‹ NapolineChapitre 2 sur 75 · CHAPITRE PREMIER. ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. ii

Quand elle se lassa de ces héros parfaits,

Auxquels on ne peut plaire, et qui n'aiment jamais,

Et qu'un beau soir, rêveuse au doux son de la harpe,

Alfred nous apparut, pâle, un bras en échai-pe.

Et paré d'une croix reçue en combattant.

Je vis que son malheur était juré. — Pourtant,

Le comte de Narcet est un noble jeune homme ;

L'éloge retentit aussitôt qu'on le nomme.

A vingt ans il obtint un grade à Navarin,

Une balle à Delhy : c'est un brave marin.

Un savant voyageur qui parcourut le monde.

Son esprit est brillant, sa pensée est profonde

Mais les lois de la mode il ne les savait pas;

11 n'avait d'élégant qu'une blessure au bras.

Eh! cjii' importent l'esprit, les talens, la figure!...

Ici nous n'aimons point les tableaux sans bordure.

Les grandes qualités ne sont rien à Paris

Sans un fiac à la mod<.' ou des chevaux âr prix;

Ou bien, ce qui vaut mieux, quelque bon ridicule. Ce n'est que pour le faux que Paris est crédule; Le vrai le trouve sage ; il en doute long-temps : Tel ne croit pas en Dieu peut croire aux charlatans. C'est ce qu'il fait, et c'est pourquoi le jeune com^te De son peu de succès dans un bal avait honte, Changeait son air rêveur pour des airs d'élégants. Se ruinait en fx^acs, gilets, anneaux et gants; Et promenant partout sa menteuse richesse. S'attelait sans am.our au char d'une duchesse.

Napoline ignorait ces travers; son amour

Pour Alfred, malgré moi, s'augmentait chaque jour.

Moi seule entrevoyais une cause mortelle

Dans ces défauts mondains qu'il n'avait pas près d'elle!

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