‹ NapolineChapitre 1 sur 75 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A ma gaîté; — parfois je me rappelle encor

Ses reflets ondoyans, m.êlés de pourpre et d'or.

Cette perruque-là, c'était tout un poëme;

Ses malheurs sui^assaient ceux d'Hécube elle-mém.e.

Perruque de hasard, achetée à vil prix,

Elle était pour son maître un objet de m^épris.

Soumise au même sort que la reine de Troie,

D'un fatal incendie elle se vit la proie.

Un soir que, fatigué d'un paraphe en oiseau,

L'imiprudent s'endormit sur les bords d'un flambeau!

Elle avait été belle au temps de sa jeunesse;

Les cheveux en étaient d'une extrême finesse,

Mais rares, attestant la marche des hivers;

Partout ravins profonds, partout sentiers déserts;

De leurs fils espacés on eût compté le nombre.

Jadis peut-être un sage a rêvé sous son oml^re;

Dans ses anneaux bouclés , peut-être bien des fois

Un poète rêveur a promené ses doigts;

Et peut-être elle avait — qu'un roi me le pardonne! — De nobles souvenirs qu'envierait la couronne. Vaut mieux être , à ra.on sens , neige sur le Mont-Blanc Que panache orgueilleux sur un guerrier trem^blant; Mieux vaut, dans la forêt, être le gui du chêne Que l'aigrette qui pare un chardon dans la plaine. Perruque de Rousseau! tu vaux mieux, selon moi, Qu'une couronne d'or au front d'un mauvais roi!

A quinze ans, que la vie est décevante — et belle! L'errem' prend chaque jour une grâce nouvelle. C'est ce brillant palais des Mille et une Nuit^ Où l'on entre sans guide, et par l'espoir conduit. Partout ce sont des fleurs, de beaux apprêts de fêtes. . . . Mais nulle voix ne vient vous apprendre où vous êtes.

# CHAPITRE PREiMIER. 9

Un somptueux banquet se dresse sous yos yeux —

Mais, pour ce grand festin, nul convive joyeux.

Une douce harmonie à votre cœur résonne —

Inutiles accords cpii n'animent personne.

Dans ce séjour magique ouvert à votre espoir.

Nul lîôte hospitalier ne vient vous recevoir;

Car le maître habitant ce palais de lumière

Est un Prince enchanté dont les os sont de pierre !

L'éclat seul est vivant; les fleurs, les fleurs d'un jour

Sont la réalité de ce brillant séjour.

Une espérance ainsi d'un beau rêve suivie

Est la réalité des plaisirs de la vie.

Humble ou fat est celui qui compte des regrets.

Hélas! l'homme ici-bas fait d'éternels apprêts

Pour la fête du cœur qui jamais ne commence;

Un laboureur parfois se ruine en semence.

Ainsi de jour en jour le grand bal est remis,

Et l'on s'apprête en vain pour le plaisir promis;

ro NAPOLINE. '^^

Le Temps fuit, empoi tant l'Espérance paijure, Et l'on n'a conservé du bal que la parure.

A quinze ans, Napoline avait beaucoup rêvé; Or ce qu'on rêve bien est autant d'éprouvé. Dans ses choix de bonheur elle cherchait la gloire : J'aimais un idéal — elle — aimait dans l'histoire; A son amour factice il fallait un grand nom, Qu'elle allait déterrer dans quelque Panthéon. Je me souviens encor d'avoir été jalouse De l'amour exclusif qu'elle eut pour Charles douze. Il fallait à ses voeux un malheur couronné; Elle aimait Charles douze, et moi j'aimais René.

Mais quand elle eut passé l'âge où le cœur s'enivre D'un amour de roman qui change avec le livre;

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