens , empires , nations , Gomme les grandes eaux, les générations.

Les siècles surannés , après leur courte automne , Se dépouillaient l'un l'autre autour de sa colonne : Les uns cherchaient encor son phare à l'orient, Pour apprendre de lui le chemin du. néant; Les autres, comme un flot qui n'a plus de rivage. Lui jetaient en courant le nom de son naufrage.

Les rois aussi pass^ent pleurant dans leur chemin. Â ses pieds ils rompaient leurs bandeaux de leur main, Disant : G^est toi , César , qui nous lis la blessure ; Fais donc aussi le deuil avec la sépulture; Et les peuple^ joyeux s'enivraient à leur tour; Puis après ils mouraient : chacun vivait un jour !

Les dieux humains aussi passaient comme les hommes, Plustristesenleurdeuii^plusvainsquenousnesommes Plus néant , s'il se peut ; parmi leurs cieux nouveaux , Cherchant un ciel plus videetde plus grands tombeaux; Moïse, Mahomet, et puis d'autres encore, L'un par l'autre éclipsant leur éternelle aurore.

Et la terre des cieux perdant le souvenir, Rampait vide et muette au bord de l'avenir.

Elle avait oublié le nom de sa misère Et comment s'appelait son humaine poussière.

Elle ne savait plus , sur ses arides bords , Retrouver derrière eux lés vestiges des morts.

Mais, comme un souvenir que se gardait Tabime , Lui demeurait debout sur son altière cime ; Lui seul il survivait en sa forte cité :

Car ses soldats d^airain, sans fermer la paupière. Le défendaient encore, ainsi qu'une baiTière, Des morsures du temps et de Téternité.

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